00:00Le feu est désormais fixé dans l'eau. 17 000 hectares ont été parcourus par les flammes.
00:06Hier matin, l'enquête a débuté. Comment va se dérouler cette enquête ?
00:10Précisément, c'est l'objet de notre 7 minutes pour comprendre.
00:19Et on en parle ce matin avec toujours Ludovic Pingano qui est avec nous en plateau.
00:23Merci Ludovic, expert sécurité et risque pour BFM TV.
00:28Marc Roland, merci de nous avoir rejoints. Vous êtes capitaine de gendarmerie, habitué évidemment de ces enquêtes XXL.
00:34Essayer de remonter à la source, c'est ce qui nous intéresse ce matin.
00:36Et Paul Conge, merci Paul d'être avec nous, journaliste, police justice à BFM TV.
00:40Je commence avec vous Paul parce qu'il se trouve que hier, vous êtes rendu dans cet institut dont vous allez nous parler.
00:47C'est en quelque sorte le laboratoire, là où tout se passe une fois qu'on a récolté sur le terrain des échantillons.
00:53Eh bien, il faut les faire parler.
00:55C'est ça, l'IRCGN, l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale.
00:59C'est un peu le vaisseau amiral de la gendarmerie scientifique en France.
01:03Ils ont beaucoup d'unités spécialisées.
01:04Unités spécialisées en traces de sang, en explosifs et en incendies.
01:08C'est là qu'on s'est rendu hier avec Tanguy Tricouat.
01:10On a rencontré là-bas le major Christophe Rémillon, 20 ans de boîte.
01:15Il nous a expliqué que leur travail consiste à se poser la question de savoir si un incendie est d'origine criminelle ou non.
01:21Leur travail à l'IRCGN, c'est de faire parler ces cendres.
01:24Ce n'est pas une mince affaire, notamment quand on a 16 000 hectares de terres brûlées, de zones dévastées.
01:30Leur travail, c'est de remonter à la source de l'incendie, ce qu'ils appellent le point d'éclosion.
01:34Et pour le trouver, souvent, il faut travailler très vite, dès le départ, des flammes.
01:38C'est un mélange de travail humain avec des équipes sur place, parfois des survols de drones.
01:42Ils arrivent parfois, comme là, dans l'Aude, à circonscrire la zone de départ de feu à une toute petite zone.
01:48Une fois sur place, les enquêteurs, les techniciens prélèvent des morceaux de terre, des composés organiques.
01:55Tout ce qui peut aussi avoir pu être apporté par l'homme, par exemple, des bisons d'essence.
02:01On les voit effectivement sur les images.
02:02Ça peut être des bidons d'essence, ça peut être des mégots, des bouteilles de white spirit.
02:08Tout ce qui peut être apporté là par l'homme, ce qu'ils appellent des produits accélérants,
02:11ce qui peut faire se déclencher un incendie ou accélérer, se faire propager un incendie.
02:16Et ensuite, ces prélèvements sont apportés dans ce laboratoire qui se situe à Pontoise.
02:20Ils vont analyser des fragments de ces prélèvements dans des environnements stérilisés.
02:25L'insérer dans un chromatographe, c'est une machine ultra fine qui va permettre de disperser tous les composés chimiques qu'on trouve à l'intérieur.
02:31Et c'est là qu'on va pouvoir s'apercevoir s'il y avait là, par exemple, des hydrocarbures, des alcools, qui sont des choses totalement invisibles à l'œil nu.
02:40Et ça va aider le travail d'enquête pour déterminer si l'incendie a une cause intentionnelle ou non.
02:46Pierre Barbin, avant d'entrer dans les détails de cette enquête, on sait que 9 incendies sur 10 sont d'origine humaine.
02:55Alors forcément, c'est plutôt d'origine humaine.
02:57On cherche à déterminer si c'est volontaire ou involontaire.
03:00Avant de nous expliquer, le 1 sur 10 qui n'est pas d'origine humaine, c'est quel type d'incendie ?
03:04Ça peut être des incendies d'origine naturelle.
03:06Alors on parle beaucoup de la foudre, effectivement.
03:08Il y a quelques cas qui ont été repérés et qui consolident cette thèse.
03:11La foudre, effectivement, peut déclencher un feu.
03:14Mais je pense également aux incidents électriques.
03:17Un câble qui chute au sol, l'hypertension dégagée peut effectivement produire suffisamment de chaleur,
03:22suffisamment d'énergie thermique pour provoquer un départ de feu.
03:25Donc il y a vraiment une coordination, et c'est ça le point important en fait,
03:28entre le terrain, c'est-à-dire les personnes que l'on voit à l'écran qui récoltent des échantillons,
03:33et ensuite ces scientifiques qui, dans leur laboratoire,
03:37essayent de trouver les raisons justement de potentiellement un crime qui pourrait être derrière.
03:42Comment est-ce qu'ils communiquent ensemble, ces différentes personnes ?
03:46Alors c'est une excellente question, et je ne vais pas vous faire un cours académique,
03:50mais il y a une hiérarchisation et un système pyramidal entre le terrain et le laboratoire.
03:55La gendarmerie, dans le cas d'Espèce, a mis en place des éléments de terrain
03:59avec des techniciens d'identification criminelle de proximité,
04:03au niveau du plus proche du terrain, au niveau des brigades,
04:06et puis au niveau départemental, des techniciens d'identification criminelle
04:09qui sont attachés à des plateformes, à des plateaux d'investigation,
04:12et au niveau sommital, l'IRCGN effectivement,
04:14qui constitue cette tête de vaisseau que vous évoquiez,
04:17en capacité d'engager des moyens sur le terrain, des experts sous le terrain,
04:21avec des moyens mobiles, un bus qui est équipé,
04:23à l'instar d'un laboratoire, qui est capable d'aller au plus proche du terrain
04:27pour renforcer la qualité des prélèvements et des constatations,
04:32en mesure d'analyser sur le terrain directement les produits
04:35pour avoir des premières définitions, pour accélérer le processus de l'enquête.
04:39Donc une chaîne hiérarchique, une chaîne technique,
04:42une chaîne criminalistique performante qui marche très bien.
04:44Des agents sur le terrain, et Ludovic, on l'a vu hier sur ce plateau,
04:47des chiens également spécialisés dans la recherche d'hydrocarbures.
04:50Oui, des chiens effectivement dressés spécifiquement pour capter ces odeurs d'hydrocarbures
04:55et qui vont ensuite être des alliés très importants aux enquêteurs
04:59à partir du moment où effectivement ils ont repéré ces traces d'accélérants sur la zone.
05:06Regardons ces images, Paul, de ce reportage que vous avez fait.
05:11Ce qui frappe, c'est l'extrême minutie.
05:13C'est-à-dire que là, toutes les précautions sont prises.
05:15Il ne s'agit pas de polluer les échantillons qui ont été prélevés sur le terrain.
05:19D'ailleurs, comment est-ce qu'ils voyagent, ces échantillons, jusqu'à Paris ?
05:22Ces échantillons, ils voyagent dans les pots que vous avez pu voir là sur ces images.
05:27Et ils sont évidemment dans des environnements qui sont très protégés.
05:31Il ne faut surtout pas que des composés extérieurs viennent les polluer
05:34et qu'ils viendront ensuite tronquer les analyses faites en laboratoire.
05:38Donc évidemment, tout ça est fait avec énormément de précautions.
05:41On l'a vu dans ces machines.
05:42Ils manipulent ces scellés qui sont placés sous scellés.
05:48Ils font des prélèvements dans des environnements entièrement stérilisés.
05:52Et ensuite, ce sont des flacons qui, eux aussi, sont évidemment étanches à l'environnement extérieur.
05:57Et ensuite, c'est vraiment une petite seringue qui va venir se planter dans le flacon
06:01pour ensuite l'insérer dans une machine qui, elle, va vraiment faire cette analyse chimique
06:05de décomposition pour déterminer la composition chimique.
06:08– Capitaine, est-ce que la plupart du temps, les enquêteurs viennent à bout des enquêtes ?
06:13C'est-à-dire déterminent l'origine de l'incendie.
06:15Et un mot aussi sur les incendies d'origine criminelle.
06:19De manière générale, quel est le profil des personnes qui allument des feux ?
06:23– Vous savez, la difficulté dans un cadre judiciaire, c'est un, de constater les faits,
06:28deux, d'en rassembler les preuves et trois, d'en identifier les auteurs.
06:31Pourquoi ? Parce que ça répond à une obligation juridictionnelle.
06:34On a obligation d'apporter une réponse par rapport à un trouble majeur à l'ordre public.
06:39Dans le cas d'espèce, effectivement, la gendarmerie parvient, grâce à ces investigations,
06:43grâce au témoignage, grâce au travail d'enquête, à identifier effectivement des profils d'incendiaires
06:48ou de gens malveillants ou des gens qui ont causé, par leur imprudence,
06:53une observation des règles de sécurité élémentaires, des incendies.
06:57– Qu'on soit bien d'accord, le mégot jeté par terre, c'est involontaire, évidemment.
07:00En revanche, la personne qui va mettre de l'hydrocarbure et un briquet, là, on est dans du volontaire.
07:05Ça arrive souvent ?
07:06– Alors, je vais quand même nuancer un peu votre propos.
07:07La personne qui jette son mégot, de manière involontaire,
07:11elle se rend quand même coupable d'une infraction pénale.
07:12– Bien sûr.
07:13– On ne va pas l'exonérer non plus.
07:14– Bien sûr, bien sûr.
07:15– Outre le bon sens, il y a vraiment la règle sociétale qui veut qu'on réprime,
07:19à hauteur de 135 euros d'amende, ce jet de mégot.
07:22Pour autant, l'acte volontaire, la volonté de mettre le feu, n'existe pas.
07:26– Ludovic, l'enquête, là, tout ce dont on a parlé,
07:29ce trajet du terrain jusqu'à Paris au laboratoire, ça peut durer combien de temps ?
07:34– Là, tout dépend, effectivement, de la zone d'intervention.
07:38Par contre, l'objectif est que l'analyse puisse se faire le plus rapidement possible.
07:43Donc, c'est, effectivement, tout ce matériel, c'est comme ça qu'on l'appelle,
07:46tout ce matériel récupéré sur les lieux et transféré, en général,
07:49dans la journée même à l'IRCGN.
07:50– Oui, c'est très rapide. – C'est très, très rapide.
07:52– Oui, les machines aussi fonctionnent très, très vite.
07:54En quelques minutes, quelques heures, au pire, les prélèvements peuvent être analysés
07:58et vous avez déjà une première idée de ce qui composait le terrain.
08:02– Donc, après, ils partent, ces résultats, en direction des autorités,
08:05c'est-à-dire que ça repart du côté des enquêteurs pour qu'ils puissent prendre en compte les résultats.
08:10– Oui, un rapport rédigé par les enquêteurs de l'IRCGN,
08:14qui est transmis ensuite, effectivement, aux enquêteurs de police judiciaire
08:17ou, en l'occurrence, de gendarmerie,
08:18qui vont pouvoir s'en servir pour déterminer les causes volontaires ou pas de l'incendie.
08:23Parce qu'il ne suffit pas simplement de faire cette analyse chimique.
08:26Parfois, il ne suffit pas pour déterminer la cause précise de l'incendie.
08:29Vous pouvez avoir un mégot.
08:31A-t-il été apporté là de manière volontaire ?
08:33Est-ce que c'est un mégot qui datait d'avant l'incendie ?
08:36Toutes ces questions-là, voilà, il faut pouvoir y répondre.
08:38Et ça, c'est un travail vraiment conjoint entre les scientifiques
08:41et les enquêteurs de terrain plus traditionnel.
08:43Merci.
Commentaires