- il y a 6 mois
Un passager du RER a donné l'alerte après avoir repéré un corps flottant dans la Seine au niveau de Choisy-le-Roi, mercredi 13 août. Trois autres cadavres ont été découverts par les autorités dans la foulée, mais n'ont pour l'heure pas été identifiés. Meurtre, suicide, accident... Aucun lien n'a été établi entre eux, à ce stade. On y revient avec : Chloé Giraud, journaliste de BFMTV, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Célia Vallet, journaliste police-justice de BFMTV. Karine Dabadie, médecin légiste, co-auteure de "Corps, corps, corps - Carnet d'une médecin légiste". Et Jacques Morel, Général de gendarmerie, ancien patron de la section de recherches de Versailles.
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00:00Première affaire dont nous allons parler maintenant dans BFM Story, c'est ce mystère des quatre cadavres découverts dans la Seine à Choisy-le-Roi.
00:09C'est Chloé Giraud qui est sur place pour BFM TV. Vous êtes à l'endroit où ont été repêchés les cadavres de ces quatre hommes dont le premier avait été repéré par le passager d'un RER.
00:17Exactement, tout a commencé par le signalement de ce passager du RER puisqu'on va essayer de vous montrer mais en fait le RER C ici à Choisy-le-Roi passe tout près de la Seine, vraiment en bordure de Seine ici de l'autre côté de cette rive et c'est donc cet homme qui a remarqué un corps qui flottait dans la Seine et qui a alerté la police.
00:40Une fois la police arrivée sur place, elle a donc bien découvert le corps d'une personne qui flottait au bord de l'eau et un petit peu plus tard, c'est cette fois-ci la brigade fluviale qui est intervenue et qui a découvert non pas un corps mais trois corps supplémentaires,
00:58ce qui fait donc quatre au total, plusieurs corps dans des situations un petit peu différentes, l'un qui flottait lui aussi dans l'eau, un autre qui était coincé dans les branchages et un dernier qui était en train de dériver avec le courant.
01:14C'est une découverte qui surprend beaucoup ici les habitants surtout par le nombre de corps qui ont été retrouvés, quatre au même endroit, cela suscite beaucoup d'interrogations et pas mal de questions ici du côté des habitants.
01:30Pour le moment, on ne sait pas s'il y a un lien entre ces quatre corps, en tout cas ce que le parquet de Créteil nous a expliqué, c'est que c'était peut-être la configuration de la Seine ici qui faisait que plusieurs corps se retrouvaient au même endroit.
01:44Une autopsie en tout cas va être pratiquée sur ces quatre corps pour déterminer notamment les circonstances des décès.
01:50Chloé Giraud avec Bruno Ferrault a choisi le roi pour BFM TV. Merci Chloé. Célia Vallée du service police justice de BFM TV.
01:59Alors est-ce qu'on a déjà quelques indications sur ces quatre hommes ? Qui ils sont ?
02:03Alors selon les premiers éléments, c'est quatre hommes majeurs de type africain et nord-africain.
02:09Trois d'entre eux étaient habillés lorsqu'ils ont été retrouvés et un, le quatrième, était en partie dévêtu.
02:15Les corps étaient immergés depuis plusieurs jours dans la Seine, ça c'est ce qu'on sait, on ne sait pas exactement depuis quand, mais ils n'ont pas tous été immergés au même moment.
02:24C'est pour ça que les enquêteurs, ils restent prudents sur le lien qu'il y a entre les hommes pour l'instant.
02:29Sachant qu'à notre connaissance, personne n'a signalé la disparition d'un groupe de trois ou quatre personnes pour l'instant.
02:34Ce que l'on sait également sur l'endroit où les corps ont été repêchés, c'est que c'est un endroit où il y a beaucoup de courant et beaucoup de débit.
02:40Donc c'est ce qui a sans doute amené les corps à être amenés, à être retrouvés ensemble.
02:45Et l'enquête en elle-même, alors elle démarre sur quoi ?
02:47Ils ont été transportés pour l'instant à l'Institut Médico-Légal, ces quatre corps.
02:51Une autopsie a eu lieu pour l'instant, les autres sont en cours et ils ne sont pas identifiés ces hommes à l'heure où je vous parle.
02:58C'est le commissariat de Choisy-le-Roi qui a été saisi de l'enquête.
03:01Et en fonction des éléments qu'on peut avoir, si une piste criminelle est confirmée, par exemple, c'est la poli judiciaire du Val-de-Marne qui peut être saisie.
03:07Justement, nous sommes avec une médecin légiste, elle s'appelle Karine Dabadi, médecin légiste, co-auteur de Corcorcorcarné d'une médecin légiste.
03:14Bonsoir, docteur Dabadi, merci d'être en direct avec nous.
03:18Donc, quand des corps ont été immergés, sont restés longtemps pour certains, sont en décomposition, comment se passe l'autopsie ?
03:27Alors, que cherche-t-on en premier ?
03:29Alors, l'autopsie est toujours bien, beaucoup plus compliquée, effectivement, quand les corps ont été immergés pendant un moment et sont en état de décomposition.
03:38Il faut savoir qu'après le décès, donc, le corps va couler au fond de l'eau et c'est la putréfaction qui, progressivement, va faire remonter le corps en surface.
03:45Cette putréfaction, elle se développe plus ou moins rapidement en fonction de la température, entre autres, de l'eau.
03:50Donc, nous, notre travail, il reste toujours identique, c'est-à-dire qu'en salle d'autopsie, on va faire un examen externe du corps avant de passer à l'autopsie,
03:58sachant qu'en cas de corps particulièrement abîmé, les signes de noyade à l'examen externe du corps, on ne les retrouvera pas.
04:06Donc, on va essentiellement travailler avec les données de notre autopsie et certains dosages, notamment des analyses toxicologiques.
04:15On va rechercher aussi pour trouver, parce qu'on va nous demander quoi ? On va demander d'identifier le corps, on va demander de déterminer la cause du décès,
04:23de savoir s'il est décédé d'une mort violente autre que la noyade et de savoir si, effectivement, le décès a bien eu lieu de là où on a retrouvé le corps.
04:31Donc, pour l'identification, on va faire de l'ADN. Donc, l'ADN, on pourra le prélever essentiellement, on fera de la moelle osseuse,
04:39puisqu'on aura du mal à retrouver du sang sur les corps très abîmés. Ensuite, on va rechercher toujours des traces de violence, pour savoir si, effectivement...
04:46On va regarder s'il y a des plaies apparentes, notamment, c'est ça ?
04:50Oui, des plaies apparentes, exactement, des plaies apparentes. Ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'avant, on précède, effectivement, des échymoses, des hématomes,
04:57mais sont très difficiles à voir en cas, effectivement, de corps putréfiés, une blessure par arme à feu, des orifices d'entrée ou autre.
05:04Donc, c'est tout ce qu'on va rechercher. Il faut savoir qu'on précède, j'ai oublié de vous le dire, avant, on va faire soit des radiographies,
05:11soit un scanner du corps en entier, qui nous permet aussi d'avoir ces éléments, notamment en recherchant les traces de violence.
05:17Et ensuite, on va rechercher...
05:20Vous dites, pardon, docteur, mais le scanner, ça permet de voir les traces de violence, c'est-à-dire quoi ? Des fractures, c'est ça ?
05:27Notamment, si des ondes étaient brisées, c'est ça ?
05:30Exactement. On peut rechercher, effectivement, des fractures déjà, savoir s'il y a des corps étrangers métalliques, par exemple.
05:36On peut retrouver pas mal d'éléments déjà à l'autopsie, au scanner, par exemple, ou radiographie en fonction des services dans lesquels on travaille.
05:44Et ensuite, donc, on va s'orienter pour savoir est-ce que le décès a bien eu lieu par noyade ou pas.
05:51Sur un corps putréfié, c'est très difficile, parce que sur un corps non putréfié, on va rechercher une congestion polyviscérale, des signes de macération.
05:58Là, on va essentiellement travailler avec ce qu'on a, et entre autres, on va faire des dosages, notamment de diatomées.
06:04Ce sont des micro-organismes dont on va doser au niveau du rein, du poumon, du cerveau, du foie.
06:10Et il faudra comparer le dosage de ces micro-organismes avec ce que l'on va retrouver dans l'eau dans laquelle ils ont été retrouvés.
06:18Ça, c'est extrêmement important.
06:19Docteur Dabadi, aujourd'hui, ce qui est primordial, c'est effectivement l'ADN, c'est-à-dire que les policiers comptent sur vous pour leur fournir très rapidement une trace ADN, un échantillon ADN.
06:31Ça se fait comment ? En combien de temps ? Parce que les cadavres, ces liens ont été retrouvés hier soir, c'est ça ? Ils sont à l'Institut médico-légal depuis ce matin ?
06:41Depuis, ils ont été retrouvés hier. On n'a pas le même degré d'immersion dans l'Institut.
06:45Donc, ça veut dire que vous avez d'ores et déjà fourni, l'IML peut d'ores et déjà fournir des échantillons ADN ?
06:51Bien sûr, en prélevant de la moelle osseuse, il n'y a aucun problème pour retrouver de l'ADN.
06:56Sur les corps putréfiés, c'est essentiellement là-dessus qu'on va travailler puisqu'on n'aura plus de sang, les organes seront trop abîmés pour qu'on préleve ailleurs,
07:03mais on aura de la moelle osseuse qu'on pourra fournir effectivement tout de suite pour faire des analyses.
07:07Et après, le délai, ça dépend du laboratoire qui va effectuer ces analyses.
07:12Moi, j'avais l'habitude de travailler notamment avec IRCGN. On a fait des résultats assez rapidement.
07:17Mais je pense que là, pareil, au niveau de l'IML de Paris, les résultats arriveront rapidement.
07:24Ce qui veut dire que pour vous, quand quatre cadavres arrivent, qu'on a retrouvé au même endroit,
07:30même avec l'immersion prolongée, vous pouvez rapidement arriver à savoir s'il s'agit,
07:36mais simplement vous, en tant que médecin, en attendant l'enquête policière,
07:40s'il s'agit d'un meurtre, s'il s'agit d'un accident ou quoi que ce soit, vous pouvez arriver à déterrer ou même d'un suicide.
07:46Même sur un corps très abîmé, effectivement, on va pouvoir dire très rapidement, sur l'examen externe du corps,
07:55s'il s'agit effectivement d'un décès par noyade ou d'un décès avec intervention d'un tiers.
08:00Donc s'il s'agit effectivement d'un meurtre ou s'il s'agit d'un décès par noyade classique.
08:05Ça, c'est quelque chose qu'on va pouvoir faire rapidement.
08:08L'identification, effectivement, ce sera les analyses ADN puisque le corps est très abîmé.
08:13On ne peut pas travailler sur les empreintes digitales, on ne peut pas travailler là-dessus.
08:17On peut travailler aussi sur autre chose.
08:19Si on n'a pas assez d'ADN, c'est tout ce qui est odontologie.
08:22Donc si on avait, mais là, on ne sait même pas de qui il s'agit.
08:26Donc on ne pourra sûrement pas comparer avec des analyses.
08:30Donc ça, on ne peut pas le faire comme on pourrait le faire dans d'autres cas.
08:33Et bien évidemment, on pourra dire d'emblée même sur un corps abîmé,
08:36s'il y a des traces de blessures par arme blanche ou par arme à feu.
08:41C'est plus difficile tout ce qui est effectivement strangulation.
08:43Le corps est trop abîmé, on ne pourra pas le dire.
08:45Voilà, on recherche effectivement si on a des traces pour savoir si le patient a été des traces de lien,
08:52des choses comme ça.
08:52Ça, on pourra dire très rapidement.
08:54Ensuite, ce sont les analyses qui pourront permettre de confirmer ou pas le décès par noyade.
09:00– Merci docteur Dabadi, Karine Dabadi, donc médecin légiste d'avoir été avec nous.
09:05Jacques Morel, général Morel, bonsoir.
09:07Ancien patron de la section de recherche gendarmerie de Versailles.
09:11Quatre corps que l'on retrouve, enfin d'abord c'est un seul qui est repéré
09:14et lorsque la brigade fluviale arrive, elle en découvre trois autres.
09:18Vous qui avez de l'expérience, qui avez vu des affaires,
09:20ça peut vous rappeler quelque chose ?
09:22C'est assez inédit pour vous dans votre mémoire d'enquêteur ?
09:24– La seule affaire où il y avait une découverte multiple de corps,
09:27si vous voulez, dans la Seine, déjà dans les Yvelines,
09:30c'était en fait une découverte de corps à la suite d'un accident de voiture
09:33où des gens rentrant de discothèques, en fait, avaient perdu le contrôle de leur véhicule,
09:38étaient tombés dans l'eau, avaient réussi à s'extraire de la voiture,
09:42ce qui est déjà un exploit, mais n'étaient pas suffisamment bons nageurs
09:48pour s'en être sortis.
09:50Là, ce qu'il y a quand même d'atypique, si vous voulez,
09:52c'est que sur un fleuve où il y a quand même pas mal de passages,
09:55parce que je vous rappelle que la Seine, il y a beaucoup de circulation,
09:58que ce soit des circulations touristiques ou circulations de transit de matériaux,
10:04c'est souvent les mariniers qui repèrent un cadavre,
10:09ou les éclusiers, puisque…
10:10– C'est ce qu'on voit, voilà, on est sur ces bords des Seines de ce côté,
10:13on voit d'ailleurs, voilà, il y a pas mal de circulation,
10:15et puis de l'autre côté, on a le RER qui passe,
10:18il faut rappeler que c'est un passager du RER,
10:19qui simplement, en étant à la fenêtre du RER, a vu un cadavre et l'a signalé.
10:25– Oui, c'est complètement atypique, si vous voulez.
10:28D'habitude, comme je vous le dis, c'est soit les mariniers,
10:31soit dans les écluses, puisque sur la Seine, il y a un certain nombre d'écluses,
10:35et les corps font pas mal de chemin sur le fleuve,
10:40et sont bloqués dans les écluses.
10:43Donc, qu'on retrouve plusieurs corps dans une écluse,
10:46ça serait, si vous voulez, comprensible, mais là,
10:49quatre corps pratiquement au même endroit,
10:52on a du mal à penser qu'au moins pour trois d'entre eux
10:54qui ont l'air d'être du même type, qui sont habillés,
10:58ça soit pas la même affaire.
10:59– Prenons l'exemple de l'accident de voiture,
11:02que vous avez évoqué tout à l'heure,
11:03qui vous revient en mémoire dans votre carrière.
11:06Si c'est un accident de voiture, admettons, partons sur cette hypothèse,
11:10est-ce que la voiture, on peut imaginer qu'elle soit loin, proche,
11:14qu'on la retrouve assez rapidement,
11:16ou pas ?
11:17– Je pense que les plongeurs de la préfecture de police,
11:19ils ont déjà fait, si vous voulez, cette recherche.
11:22Bon, la Seine, à cette saison, elle n'est pas encrue,
11:26donc les plongeurs sur une voiture,
11:29ça serait pour rechercher une arme, je ne dis pas,
11:32mais pour trouver une voiture,
11:33au droit de l'endroit où sont découverts les corps,
11:37je pense que les plongeurs, ils l'auraient retrouvée,
11:39la voiture, une fois qu'elle est au fond,
11:41elle ne bouge pas, elle reste sur place.
11:44Parfois, certaines sont retrouvées très longtemps après,
11:47quand il n'y a pas eu d'alerte en disant qu'il y a un véhicule
11:49qui est tombé dans l'eau.
11:50– C'est lié à ce que vous disiez, de ce que l'on sait des quatre hommes,
11:52tout à l'heure, c'est qu'elles sont tous les quatre,
11:54de type nord-africain, c'est ça ?
11:56– De type africain et nord-africain, c'est quatre hommes majeurs, oui.
11:59– Donc, on va chercher aussi si des disparitions ont été signalées très récemment,
12:04j'imagine que c'est là-dessus aussi qu'on va compter, on va regarder.
12:07– Bien entendu, le fait qu'il y en ait trois qui soient apparemment de même origine
12:13et habillés, c'est des gens qui sont…
12:18parce qu'à cette période, on a des gens qui vont se baigner,
12:20on pourrait penser que c'est des gens qui avaient un peu pris de l'alcool ou de la drogue,
12:26qui ont voulu se baigner parce qu'ils avaient trop chaud,
12:27mais là, ils ne sont pas du tout en tenue de partiellement dénudés.
12:32Bon, celui-là est peut-être à exclure de l'équipe, là,
12:36mais dans une zone géographique très rapprochée,
12:39de trouver quatre corps, c'est complètement atypique.
12:43– Est-ce qu'on peut imaginer aussi des règlements de compte ?
12:46– Ça, l'autoxy, si vous voulez, va permettre,
12:50comme le disait le médecin légiste, un scanner,
12:52ça permet de trouver s'il y a des corps étrangers à l'intérieur des corps,
12:56s'ils ont été percutés par des projectiles.
13:00Bon, dans le deuxième temps, on saura avec l'analyse des viscères
13:04si c'est des gens qui étaient pris de boissons, sous stupéfiants, sous médicaments.
13:10– Prenons une autre hypothèse, que ce soit aussi des étrangers.
13:14Là, ça va être compliqué aussi de voir qui ils sont,
13:17s'ils sont des papiers, s'ils sont répertoriés quelque part ou pas,
13:20puisque vous parlez de type africain ou nord-africain.
13:23Donc, on a les deux hypothèses, français ou étrangers aussi.
13:26– A priori, si vous voulez, il n'y a pas trop de trafic de migrants sur la Seine.
13:31Ce n'est pas très connu, en tous les cas, comme circulation pour les migrants, la Seine.
13:37Mais pourquoi pas ? On en retrouve dans des voitures en train de passer les frontières,
13:41on en trouve dans les avions, pourquoi pas sur la Seine ?
13:45Ça pourrait être une explication qu'ils étaient balancés par des passeurs
13:50après avoir encaissé le passage, par exemple.
13:53Le mystère des quatre corps retrouvés dans la Seine.
13:56Merci Célia Vallée et Jacques Morel d'avoir été avec nous.
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