- il y a 1 an
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Stéphane Boudsocq du 20 août 2025.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00RTL Matin
00:02Les vacances d'été se poursuivent, sachez-vous, sont déjà terminées pour vous.
00:07On va donc commencer à prononcer le mot « rentrer ».
00:09Et au chapitre économique et politique, ça veut dire que le budget 2026 est en préparation.
00:15On sait que le Premier ministre François Bayrou souhaite trouver 44 milliards d'euros d'économies
00:20pour faire baisser le déficit de l'État.
00:22Et ces économies, elles vont aussi toucher nos collectivités locales.
00:27Un invité de RTL ce matin, Philippe Laurent. Bonjour à vous.
00:31Bonjour.
00:31Vous êtes le vice-président de l'Association des maires de France.
00:35Les maires qui sont directement concernés par cet effort demandé par Matignon.
00:40Si je dis qu'ils sont inquiets et très en colère, est-ce que je résume bien l'état d'esprit général ?
00:46Écoutez, oui, globalement, je crois qu'il faut que le gouvernement comprenne que cet argent,
00:51ce n'est pas de l'argent donné à des maires, en réalité.
00:56C'est de l'argent qui sert à faire fonctionner les services publics de proximité.
00:59Vous parlez de la rentrée, il y a la rentrée scolaire qui arrive, la rentrée des crèches,
01:03des centres de loisirs, les équipements sportifs, les équipements culturels.
01:07Ça sert aussi à entretenir le patrimoine des communes.
01:11Ça sert à investir dans de nouvelles infrastructures, dans de nouveaux bâtiments publics.
01:16Enfin bref, c'est de l'argent qui est destiné finalement à la vie courante des Françaises et des Français.
01:23Et donc, nous expliquons cela sans discontinuer depuis des années et des années,
01:28en disant que priver les collectivités locales des moyens qui leur sont dus,
01:33ce n'est pas une bonne politique.
01:36Par ailleurs, les collectivités, vous le savez sans doute, sont les premiers investisseurs publics du pays.
01:41Si elles n'investissent plus, c'est d'autant moins de commandes passées aux entreprises de travaux publics et de bâtiments.
01:48C'est donc de l'emploi en moins sur les territoires.
01:52Enfin bref, les collectivités sont vraiment des acteurs économiques à part entière.
01:56Et les priver de moyens, ce n'est pas une bonne solution.
02:00Nous l'avions déjà dit d'ailleurs lorsque, vous vous en souvenez,
02:03la taxe d'habitation a été supprimée il y a quelques années,
02:05privant aussi les collectivités locales et notamment les communes de certaines ressources.
02:10Donc, ce n'est pas une bonne solution.
02:12Nous, nous comprenons parfaitement qu'il faut naturellement que les dépenses publiques,
02:17en tout cas que le solde entre les dépenses et les recettes publiques, diminue.
02:23Nous sommes aujourd'hui à plus de 5%, il faut descendre à 3%.
02:26Nous sommes d'accord sur cet objectif.
02:28Mais nous pensons que ce n'est pas en privant les collectivités locales de moyens
02:33qu'on y arrivera avec le maintien de la cohésion sociale dans notre pays.
02:37C'est vraiment un sujet majeur dont nous essayons de convaincre naturellement
02:42le gouvernement et le Parlement.
02:43Philippe Laurent, est-ce que vous diriez qu'avec ces réductions qui vous sont demandées,
02:47je crois que l'État demande plus de 5,5 milliards d'euros d'efforts aux collectivités locales,
02:52vous diriez que certaines communes sont menacées de mort budgétaire ?
02:56Les conséquences peuvent être vraiment graves ?
02:59Les conséquences, c'est la diminution des services publics.
03:01Déjà, un certain nombre de communes ont procédé à des diminutions des horaires d'ouverture des crèches.
03:06Elles l'ont fait aussi sur les piscines.
03:08Il y a des communes où les piscines ne sont ouvertes que la moitié du temps
03:10parce qu'une piscine, ça coûte très cher à faire fonctionner.
03:14Il y a aussi une dégradation de la qualité de notre patrimoine.
03:18Par exemple, la France était considérée comme ayant un excellent réseau routier
03:22il y a une vingtaine d'années.
03:24Aujourd'hui, nous sommes au 20e niveau.
03:27Nous avons descendu en qualité par rapport à beaucoup d'autres pays
03:30sur la qualité du réseau routier.
03:34Or, les collectivités locales, les communes, elles-mêmes,
03:38c'est 700 000 kilomètres de voirie sur à peu près un million de kilomètres de voirie au total.
03:43L'État, lui, d'ailleurs, ne fait plus rien, même sur les quelques kilomètres qu'il lui reste à gérer.
03:49Donc, on a vraiment un vrai sujet de compréhension du rôle vraiment très actif
03:55des collectivités locales dans la vie quotidienne du pays et des habitants.
03:59Philippe Laurent, je rappelle que vous êtes le vice-président de l'Association des maires de France,
04:03une association qui est très écoutée.
04:05Où en êtes-vous des discussions ou peut-être des négociations, d'ailleurs,
04:08vous allez nous dire, avec le gouvernement sur ce dossier ?
04:10Vous le disiez, on vous en parlait depuis des mois, des années maintenant.
04:13Est-ce qu'il y a écho à ce que vous pouvez dire en ce moment, par exemple, au cabinet du Premier ministre ?
04:18Oui, alors nous avons eu pas mal de réunions au mois de juin, y compris au mois de juillet.
04:24Nous en avons toujours, de manière un peu moins dense pendant le mois d'août.
04:29Ça va reprendre en septembre, très probablement.
04:31Mais je dois dire que nous avons des interlocuteurs qui sont parfois compréhensifs
04:34dans les cabinets ou dans les administrations.
04:37Mais il n'empêche que le bulldozer de Bercy continue à avancer,
04:41dans un sens qui, comme vous le voyez, ne nous convient pas.
04:45D'ailleurs, le Sénat lui-même a fixé une limite.
04:48Il a dit, bon, quelques efforts sont probablement possibles,
04:52mais à hauteur de 2 milliards au maximum.
04:55Là, pour l'instant, nous sommes avec une demande d'efforts à plus de 5 milliards d'euros.
05:00Et c'est sans doute d'ailleurs un peu plus que ça,
05:02parce qu'il y a toute une série d'efforts qui sont demandés à d'autres acteurs
05:05et qui auront forcément des répercussions sur les collectivités locales.
05:09Vous savez, quand vous privez de moyens ou quand vous diminuez les moyens du monde associatif,
05:15ça se répercute à un moment donné sur les collectivités locales,
05:18parce qu'en fait, la commune, c'est le dernier échelon.
05:21Si la région n'a plus d'argent, le fusion ne renseigne plus.
05:24Si le département n'a plus d'argent, il ne subventionne plus.
05:26Et au dernier moment, c'est la commune qui, finalement, doit faire la différence.
05:32Et elle n'y arrivera pas.
05:34Donc, par conséquent, nous alertons vraiment sur le risque de diminution du niveau de service
05:39pour des choses du quotidien, école, crèche, etc.
05:43Et sur la diminution des investissements qui ne manquera pas de se produire
05:47si les projets du gouvernement vont au bout.
05:51On entend bien le constat que vous faites ce matin sur RTL, Philippe Laurent.
05:54L'étape d'après, quelle est-elle ?
05:56Quelle est votre marge de manœuvre, si vous ne deviez pas être entendu ?
06:00Alors, bien sûr, il y a toujours la marge de manœuvre fiscale,
06:05parce que les communes ont encore,
06:07ce sont d'ailleurs les seules collectivités qui ont encore un impôt à leur disposition,
06:11c'est la taxe foncière.
06:12Et donc, on a toujours la possibilité, en tout cas juridiquement,
06:17de faire progresser le taux de la taxe foncière.
06:20Alors, les maires, vous savez, ils n'augmentent pas les impôts par plaisir.
06:23Les maires vont essayer de tout faire pour préserver le niveau de service public,
06:26parce que c'est leur ADN.
06:28Ils sont là pour ça.
06:29Ils ont été élus sur un projet qui est à la fois d'équiper la commune
06:34et qui est de développer tout seul ou avec d'autres communes,
06:38dans le cadre des intercommunalités, par exemple, des services publics.
06:41Bon, et donc, à partir de là, ils vont essayer de tout faire.
06:45Mais naturellement, la taxe foncière, elle ne peut pas monter au ciel.
06:49Elle est déjà relativement élevée pour beaucoup de nos concitoyens
06:53qui sont propriétaires de leur logement.
06:57Et elle représente parfois deux mois de loyer, par exemple.
07:03Enfin, c'est quelque chose de très important.
07:04La taxe foncière, c'est devenu très important.
07:06Donc, à un moment donné, elle atteint un maximum
07:08et on ne peut pas aller bien au-delà.
07:10Donc, en fait, nous sommes coincés.
07:12Si vous voulez, la seule solution, ce sera encore une fois,
07:14je me répète, mais c'est vraiment très important de le dire,
07:18c'est la diminution de l'investissement
07:19et c'est la diminution du niveau de service.
07:21C'est la fermeture des services publics.
07:23Il n'y a pas d'autre solution.
07:25L'an prochain, il y a un rendez-vous important,
07:27ce sont les élections municipales.
07:28Est-ce que ces restrictions de budget et les conséquences
07:31que l'on comprend bien ce matin en vous écoutant sur l'avis de vos administrés,
07:35vous, les maires de France,
07:36est-ce que c'est un motif de renoncement à un nouveau mandat pour les élus actuels ?
07:41En tout cas, c'est un motif de découragement
07:43parce que les maires qui ont été élus, notamment en 2020,
07:47avaient dans la tête un certain nombre de projets.
07:50Ils s'étaient d'ailleurs engagés auprès de leurs électeurs sur un certain nombre de projets
07:54et beaucoup n'ont pas pu aller au bout de ces projets.
07:58Donc, ils voient ce mandat comme une forme d'échec
08:02et ils n'ont pas envie de perpétuer leur engagement,
08:06ce qui est extrêmement dommage parce que nous avons besoin des maires.
08:09Je rappelle, il y a 35 000 communes en France,
08:11il y a à peu près 500 000 élus municipaux au total
08:14parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a le maire
08:16et puis aussi tout le conseil municipal avec les adjoints, les conseils municipaux.
08:19Ça représente plusieurs centaines de milliers de personnes
08:22et si ces personnes-là n'ont plus envie ou sont découragées
08:26pour s'engager pour le bien commun,
08:28c'est quand même un vrai problème pour notre démocratie et pour la République.
08:31C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, l'Association des maires de France
08:34a lancé une campagne sur ce thème, sur le thème de l'engagement,
08:38mais naturellement, les circonstances budgétaires que nous venons d'évoquer
08:43ne vont pas dans le bon sens,
08:45comme d'ailleurs ne va pas non plus dans le bon sens
08:46les agressions qui se multiplient envers les maires
08:50de la part d'un certain nombre d'administrés.
08:52Donc, il y a un malaise autour de tout cela que nous essayons de combattre,
08:56en lien d'ailleurs avec le gouvernement.
08:57Donc, là-dessus, nous avons un travail en commun qui est plutôt positif,
09:02mais enfin, on a beaucoup de travail.
09:03Vous avez raison, à ces questions budgétaires s'ajoutent évidemment
09:07les problèmes de responsabilité pénale des élus,
09:10mais aussi, malheureusement, vous le disiez, de plus en plus,
09:12la sécurité des élus.
09:13Il y a dix jours, on prend un cas concret,
09:15on en a parlé sur RTL,
09:17c'est le maire de Villeneuve-de-Marc, en Isère,
09:19qui a été sauvagement attaqué, gravement blessé.
09:22C'est un cas parmi beaucoup d'autres.
09:24Ça aussi, ça se multiplie,
09:25et j'imagine que ça ne favorise pas non plus
09:28les vocations, si je puis dire,
09:30et le renouvellement du personnel municipal.
09:31Bien sûr, c'est la raison pour laquelle,
09:34d'ailleurs, nous avons travaillé de manière étroite
09:37avec à la fois le Parlement, le Sénat en particulier,
09:40et le gouvernement,
09:41pour faire en sorte que les peines appliquées
09:44aux acteurs de ces faits soient alourdis
09:51et soient au même niveau que les peines appliquées
09:53aux délinquants qui s'attaquent aux personnes
09:56représentant l'autorité publique.
09:58Donc ça, on y est arrivé,
10:00il y a une loi en 2024 qui a été votée,
10:02mais il y a encore des choses à faire,
10:03il faut accélérer la rapidité de la réponse pénale,
10:08il faut donc essayer de rassurer
10:11le plus possible
10:12tous nos collègues élus.
10:14Vous avez parlé de cette agression
10:16il y a quelques semaines,
10:17et je rappelle que nous sommes
10:18à quelques jours près,
10:20au sixième anniversaire,
10:21de la mort d'un de nos collègues,
10:23qui était le maire de Signe,
10:24et qui a trouvé la mort
10:25pendant une intervention
10:26où il a empêché des personnes
10:29de déposer,
10:30de faire des dépôts sauvages
10:31sur le territoire de la commune.
10:32On vient de vous entendre
10:34à nous parler de la situation
10:35pas facile et des communes
10:36et des élus, des maires.
10:37Question personnelle,
10:38pour terminer,
10:39Philippe Laurent,
10:40vous êtes le maire de Sceaux
10:41dans les Hauts-de-Seine
10:42depuis 2001.
10:43Est-ce que l'année prochaine
10:44vous repartez pour un cinquième mandat,
10:46par exemple ?
10:47Écoutez, je suis naturellement
10:49toujours en réflexion sur ce sujet.
10:53Ah oui, en réflexion,
10:54donc ce n'est pas décidé.
10:55Oui, en réflexion.
10:56Non, ce n'est pas décidé.
10:57Ça va se décider d'ici probablement
10:59la fin de l'année.
11:00Mais je consulte beaucoup
11:01et c'est vrai que je suis maire
11:04depuis maintenant 4 mandats.
11:07Il y a encore énormément
11:08de choses à faire
11:09dans des situations
11:10qui sont pour Sceaux,
11:12comme pour toutes les autres communes,
11:14de plus en plus complexes.
11:16Alors, je me dis que l'expérience
11:18que j'ai pu acquérir
11:20peut quand même servir
11:21dans ce type de situation.
11:23Mais d'un autre côté,
11:24c'est vrai que c'est un mandat
11:25qui devient extrêmement exigeant,
11:28mais qui est un mandat
11:28qui reste tout de même passionnant.
11:30On l'a bien compris.
11:31Philippe Laurent,
11:32vice-président de l'Association
11:33des maires de France.
11:34Merci d'avoir été notre invité
11:36ce matin sur RTL.
11:37Bonne journée à vous.
Commentaires