Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 mois
Lina Lainé, rédactrice en chef de l’Echo touristique et Jean Viard, sociologue et directeur de recherches associé CNRS au CEVIPOF sont les invités du 8h20 de France Inter. Ils sont co-auteurs du livre "Quand le tourisme s’éveillera" aux éditions de l’Aube.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00France Inter, Céline Asselot, le 6-9
00:07L'île de Ré, Ajaccio, Saint-Malo, La Rochelle, Annecy, Biarritz ou Noirmoutier, il y a de fortes chances pour que vous reconnaissiez dans cette liste votre destination des vacances
00:17puisqu'elle figure dans le top 10 des endroits où les Français avaient l'intention de se rendre cet été.
00:23Encore un sondage paru il y a quelques semaines dans le journal La Tribune.
00:27Alors à quoi ressemblent les vacances version 2025 ? Est-ce que le contexte économique, géopolitique, écologique fait évoluer le tourisme ?
00:36Et pourrait-on réfléchir à une meilleure répartition du tourisme dans le temps, dans l'espace ?
00:41Pour éviter le sentiment de trop plein, voilà les questions qui seront posées à nos invités dans le grand entretien de la matinale.
00:48Bonjour Linda Léné.
00:49Bonjour Céline.
00:50Vous êtes la rédactrice en chef de l'éco-touristique, merci d'avoir répondu à notre invitation ce matin et bonjour à vous Jean Viard.
00:56Bonjour.
00:57Vous êtes sociologue, directeur de recherche associée CNRS au Cébipof.
01:01Et vous avez écrit tous les deux un ouvrage récemment paru aux éditions de l'Aube qui s'intitule « Quand le tourisme s'éveillera ».
01:07Alors d'abord peut-être pour rebondir sur la liste que je donnais tout à l'heure,
01:11on va peut-être rappeler Linda Léné que la France reste la première destination des Français pour les vacances.
01:17On a tendance parfois à l'oublier.
01:18Exactement, en fait il y a 60% environ des Français qui partent en vacances chaque année
01:23et parmi eux 70% environ plébiscitent la France parce que nous avons un pays assez formidable
01:30entre le littoral, la campagne, la montagne.
01:33Nous n'avons que l'embarras du choix.
01:34Et ensuite quand l'été arrive, les Français plébiscitent, quand ils partent à l'étranger,
01:40plutôt des destinations soleil comme l'Espagne, la Grèce, l'Italie, la Tunisie, le Maroc.
01:45Mais quand j'ai fait la liste, on ne voyait que des îles quasiment, que des plages.
01:50L'île de Réjaccio, Noirmoutier, le tourisme ne se focalise pas que dans ces zones-là en France.
01:56Non, non, tout à fait.
01:57Le littoral arrive en tête des choix des Français, donc à environ 40%,
02:02mais ensuite arrive en deuxième position la campagne et puis les villes.
02:09Mais c'est vrai qu'il y a quand même une concentration assez forte sur le littoral,
02:13tout simplement parce que l'été, on voyage, on part en vacances en famille, avec sa tribu,
02:20et donc on apprécie aussi d'être sur la plage.
02:23J'en viens, le littoral, le soleil, c'est vraiment les incontournables, c'est les piliers des vacances.
02:28Oui, ça c'est depuis le début on va dire, c'est effectivement le pilier,
02:32mais en n'oubliant jamais qu'une grande partie des gens vont dans leur famille en fait.
02:35Et ce qui explique aussi qu'ils se diffusent dans le territoire,
02:37parce que vous n'avez pas forcément des parents qui habitent au bord de la mer, etc.
02:40C'est d'ailleurs l'effet campagne, l'effet montagne, parce que les vacances, si vous voulez,
02:45c'est en grande partie de l'intrafamilial, soit on part en famille, soit on va dans la famille.
02:49Et en France, il y a 3,5 millions de résidences secondaires, on va souvent dans les résidences secondaires.
02:53C'est pour ça qu'il faut voir ça.
02:55Après ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre, c'est sûr qu'il y a d'ailleurs le camping de bord de plage,
02:58on en connaît tous ces immenses campings au bord de mer,
03:01qui sont complètement pleins en ce moment.
03:02Donc voilà, ça reste, si vous voulez, le rêve c'est l'hôtel au bord de mer,
03:06la pratique sociale c'est plus complexe.
03:08On n'a pas toujours les moyens d'être à l'hôtel en bord de mer.
03:10Linda Lenné en parlait du camping, j'en viens de le citer,
03:14ça fait toujours partie de l'imaginaire, certes, oui,
03:18mais vraiment des choix que font les Français, le camping, ça reste un indétrônable ?
03:22Cela fait partie de l'imaginaire et les incontournables,
03:25déjà parce que la France est vraiment la championne du camping.
03:29Il y a 7400 campings partout sur le territoire,
03:33donc absolument dans toutes les régions, dans tous les départements.
03:36Après, comme j'en viens de le rappeler, c'est vrai que l'intrafamilial compte beaucoup
03:40et donc quand les Français partent en vacances l'été en France,
03:44le premier hébergement c'est le locatif,
03:46le locatif type Airbnb, Gilles de France.
03:49En deuxième lieu, c'est l'hébergement justement chez ses proches,
03:53dans la famille, chez les amis,
03:55et le camping lui arrive seulement en troisième position,
03:59donc avec 14% des choix des Français environ.
04:02Donc, ça reste un mode d'hébergement plébiscité,
04:07notamment parce qu'il y a bien sûr des terrains très haut de gamme,
04:13où finalement on va choisir un mobilhome, un chalet,
04:16avec un parc aquatique,
04:18et là on se rapproche du club de vacances.
04:20Mais il y a aussi, pour moitié de la capacité des copines en France,
04:24des terrains nus sur lesquels on installe sa toile de tente ou sa caravane.
04:28Et là, on est dans un mode d'hébergement,
04:30au rapport qu'elle était prise, quand même assez intéressant.
04:33C'est quoi l'idée, Jean-Zart, du camping ?
04:35C'est la déconnexion, c'est renouer avec la nature,
04:37en tout cas avoir le sentiment de renouer avec la nature,
04:39parce qu'on n'est pas non plus au milieu de la forêt sans aucun confort.
04:43Non mais, je dirais, c'est mettre les pieds par terre.
04:46Le plaisir, le matin, vous ouvrez votre tente, vous êtes dans l'herbe.
04:49Il faut être un peu pratique.
04:50Alors après, il faut dire une chose,
04:52aujourd'hui le camping, c'est généralement dans des campings.
04:54Moi, je suis d'une génération, on campait un peu partout.
04:56Donc, si vous voulez, il y avait beaucoup de campings sauvages, etc.
04:59Honnêtement, ça a quasiment disparu.
05:01Donc, les campings, ça a énormément changé, si vous voulez.
05:03Linda le disait, c'est vrai qu'il y en a, c'est des cabanes en bois magnifiques, etc.
05:07Il y a des campings pour tous les genres.
05:10Il y a des campings pour les familles, il y a des campings avec de l'eau, des restaurants,
05:13il y a des campings très silences.
05:14Il n'y a pas un camping, en fait.
05:18Donc, c'est ça qu'il faut dire aussi.
05:20Mais moi, je crois que le fait d'être à l'horizontale, d'être près du sol,
05:23d'avoir le sentiment qu'on n'est pas dans son immeuble,
05:25on n'est pas dans sa ville, c'est essentiel.
05:28Souvent, vous avez des plantes verts.
05:29Quand c'est généralement bien fait, il y a des arbres, etc.
05:32C'est un bain de nature au bord de mer, on va dire.
05:34Un dépaysement, finalement.
05:35Il n'y a pas besoin de faire beaucoup de kilomètres.
05:37Vous parliez, Linda Léné, tout à l'heure, des destinations soleil, l'Espagne, la Grèce, la Tunisie, le Maroc.
05:45Ça veut dire qu'on ne s'ouvre pas non plus beaucoup à d'autres destinations touristiques
05:49lorsqu'on décide de quitter la France.
05:51Il n'y a pas des destinations qui ont un succès inédit, par exemple, cet été ?
05:55On reste sur les classiques ?
05:57Alors, sur les grands chiffres, sur les grands noms, on reste sur les classiques.
06:03Maintenant, vous avez raison, il y a chaque année une destination qui va un petit peu émerger.
06:10Et typiquement, cette année, c'est plutôt l'Albanie.
06:13D'accord.
06:14Donc, c'est un tout petit pays qui est grand comme la Bretagne et qui est vraiment émergent.
06:20Notamment parce que c'est une destination assez récente.
06:24Il ne faut pas oublier que pendant 40 ans, il y a eu une dictature qui finalement rapproche le pays un peu de la Corée du Nord, dans l'imaginaire.
06:32Et puis ensuite, le pays s'est ouvert au commerce international et au tourisme.
06:39Et la destination veut aujourd'hui devenir une championne du tourisme.
06:44Cette année, il y a plusieurs vols au départ de la France qui facilitent effectivement l'accès au pays.
06:53Et donc, c'est un pays qui est quand même reconnu pour ses plages, ses montagnes, ses paysages.
06:59Avec qui plus est, sur place, un hébergement qui aujourd'hui reste encore très attractif.
07:05Parce que justement, c'est un pays qui est relativement jeune en tant que destination touristique.
07:11Bon, ben tous à Tirana. Alors du coup, cet été ou l'été prochain, janvier, est-ce que les secousses géopolitiques influencent aussi le choix des destinations ?
07:20Je pense évidemment au Proche-Orient, mais je pense aux Etats-Unis par exemple.
07:23Est-ce que depuis l'accession au pouvoir de Donald Trump, les Français boudent un peu la destination américaine ?
07:29Oui, très nettement, très très nettement.
07:33Alors ce qu'il faut dire, si vous voulez, c'est que les vacances, moi j'appelle ça une transhumance.
07:36La plupart des gens vont à peu près toujours au même endroit.
07:38Parce que des fois, ils se sont même à les petits, la même plage, etc.
07:42Donc c'est d'abord une transhumance de masse.
07:44Et puis après, il y a le voyage, à l'intérieur des vacances.
07:46Mais c'est qu'une petite partie en réalité.
07:48Et c'est vrai que c'est de la partie voyage, découverte, aller aux Etats-Unis, aller en Italie.
07:53En ce moment, il n'y a personne qui...
07:54L'Israël ne doit pas être tricoté non plus.
07:56Toute la zone là-bas, effectivement, la Palestine, le Jérôme, etc.
08:01Jordanie.
08:02C'est-à-dire qu'il est clair qu'effectivement, en vacances, on a envie de sécurité, de tranquillité.
08:07Donc, aller dans une zone de guerre, après, ça se passe très vite.
08:10Regardez quand il y a eu les attentats en Égypte ou les attentats en Tunisie.
08:14Un an ou deux ans après, les gens revenaient.
08:16C'est-à-dire qu'en fait, on a une mémoire très courte.
08:17Une fois que c'est calmé, on va dire, ça redémarre.
08:21Mais bien sûr, les géopolitiques jouent.
08:23Les Américains, ils voient du monde entier qui sont critiqués.
08:26Je ne sais pas ce qu'ils en pensent, honnêtement.
08:28Les Canadiens non plus, ils ne le font presque pas.
08:31Donc, si vous voulez, il y a un déni de Donald Trump, un rejet de Donald Trump dans le monde entier.
08:35Je trouve que c'est bien un geste politique dans un moment de plaisir.
08:39Je voudrais qu'on parle du budget aussi, parce qu'évidemment, c'est une donnée essentielle.
08:42Et certains Français, on va quand même le rappeler, même si on parle du tourisme,
08:45certains Français ne partent pas en vacances pour des raisons financières.
08:49Cette année, Linda Léné, est-ce qu'on a déjà une idée du budget consacré aux vacances ?
08:54Quelle est la tendance ?
08:54Oui.
08:55Parmi les Français, 40% ne partent pas en vacances.
08:59Et la moitié de ces 40% invoquent des raisons financières.
09:03Donc, clairement, le pouvoir d'achat a un impact fort, bien sûr, sur les décisions de départ.
09:11En termes de budget, une récente étude, juste avant l'été, évoquait un montant de 1 600 euros pour les vacances d'été, en recul de 6%.
09:23Donc, clairement, il y a un contexte économique et géopolitique qui est compliqué, ce qui amène les Français à des arbitrages.
09:31Alors, ils font tout pour sacraliser les vacances et le départ en vacances, parce que c'est vraiment très important de reconnexion avec les siens,
09:38de reconnexion avec la nature.
09:41Mais néanmoins, tous ne pourront pas partir.
09:43C'est absolument évident, comme chaque année.
09:45Et puis, parmi ceux qui partent, il y a aussi, quand on arrive sur place, des restrictions qu'on va s'imposer.
09:52Ça va être quoi, par exemple ?
09:53Par exemple, on va peut-être moins aller au restaurant, davantage pique-niquer, ce qui d'ailleurs peut avoir son charme.
10:00On va moins dépenser dans le shopping, dans les achats sur place.
10:05Et puis, au niveau des activités, on va privilégier, parfois, des activités, justement, gratuites, comme la randonnée, le vélo qu'on emmène avec nous en vacances.
10:17Donc, sur place, on va se faire plaisir, mais en faisant très attention à son budget.
10:23Mais ça veut dire qu'on se limite, mais on ne renonce pas aux vacances.
10:25C'est ça que je comprends.
10:26Voilà, autant que possible.
10:27On va effectivement se limiter, mais ne pas renoncer, parce que c'est un moment très important qui rythme l'année.
10:33On le voit bien, quand on travaille, on prépare déjà, encore une fois, pour ceux qui ont la chance de partir, les vacances.
10:40On se projette, on fait plein de plans.
10:42Donc, c'est vraiment un moment très important pour aussi oublier le quotidien, oublier la routine, et puis tous ces ennuis.
10:51Comment vous comprenez ça, Jean Vzart, vous qui êtes justement sociologue, spécialiste du temps libre, ce côté sacralisé que peuvent avoir les vacances ?
11:02Mais il y a toujours eu des départs sacralisés.
11:04Avant, il y avait des processions religieuses, des pèlerinages, pour presque mettre les guerres dans cette catégorie.
11:09C'est-à-dire qu'en fait, souvent, les processions, c'était pas loin.
11:12Vous savez, autour des villages, il y a les petits lieux où on fait, il y a les petits saints sur des poteaux en bois, enfin non, plutôt en pierre.
11:19Donc, il y a toujours eu un double espace, en fait.
11:21Et effectivement, nous, le deuxième espace, on va dire, ce sont les vacances.
11:26C'est pour ça qu'il ne faut pas mélanger les grands voyages du lointain, les découvertes.
11:29On peut ne pas aller très loin.
11:30Beaucoup de gens ne vont pas très loin.
11:31Parce que les Marseillais vont rarement en Bretagne, et les Bordelais vont rarement sur la Côte d'Azur.
11:35C'est-à-dire qu'on a une vision, toujours à partir de Paris, les Parisiens sont des malheureux.
11:41Ils n'ont ni la mer, ni la montagne.
11:42Ils sont obligés d'aller un peu loin, ça c'est sûr.
11:44Mais vous êtes les seuls, nous, on a tous ou la mer ou la montagne.
11:47Et donc, si vous voulez, voilà, ça, il faut dire ça.
11:49Je crois qu'il faut dire une chose aussi, c'est que les Français habitent de plus en plus dans les régions de vacances.
11:53Et que donc, il y a de plus en plus de gens, peut-être, par exemple, les Marseillais.
11:56On a fait des plages partout, on se baigne.
11:57Moi, quand j'étais enfant, on ne se baignait quasiment pas.
12:00Et donc, c'est parce que l'autre, il est trop dégueulasse, on dirait la chose comme elles sont.
12:02Et donc, il y a plein de gens qui vont à la mer tous les jours, qui mangent une pide, etc.
12:05Il faut faire très attention aux chiffres.
12:07Il y a 20% des gens qui n'ont pas envie de partir cette année.
12:11Ils ont s'en cassé la jambe, ils ont acheté une maison.
12:13Madame est enceinte, il y a des tas de raisons de ne pas avoir envie de...
12:16Mais ce n'est pas forcément...
12:17Vous voyez, si quelqu'un, mettons, devient chômeur, perd son emploi,
12:20très souvent, il va changer de pratique de vacances.
12:22Peut-être qu'il va aller dans la famille, un copain va l'inviter en disant
12:25« Écoute, cette année, tu n'as pas de souche, je t'invite. »
12:27Mais partir, ça fait partie de son rythme fondamental, quoi.
12:30Et je crois que ça, c'est resté.
12:31C'est pour ça que je dis que c'est dans toutes les civilisations.
12:33Il faut le voir comme ça.
12:34Et nous, on l'a généralisé actuellement, 60% de la population.
12:38On a 20% qu'on ne fait pas, notamment dans les milieux...
12:40Juste un chiffre, mais 76% des cadres partent et 42% des ouvriers.
12:44Et je voudrais faire juste une remarque.
12:46Le problème, c'est le départ de la jeunesse.
12:48Si vous voulez, les vacances, ça s'apprend.
12:50Or, les colonies de vacances, par exemple, il y en avait 4 millions il y a 30 ans,
12:53il n'y en a plus qu'un million.
12:54Donc, le problème, le départ des jeunes, le départ des jeunes des quartiers,
12:57ce qu'on appelle les pieds d'immeuble, là,
12:59il faut se dire qu'il faut qu'on se remette à s'en occuper.
13:02Parce que partir, ça intègre.
13:03Tout le monde parle de vacances.
13:05Ceux qui ne partent pas, ils se sentent exclus.
13:06Là, ils écoutent l'émission.
13:08Ils sont restés tout l'été dans leur immeuble à avoir des bagarres de bandes.
13:11Forcément, ils ne font pas société avec nous.
13:14Je crois que la question du départ de la jeunesse,
13:15et puis parlons de business,
13:17départ de la jeunesse, c'est des clients de demain.
13:18Ceux qui sont jamais partis ne consommeront pas non plus.
13:21Est-ce qu'on est plus conscients aussi, Linda Léné,
13:23de l'impact écologique du tourisme ?
13:25Est-ce qu'au-delà de dire « c'est pas bien de prendre l'avion »,
13:27est-ce que les gens vraiment changent leur pratique ?
13:30Changent leur pratique à destination, vous voulez dire ?
13:32Oui, des destinations différentes ou un mode de transport différent.
13:36Alors, si on regarde sur une échelle de quelques années,
13:40nous commençons à avoir quelques changements de comportement.
13:43par exemple, au niveau du transport aérien.
13:49Le trafic en France a baissé de 14% entre 2017 et 2023.
13:57Donc, on voit que les mobilités douces,
13:59bien sûr pour les distances assez courtes,
14:02quand on va en Polynésie ou au Maroc,
14:06c'est difficile de faire autrement que de prendre l'avion.
14:08Mais pour les distances courtes, oui, effectivement,
14:11on va un peu plus opter pour des mobilités douces.
14:15On voit également que le train progresse année après année.
14:20Les chiffres de la SNCF le montrent.
14:23Et d'ailleurs, la compagnie ferroviaire dit que, par le passé,
14:27on avait un seuil, une barrière, un plafond de verre
14:31à environ 3-4 heures de train,
14:33donc pour des raisons de loisirs.
14:36Maintenant, on accepte au volontiers de faire un trajet de 7 heures.
14:427 heures, c'est possible ?
14:43On ne se dit pas, c'est beaucoup trop long.
14:447 heures, c'est possible.
14:45Psychologiquement, on l'a accepté.
14:46On l'accepte, en tout cas, une part des Français l'acceptent.
14:48C'est ce qui explique d'ailleurs le succès croissant de lignes
14:53comme Paris-Barcelone, Paris-Milan, Paris-Berlin.
14:58Donc, on se dit que finalement,
15:01on touche à ce qu'on appelle le slow travel.
15:03On va prendre le temps de voyager.
15:05On monte à bord, on va prendre un livre, on va discuter avec son voisin.
15:10Donc, petit à petit, le train devient plus sexy.
15:14J'ai l'impression qu'il ne l'a jamais été,
15:16même si parfois, les grèves nous rappellent
15:19que ce n'est pas toujours facile de prendre le train.
15:22Et les prix aussi nous montrent que ce n'est pas forcément à la portée de tout le monde.
15:25Donc, la mobilité douce progresse.
15:29Le vélo aussi, le vélo se démocratise.
15:31Le vélo électrique y a participé pour beaucoup
15:33parce que finalement, ça permet à toute la tribu de partager un moment agréable,
15:39même s'il y a des côtes, en fait, personne ne peine.
15:42Donc, petit à petit, les mobilités douces s'installent.
15:46Et puis, il y a des agences spécialisées
15:47qui facilitent le transport des bagages, par exemple, d'un point A à un point B.
15:53Donc, vous êtes libérés de cette contrainte-là.
15:55Éventuellement, l'hébergement va aussi être réservé par l'agence.
15:59Donc, finalement, c'est de la mobilité douce, de l'aventure douce.
16:03Et puis, en profitant, bien sûr, des paysages, de la nature, etc.
16:07Alors, ça, c'est pour la partie, j'allais dire, positive du tourisme.
16:10Il y a quand même une face sombre.
16:12Vous avez raison.
16:12Et j'aimerais qu'on l'évoque aussi parce qu'on la sent de plus en plus souvent évoquée.
16:17Alors, ces manifestations contre le sur-tourisme, par exemple.
16:20Parfaitement.
16:21À Barcelone, dans les Dolomites, en Italie.
16:23Dans les Dolomites, c'est un très bon exemple.
16:25Voilà, dans les Dolomites, il y a eu récemment une actualité autour de la randonnée.
16:31Les habitants qui sont excédés par ces randonneurs,
16:33qui sont trop nombreux, qui piétinent des propriétés privées, par exemple.
16:37Les habitants sont excédés.
16:39Alors, effectivement, il y a un impact sur la biodiversité.
16:42Il y a également des déchets qui sont laissés sur place, malheureusement,
16:47par les personnes qui ne sont pas suffisamment responsables.
16:51Et donc, les locaux ont décidé d'installer, à titre provocateur,
16:55des tourniquets pour facturer 5 euros à chaque randonneur.
17:00Là, ce qui est intéressant, c'est de voir que, finalement,
17:02la population locale se rebelle pour défendre la nature
17:05parce que les responsables politiques n'ont pas agi.
17:10Donc, quelque part, c'est un appel à l'aide.
17:13Et ce qui est aussi très intéressant, c'est de voir que, finalement,
17:16dans ce cas précis, Instagram montre les méfaits du tourisme.
17:20Il ne faut pas les oublier.
17:22Il y a des impacts positifs, on les connaît.
17:24C'est l'emploi, 10% des emplois dans le monde.
17:28Le PIB, 10% du PIB dans le monde.
17:30L'ouverture sur les autres, pardonnez-moi, comme disait Jean-Friart.
17:33Néanmoins, il y a aussi des impacts négatifs,
17:37notamment sur l'environnement.
17:40Puisque le passage répété, le piétinement va finalement abîmer.
17:45Sur la qualité de vie aussi des gens, sur les prix immobiliers.
17:47Sur la population locale, notamment dans les villes
17:50où il y a, justement, crise de logement.
17:52Et là, effectivement, il peut y avoir, bien sûr,
17:56des conséquences sur l'immobilier qui devient trop cher.
18:00Également les commerces qui sont beaucoup trop tournés vers les touristes.
18:04Qu'est-ce qu'on peut faire face à ça, Jean-Viard, finalement ?
18:06Comment est-ce qu'on trouve un bon équilibre ?
18:08Sans dire aux gens, ne partez pas visiter des endroits sympas.
18:11Parce que, bon, on a forcément envie d'y aller dans ces endroits qui ont l'air super.
18:15Oui, alors, d'abord, il ne faut pas exagérer.
18:18Parce que je veux dire que la plupart des gens partent en vacances.
18:20La plupart des endroits, on les accueille.
18:22Les gens sont contents qu'ils arrivent, etc.
18:24Vous voyez, moi, j'habite dans des villages de Provence.
18:26Depuis que je suis petit, quand j'étais petit,
18:28la moitié des maisons étaient en ruine.
18:29Aujourd'hui, elles sont toutes restaurées.
18:31Donc, il faut faire très attention à cette image qu'on a.
18:33Parce que le discours sur le sur-tourisme nous envahit.
18:36Il y a aussi des discours sur l'immigration qui peuvent nous envahir.
18:39C'est un peu le même discours, en fait.
18:40Donc, il faut être très prudent et ne pas dire aux gens...
18:42Vous voyez, la majorité des gens partent en voiture avec leurs enfants, etc.
18:46Et effectivement, il faut essayer d'une part
18:47qu'ils ne prennent plus la voiture quand ils sont arrivés.
18:50Mais en plus, de toute façon, il n'y a pas de train.
18:51En plus, les trains sont complets.
18:52Donc, c'est la même chose.
18:53« Ne rejetons pas la majorité des Français qui partent en vacances, en voiture, etc. »
18:57Je crois que ce ne serait pas une bonne idée.
18:59Ça leur donne le sentiment que les élites parisiennes
19:01sont tout le temps en train de les critiquer.
19:02Mais sans rejeter.
19:03Est-ce qu'on peut justement réguler davantage ?
19:05On peut réguler beaucoup plus.
19:07Et c'est là où il y a un déficit de politique.
19:08Prenons le tout petit exemple de la calanque de Sugiton, près de Marseille.
19:12C'est une très très belle calanque.
19:13Dans les calanques de Marseille, c'est un endroit magnifique.
19:15Entre cas, si c'est Marseille.
19:16Cette calanque, il y avait 2000 personnes par jour.
19:18Donc, ça a écrasé toutes les plantes.
19:19Et puis, ce n'était pas agréable.
19:20Si vous êtes serré comme des harengs dans une calanque,
19:22ce n'est plus le charme de la nature.
19:24On a régulé à 400.
19:25Il suffit de s'inscrire sur Internet.
19:26C'est totalement gratuit.
19:28Et si vous êtes au bout de 400,
19:29on vous dit « Écoutez, monsieur ou madame, désolé,
19:32je voulais aller jeudi, ce n'est plus possible. »
19:33Mais par contre, lundi prochain, il y a de la place.
19:35Vous voulez que je vous inscrive ?
19:36On propose une autre solution.
19:38Ça marche très bien.
19:39Parce qu'on propose un produit de qualité,
19:41on sait qu'on ne sera que 400, etc.
19:44Barcelone a fait aussi du boulot de la même manière
19:46en séparant les flux.
19:47En disant « Attendez, les gens des campings,
19:49ils veulent aller manger sur les remblasses. »
19:50Donc, dans les campings, on distribue des publicités
19:52pour les restaurants des remblasses.
19:54Ils vont manger à midi au soleil.
19:55Mais les gens qui visitent Barcelone une semaine,
19:57on ne va pas dans les hôtels, les restaurants, les campings,
20:01on ne va pas les mettre sur les remblasses.
20:02On va leur proposer d'autres situations.
20:03C'est-à-dire qu'il faut séparer les flux.
20:05C'est là où, si vous voulez, c'est le sujet du livre,
20:07d'ailleurs, qu'on a fait avec Inda,
20:08c'est qu'il faut qu'on gère par le numérique.
20:10Il y a deux façons de gérer.
20:11Vous augmentez les prix, il y a moins de monde.
20:13En gros, c'est la technique du ski, on va dire.
20:14C'est-à-dire, effectivement,
20:15vous avez 9% des Français qui font du ski,
20:17c'est cher, donc forcément, la sélection, elle se fait.
20:19Ou alors, vous acceptez une gestion numérique,
20:22mais ce qui se fait pour le Louvre,
20:23ce qui se fait pour la Tour Eiffel,
20:24vous vous inscrivez, on vous dit « il n'y a plus de place », etc.
20:26On est, quand on veut qu'il y ait en France,
20:28on veut qu'il y ait 100 millions de touristes étrangers.
20:29Et encore, ils pourraient rester plus longtemps,
20:31parce qu'il ne suffit pas qu'ils rentrent,
20:32on a moins bien qu'ils séjournent.
20:33Donc, pour l'instant, ils ont tendance à passer.
20:35Et donc, si vous voulez,
20:35il faut vraiment qu'on ait une politique de régulation,
20:38et que cette régulation ne soit pas uniquement financière.
20:40Et pour ça, il faut qu'on ait une espèce de double du tourisme numérique.
20:44C'est-à-dire, vous tapez telle station,
20:45vous allez tel jour manger, je ne sais pas, à Cassis.
20:47Eh bien, on va vous répondre,
20:49« Ah non, monsieur, franchement, le 10 août, Cassis,
20:51c'est complètement déconseillé. »
20:52Vous voyez, il y a tout ça,
20:53et puis on arrête les publicités
20:55pour des lieux qui sont très attractifs.
20:58Il ne faut pas vendre des publicités pour Venise,
20:59ce n'est pas la peine.
21:00Ils vont me le vendre pour une autre ville.
21:02Et dernier mot, il y a 20% du territoire qui est touristique.
21:04Il y a énormément de lieux magnifiques
21:06qui ne sont pas touristiques.
21:07Donc, il y a un énorme travail à faire
21:09pour diffuser le tourisme dans l'espace.
21:10On ne les oublie pas, effectivement,
21:12ces lieux qui mériteraient d'être mieux connus.
21:14Merci à tous les deux
21:15de nous avoir présenté le tourisme aujourd'hui.
21:17Et puis, dessinez aussi le tourisme demain.
21:19Linda Lenné, vous êtes rédactrice en chef de l'éco-touristique.
21:22Jean Viard, sociologue spécialiste des vacances.
21:25Votre ouvrage, je le rappelle,
21:26quand le tourisme s'éveillera aux éditions de l'Aube.
21:29Très bonne journée.

Recommandations