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Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Olivier Bost du 10 juillet 2026.
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00:00Vous recevez Martin H. Dary, le président de l'Arcom.
00:02Comment garantir une campagne présidentielle équitable dans les médias ?
00:07Martin H. Dary, bonjour.
00:09Bonjour.
00:09Vous êtes à la tête de l'Arcom, souvent appelé le gendarme de l'audiovisuel.
00:13Redoutez-vous des dérapages, des fake news, des ingérences ?
00:17Une campagne 2027 sous tension dans les médias et pour vous ?
00:22Bien bonjour, merci de m'accueillir.
00:23Tout d'abord, permettez-moi de rappeler ce qu'est l'Arcom,
00:26qui est une autorité indépendante, qui est largement héritière du CSA.
00:30On a trois grandes missions.
00:31La régulation du paysage audiovisuel.
00:33On attribue des fréquences aux chaînes de radio et de télévision.
00:36On vérifie qu'elles respectent les engagements qu'elles prennent en échange de ces fréquences.
00:40On lutte contre le piratage en ligne des oeuvres culturelles, musicales, audiovisuelles
00:45et des programmes sportifs.
00:47Et de plus en plus, nous régulons le numérique.
00:51Le numérique, c'est l'ensemble des risques que ces nouveaux services
00:53qui sont dans la vie des Français suscitent.
00:56Notamment, les risques d'addiction, mais aussi les risques de désinformation,
01:00vous l'avez évoqué, les risques liés à la haine en ligne.
01:04On va revenir sur ces trois missions.
01:06Vous dites, pour les radios et les télés, c'est liberté et pluralisme.
01:10Le pluralisme, ça veut dire qu'il faut entendre toutes les opinions.
01:13En revanche, ça veut dire qu'il faut respecter des quotas pour les temps de parole
01:17des hommes et des femmes politiques.
01:19Ça veut dire aussi que ça ne permet pas d'avoir une ligne éditoriale libre.
01:23Est-ce que liberté et pluralisme, ça va ensemble ?
01:25C'est justement tout l'intérêt de notre mission et de l'organisation du débat démocratique.
01:30Le pluralisme, c'est le droit pour chaque Français
01:32à être confronté à une diversité d'opinions pour se faire sa propre idée.
01:36Et ça, c'est une condition essentielle de la démocratie
01:39qu'il faut concilier avec la liberté d'expression.
01:42Et notre mission, c'est que les chaînes de télévision et de radio soient libres,
01:46qu'elles aient leur ligne éditoriale,
01:47mais qu'elles respectent les obligations de pluralisme que la loi a définies.
01:51Vous l'avez dit, le pluralisme, c'est d'accorder à chaque parti politique
01:55un temps de parole correspondant à son poids dans l'électorat.
01:58Mais le pluralisme, depuis 2024, c'est aussi faire en sorte que dans les programmes en général,
02:04avec l'ensemble des invités, il n'y ait pas de déséquilibre manifeste,
02:08trop marqué, en faveur d'un courant d'opinion par rapport aux autres.
02:12Et qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que la liberté d'expression est menacée ?
02:16On ne peut plus rien dire.
02:18Alors, la liberté d'expression, elle n'est pas du tout menacée.
02:20On est là pour la protéger.
02:21Nous sommes saisis des dizaines de milliers de fois par an
02:24de la part de Français qui voudraient qu'on sanctionne ou qu'on fasse taire
02:28telle chaîne ou telle chaîne.
02:29Notre rôle, c'est de protéger les chaînes contre ces pressions, y compris politiques.
02:33Mais il y a des règles.
02:34Et la loi fixe des règles.
02:35Et les médias doivent les respecter.
02:37Martin Hdary, le débat politique se polarise.
02:40Est-ce que vous parlez, vous, de la nécessité d'un traitement éditorial
02:44particulièrement mesuré et prudent de la campagne électorale ?
02:47Ça veut dire quoi, concrètement ?
02:48Ça, c'est à la faveur d'une décision que nous avons prise récemment
02:51dans le cadre des municipales ou sur une chaîne de télévision.
02:55Un reportage suivi d'un débat particulièrement orienté,
02:59diffusé deux ou trois heures avant la fin de la campagne électorale.
03:02Le vendredi, nous a semblé dépasser les obligations de mesure et de traitement.
03:07Vous parlez clairement de CNews, la chaîne d'information qui est visée
03:10par une nouvelle mise en demeure par l'ARCOM.
03:12C'est la troisième depuis le début de l'année.
03:15Est-ce que CNews est en train de prendre le chemin de C8 ?
03:18C'est-à-dire de se diriger vers une fermeture de la chaîne
03:20pour des dérapages trop nombreux ?
03:21Non, ça n'a rien à voir.
03:23Déjà, C8 n'a pas été fermé.
03:24C8 a vu son autorisation d'émettre non renouvelée au terme de son échéance.
03:29Parce qu'effectivement, il y avait eu de nombreux manquements.
03:32Et pas assez d'engagement.
03:34Je ne sais pas.
03:34Ça, c'est la responsabilité de CNews.
03:36On a, nous, en tout cas, contrairement à ce que j'entends dire,
03:38on n'a aucune intention de fermer CNews.
03:40Puisqu'au contraire, l'ARCOM a autorisé CNews en 2024
03:43pour une nouvelle période de 10 ans.
03:45Ce que l'on souhaite, c'est que CNews, comme toutes les chaînes,
03:48exprime sa ligne éditoriale, sa spécificité,
03:51mais dans le respect des lois, du pluralisme
03:54et de l'ensemble des règles que les télévisions et radio doivent respecter.
03:57Sans doute, malgré vous, vous entrez quand même dans le champ politique.
03:59Maxime Saadat, le patron de Canal+, propriétaire de CNews,
04:02dénonce une décision politique avec un seul objectif,
04:05faire taire, puis faire disparaître une chaîne
04:08que des millions de Français choisissent librement de regarder.
04:10Vous dites que c'est faux ?
04:11Oui, c'est certainement faux.
04:12Bien sûr, la chaîne s'exprime comme toutes ses collègues
04:16du matin au soir et est disponible pour les Français.
04:19Nous, ce qu'on lui demande, c'est de respecter la loi
04:20et les engagements qu'elle a elle-même souscrit
04:23lorsque son autorisation a été reconduite.
04:25Mais est-ce que vous dites que CNews, aujourd'hui, joue avec les lignes rouges
04:28et cherche à remettre en cause la loi ?
04:33Si vous voulez, l'arbitre n'est pas là pour commenter le match.
04:36Donc, l'arbitre, il est là pour prendre une décision.
04:38S'il y a un manquement, une erreur, il est là pour la sanctionner.
04:41C'est à CNews de prendre ses responsabilités.
04:44Ils ont un projet éditorial.
04:46Il y a quatre chaînes d'information.
04:47C'est très bien qu'il y ait une diversité.
04:48Ce que l'on veut, nous, c'est qu'ils respectent les règles.
04:50Donc, quand CNews diffuse un reportage sur Rachida Dati
04:53à l'avant-veille d'une élection municipale,
04:57un reportage que vous avez considéré comme étant trop favorable à la candidate,
05:01ça, c'est une faute ?
05:02C'est un manquement.
05:04Et ce que l'on dit, notamment avant une élection présidentielle,
05:07puis législative très important,
05:09c'est qu'il ne faut pas que ce type de choix éditorial se reproduise
05:13parce qu'il n'est pas compatible avec les engagements de la chaîne.
05:16Les règles sur le pluralisme obligent donc les médias
05:18qui ont des fréquences d'inviter des gens de toute sensibilité
05:22pour avoir donc un bon débat démocratique.
05:24Est-ce qu'aujourd'hui, continuer de réguler la télévision, la radio,
05:28quand les réseaux sociaux, et notamment YouTube, ne le sont absolument pas ?
05:31Est-ce que ça a encore un sens ?
05:32C'est une vraie question.
05:33Oui, ça a un sens.
05:34En tout cas, c'est la loi.
05:35C'est ce que la loi nous demande.
05:36Et si on veut changer la loi,
05:37et ce que l'ARCOM fait, il faut que la loi soit adaptée.
05:41Moi, je crois beaucoup à la préservation d'un espace civilisé,
05:45de dialogue entre les différentes opinions
05:47qui s'expriment de manière mesurée
05:49pour que les Français ne soient pas confrontés uniquement
05:51à la polarisation, à la radicalité des réseaux.
05:54Donc vous dites qu'il faut réguler le monde numérique
05:56comme on le fait aujourd'hui pour les radios et les télévisions ?
05:58Alors, les télévisions et le numérique, ce n'est pas la même chose.
06:01Les télévisions, ce sont des programmes dans une durée
06:04qui est définie 24 heures par jour.
06:06Les réseaux, c'est des millions, des milliards d'heures.
06:09On ne peut pas contrôler tous les contenus.
06:11Néanmoins, ce que nous souhaitons,
06:12c'est qu'il continue à y avoir un espace régulé, civilisé
06:16pour l'ensemble des citoyens où le débat est lieu.
06:19Et par ailleurs, sur les réseaux sociaux,
06:21là, et les plateformes de partage de vidéos
06:23où de nombreux risques apparaissent pour les mineurs,
06:25des risques d'addiction, des risques pour la santé publique,
06:28des arnaques, que ces risques-là soient, eux,
06:30mieux régulés qu'ils ne le sont aujourd'hui.
06:32Et là, il y a des gros progrès à faire.
06:33Est-ce qu'il est possible aujourd'hui
06:34d'enlever tous ces contenus que vous décrivez,
06:36qu'ils soient violents, qu'il s'agisse d'appels à la haine,
06:40de violences, de tortures en direct,
06:42d'incitations au suicide, et j'en passe ?
06:44Est-ce qu'aujourd'hui, il est possible d'enlever tous ces contenus
06:47ou c'est devenu titanesque et hors de portée ?
06:49On ne peut pas tout enlever.
06:50Ce qu'on peut faire, c'est s'assurer, sous peine de sanctions,
06:52que les plateformes mettent en place des dispositifs de signalement,
06:56qu'elles retirent elles-mêmes,
06:57ce qui est manifestement contraire.
06:59On peut les faire fermer.
07:00On a fait fermer, il y a quelques mois,
07:02un site dont le nom est Watch People Die,
07:04« Regarde les gens mourir »,
07:06dont le principe était de montrer des vidéos
07:08de gens en train de mourir,
07:08et ça, on l'a fait fermer.
07:09Aujourd'hui, vous n'êtes pas débordé par ce...
07:12On est débordé au sens où
07:14la masse de services, de plateformes,
07:17de contenus est démesurée.
07:19C'est pour cela que les obligations,
07:20elles ne sont pas sur nous de vérifier chaque contenu,
07:23mais de s'assurer que ces acteurs,
07:24eux-mêmes, mettent en place les systèmes.
07:26Et par exemple, lorsque la protection
07:29ne peut pas être suffisamment assurée,
07:31interdire pour certaines catégories de population,
07:34les mineurs pour les services pornographiques,
07:36les moins de 15 ans demain pour les réseaux sociaux,
07:39là, notre rôle, ce sera de nous assurer
07:41que ces plateformes mettent en place
07:42une vérification d'âge.
07:44Autre phénomène, les audiences baissent.
07:47Télé, radio, la publicité est captée
07:49par les géants du numérique.
07:51Globalement, le secteur des médias,
07:52tous médias confondus,
07:53montre des signaux de fragilité économique.
07:56Êtes-vous inquiet pour l'avenir,
07:57pour la survie même des médias
07:59et de leurs rédactions ?
08:00Et donc, par conséquence,
08:01aussi pour la pluralité ?
08:02Nous sommes extrêmement inquiets.
08:05Alors, comme nous alertons autant
08:06que nous le pouvons sur la situation
08:07des médias professionnels
08:08qui produisent de l'information,
08:10pour la télévision,
08:11c'est un marché publicitaire.
08:12La publicité, c'est l'oxygène
08:13de la télévision, de la radio.
08:15C'est 10% de baisse en 2025
08:18et on a une tendance identique
08:20pour 2026.
08:22Le BFM a annoncé récemment
08:23la fermeture d'antennes
08:25d'informations locales.
08:27Des plans sociaux se multiplient
08:28dans la presse.
08:29Donc, il y a alerte.
08:30Et face à cette alerte,
08:31il faut faire quoi ?
08:33Aller vers des aides, par exemple,
08:35pour le secteur ?
08:35Je ne sais pas si c'est des aides.
08:36Il faut, en tout cas,
08:37s'assurer que lorsque des plateformes
08:39utilisent les contenus professionnels
08:41que vous, journaliste,
08:42vous produisez,
08:42se soient correctement rémunérés.
08:44Il faut lutter contre le piratage
08:46qui, pour l'écosystème des médias,
08:48est une plaie.
08:48Et il faut absolument
08:50rééquilibrer les règles
08:51du jeu concurrentiel
08:52sur le marché publicitaire
08:53parce que les plateformes
08:54n'ont quasiment aucune règle
08:55alors que les télés,
08:56les radios, la presse
08:58en ont qui sont
08:58beaucoup plus contraignantes.
08:59Une dernière question,
09:00Martin H. Dary.
09:01Dans le débat présidentiel,
09:02il est déjà question des médias.
09:04Privatisation du service public
09:05audiovisuel,
09:05ça c'est une idée portée
09:06par Marine Le Pen.
09:08Une loi anti-concentration
09:10pour Jean-Luc Mélenchon
09:11qui veut que personne
09:13ne puisse posséder
09:13plus d'un média,
09:14tous médias confondus.
09:15Qu'est-ce que vous pensez
09:16de tout ça ?
09:17Je pense que la présidentielle
09:19et les législatives
09:20sont le bon moment
09:20pour avoir ce genre de débat.
09:22Sur la concentration,
09:24je pense qu'il ne faut pas
09:25fermer la porte
09:26à des regroupements
09:27qui permettent d'avoir
09:28des acteurs plus solides
09:29face à ceux du numérique
09:30qui sont surpuissants.
09:31Mais il faut préserver
09:32le pluralisme
09:33et ça c'est un équilibre
09:34à trouver.
09:35Sur le secteur public,
09:36il faut vraiment insister
09:37que le secteur public
09:38en matière de production
09:39d'informations nationales,
09:41locales, internationales,
09:42en matière de couverture
09:43de grands événements
09:44de financement
09:45de la création audiovisuelle
09:46a un rôle très important.
09:47Ce rôle-là,
09:48il ne peut pas être assumé
09:50par une privatisation
09:51qui consisterait
09:52à prendre du marché publicitaire.
09:54Sinon,
09:55ça sera encore pire
09:56pour les médias privés
09:57qui jouent un rôle essentiel
09:58aujourd'hui
09:58et ça ne permettra pas
09:59de financer correctement
10:00ne serait-ce que le Tour de France.
10:01Le Tour de France,
10:02c'est un spectacle
10:03auquel tous les Français
10:03sont attachés.
10:04Il est gratuit.
10:05C'est un coût de production
10:06avec cette beauté d'image
10:07qui n'est possible
10:08que dans le cadre
10:09d'une subvention
10:09si on veut que ce soit gratuit.
10:11Si on veut que ça s'arrête,
10:12alors il faut accepter
10:13que ce soit payant.
10:14Merci beaucoup.
10:14C'est un choix politique.
10:15Merci beaucoup,
10:16Martin Hedary.
10:17Merci, Olivier.
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