00:00Dans Le Prestige, on sous-entend avec un plan final très subtil qu'un des doubles d'Angier n'est peut-être pas mort.
00:05Et dans Memento, si à première vue ça paraît absurde que Léonard rejette les révélations de Teddy en le prenant pour John Jay, l'assassin de sa femme,
00:12il n'y a rien dans le film qui contredise la version de Léonard.
00:15Et Teddy pourrait bien être John Jay.
00:17On est donc en droit de se demander si Léonard vit dans une utopie ou s'il est tout à fait lucide concernant ses choix et ses accusations.
00:23Les deux films ont cette finalité en commun, en plus de mettre en avant des personnages qui sacrifient littéralement tout pour leur mission.
00:29La vengeance pour l'un, la beauté de l'art pour les deux autres.
00:33Mais alors, pourquoi autant de fins ouvertes dans la filmographie du réalisateur ?
00:37Et bien pour les mêmes raisons qui le poussent à nous mettre dans la peau de ses personnages.
00:40Il veut que nous fassions partie intégrante de ses films, jusqu'à ce que nous façonnions nous-mêmes notre fin idéale.
00:46En clôturant son Dark Knight Rises avec cet ultime plan sur Robin, sorte de Monsieur Tout-le-Monde découvrant et s'accaparant l'antre d'un super-héros,
00:53Nolan place clairement son spectateur au même niveau et sous-entend que lui aussi peut être un héros.
00:58Dans Interstellar, on est en droit de se demander si Cooper est bel et bien sorti du Tesseract indemne et a été sauvé par les humains,
01:04ou s'il est en pleine expérience de mort imminente, et s'imagine durant ses derniers instants de vie un idéal inatteignable.
01:11La victoire, sa maison, ses enfants.
01:13Mais la fin qui a fait le plus parler d'elle durant ces dernières années, c'est bien la fin d'Inception.
01:18Où cet ultime plan sur la toupie qui tourne nous fera nous demander si Cobb est toujours dans un rêve,
01:23ou s'il est de retour dans la réalité.
01:25Personnellement, je pense que la question ne se pose pas.
01:28Dans le film, Cobb souffre d'un manque qu'il ne peut combler ni dans un rêve, ni dans la réalité.
01:33Il ne peut plus voir ses enfants.
01:34Dans la réalité, tout d'abord, car il n'a plus autorisation de séjourner aux USA où il se trouve,
01:39mais aussi dans ses rêves, où il ne parvient qu'à distinguer leur silhouette de dos.
01:42Ça n'est que durant ce final qu'il parvient enfin à les approcher, à voir leur visage, à les toucher.
01:48Je pense que le film se termine sur cet ultime plan où la toupie s'apprête à vaciller sans jamais qu'on ne le voit,
01:53pour nous faire prendre conscience que ça n'a plus d'importance.
01:56Car que Cobb soit dans un rêve ou dans la réalité, il a accompli son but, il a rejoint ses enfants.
02:03Alors que ce soit dans la réalité ou dans sa réalité, pourquoi s'en soucier ?
02:07Quand ce qui compte le plus est là, à portée de main.
02:10Que le monde soit tangible ou non, ça n'a plus d'importance.
02:13Car l'amour, lui, quelle que soit la réalité, il est bel et bien.
02:16Et c'est une thématique qui sera divinement bien soulevée quelques années plus tard dans Interstellar.
02:21Où le personnage d'Anna Taoué supposera que l'amour est un élément quantifiable, bien réel, sans limite.
02:28Qu'il traverse le temps, la matière, l'univers, et qu'à la fin de toute chose, il continue à subsister.
02:34Après, à vous de vous retrouver à travers ce discours ou non, d'y trouver de la cohérence, d'y trouver une certaine émotion.
02:39Il y en a qui vont trouver ça totalement absurde et nié.
02:42Et il y en a qui vont y voir un magnifique message et quelque chose de plutôt cohérent au final.
02:47Et personnellement, j'ai plus tendance à me positionner dans la seconde catégorie.
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