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  • il y a 5 mois

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00:00Il est 8h moins 10, merci d'avoir choisi Europe 1 Matin.
00:03L'heure de l'édito politique avec Jean-Christophe Buisson, bonjour.
00:06Bonjour Thomas, bonjour Marion.
00:07Directeur à John Figaro Magazine, alors ce matin on revient sur les relations pour le moins agitées entre la France et l'Algérie.
00:13Oui, grâce à Emmanuel Macron, Abdelmajid Tebboune et leurs gouvernements respectifs,
00:17nous sommes plongés cet été dans un scénario qui pourrait être celui d'une série télévisée.
00:21Plutôt Netflix ou Prime Vidéo que Disney d'ailleurs, parce qu'il s'agit d'une affaire sérieuse voire tragique.
00:26Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un long résumé des épisodes précédents,
00:29mais me concentrer sur les dernières 24 heures riches en rebondissements.
00:33Hier matin, on apprenait dans le Figaro qu'Emmanuel Macron, via un courrier adressé à François Bayrou,
00:38avait choisi de durcir le ton vis-à-vis d'Alger en raison de son entêtement, je cite,
00:42« à ne pas répondre à nos appels répétés au cours des derniers mois, à travailler ensemble dans l'intérêt de nos deux nations ».
00:47Le président de la République faisait la référence au refus des autorités algériennes
00:51de reprendre sur leur sol les citoyens de leur pays sous le coup d'une OQTF
00:55après avoir commis par exemple des délits criminels sur notre territoire,
00:58mais aussi à l'emprisonnement de nos deux concitoyens,
01:01l'écrivain Boilem Sansal et le journaliste Christophe Glez,
01:04condamnés respectivement à 5 ans et 7 ans de prison.
01:07À ce soudain accès de fermeté présidentielle sur lequel nous reviendrons,
01:10Algiers a répondu dans l'après-midi hier en annonçant
01:12ne plus exempter de visa les détenteurs français de passeports diplomatiques
01:16et en accusant Paris de s'exonérer de ses responsabilités dans la crise entre nos deux pays.
01:20À la suite de quoi, François Bayrou, qui était en déplacement en Charente-Maritime
01:24pour saluer le remarquable travail du conservatoire du littoral
01:27qui lutte contre l'érosion des rivages et permet entre autres la sauvegarde des anchois,
01:31s'est fendu d'une formule d'apaisement en assurant que la France n'est pas dans l'esprit
01:35d'un affrontement perpétuel avec l'Algérie.
01:37Il ne manquait plus qu'une phrase creuse de Jean-Noël Barraud
01:39et on aurait eu réuni en une seule journée tous les personnages du feuilleton.
01:43Mais tout de même, on ne parle pas d'une série ou d'une pièce de théâtre,
01:46mais bien de la réalité, une réalité grave, vous l'avez souligné.
01:48Oui, il y a une réalité et la voici.
01:51L'Algérie est un régime autoritaire dont les dirigeants se maintiennent au pouvoir
01:55grâce à un ciment fédérateur qui est la haine de la France.
01:58L'Algérie ne souhaite pas sortir de l'esprit d'affrontement perpétuel
02:02avec son ancienne puissance coloniale.
02:04L'Algérie n'accédera jamais aux demandes françaises
02:07si elles ne sont pas assorties de réelles menaces de rétorsion de notre part.
02:11Ajoutons-y cette autre réalité.
02:13Même si le gouvernement français parvenait à imposer à Alger des mesures inédites,
02:16celle-ci pourrait être annulée dans leur exécution ou dans leurs effets
02:20si les autres pays européens n'accompagnaient pas Paris dans son initiative.
02:24Le président l'a d'ailleurs bien rappelé dans sa lettre à François Bayrou.
02:27Voilà pour la réalité.
02:29Le reste relève du symbole, de la gesticulation, de la communication, du théâtre,
02:34qui est, comme vous le savez, le lieu du mensonge autorisé
02:36et à tout le moins de la mauvaise foi.
02:38Et Emmanuel Macron, qui l'a un peu pratiqué dans sa jeunesse,
02:41n'a pas oublié ses leçons.
02:42Quand il écrit au Premier ministre que la France doit être forte et se faire respecter,
02:46on se frotte les oreilles et les yeux.
02:48N'est-ce pas le même homme qui, il y a un mois,
02:50tordait le nez quand Bruno Retailleau appelait justement
02:53à imposer un rapport de force avec Alger ?
02:55Emmanuel Macron a donc changé de position.
02:56Pourquoi, à votre avis ?
02:57On peut imaginer deux raisons.
02:59La pire et la moins pire.
03:01La moins pire, mais qui n'est pas très optimiste pour autant,
03:03serait qu'il a compris, en effet,
03:05que l'Algérie ne bougera pas d'un chouïa sa position.
03:08Craignant de se voir reproché d'avoir, lui, Emmanuel Macron, manqué de fermeté,
03:12il choisit de hausser le ton,
03:14quitte à se renier un peu,
03:15mais il vous dira qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
03:18La pire hypothèse, qui n'est pas contradictoire avec la précédente,
03:21serait que l'état de santé de Boilem Sansal, 75 ans,
03:24se détériore en prison
03:25et qu'Emmanuel Macron ne souhaiterait pas, et on le comprend,
03:28être tenu pour indirectement responsable d'un drame
03:30parce qu'il n'aurait pas montré assez de détermination à le faire libérer.
03:35Pour se rassurer, il peut toujours revenir à son cher théâtre
03:37en relisant Paul Claudel,
03:39qui écrivait que le pire n'est pas toujours sûr.
03:41Une bonne occasion de retourner voir le soulier de Satin.
03:43Merci, merci Jean-Christophe Buisson,
03:46votre édito politique.
03:47Je signale la une du Figaro ce matin.
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