00:00Sonia Devillers, votre invité est humoriste, son premier film a été vu par 11 millions
00:08de téléspectateurs.
00:09Alors, c'est la comédie qui fera date sur le handicap, un petit truc en plus est devenu
00:13un phénomène, un très très gros phénomène, pour un petit truc, c'est devenu massif et
00:19comme mon invité est devenu inévitablement un petit peu mégalo, on va en parler, son
00:26spectacle déjà joué à guichet fermé dans toute la France, il va le donner l'année
00:30prochaine à la Défense Arena, c'est une salle de 35 000 places et c'est du jamais
00:34vu pour un one man show, bonjour Arthus.
00:36Bonjour.
00:37Alors on va en parler de cet énorme spectacle, mais d'abord, la montée des marches à Cannes,
00:4211 millions de spectateurs pour un petit truc en plus, une ferveur historique pour les jeux
00:46paralympiques dont vous étiez le parrain, concernant le regard qu'on porte en France
00:50sur le handicap, est-ce qu'il y aura un avant et un après cette année 2024 ?
00:54Oui, pour l'instant en tout cas, il est là, il est concret, j'espère juste que ça va
00:59pas être une bulle et qu'on va pas passer à autre chose dans deux ans, mais pour l'instant,
01:02les gens en tout cas touchés par ça m'en parlent en bien et oui, ça a changé le regard
01:08sur les gens porteurs de trisomie, de tout ça.
01:10Et alors l'idée c'est pas seulement de changer le regard, mais aussi de changer la vie de
01:15ceux qui sont porteurs de handicap, donc le petit truc en plus est devenu une fondation
01:21Et la fondation veut créer des lieux de vacances à l'image de celui du film ?
01:26Oui, tout à fait, le but c'est justement qu'on l'ancre dans le réel, c'est pour ça qu'on s'est associé
01:30avec Personnage, qui était la fondation de l'île Ventura, parce qu'eux ont l'expérience
01:38et nous le but c'est de créer des centres de vacances, moi j'aimerais bien que dans
01:4130 ans il y en ait plein.
01:42Mais vous allez les créer, comment, vous allez les financer, comment ?
01:46On va les financer, on va faire des appels aux dons, d'abord on cherche le premier lieu,
01:50là on est en train de chercher le lieu parfait.
01:51Ce ne sera pas la maison du film ?
01:52Non, ce ne sera pas la maison du film, parce que déjà elle n'a pas d'eau, pas d'électricité
01:55et que c'était vraiment un décor qu'on a créé, sinon c'est une ferme abandonnée.
01:59Donc non, ça va être compliqué, et que le fermier est un petit peu... fermier.
02:03D'accord, réfractaire ! Cet énorme succès d'un petit truc en plus, est-ce que ça pose
02:09des questions sur le devenir de ces acteurs ? Ils sont chacun porteurs d'un handicap différent
02:14dans votre casting, depuis ils ont été reçus à l'Elysée, c'était bien l'Elysée ?
02:18Oui, c'était drôle, c'est drôle de voir des gens sans filtre parler au président
02:21de la République.
02:22C'est ça.
02:23Ils sont aussi montés sur scène avec les Enfoirés, Mayanne, qui est porteuse de Trisoni
02:2721, a participé à Danse avec les Stars, et est-ce que le succès, l'exposition médiatique,
02:32ça peut être aussi brutal, ça peut être aussi violent, ça peut être aussi angoissant ?
02:36Est-ce qu'il faut les protéger, vos acteurs ? Et je vous pose la question comme je poserais
02:39la question à n'importe quel metteur en scène qui aurait fait tourner des jeunes
02:43ou des acteurs non professionnels.
02:45Oui, forcément, il y a forcément ce truc de… Et puis là, avec le succès du film,
02:49ça a été très gros, très vite, mais je pense que ce qui est plus violent, c'est
02:54l'après.
02:55C'est pour ça que j'ai peur que ça s'arrête, que ça redescende, parce que là, ce qu'ils
02:58vivent, c'est complètement fou, mais en tout cas, tout ce qu'il faut prendre, il
03:04faut le prendre.
03:05Et là, les parents et tout ça me disent que c'est fou ce qu'ils sont en train de
03:07vivre, et donc pour l'instant, on ne pense pas à ça.
03:10Parlons de cet énorme spectacle.
03:12Quand vous commencez vos spectacles, vos one-man-show, Arthus, ça commence par un
03:17laïus.
03:18Pas de vidéo, pas de vidéo, vous rangez vos téléphones, non pas pour ne pas déranger
03:23les voisins, mais vous expliquez au public qu'une vidéo, ça donne un extrait, généralement
03:30posté sur les réseaux sociaux, et ça, c'est dévastateur.
03:34Pourquoi c'est dévastateur ?
03:35Déjà parce qu'en vrai, je trouve qu'on peut se séparer de son téléphone une heure
03:39et demie et vivre le moment, parce qu'en plus, je les vois, les portables, il y a
03:42un truc de distance qui est mis, qui n'est pas très agréable, et en plus, une phrase
03:46sortie de son contexte, du spectacle, elle peut être mal interprétée, alors que c'est
03:52comme si je prends un bouquin et que je vous dis « là, dans le bouquin, il a dit ça
03:54». Oui, mais lis le truc en entier, et tu vas voir que ce n'est pas le propos, justement.
03:59Et c'est un peu le danger, c'est que tout le monde cherche le buzz, donc ils vont forcément
04:02aller poster la phrase un peu touchy ou le truc.
04:04Et alors, ceux qui ne vous connaissent pas, qui ne connaissent pas votre humour, Arthus,
04:09ne savent pas que par exemple, vous êtes féroce avec les handicapés, mais totalement
04:14féroce.
04:15C'est-à-dire que vous aviez un sketch célèbre sur le handisport, et donc vous décriviez
04:19déjà le départ du 100 mètres avec un coureur qui avait des spatules à crêpes
04:23à la place des jambes, c'est ça, et maintenant, il a été remplacé par un joueur de ping-pong
04:28sans bras, qui tient sa raquette entre les dents, et que
04:34vous traitez de vélociraptor, et c'est comme ça, non-stop, vous dites « je m'en bats
04:37les couilles » et j'ai décidé qu'on s'en battrait les couilles tous ensemble.
04:40Ouais, et puis sur tous les sujets en fait, moi j'ai envie d'aborder tous les trucs
04:45où on nous fait croire qu'on n'a plus le droit d'aller, alors qu'en fait, quand on
04:48est tous ensemble et quand on… Je pense que le gros problème en France, c'est que
04:55tout dépend de qui le dit.
04:56Moi je pense que j'ai la légitimité aujourd'hui pour pouvoir faire des vannes où on sait
05:00très bien que si je fais une vanne homophobe, antisémite, ce que vous voulez, c'est que
05:04je ne suis pas homophobe, je ne suis pas antisémite, je ne suis pas misogyne, donc je pense que
05:09c'est pour ça qu'on les accepte.
05:10Et dans la salle, il y a ce truc-là, justement, les gens qui viennent là, ils le savent.
05:13En fait, une vanne antisémite, quand on est antisémite, c'est pas une vanne antisémite.
05:16Non.
05:17C'est pas une vanne qui régule la haine de qui que ce soit.
05:19Et puis les gens qui sont là, ils le savent.
05:21Le problème, c'est que si vous prenez cette vanne et que vous l'achetez à tout le monde,
05:24tout le monde va dire « Ah, elle est pas la même ! ». Non, mais parce que tu ne sais pas, en fait.
05:27Je précise que le passage qui m'a fait le plus rire dans ce spectacle, c'est un
05:30nazi qui a l'accent brésilien.
05:32Deux soirées à 35 000 places, c'est l'année prochaine, donc 27 et 28 mars 2026.
05:39Vous avez essayé d'imaginer ce que c'est que 35 000 personnes qui rient ensemble dans
05:43un espace clos ?
05:44Déjà, ils ne peuvent pas rire ensemble parce qu'il y a une seconde entre le début de
05:47la salle et la fin.
05:48Ça, c'est un vrai problème, non ?
05:50Oui, mais en fait, c'est marrant parce que cette salle, en plus, c'est ma femme, c'est
05:54ma femme qui a eu l'idée.
05:55Parce que je dois être mégalo, mais c'est ma femme qui m'a dit on va terminer en grande
05:58pompe.
05:59Mais en fait, je pense qu'à partir du moment où on fait des énigmes de 8 000, 10 000,
06:04j'ai l'impression que ça ne change pas grand-chose de 10 000 ou 35 000.
06:07Vous êtes sûr ?
06:08Oui, je pense.
06:09Parce que vous, vous avez une façon, comment dire, extrêmement interactive de jouer avec
06:12le public.
06:13Vous êtes très rapide, le rythme, ça va très vite, vous ponctuez énormément avec
06:18des d'accord, vous comprenez, on s'entend, etc.
06:20Et que ça, quand on a 35 000 personnes en face de soi, le dernier est très, très,
06:24très loin.
06:25Comment on fait pour aller les chercher ?
06:26Je pense qu'à partir du moment où tout le monde, il y a un truc de groupe qui se crée,
06:32moi dans le spectacle, j'ai besoin justement d'échanger avec le public, d'être avec
06:34le public.
06:35Mais en vrai, je pense qu'à partir du moment où on est là et où les gens sont à l'écoute,
06:39moi ce que j'adore dans le spectacle, c'est évidemment d'entendre les rires, mais c'est
06:42aussi que j'ai des moments de silence où je prends le temps de jouer.
06:45Et où vraiment, moi c'est ça que je trouve le plus excitant, c'est d'entendre 10 000
06:49ou d'un coup, il y a un silence dans toute la salle et ça prouve qu'il y a un moment
06:54de cohésion, qu'on est tous là, que tout le monde vit le spectacle.
06:56Et puis on voulait une salle pour finir avec un spectacle un peu hors norme.
07:01Je pense, je vais vendre mon appart, c'est un spectacle où on ne sera jamais rentable.
07:05Vous allez vous ruiner ?
07:06Ouais, mais je m'en fous parce que je veux faire un show jamais vu et je préfère marquer.
07:11Alors, tout est beaucoup plus gros chez Artus maintenant, succès, notoriété, one man show,
07:16box office.
07:18D'accord, la confiance, ça crée aussi, d'accord.
07:21Voilà, sauf vous, vous avez maigri, c'est même un passage hilarant du spectacle, la
07:26cure d'amaigrissement, vous avez perdu combien ?
07:29Pendant Bueschinger, j'ai perdu 10 kilos en 15 jours, que j'ai vraiment repris en 3,
07:35parce que c'est que de la flotte, ce n'est pas des vrais kilos qu'on perd.
07:39Mais tout est vécu, ce que je raconte malheureusement.
07:41Parce que moi je me suis posé la question de maigrir, beaucoup grossir, beaucoup maigrir.
07:46Qu'est-ce que ça changeait en fait dans le rapport à la scène ?
07:49C'est-à-dire que le one man show, c'est aussi une silhouette, évidemment, c'est-à-dire
07:52que Pierre Palmade ou Djamel Debbouze, ils n'auraient pas du tout fait les mêmes vannes
07:56s'ils avaient été gros.
07:57Raymond Devos, il n'aurait pas du tout fait les mêmes spectacles, s'il avait été très
08:01mince et bigard, il n'aurait jamais fait les mêmes blagues s'il avait été fluet.
08:05Est-ce que vous, ça change, ce rapport au corps, il est important et est-ce que ça
08:09change quelque chose ?
08:10Bah, moi dans ma tête, je suis toujours gros et de toute façon je serai toujours gros.
08:15Et puis les gens m'ont connu gros, donc l'avantage c'est que je peux continuer à faire des
08:18vannes sur mon poids et moi le spectacle, le même spectacle, je l'ai joué avec 15
08:23kilos de plus, 20 de moins, de toute façon toute ma vie je ferai ce yo-yo.
08:27Mais dans la tête des gens, je serai toujours gros et dans ma tête à moi aussi, donc je
08:31peux continuer à…
08:32A dire que vous avez avalé toute votre équipe de rugby ?
08:34Ouais, c'est le cas.
08:35A propos de rugby, j'ai quand même une question cruciale à vous poser.
08:38Est-ce que c'est vous qui avez cassé les genoux d'Antoine Dupont ?
08:41Non, jamais de la vie.
08:43J'aurais bien aimé casser celui qu'il a cassé.
08:46L'équipe de France de rugby fauteuil, vous avez demandé votre aide avant les JO paralympiques
08:51pour essayer de remplir les stades parce que les billets ne se vendaient pas.
08:54Vous leur avez répondu à ce moment-là, le rugby fauteuil les gars, c'est pas du
08:58rugby.
08:59Mais j'ai une idée.
09:00Si on cassait les genoux d'Antoine Dupont, il jouerait avec vous et là vous rempliriez
09:03les stades.
09:04Résultat ?
09:05Je suis sûr qu'il serait très très bon même en rugby fauteuil.
09:06C'est ça.
09:07Merci beaucoup.
09:08Merci à vous.
09:09Rendez-vous l'année prochaine.
09:11Oui parce qu'il y a des gens qui sont allés là, il y a deux jours j'ai reçu des messages
09:13en disant « apparemment c'est Lenny Kravitz » et oui c'était pas moi, là c'est Lenny Kravitz.
09:1726, 27 mars.
09:19Merci Sonia.
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