00:00Revenons maintenant sur cette affaire qui, depuis dix jours, est un véritable mystère.
00:05Le mystère des quatre cadavres retrouvés dans la Seine.
00:08On va refaire un point avec vous, Maxime Clirusa, du service police-justice de BFM TV,
00:13parce que maintenant, on a deux suspects en garde à vue.
00:15Oui, absolument. C'est le parquet qui nous l'a confirmé à la mi-journée.
00:18Un deuxième homme a été placé en garde à vue dans cette affaire qui remonte il y a plus d'une semaine maintenant.
00:23Il y a huit jours, deuxième personne, puisqu'une première personne avait déjà été placée en garde à vue hier.
00:30Un homme de 24 ans, sans domicile fixe, de nationalité algérienne, est arrivé sur le territoire français depuis trois ans.
00:38Un homme en situation irrégulière.
00:41Ce qu'il est important de dire aussi sur l'homme qui a été placé en garde à vue hier,
00:46c'est qu'il est soupçonné de meurtre en concours.
00:48Autrement dit, il est entendu pour la première fois dans les locaux de la police judiciaire parisienne,
00:55mais il est soupçonné de meurtre à plusieurs reprises dans des affaires complètement différentes, si je puis dire.
01:02Une garde à vue qui peut durer jusqu'à 96 heures, 4 jours, au lieu des 48 normalement nécessaires.
01:08Et ce deuxième, si tu fais pas trop de détails sur lui, ils sont liés tous les deux apparemment ?
01:12Pour l'instant, on n'a pas trop de détails.
01:14Effectivement, ce qu'on peut en effet vous dire, c'est que là où il y avait des enquêtes différentes, distinctes,
01:20qui avaient été ouvertes par le parquet, une enquête qui avait été d'abord confiée à la criminalité,
01:27une enquête qui avait été ouverte pour meurtre et recherche des causes de la mort,
01:33des recherches des causes de la mort, pardon, confiée au commissariat de Choisy-le-Roi,
01:37et bien toutes ces enquêtes pour ces cas de corps retrouvés ont finalement été liées
01:42et sont désormais gérées par la brigade judiciaire de Paris.
01:49Jacques-Charles Fonbonne, général de gendarmerie, consultant police-justice du BFMTV.
01:53Sacré mystère quand même, cette affaire des cas de cadavres retrouvés,
01:56maintenant deux suspects, un en garde à vue.
01:58Et puis l'un des problèmes majeurs, c'est qu'on a eu des cadavres qui sont restés longtemps dans l'eau.
02:02Et pour les traces ADN ou pour les plaies ou les causes de la mort, c'est compliqué.
02:07Oui, alors il y a déjà plusieurs interrogations.
02:09Comment peut-on, si l'on imagine qu'on est en face du même moteur,
02:13comment peut-on imaginer qu'il y ait des états de décomposition des corps qui soient aussi différents ?
02:18Ça sous-entendrait qu'ils ont été mis à l'eau, mais dans un intervalle de temps très important.
02:23La situation juridique dans laquelle on se trouve actuellement,
02:26c'est effectivement, comme vous l'avez souligné, deux infractions d'homicide en concours.
02:30Le concours, c'est différent de la récidive.
02:32Vous commettez un homicide, vous êtes condamné, vous recommettez un autre, vous êtes en récidive.
02:37Vous en commettez deux, je vais y arriver, avant d'être interpellé, avant d'être jugé, on est en concours.
02:42Donc ça veut dire qu'au moins pour deux des personnes qui ont été trouvées dans la scène,
02:47un suspect est entendu parce qu'il y aurait des raisons plausibles de penser qu'il a commis les faits.
02:53En revanche, pour les deux autres qui n'ont pas été identifiés, c'est simplement une recherche des causes de la mort.
02:57C'est-à-dire que juridiquement, on ne sait pas s'il y a assassinat, s'il y a homicide,
03:01si ce sont des suicides ou des morts accidentelles.
03:04Et ce qui fait que les policiers entendent les personnes qui sont suspectes
03:07uniquement sur les personnes pour lesquelles l'homicide, on va dire, est quasiment certain.
03:12– Ce serait quand même une sacrée coïncidence ou des probabilités d'avoir quatre corps
03:17qui se retrouvent à ce moment-là, deux qui puissent être des victimes de meurtre
03:21et deux autres qui soient des suicides ou des accidents.
03:23– Alors c'est ce que je disais hier, en disant que c'était quand même une hypothèse
03:26qui apparaissait comme une hypothèse d'école, mais en fait, la topographie des lieux
03:30démontre qu'il y a une zone d'échouage, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de branches,
03:36il y a beaucoup de corps flottants, si j'ose dire, matériels, qui s'arrêtent
03:42et qui sont coincés à cet endroit.
03:44On peut imaginer, c'est vrai que ce serait un hasard extraordinaire,
03:46mais ça arrive parfois dans les enquêtes criminelles,
03:48qu'on ait deux personnes qui aient été assassinées par peut-être les gens
03:52qui sont en garde à vue et qui aient été jetées à un endroit où les courants l'emmènent ici
03:56et que d'autres personnes qui se sont suicidées, qui sont tombées à l'eau de façon accidentelle,
04:01se retrouvent au même endroit, tout simplement parce que le courant de la Seine
04:04les emmène à ce endroit-là. Effectivement, ce serait quelque chose de tout à fait extraordinaire
04:09au sens étymologique du géant.
04:10Vous n'avez jamais vu dans votre carrière ce genre de probabilité ?
04:13Non. On voit ça sur des noyades en mer, par exemple, et c'est un peu la même logique
04:16où les courants marins, les courants côtiers amènent les gens quasiment au même endroit.
04:22Maxime ?
04:23Une source judiciaire nous le confiait d'ailleurs la semaine passée,
04:26après la découverte de ces corps, c'est qu'ils auraient pu être tombés à l'eau
04:31ou en tout cas jetés à l'eau pour au moins l'un d'entre eux, à des périodes différentes,
04:36bloquées par des branchages ou autres, et du fait qu'il y avait la semaine dernière
04:40beaucoup de courant dans la Seine, être débloqué et être dans cette zone de stockage,
04:46comme le disait le général Fontbonne à l'instant.
04:48L'autre chose qu'il est important de noter, c'est que l'un des corps,
04:52le premier qui a été autopsié et pour lequel des traces de meurtre avaient été relevées,
04:57c'est celui qui a passé le moins de temps dans l'eau.
05:00Les trois autres, eux, ont été immergés bien plus longtemps,
05:03ce qui, comme le disait là aussi le général Fontbonne,
05:05rend les analyses très compliquées puisque les corps sont extrêmement détériorés,
05:10ne serait-ce que l'apparence visuelle ou même le toucher de la peau
05:15est complètement différent, complètement détérioré par les jours, les semaines.
05:21Oui, mais on peut quand même arriver à faire des prélèvements pour trouver l'ADN.
05:24Oui, on peut faire des prélèvements, on arrive à faire de l'ADN sur des corps très anciens.
05:28Effectivement, il y a deux questions.
05:31La question cardinale de l'enquête criminelle, c'est qui est la victime ?
05:34À partir du moment où on a identifié la victime,
05:37on a un environnement, on a une famille, on a des gens qu'il fréquente,
05:40il a fait état de menaces, il a fait état,
05:41tiens, je vais boire un pot avec un tel demain soir jusqu'au moment où il a disparu.
05:45Tant qu'on n'a pas l'identification, c'est très compliqué.
05:48Là, il y a une difficulté qui s'ajoute à celle-ci,
05:50c'est que le suspect qui est en garde à vue, c'est un SDF.
05:52C'est-à-dire que, par définition, il n'y a pas de domicile,
05:56il n'y a pas forcément d'environnement autrement que d'autres SDF
05:59qui sont très difficiles à entendre.
06:01La logique, maintenant, on disait ce matin qu'il y avait une deuxième personne en garde à vue.
06:06La logique pouvait être que les policiers, ayant interpellé la première personne,
06:11se rendent compte, au bout d'un certain temps, tout simplement,
06:13par les réponses qu'ils donnent aux questions,
06:15qu'il n'est pas possible, qu'il est comme il est fait,
06:17mais que l'enquête continuant, ils aient un deuxième suspect.
06:20Dans ce cas-là, certainement, il aurait été déjà mis fin à la première garde à vue
06:25parce que le deuxième suspect a été mis en garde à vue ce matin en milieu de matinée.
06:29Le temps de clôturer la procédure et de remettre le premier suspect dehors,
06:33ça serait terminé.
06:34S'ils sont tous les deux en garde à vue, on est plutôt dans la logique d'une coaction.
06:37On les confronte dans ces cas-là ou pas ?
06:38Alors, ça dépend.
06:40Généralement, on sépare les personnes, au moins jusqu'au moment, je dirais,
06:45où on a épuisé les questions principales et où on a des contradictions.
06:49Ensuite, si un des deux dit « c'est pas moi, c'est l'autre »,
06:52et que l'autre dit « c'est pas moi, c'est le premier »,
06:54à ce moment-là, on va pouvoir les mettre en présence et leur dire
06:56« maintenant, on veut une explication ».
06:57Ça peut créer un choc psychologique.
06:59Quand on a deux personnes en garde à vue, on n'est pas obligé,
07:03on ne leur dit pas forcément qu'on a une autre personne à côté,
07:06mais ils ne se croisent pas, ils ne se voient pas tant que l'officier de police judiciaire
07:09qui, à la main, n'a pas décidé de le faire volontairement.
07:11On regarde le fichier aussi des personnes disparues.
07:14Pour les personnes disparues, vous savez, il y a le FPR,
07:16le fameux fichier des personnes disparues,
07:17qui n'est pas uniquement un fichier criminel,
07:20qui est aussi un fichier de police administrative,
07:22c'est-à-dire des gens qui ont disparu,
07:24qui sont signalés comme manquants.
07:26Normalement, si le travail a été bien fait, si les familles les ont signalés,
07:29sont dans le fichier des personnes recherchées.
07:31Lorsqu'on aurait identifié les personnes dont les corps
07:35n'ont pas encore été identifiés,
07:37c'est évidemment un outil dont on pourra se servir.
07:39Mais qu'est-ce qu'il reste ? Pas grand-chose.
07:40Le FNAEG, le fichier national des empreintes génétiques,
07:43s'ils sont déjà connus,
07:44le traitement des antécédents judiciaires,
07:46si on arrive à les identifier,
07:47mais quand on est de l'été et corps,
07:48pour le moment, c'est assez difficile.
07:49Il y a une hypothèse aussi,
07:50c'est qu'on est affaire peut-être au milieu des SDF
07:54ou des marginaux,
07:55ce qui complexifie la tâche des enquêteurs.
07:57Absolument, parce qu'on n'a pas d'accroche
07:59sur les auteurs potentiels.
08:00Mais les enquêteurs ont quand même une chance,
08:02c'est comme je le disais tout à l'heure,
08:03étant donné que le premier,
08:04au moins le premier suspect,
08:06placé en garde à vue
08:07et soupçonné de meurtre en concours,
08:11les enquêteurs n'ont pas 48 heures,
08:12mais 96 heures pour l'interroger.
08:14Autrement dit,
08:15ils ont jusqu'à dimanche midi pour l'interroger,
08:18essayer de le faire parler
08:19et lui soutirer des informations
08:20quant à ce premier meurtre.
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