00:00Un artiste aux multiples talents, bonjour Arthur Cadre, vous êtes breakdancer, contentionniste,
00:05chorégraphe, entre autres choses, avec nous ce matin pour le grand spectacle que vous
00:10mettez en scène cette semaine aux arènes de Nîmes, le rêve du gladiateur, c'est jusqu'à
00:14vendredi, on va en parler bien sûr, mais d'abord si vous me permettez un petit retour
00:18en arrière, il y a un an pile, 11 août 2024, à cette heure-ci, Arthur Cadre, est-ce que
00:24vous vous souvenez où vous étiez et dans quel état vous étiez ?
00:28Bien sûr, j'étais au Stade de France.
00:30Déjà au Stade de France à 8h moins le quart ?
00:32Pardon, j'étais en train de me préparer, mais j'étais stressé, je pense que je devais
00:38sortir d'une répète ou quelque chose comme ça.
00:40Eh bien oui, parce que je le rappelle, c'était vous, le golden voyageur, le personnage principal
00:44de la cérémonie de clôture des JO de Paris, tout de doré vêtu.
00:49Un an plus tard, avec le recul, qu'est-ce que cette soirée, qu'est-ce que ce spectacle
00:54a changé pour vous ?
00:55Franchement, énormément de choses.
00:57Déjà, on est déjà un an plus tard et on m'en parle encore pratiquement tous les
01:01jours, n'importe où que j'aille, dans n'importe quel milieu.
01:05Il y a deux semaines, trois semaines, j'étais à Las Vegas.
01:07On m'en parlait encore, vraiment de manière random un peu.
01:11J'ai l'impression que c'est vraiment un personnage qui a marqué les gens, qui a marqué
01:16les esprits en tout cas.
01:17Et c'est aussi ce soir-là peut-être que le grand public français vous a vraiment
01:21connu, car vous avez fait une bonne partie de votre carrière jusque-là à l'étranger.
01:25Est-ce que depuis, la France vous tend les bras ?
01:29Oui, tout à fait.
01:29C'est pour ça aussi que j'ai l'occasion de faire le spectacle Le rêve du gladiateur
01:33aux Arèmes de Nîmes.
01:34Je pense que vraiment, ça m'a ouvert tout un tas de choses, de portes en France.
01:38Donc je suis très heureux de ça.
01:39Et vous remerciez pour ça Thomas Jolie, le metteur en scène de cette cérémonie
01:43des JO.
01:44Alors justement, retour en France avec ce grand show jusqu'à vendredi dans le magnifique
01:49écrin des Arèmes de Nîmes.
01:50Le rêve du gladiateur, c'est l'histoire d'un gladiateur qu'on pourrait dire suspendu
01:55entre la vie et la mort dans un empire romain qui ne se serait jamais effondré.
01:59D'abord, les Arèmes de Nîmes, c'est le lieu qui a inspiré, qui vous a inspiré
02:03l'histoire, peut-être la mise en scène aussi ?
02:05Oui, totalement tout.
02:06Je suis vraiment parti du lieu pour cette création-là.
02:09Parce que je pense que vraiment, c'est une forme de lieu qui est très intéressante.
02:13C'est une architecture avec une histoire qui est incroyable.
02:15Donc je pense que je ne pouvais pas vraiment ne pas partir de ce lieu-là.
02:19Et puis, vraiment cette idée d'histoire de gladiateur et en même temps de mélanger
02:24avec quelque chose d'un peu plus contemporain qui est le rêve, on va dire.
02:29Parce que le gladiateur, c'est une figure pour le coup vue et revue au cinéma.
02:34Vous avez voulu vous rester fidèle, si je puis dire, au stéréotype, sortir,
02:39aussi un peu des clichés ? Comment vous êtes sorti de ça ?
02:41Un peu des deux, oui.
02:42C'est vrai que j'ai maté un peu tous les peuplums avant de créer ce show-là.
02:47Mais oui, il y a tout un certain nombre de choses, de connotations.
02:51Bon, il y en a certaines qu'on est obligé d'utiliser, évidemment.
02:54Et puis, il y en a d'autres qui sont un peu moins intéressantes.
02:56Mais je voulais justement essayer de sortir de ça, essayer d'aller proposer quelque chose
03:00d'un peu plus artistique, de sortir de tous ces clichés-là.
03:05Mais effectivement, en fait, je suis parti du stipulat que ce gladiateur tombait dans un rêve.
03:12Ce qui me permettait, moi, artistiquement, d'aller chercher des choses très contemporaines,
03:16un peu plus artistiques, si je puis dire, et de m'affranchir d'une certaine vérité historique.
03:22Alors, ça donne concrètement 200 artistes et figurants sur scène, de la danse, des acrobaties,
03:28du théâtre, du chant, des chevaux et même des chorégraphies de moto.
03:33Vous n'avez pas voulu choisir.
03:35C'est un ovni, ce spectacle.
03:36Non, oui, complètement.
03:37Je pense que c'est un ovni.
03:38J'ai du mal à le décrire, d'ailleurs.
03:39Mais je pense que finalement, toutes ces choses-là ensemble, à travers un petit fil conducteur
03:45assez simple, permettent d'aller chercher des émotions chez les gens, chez les spectateurs.
03:50Moi, j'aime bien, en fait, que pendant une heure et demie, on vive des choses, qu'on
03:55passe à travers toute une série d'émotions différentes, la surprise, l'émerveillement.
04:02J'espère qu'il y a un moment où les gens vont peut-être verser une petite arme, etc.
04:06Et voilà, mais effectivement, c'est un spectacle qui est un peu original.
04:11Il y a beaucoup de choses différentes.
04:12Quand vous dites mélanger ensemble, c'est vraiment ensemble parce que j'ai lu, vous
04:15allez me confirmer qu'il y a même un tableau qui mêle des chevaux et des motos au même
04:21moment, sur la même scène.
04:22C'est ça.
04:23On a fait un espèce de pas de deux.
04:25J'aimais bien l'espèce d'imagerie entre l'ancien et le nouveau, encore une fois,
04:31le cheval et la moto.
04:32Et je trouve qu'il y avait peut-être un pas de deux à développer.
04:34Et puis dans l'espace qui est ovale des arènes de Nîmes, avec cette espèce de vue
04:37en plongée, ça rend assez intéressant.
04:40J'étais vraiment pas sûr que ça allait marcher.
04:42C'est peut-être inédit, pour le coup, une moto et un cheval.
04:44Ça, c'est jamais vu.
04:45J'ai jamais vu ça ailleurs, en tout cas.
04:47Et alors, vous n'avez pas pu vous empêcher d'aller vous-même sur scène.
04:50Vous ne faites pas que de la mise en scène.
04:51Vous faites partie des 200 artistes.
04:54Alors, d'habitude, je ne mélange pas trop parce que je trouve que c'est toujours un peu bizarre.
04:57Mais j'ai fait un peu comme les réals qui se calent dans une scène de film.
05:00Et donc là, il y a une espèce de scène où je suis assis dans le public en tant que spectateur.
05:06Et en gros, je m'envole.
05:09Donc, on vous reconnaît quand même.
05:10Vous n'êtes pas complètement caché.
05:11On reconnaît, oui.
05:12C'est le petit jeu pour les spectateurs.
05:14Alors, il y a eu, là, je crois, deux représentations déjà.
05:17Quels sont les premiers retours ?
05:19Déjà, les vôtres, ceux de l'équipe, ceux des spectateurs.
05:21Vous avez déjà des retours ?
05:22Oui, bien sûr.
05:23Alors, moi, mes retours, je suis un peu un internel insatisfait.
05:26Mais on n'a eu que dix jours de création.
05:28Donc, c'est vrai que les débuts étaient assez difficiles, etc.
05:30Mais là, ça commence à se mettre en place.
05:31Donc, je suis assez content.
05:32Et les retours des spectateurs sont quand même super positifs.
05:35Je ne savais vraiment pas comment les gens allaient prendre ce spectacle.
05:39Parce que c'est vraiment un rêve.
05:40Donc, pour moi, c'est quelque chose de très personnel.
05:42Et parfois, les choses très personnelles, on est complètement à côté de la plaque.
05:46Et puis là, j'ai l'impression que ce n'est pas le cas.
05:48Donc, je suis assez content quand même.
05:49Un paramètre qui n'est pas négligé, c'est la température.
05:53Il va faire 42 aujourd'hui à Nîmes.
05:55Ce n'est pas trop compliqué.
05:56Comment vous gérez ça, à la fois pour les humains et les animaux ?
05:59Justement, hier, on a dû annuler une répétition tellement il faisait chaud.
06:03Parce qu'en plus, il fait 42 à Nîmes.
06:04Mais dans les arènes, avec la pierre, etc., il fait encore plus chaud.
06:08Donc, c'est assez infernal.
06:10Ça veut dire que ça peut aller jusqu'à adapter le spectacle ?
06:13Alors, vous jouez tard le soir.
06:15Exactement.
06:15On joue à 9h30, donc a priori, ça va.
06:18Mais effectivement, pour la répétition, on est obligé de jouer avec le schedule
06:21pour trouver des moments où il fait un peu moins chaud.
06:23D'ailleurs, souvent, on s'entraînait de 16h à minuit parce qu'il fait moins chaud
06:28et parce qu'on peut jouer aussi avec les éclairages et puis avec les artistes.
06:32Et puis ensuite, à partir de minuit jusqu'à 2-3h du matin, on travaille avec les éclairagistes, etc.
06:36Les performances artistiques et sportives, c'est une épreuve aussi pour ceux qui sont sur scène.
06:41Vous parliez de cette enceinte particulière que sont les arènes de Nîmes.
06:44Je pense que vous êtes comblés parce que vous dites souvent que vous êtes plus stressés,
06:47vous, par les petites salles intimistes, que les grandes enceintes.
06:50Ah ouais, là, je suis plus stressé que sur scène.
06:52Ah d'accord, ne vous inquiétez pas, il fait moins chaud.
06:56C'est ça.
06:57Pourquoi ?
06:58Parce que je pense que dans les petites scènes, il y a vraiment une relation avec les gens.
07:01Il y a un high contact, etc. Il y a quelque chose qui se crée.
07:04Il y a l'humain qui est proche aussi physiquement.
07:07Alors que dans les grandes scènes, c'est des murs de gens.
07:10Il y a une distance qui se crée.
07:11Donc c'est plus facile d'être distant de ça, finalement.
07:14Là, je crois qu'il y a plus de 10 000 spectateurs par soir.
07:16Exactement, oui.
07:17Donc vous ne les voyez pas.
07:19En plus, il fait nuit.
07:22Donc c'est moins stressant pour vous.
07:24C'était pareil au Stade de France pendant les JO ?
07:26Tout à fait.
07:27Au Stade de France, c'était un peu différent le Stade de France
07:29parce qu'on sent quand même le brouhaha des gens.
07:32C'était énorme.
07:33Je ne sais plus combien de milliers de spectateurs à 80 000 ou 90 000, je crois.
07:36Plus la diffusion télé mondiale.
07:37Plus la diffusion télé, oui.
07:39Même si dans ce genre de gros événements,
07:41j'essaie d'oublier un peu l'ampleur des choses
07:43parce que sinon, ça peut vite être encore plus stressant.
07:47Mais je pense vraiment qu'il y a cette espèce de truc un peu complètement fou
07:54qui est que sur les petites salles, on a beaucoup plus de relations avec l'humain.
07:58Donc il y a quelque chose qui se passe.
07:59Est-ce que cet attrait pour les grandes salles,
08:02c'est aussi un moyen pour vous de toucher logiquement le plus grand nombre
08:06avec ces grands shows dont vous vous êtes fait un peu la spécialité
08:10depuis votre rencontre fondatrice avec le metteur en scène italien Franco Dragone et sa compagnie
08:15qui est le spécialiste de ces spectacles monumentaux ?
08:19Tout à fait.
08:20Je pense que, moi c'est mon point de vue,
08:22mais je pense que quand on fait de l'art, c'est pour tout le monde.
08:24Je ne pense pas que ce soit vraiment quelque chose d'élitiste.
08:27Et effectivement, faire des spectacles de grande ampleur comme ça,
08:31ça me permet vraiment de parler à tout le monde.
08:33Et en même temps, je pense vraiment qu'on peut aller chercher une finesse artistique
08:36et quelque chose de très intéressant.
08:38On n'est pas forcément dans des choses entre guillemets à Walt Disney.
08:41J'ai raconté Walt Disney.
08:42Je pense que c'est un génie lui-même.
08:44Mais voilà, on n'est pas forcément dans quelque chose
08:46qui parfois peut être assez connoté artistiquement,
08:50pas très intéressant ou pas très fin.
08:52Je pense que les deux peuvent totalement se marier ensemble.
08:54Et ça, c'est vraiment quelque chose que j'ai appris avec Franco Dragone.
08:56Oui, on peut faire de la grosse production, des gros moyens,
09:01mais en gardant l'émotion, en gardant la finesse, en gardant la création artistique.
09:07Voilà, en gardant l'originalité, en gardant une patte d'auteur,
09:10en gardant l'intérêt presque d'un cinéma d'auteur,
09:14mais à une plus grande échelle.
09:15Vous travaillez beaucoup sur commande.
09:17C'est un peu votre spécialité en partie.
09:20Est-ce que ça, ça ne bride pas un peu aussi votre liberté artistique ?
09:23Non, justement, parce que ça me permet d'être dans des contextes
09:26qui sont totalement différents.
09:27Par exemple, j'ai mis en scène un show en Arabie Saoudite en janvier
09:30qui s'appelait Souk Wonders.
09:32C'était une expérience immersive.
09:33On a recréé tout un souk artificiel.
09:35Et je trouve ça passionnant, parce que moi, la culture arabe,
09:38je ne suis pas spécialiste, évidemment,
09:39mais à chaque commande qu'on me demande,
09:42ça me permet de me plonger dans un univers,
09:44dans une culture,
09:45et d'essayer de développer,
09:46d'amener ma vision sur cet univers-là.
09:48Donc là, c'est un peu le même cas avec le thème des gladiateurs,
09:53l'empire romain, etc.
09:54Alors, on le disait, beaucoup de choses dans ce spectacle,
09:55un peu à l'image de votre vie et de votre carrière.
09:5734 ans seulement, mais déjà plusieurs vies dans 5 pays,
10:01plusieurs métiers.
10:02Vous êtes aussi architecte,
10:03diplôme décroché en 2015 à Montréal,
10:05passionné de photos, de dessins, j'en passe.
10:07Qu'est-ce qui réunit tout ça ?
10:09Il y a un fil rouge entre la breakdance,
10:11l'architecture, la photo ?
10:14Je ne sais pas, l'art, je pense.
10:15La volonté de créer quelque chose qui parle aux gens, peut-être.
10:21D'autres projets en cours, j'ai vu passer,
10:23alors ça, ça m'intrigue,
10:23un projet de spectacle dans des bottes de foin.
10:26Vous pouvez me confirmer ça ?
10:27Oui, tout à fait.
10:28Qu'est-ce qui va se passer ?
10:29Ça, c'est un concept qui est assez difficile à mettre en place, d'ailleurs.
10:33En fait, je me pose souvent la question,
10:35puisque j'aime bien les grandes ampleurs de spectacle,
10:37et je me dis comment ça peut être inclus dans notre monde contemporain,
10:42puisque souvent, c'est quand même des spectacles qui consomment
10:44parfois beaucoup d'énergie, des grosses machines, etc.
10:47Et je me dis comment est-ce qu'on peut pallier à ça,
10:50essayer de trouver des solutions.
10:51Cette interrogation-là sur l'empreinte carbone de ces grosses productions.
10:53Oui, entre autres, tout à fait.
10:55Et donc, j'ai un concept de spectacle qui se passe dans un champ de blé,
10:57où on a créé une espèce de théâtre en bottes de foin, finalement.
11:02On ne l'a jamais fait encore, mais c'est un concept.
11:05On essaie de trouver un peu le contexte opportun pour le faire dans de bonnes conditions, etc.
11:10Et voilà, j'espère qu'il va se faire assez rapidement.
11:12C'est un spectacle biodégradable, en quelque sorte.
11:14C'est exactement ça.
11:15Merci beaucoup, Arthur Cadre.
11:17Le rêve du gladiateur, pour l'instant, c'est jusqu'à vendredi,
11:19dans les arènes de Nîmes.
11:21Il reste, je crois, quelques places, si vous êtes de passage dans le Gard.
11:25Merci beaucoup.
11:26D'autant que je crois que vous avez fait là les retours de Nîmes pour nous.
11:28C'est très gentil.
11:29Bonne journée et bonne semaine à Nîmes.
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