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  • il y a 5 mois

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00:00Très bel été avec Europe 1, il est 7h12, dans quelques minutes vous avez rendez-vous avec les enfants d'Europe 1 et tout de suite place à votre invité Thomas Schneider.
00:07Nous sommes avec Joseph Tailleffet, bonjour, vous êtes secrétaire général de Plastalliance, le syndicat européen de l'industrie plastique,
00:15auteur du livre Plastic Bashing Lintox, aux éditions du Cherche Midi.
00:19Alors plus d'une centaine de pays, 174, sont réunis à Genève pour tenter de trouver le premier accord afin de limiter la production de plastique dans le monde jusqu'à demain.
00:29Joseph Tailleffet, n'est-il pas souhaitable de déplastifier notre société ?
00:33Ça c'est la position, on va dire, effectivement des adversaires du plastique et qui ont souvent des intérêts qui vont au-delà, on va dire, de la simple écologie.
00:43Moi je me souviens d'un article dans Le Monde, il y a quelques temps, qui disait que sans plastique on ne peut ni se nourrir, ni se loger, ni se soigner, ni avoir des loisirs, ni se protéger.
00:55Donc la question c'est que si on veut se déplastifier, c'est qu'est-ce qu'on met à la place ?
00:59Et aujourd'hui en fait, tous ceux qui proposent, on va dire, de supprimer, de réduire, d'interdire, ne proposent aucune alternative.
01:06Quand je dis alternative, c'est-à-dire qu'il faut que ce soit une alternative qui ait les mêmes propriétés,
01:09parce que le plastique en fait est la famille de matériaux qui est présente dans tous les secteurs et qui est adaptable à tous les secteurs,
01:16et qui est aussi également le même coût.
01:18Parce que ce qu'il faut savoir, c'est que remplacer le plastique par autre chose, c'est une mesure inflationniste.
01:23Donc au final, si on veut déplastifier, il faut que le consommateur, effectivement, s'attende à avoir son porte-monnaie qui va être touché de manière très intense.
01:31Après, on connaît les conséquences sur l'environnement, sur la santé, c'est-à-dire que, en fait, le plastique, ce serait la moins pire des solutions dont on dispose aujourd'hui ?
01:38Alors, vous nous dites qu'on connaît les conséquences.
01:41Alors, concernant l'environnement, oui, on voit une pollution qui existe.
01:44On a tous vu les grandes images qui permettent justement un petit peu d'interpeller de la tortue, de la baleine et tous ces éléments-là.
01:50Mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aujourd'hui, la pollution plastique, elle est quand même localisée dans des régions très spécifiques du monde.
01:5536% à peu près de la pollution plastique dans les océans, c'est les Philippines.
02:0036%, je veux dire, si vous prenez toute l'Europe en entier, c'est 0,6.
02:03La France, c'est 0,02.
02:05Nettoyer, on va dire, la France de son industrie plastique, quand on nettoie sa maison de 0,02%, on ne verra pas la différence.
02:11Et donc, aujourd'hui, si on veut effectivement traiter ce problème, il faut aller là où il y a les problèmes.
02:17Concernant les histoires sur la santé, là, on est un petit peu dans les mêmes débats qu'on a sur d'autres sujets,
02:22dans lesquels vous avez beaucoup de scientifiques qui disent qu'aujourd'hui, on n'a aucune preuve et aucune démonstration qu'il y ait un impact sur la santé.
02:30Malheureusement, les études qui disent cela ne sont malheureusement pas assez relayées.
02:34Par contre, ce qui est certain, c'est qu'effectivement, cette négociation au niveau international, on est dans un problème mondial, donc solution mondiale, est nécessaire.
02:42Maintenant, la question, c'est où est-ce qu'on met le curseur ?
02:45Et surtout, faisons attention à ce que ce ne soient pas les entreprises et les industriels occidentaux qui aient à en payer l'addition.
02:52Oui, parce que vous représentez le syndicat européen de l'industrie plastique et ne serait-ce pas dans l'intérêt, justement, de l'industrie plastique,
02:58de chercher à la fois des meilleures solutions pour recycler les plastiques, mais aussi pour en produire certains qui auraient moins d'effets néfastes ?
03:06Alors, au niveau européen, on est à l'avant-garde.
03:08L'Union européenne, on reproche souvent à l'Union européenne d'avoir mis en place beaucoup de réglementations,
03:12mais sur la partie plastique, elle a vraiment fait un très bon travail.
03:15Ça veut dire, d'un côté, il y a quelques années, elle a interdit des produits problématiques,
03:18les pailles, les touillettes, les picastèques, tous ces produits qui, au final, n'étaient pas vraiment fabriqués en Europe.
03:23Ça, ça va dans le bon sens ?
03:24Ça, ça va dans le bon sens, parce que c'est des produits qui étaient difficilement recyclables,
03:27parce que trop légers, trop petits, et en même temps, une paille était souvent fabriquée en Chine.
03:31Mais par contre, aujourd'hui, maintenant, elle n'est plus dans l'interdiction,
03:34elle est effectivement dans la circularité, et aujourd'hui, l'Europe avance sur des objectifs d'incorporation, de recycler,
03:39non seulement, par exemple, dans les emballages, mais également dans les véhicules.
03:42Par contre, au niveau des autres pays, eux, ils sont quasiment,
03:46enfin, on est l'Asie ou l'Afrique, ils sont quasiment au niveau zéro.
03:49C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si en France, parfois, ça vous arrive de trouver des déchets dans la nature,
03:53c'est souvent, en général, quand même, de l'incivilité.
03:56On a des poubelles, quand même, pour s'en débarrasser.
03:58Mais dans ces pays-là, la poubelle, c'est la rue.
04:00Et donc, les gens n'ont absolument pas la possibilité,
04:03même s'ils étaient de bonne foi et s'ils voulaient le faire,
04:05de pouvoir, on va dire, se débarrasser correctement de leurs déchets.
04:07Et donc, il est vraiment indispensable que les pays en développement,
04:10parce que la croissance mondiale, aujourd'hui, est concentrée dans ces pays-là,
04:14puissent avoir, on va dire, des systèmes de gestion de déchets
04:17qui soient quand même efficients, et qui permettent, on va dire, d'éviter d'avoir ces rejets,
04:21parce que les rejets en Asie arrivent au final chez nous.
04:23Oui, je pense notamment à ces objets plastiques, pas à usage unique,
04:28mais avec une durée de vie très courte, comme les petits ventilateurs de poche,
04:31aujourd'hui, qui sont produits principalement en Asie.
04:34Vous, vous souhaitez que le sommet qui se déroule en ce moment à Genève
04:37ne rejette pas la responsabilité sur les producteurs européens,
04:40mais cherche davantage à responsabiliser les autres acteurs internationaux de la production de plastique ?
04:45En fait, il faut lire les détails du texte, parce que le diable est dans les détails.
04:48Et en fait, dans la partie financière du projet de texte,
04:51il est quand même indiqué qu'il y aurait la possibilité de taxer les industriels
04:54des pays riches ou des pays développés,
04:57pour financer les infrastructures des pays, on va dire, en développement.
05:00Donc, en fait, c'est comme si vous demandiez, on va dire, à un boulanger
05:03de financer le four en Chine, quoi, vous voyez, d'un boulanger en Chine.
05:07C'est inacceptable.
05:08Moi, je suis d'accord pour qu'il y ait des financements pour ces pays-là,
05:11mais aujourd'hui, ces financements existent, ça s'appelle l'aide au développement.
05:14Et donc, aujourd'hui, ce qu'il faut faire, c'est de conditionner une partie de l'aide au développement
05:18pour ces pays à l'obligation d'investir dans des infrastructures de gestion des déchets
05:22et de collecte des déchets, mais pas de rajouter, on va dire, des taxes sur les entreprises
05:27qui, aujourd'hui, en France, en Allemagne et en Italie,
05:31et qui sont quand même, globalement, quand même très vertueuses.
05:33En France, on a beau, effectivement, ne pas être très, très bon dans le recyclage,
05:36comparé à d'autres pays européens, mais par contre,
05:38on n'est pas non plus un pollueur, en tant que tel,
05:41si on compare vraiment à d'autres pays asiatiques et africains.
05:43Si je pense à la crise Covid qui a mis en évidence le besoin que l'on avait
05:47en termes d'hygiène et de sécurité de produire du plastique aujourd'hui,
05:52est-ce que c'est une période qui a poussé, en tout cas,
05:55l'industrie plastique française et européenne à chercher à innover et à se réinventer à ce moment-là ?
06:00C'est un très bon exemple que vous citez là, parce que, vous savez,
06:02moi, je ne suis même pas pour le plastique, je suis pour l'industrie plastique européenne.
06:07C'est-à-dire que si demain, on avait 10 fois ou 100 fois plus de plastique en circulation,
06:11mais qu'il était fabriqué en Chine et aux Etats-Unis,
06:13moi, ça ne m'intéresse pas.
06:14Et pendant le Covid, qu'est-ce qui s'est passé ?
06:16On n'avait plus de masque.
06:16Or, les masques, c'était du plastique, c'est du polypropylène.
06:20Moi, je dis toujours à la population de se dire,
06:22attention, si demain, nous n'avons plus les outils de production présents en France ou en Europe
06:25pour fabriquer les produits dont nous avons besoin,
06:28notamment, par exemple, pendant les crises, les produits médicaux,
06:30mais également dans d'autres situations,
06:33en fin de compte, notre souveraineté va dépendre de l'étranger.
06:35C'est-à-dire qu'à un moment donné, nous allons devoir demander à d'autres pays de nous envoyer des bouteilles.
06:39C'est ce qui s'est passé d'ailleurs à Mayotte quand il y a eu les problèmes d'eau potable.
06:43Il faut quand même savoir que c'est l'île Maurice qui a quand même envoyé des bouteilles d'eau en plastique
06:47à Mayotte pour les désaltérer pendant un certain temps.
06:51Après, la France a pu envoyer des minéraliers français.
06:54Mais il faut vraiment faire attention à ce sujet-là,
06:56parce qu'aujourd'hui, c'est une industrie qui représente 1,5 million de salariés en Europe,
07:00dont 120 000 en France.
07:02C'est une industrie qui, comme le reconnaissent les ONG,
07:05d'une manière générale, au niveau mondial, est quand même en pleine croissance.
07:08C'est quand même à deux à trois fois de croissance d'ici les 20 ou 30 prochaines années.
07:12Et donc, la question est, est-ce que nous, on veut garder cet outil industriel
07:15ou est-ce qu'on veut laisser les Américains, les Chinois, les Brésiliens, les Indiens,
07:21les Sud-Africains ou les pays du Golfe,
07:23qui, eux, ne veulent absolument pas d'objectifs de réduction ?
07:27Donc, ils sont quand même opposés dans le cadre du traité à avoir des objectifs de réduction.
07:30Donc, ça va quand même être difficile d'avoir quand même un texte international
07:34sans quand même les pays qui représentent la majorité de la population,
07:37la majorité du PIB, la majorité de la puissance militaire.
07:40Et nous suivrons ces discussions jusqu'à demain, donc, à Genève.
07:43Merci beaucoup, Joseph Tailleffet, secrétaire général de Place d'Alliance, d'être venu sur Europe.
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