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  • il y a 6 mois
Dans les free parties, les clubs, les festivals ou les bals populaires, la joie et le partage règnent sur le dancefloor. Urbaine ou rurale, la fête est une nécessité pour le lien social et contribue à créer un sentiment de communauté, notamment auprès de la jeunesse.

Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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Transcription
00:00Il y a les balles populaires en chœur des villages, les discothèques avec immense parking à la sortie des villes,
00:13il y a les friches, les bars, les péniches, les soirées rétro, les soirées électro, les rêves au milieu des champs.
00:19La fête a toujours eu de multiples facettes.
00:21Alors à quoi ressemble-t-elle aujourd'hui en 2025 ? Qui sont ces adeptes ?
00:25Et surtout, est-ce que la nuit a toujours le pouvoir de rassembler les fêtards ?
00:29Question au cœur de ce grand entretien avec nos invités que je vous présente tout de suite.
00:34Clarisse Louis, bonjour.
00:35Vous êtes la fondatrice de La Bringue qui organise des soirées 100% filles un peu partout en France.
00:41Ça marche très bien, vous allez nous en parler.
00:42Camille Bordenet est avec nous également.
00:45Bonjour.
00:46Bonjour.
00:46Vous êtes journaliste au quotidien Le Monde qui consacre une série d'été au sens de la fête.
00:52Et bonjour à vous également Arnaud Hidelon.
00:54Vous êtes auteur d'un essai sur le sujet Boum Boum politique du Dancefloor aux éditions Divergence.
01:00Alors c'est à vous peut-être Arnaud Hidelon que je voulais poser la première question.
01:04Vous qui allez être chargé de la définition.
01:06C'est quoi la fête finalement pour vous ?
01:09Difficile, très large.
01:13Dans le livre Boum Boum politique du Dancefloor, je passe tout mon temps à ne pas essayer de définir la fête
01:17puisque de nombreuses personnes l'ont bien faite et notamment les sociologues et les anthropologues
01:22qui en parlent comme un moment extraordinaire, comme un moment de rupture avec le quotidien
01:28et comme une capacité de la fête également à opérer un ciment social, une régénération du corps social dans son être.
01:37Mais si on va un petit peu plus loin, moi ce qui m'intéresse dans la fête c'est à la fois bien sûr des composantes,
01:43la musique, la danse, le collectif, la saturation des sens également dans un espèce de temps qui serait déplié, distendu.
01:52Mais on peut aussi trouver l'altérité, la surprise.
01:56J'y reviendrai peut-être par la suite, je parle de la fête comme d'un pacte sensible renouvelé
02:00qui amène à un pacte social renouvelé et pour moi c'est avant tout la fête une grammaire.
02:05C'est expliqué tout ça, effectivement.
02:08Il faut créer du lien, ça renforce les liens, ça crée du lien, ça renforce les liens la fête finalement.
02:11Si je voulais résumer très rapidement votre pensée à Hidelon.
02:16Est-ce qu'elle est en train de changer cette fête ?
02:18Tiens, Camille Bordonnet puisque le journal Le Monde dont vous faites partie a choisi de consacrer une série d'été au sens de la fête.
02:25Est-ce que ça partait d'une idée que voilà, on ne fait pas la fête comme hier finalement ?
02:30Camille Bordonnet, je ne sais pas si la liaison est toujours bonne avec vous.
02:35On va peut-être vous retrouver dans les prochaines minutes.
02:38Je vais vous poser la même question Clarisse-Louis.
02:39Alors sans faire de vous la représentante de toute votre génération.
02:43Mais c'est vrai qu'on a beaucoup dit que la fête avait changé, que la jeune génération avait envie de faire la fête aussi autrement.
02:50Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
02:52Oui, c'est sûr.
02:53Je pense que la jeune génération justement se rend compte que la fête est politique.
02:57Alors qu'à l'origine, ce n'est pas dans ses lettres.
03:00Mais on se rend compte que qui fait la fête, à quel endroit, qui a accès à tous les espaces festifs, au milieu de la nuit.
03:04On se rend compte que ça définit ce qu'est la société et en fait, on a envie de tous pouvoir faire la fête au même titre que n'importe qui et on se réveille.
03:13Dis-moi où tu danses, je te dirai qui je suis, c'est un peu ça ?
03:15Oui, dis-moi si tu peux danser aussi, en toute sécurité, et je te dirai qui tu es.
03:19Arnaud Hidelon, vous êtes d'accord avec ça ? C'est très politique finalement aussi la fête.
03:25Oui, en tout cas c'est tout ce que j'ai cherché dans mon livre.
03:28Après, à cet endroit-là, le côté politique de la fête, on est vraiment à l'endroit du paradoxe, comme le dit Clarisse, et de l'ambivalence.
03:37D'un côté, on a une fête qui est l'endroit potentiellement de la rencontre, de la surprise, de l'altérité.
03:43Il y a un des premiers clubs italiens qui s'appelait l'Autromonde, l'Altromondo,
03:46comme si on avait la promesse que la fête nous amenait dans un autre pacte sensible, un autre pacte social,
03:53dans la capacité à venir relationner de manière différente avec des personnes, peut-être au-delà de notre condition sociale.
04:01Et pourtant, si on vient zoomer sur un espace-temps très connu des fêtes contemporaines, le club,
04:06et bien là on a bien la dimension élective, avec la figure du physio par exemple,
04:12et tout de suite une apparence vestimentaire, elle va venir dire une condition sociale,
04:15et cette apparence, elle vient conditionner l'entrée ou non à la fête.
04:19Et là on a vraiment des espaces festifs qui vont inclure, mais aussi exclure,
04:25et on pourrait se poser la question, est-ce que l'autre monde que nous promet le club, que nous promet la fête,
04:30finalement, est-ce que ce n'est pas la confirmation du même à un espace festif, mais dans un espace d'endogamie sociale ?
04:36En plus, c'est des codes qui sont un peu implicites, vous parliez du physio, Arnaud Hidelon,
04:40il y a toujours un peu ce côté, est-ce que je vais rentrer, est-ce que je ne vais pas rentrer,
04:43est-ce que je suis habillée comme il faut, est-ce que je fais partie des gens qu'on attend dans cette soirée ?
04:49Ce soir, ce n'est pas toujours facile de s'y retrouver ?
04:53Oui, absolument, il y a une espèce de grammaire tacite de la fête,
04:58et comme le disait très bien Clarisse, il y a autant de fêtes que de groupes sociaux,
05:02que de communautés, que de personnes, avec leurs propres codes, leurs propres rituels.
05:06La fête, c'est aussi l'espace du rituel, et il y a des codes qui vont être connus d'une communauté,
05:10d'autres codes qui vont être inconnus, et ces fêtes vont autant inclure qu'elles vont exclure.
05:15Alors Camille Bordonnet, on vous a retrouvée, ça y est, la liaison est rétablie avec vous,
05:18journaliste pour le quotidien Le Monde.
05:20Vous avez consacré un long article, justement il y a quelques jours, à la fête en milieu rural,
05:25profondément bousculée, on parlait de changement.
05:28Là, ça se voit très bien, la fermeture des discothèques, la disparition aussi des fêtes de village.
05:32Oui, c'est vrai que les fêtes en milieu rural notamment, mais pas que, se sont beaucoup transformées,
05:41dans le sens où il y a encore une quarantaine, il y a encore plus de balles de village un petit peu partout,
05:48c'était une tradition.
05:50Alors on ne vous entend pas très bien Camille Bordonnet, on va tenter une nouvelle fois de rétablir la liaison
05:54pour avoir une meilleure qualité d'écoute et pouvoir vous entendre sur ce sujet.
05:59En attendant, je me tourne à nouveau vers vous, Clarisse-Louis, vous l'aviez un peu évoqué tout à l'heure,
06:04le besoin de sécurité, ça c'est peut-être quelque chose de nouveau aussi,
06:08on ne l'évoquait sans doute pas il y a quelques années quand on parlait des fêtes.
06:12C'est une génération plus prudente que celle à laquelle vous appartenez ?
06:16Plus consciente des risques peut-être ?
06:18Plus consciente des risques, certes, et je pense qu'on se rend compte aussi
06:21que faire la fête, ce n'est pas forcément synonyme d'insécurité.
06:25Mes premières boîtes de nuit, quand j'avais 16, 17, 18 ans officiellement,
06:29je pensais que c'était normal que des hommes m'approchent, me touchent un peu,
06:33parce que ça va avec le contexte.
06:35Et c'est en grandissant, en allant à des soirées non mixtes,
06:38que je me suis rendue compte qu'en fait, pas du tout.
06:40On peut faire la fête en toute sécurité sans subir X, Y, Z.
06:43Et à mon avis, les générations qui commencent à faire la fête,
06:47là maintenant, tout de suite, se rendent compte,
06:49elles ne sont pas obligées d'accepter ça.
06:50Alors, selon les chiffres des associations, 60% des femmes ont déjà été victimes
06:54de harcèlement, d'agressions sexuelles dans un espace de fêtes,
06:57d'après une enquête qui a été réalisée en 2018.
06:59Vous aviez, à ce moment-là, eu un déclic.
07:01C'est pour ça que vous avez créé la bringue ?
07:03Racontez-nous.
07:04Pas du tout.
07:04Alors, la bringue est partie d'une initiative totalement égoïste
07:08où je voulais juste me faire des copines.
07:10Ça s'est très bien passé dès le départ,
07:12mais en fait, c'est au fur et à mesure des soirées,
07:14au fur et à mesure des témoignages de filles que je rencontrais
07:16qui me disaient, en fait, la dernière fois que je vais aller en boîte,
07:19on m'a traumatisée, le vigile ne m'a pas aidée,
07:22on m'a droguée, tout ça.
07:24Et c'est tous ces témoignages qui m'ont fait me rendre compte
07:27de l'importance et du besoin qu'on avait de se réunir entre femmes.
07:30Et la preuve, c'est que ça marche.
07:31Je suis allée voir un peu le compte Instagram de la bringue,
07:35voir un peu les prochains événements.
07:36Alors, j'en ai trouvé plein dans les prochaines semaines,
07:38à Lille, à Bordeaux, à Paris,
07:39enfin, un peu partout en France, en Belgique aussi, je crois.
07:43Pourquoi ça fonctionne autant, selon vous ?
07:44Ça a répondu vraiment à un besoin ?
07:45Oui, ça a totalement répondu à un besoin.
07:48Et ce n'était pas à l'idée, ce n'est pas de punir les hommes,
07:50de les exclure, c'est juste de créer un espace
07:52où les femmes se sentent en sécurité,
07:54de faire la fête, de boire, de sortir.
07:56Et c'est triste à dire, mais j'ai l'impression
07:58que jusqu'à présent, il n'y avait pas ça
08:00où ce n'était pas très popularisé.
08:03C'était un peu niche, un peu underground.
08:06Et là, j'ai l'impression, peut-être que je me jette des fleurs,
08:09mais j'ai l'impression que la bringue l'a popularisé.
08:11Et comment ça se passe concrètement ?
08:13Vous faites des demandes à des lieux festifs
08:16en disant, ce soir, on aimerait bien,
08:17dans tel jour, dans un mois, dans deux mois,
08:21on aimerait bien une soirée
08:22où on ne pourra inviter que des filles ?
08:24Maintenant, ça ne se passe plus trop comme ça.
08:25Maintenant, on a de la chance.
08:26C'est les lieux qui nous contactent directement.
08:29À l'époque, on devait démarcher les lieux,
08:31on devait leur expliquer par A plus B
08:33que oui, une soirée avec des femmes
08:34serait rentable pour leur bar.
08:36On s'était persuadé que non,
08:37les femmes ne boivent pas, ne consomment pas,
08:38c'est une boum.
08:39Donc maintenant, on a beaucoup de chance.
08:41Les lieux nous contactent.
08:42Et on a eu beaucoup d'expositions sur les médias.
08:46On a beaucoup d'abonnés.
08:48Donc, il nous faut confiance.
08:49Au début, c'était un parcours du combattant,
08:50au départ, pour avoir des lieux.
08:51Arnaud Hidelon, qu'est-ce que vous en pensez
08:53justement de cette initiative ?
08:54Est-ce qu'il faut y voir la preuve
08:56que la fête, elle rassemble moins,
08:58qu'elle est plus fragmentée
08:59ou peut-être qu'on n'a pas tous les mêmes envies
09:01quand on se prépare à aller danser ?
09:05Alors, qu'on n'a pas tous et toutes les mêmes envies
09:07quand on se prépare à aller danser,
09:08c'est certain.
09:09Mais je dirais aussi que ces fêtes
09:14en mixité choisie ou en non-mixité choisie
09:17viennent s'inscrire dans un continuum plus large
09:20des safe space ou des safer space,
09:23des endroits ou des communautés,
09:25que ce soit des communautés femmes
09:27issues de minorités de genre
09:30ou également des communautés queer,
09:31LGBTQIA+,
09:32ou de personnes racisées,
09:34se disent qu'il leur faut des fêtes,
09:38des espaces temps festifs
09:39qui vont être des espaces plus safe
09:42où il sera possible de célébrer des identités,
09:46de tenter de tenir d'or un temps soit peu
09:49les systèmes d'oppression du d'or,
09:51les violences systémiques
09:52d'un monde qui reste sexiste,
09:55qui reste raciste,
09:56qui reste homophobe.
09:57Et c'est donc la tentative collective
09:58de venir trouver des espaces
09:59où on peut exulter,
10:01enfin célébrer des identités
10:02sans avoir peur potentiellement
10:04d'être agressé.
10:05Ces chiffres que vous avez cités
10:06de l'association Consentis
10:08devraient nous ouvrir les yeux
10:10sur à quel point la fête
10:12qui est à la fois vue
10:13comme un espace de liberté absolue,
10:15de célébration,
10:16est également un espace de danger
10:18et reste un espace de danger aujourd'hui.
10:20Et vous qui fréquentez assidûment
10:22les clubs de toutes sortes,
10:24vous présentez comme un octambule
10:25en début de votre ouvrage,
10:27Arnaud Delon.
10:27Est-ce que vous avez le sentiment
10:28que cette question,
10:29justement,
10:31des violences sexistes et sexuelles,
10:32du harcèlement,
10:33du besoin de sécurité,
10:35il est mieux prise en compte
10:36par les lieux
10:37qui accueillent tout public ?
10:39J'allais dire les hommes
10:40comme les femmes.
10:42Oui.
10:42Je pense qu'il y a eu
10:43un grand tournant
10:44à la fois avec MeToo,
10:46à la fois avec
10:47ses travaux
10:48d'associations
10:49comme Actry,
10:50comme Consentis,
10:51comme Redfly,
10:53également
10:54qui ont amené,
10:55qui ont visibilisé
10:56une vérité.
10:58La fête est un espace de danger,
10:59la fête est un espace
11:00d'oppression également,
11:02peut l'être.
11:02Et comment on arrive
11:03à réduire ?
11:04Parce que ce ne sera jamais
11:05possible de l'éteindre
11:06complètement,
11:06mais comment on arrive
11:07à réduire ce risque ?
11:08Et aujourd'hui,
11:09il y a beaucoup de lieux,
11:10alors pas tous les lieux,
11:11mais il y a beaucoup de lieux
11:12qui travaillent à la fois
11:13la formation des équipes,
11:15comment on accueille le public,
11:16comment on accueille les artistes,
11:17comment on forme également
11:18le staff
11:19et les équipes de sécurité,
11:21comment on accueille
11:22la parole d'une victime
11:24également.
11:26Et donc,
11:26il y a de plus en plus
11:27de formations,
11:28beaucoup plus d'échanges
11:29pair à pair
11:29entre ces lieux,
11:31ces clubs,
11:31ces discothèques.
11:32Et donc,
11:33il y a une prise de conscience
11:34à mon sens
11:34qui est en train
11:36de se faire
11:36avec des mesures prises
11:38mais qui sont toujours
11:39insuffisantes.
11:39Alors,
11:39on va faire une nouvelle
11:40tentative
11:41et nous tourner à nouveau
11:42vers Camille Bordoré
11:43qui nous attend
11:44et j'espère cette fois
11:45que la liaison sera meilleure.
11:46Je crois que vous êtes
11:47justement dans l'une
11:47de ces zones rurales
11:49sur lesquelles vous travaillez
11:50où le réseau visiblement
11:52est un petit peu aléatoire.
11:54Je disais tout à l'heure
11:54que vous aviez consacré
11:56un article justement
11:56dans le monde
11:57à la fête
11:58en milieu rural.
11:59Qu'est-ce qu'elle attend
12:00la jeunesse
12:01de ces petites communes ?
12:03Je pense à cette commune
12:04de Lens
12:04où vous vous êtes rendue
12:05pour cet article.
12:07Oui,
12:07alors dans cette commune
12:08justement,
12:09on a la chance
12:10d'avoir encore
12:11deux,
12:12trois balles
12:13par an
12:15qui sont portées
12:16par des associations
12:18de jeunes
12:19qui veulent prendre
12:19la relève
12:20parce qu'ils sont
12:20totalement conscients
12:21que c'est une tradition
12:23qui s'est un petit peu
12:25délitée.
12:26Donc,
12:26les explications
12:27de ce délitement
12:28aussi des balles
12:29de villages
12:29qui étaient beaucoup
12:30plus présentes avant,
12:31elles sont à la fois
12:32le fruit
12:33de l'accès industriel
12:35et économique,
12:35la concurrence
12:36des bars
12:36à ambiance musicale
12:38et du repli
12:38de la fête
12:39vers l'espace domestique
12:40mais surtout
12:41des mutations
12:42en fait
12:42dans le domaine
12:44du travail.
12:45C'est-à-dire
12:45qu'avant
12:46qui dit moins
12:48d'emplois sur place
12:49et des emplois
12:50individualisés
12:51des villes
12:52en fait
12:52dit moins de groupes
12:53spontanés au travail,
12:54moins de sociabilités
12:55et donc moins de fêtes.
12:56C'est une période
12:57de profonde mutation
12:58du travail
12:59qui se ressent
12:59dans la difficulté
13:01à aller danser
13:01puisque si on s'éloigne
13:02de son lieu de vie
13:03quand on rentre le soir
13:05on a moins
13:06de temps
13:07à donner
13:08au collectif
13:08pour organiser des fêtes
13:09mais néanmoins
13:10il y a des endroits
13:11comme dans l'Ain
13:12ou comme là
13:12où je suis ce soir
13:14par exemple
13:14il y a un grand
13:15gros bal de village
13:16c'est une vogue
13:17même je suis dans
13:18la Drôme
13:19qui va durer
13:20sur deux jours
13:21donc on sent
13:22quand même
13:23une volonté
13:24des jeunes ruraux
13:25qui ont grandi
13:26avec
13:27cette idée
13:29que la fête
13:29c'était magnifique
13:30les parents
13:31leur ont dit
13:31nous on savait danser
13:32on savait
13:34faire la fête
13:36justement
13:36il y avait cette fierté
13:37cette respectabilité locale
13:39et il y a un désir
13:40on le sent
13:40de prendre la relève
13:42dans certains
13:43dans certains coins
13:45voilà
13:45comme l'un
13:46mais c'est inégal
13:48évidemment
13:48selon les territoires
13:49et selon
13:50et selon la distance
13:53par rapport aussi
13:54au travail
13:54en tout cas
13:55il est certain
13:56que c'est toujours
13:57l'idée
13:57que ça offre
13:58une respectabilité locale
13:59et même si
14:00les jeunes ruraux
14:01d'aujourd'hui
14:02en fait
14:02n'ont pas connu
14:03l'âge d'or
14:03des balles
14:04ils ont
14:05parce qu'il y a eu
14:05un âge d'or
14:06vraiment
14:06où il y en avait
14:07on savait
14:07disent les anciens
14:08et aujourd'hui
14:12ils ont intériorisé
14:13ce discours
14:13nostalgique
14:14de leurs parents
14:15qui a construit
14:17aussi
14:17leur rapport
14:19au monde
14:19et on voit
14:21que certains
14:21veulent vraiment
14:22prendre cette relève
14:23Camille Bordonnet
14:24vous disiez
14:25à l'instant
14:25il y avait
14:25la tentation
14:26du repli
14:27de la fête
14:27vers l'espace
14:28domestique
14:29Arnaud Hidelon
14:30est-ce que
14:31ça c'est quelque chose
14:32qu'on a ressenti
14:33qui joue aussi
14:33justement
14:34sur
14:35l'organisation
14:38des soirées
14:39on essaie de faire
14:40peut-être des choses
14:41différentes
14:41pour forcer
14:42cette jeune génération
14:43à se rendre
14:45dans des clubs
14:46
14:46elle n'a pas forcément
14:48envie d'aller
14:48en se disant
14:48qu'elle serait mieux
14:49chez à la maison
14:50avec un public
14:51choisi
14:51alors c'est en tout cas
14:54un phénomène
14:54qui a été
14:55étudié par
14:56nombre de sociologues
14:57aujourd'hui
14:58dont notamment
14:58Jérémy Pelletier
15:00avec un livre
15:01qui est sorti
15:01juste après le Covid
15:02La fête est finie
15:04et qui nous
15:06qui démontre
15:06statistique à l'appui
15:08que oui
15:08comme le disait
15:10Camille
15:10et comme vous venez
15:11de le dire
15:11on a un repli
15:12social
15:14un repli des sociabilités
15:15aujourd'hui
15:16et notamment
15:16des plus jeunes
15:18vers l'espace domestique
15:19vers
15:20des fêtes
15:21en appartement
15:22c'est aussi
15:23la génération
15:23que d'autres sociologues
15:25ont décrit
15:25comme la génération
15:26Netflix
15:26la génération
15:27Koukouning
15:28etc
15:28moi je m'inscris
15:29un peu en creux
15:30de ce constat
15:31alors sans statistique
15:32à l'appui
15:32mais vraiment
15:33avec une expérience
15:34plutôt empirique
15:35en tout cas
15:37ce que je remarque
15:40c'est que la fête
15:40elle se réinvente
15:41sans cesse
15:41dans ses formes
15:42elle va venir
15:43être infléchie
15:44oscillée
15:45en fonction
15:46des mutations sociétales
15:48et aujourd'hui
15:49notamment dans les fêtes
15:51techno
15:52urbaines
15:52que je fréquente
15:53je vois de plus en plus
15:54de danses
15:55qui empruntent presque
15:57au fessnose
15:58donc on retrouve le bal
15:59on retrouve ces grandes rondes
16:00on retrouve ces danses collectives
16:02on a quitté un petit peu
16:03les danses individuelles
16:04martiales
16:05qu'on pouvait avoir
16:06dans certaines soirées techno
16:07pour venir renouer
16:09avec un grand jeu collectif
16:11c'est des choses
16:13que je peux voir
16:13au Samp
16:14ou à la station
16:14Gare des Mines
16:15par exemple
16:16donc je suis assez confiant
16:17dans la capacité de la fête
16:18à se réinventer
16:19et pour moi
16:20la fête n'est pas encore finie
16:21elle ne sera sans doute jamais
16:22en tout cas
16:24tous les noctambules
16:24l'espèrent bien
16:25la fête est finie
16:26Clarisse
16:27Louise
16:28est-ce que
16:28vous avez senti
16:29cette tentation
16:30chez par exemple
16:31certaines des participantes
16:33de la bringue
16:33aujourd'hui
16:34qui avaient peut-être
16:36eu tellement peur
16:38d'avoir quelque chose
16:40dans leur verre
16:40d'avoir un contact physique
16:42non désiré
16:43une agression
16:43qu'elles se disaient
16:45je vais faire une fête
16:46chez moi
16:46et là je vais surveiller
16:47davantage
16:48qui est là
16:49et qu'est-ce qu'on fait
16:50et qu'est-ce qu'on met
16:50dans mon verre
16:51ou pas
16:51c'est vrai que
16:52certaines des filles
16:53on les appelle
16:54des bringueuses
16:54à qui j'ai parlé
16:55disaient qu'elles avaient
16:55totalement renoncé
16:56à la fête en public
16:58qu'elles refusaient
16:59catégoriquement
17:00d'aller dans des
17:01dans des soirées
17:02en mixité
17:03avec des hommes
17:04hétéros
17:04parce qu'elles se sentaient
17:05pas du tout
17:06en sécurité
17:06et c'est triste
17:07de se dire
17:08qu'on renonce
17:08à aller dans
17:09certains endroits
17:09juste parce qu'on a peur
17:10qu'il puisse nous arriver
17:11des choses gravissimes
17:12la fête est finie
17:14Camille Bordenet
17:15est-ce que ça résonne
17:16aussi dans les territoires
17:17ruraux
17:17que
17:18dans lesquels
17:20vous vous rendez
17:20c'est vrai qu'on voit
17:2270% des discothèques
17:23qui ont fermé
17:24depuis les années 80
17:25alors il y a ces initiatives
17:26que vous ne décriviez
17:27dans la Drôme
17:28ou dans le Lain
17:29mais est-ce qu'il y a aussi
17:31là aussi
17:31un repli
17:32à la maison
17:33par exemple
17:33oui de manière générale
17:36de toute façon
17:37la tendance
17:37avec la fermeture
17:38des discothèques
17:39et tous ces noms
17:40qu'on entend
17:41qui s'écument
17:42dans la PQR
17:42et qui suscitent
17:43une nostalgie
17:44on entend souvent
17:46les Macumba
17:46qui ferment
17:47la Riviera
17:48le Moulin du Champ
17:49il y a cette idée
17:51qui s'installe
17:53que maintenant
17:54on ne fait plus la fête
17:55avant
17:55les grands-parents
17:56donc
17:57il y a aussi
17:58une mutation
17:59de la fête
18:00vers le
18:01voilà
18:03vers le lieu domestique
18:04on s'invite
18:05on fait des apéros
18:05des barbecues
18:06on danse à la maison
18:09il y a une réinvention
18:09aussi
18:10de la fête
18:11dans l'espace domestique
18:12mais de rien
18:14qui est teinté
18:15de cette idée
18:15que
18:16c'est plus comme avant
18:17donc cette nostalgie
18:20elle s'installe
18:20il me semble aussi
18:21à travers
18:22ce discours nostalgie
18:24qui est d'ailleurs
18:24en partie instrumentalisé
18:26d'ailleurs
18:27par des
18:28des partis politiques
18:31plus populistes
18:32cette nostalgie
18:34qui nourrit
18:35justement
18:35des discours politiques
18:36plus populistes
18:37elle est aussi
18:38le fruit
18:39d'une mutation
18:39il me semble
18:40de la fête
18:42puisque
18:42on a moins la possibilité
18:44comme avant
18:45spontanément
18:46de se retrouver
18:47chaque
18:48chaque samedi soir
18:49et puis
18:51c'est très entretenu
18:52par les discours
18:53des parents
18:53des grands-parents
18:54qui n'ont de cesse
18:56de rappeler
18:57à la jeune génération
18:57qu'eux avant
18:59savaient faire la fête
19:00eux ne savaient plus
19:01où donner de la tête
19:02ce qui fait
19:03que la génération
19:05d'aujourd'hui
19:05grandit
19:06avec l'idée
19:07que c'est moins bien
19:09aujourd'hui
19:09qu'avant
19:10et si c'est moins bien
19:11qu'avant
19:11Arnaud Niddelon
19:13je voudrais juste
19:13que vous rebondissiez
19:15sur ce que disait
19:15Camille Bordonnet
19:16pour ce qu'on arrive
19:17à la fin
19:17de ce qu'on entretient
19:18est-ce que c'est pas aussi
19:19parce que la France
19:20accepte moins
19:21les effets de la fête
19:22les nuisants sonores
19:24les lieux festifs
19:25le passage
19:25est-ce que c'est une France
19:26qui dit chute aussi
19:27au fêtard ?
19:30oui
19:30encore une fois
19:31c'est très enviévador
19:32moi je vais parler
19:35de mon endroit
19:35donc plutôt
19:36la région Île-de-France
19:37plutôt un territoire
19:38urbain
19:39et cette année
19:40typiquement
19:40on a deux phénomènes
19:42concomitants
19:43et qui sont paradoxaux
19:45le premier
19:46c'est l'ouverture
19:47de grands clubs
19:48comme Essain
19:49ou comme le MiaouMiaou
19:50qui amènent
19:51un article de Libération
19:52par exemple
19:53Paris
19:53la fête haute
19:54qui montre que
19:55Paris n'a plus rien à envier
19:56à Londres
19:57Amsterdam
19:58Berlin
19:58est devenue
19:59une espèce de capitale
20:01des Noctambules
20:02par son offre
20:03club
20:04et son offre festive
20:05on a aussi
20:06la reconnaissance
20:07par le ministère de la culture
20:08d'une culture club
20:09avec un label
20:09club culture
20:10qui est octroyé
20:11à des clubs
20:12comme lieu de fête
20:13et d'expression artistique
20:14donc d'un côté
20:14on pourrait avoir l'impression
20:15que la fête
20:17est reconnue
20:18comme pratique culturelle
20:20à part entière
20:21et qu'elle est encouragée
20:22par les pouvoirs publics
20:23et de l'autre côté
20:24cette année
20:25on a un projet de loi
20:26qui a été déposé
20:27par des députés
20:28Horizon et Ensemble
20:29contre les rave parties
20:31contre une certaine
20:33forme de fête
20:33peut-être moins contrôlable
20:34que l'espace du club
20:36ou de la discothèque
20:37mais qui en fait
20:38fait complètement écho
20:39à l'amendement Mariani
20:40en 2003
20:41qui interdisait
20:42des rassemblements
20:42de plus de 12 personnes
20:43autour de la musique répétitive
20:45en France
20:46et ou la criminalisation
20:47des rave parties
20:48sous l'air Thatcher
20:49en Angleterre
20:50avec les free parties
20:51de Spiral Tribe
20:52également
20:52et donc on a vraiment
20:53ce continuum
20:53d'une fête
20:54qui est permise
20:55là où une autre fête
20:57va être criminalisée
20:59mise au banc
21:00contrôlée
21:01on comprend que la fête
21:02n'est pas finie
21:02grâce à vous
21:03en tout cas
21:03et c'est la bonne nouvelle
21:05de ce matin
21:05merci à tous les trois
21:06Clarisse Louise
21:07fondatrice de la Brin
21:09Camille Bordonnet
21:10journaliste au Mont
21:11je renvoie la série d'été
21:12que le quotidien consacré
21:13au sens de la fête
21:14et Arnaud Hidelon
21:15votre ouvrage
21:15Boum Boum
21:16politique du Dancefloor
21:17aux éditions divergentes
21:18urgente

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