00:00Je m'appelle Héloïse et quand j'étais petite, j'ai été victime d'agressions sexuelles et on va en parler aujourd'hui.
00:04Moi, j'ai grandi en Bretagne avec des parents très ouverts, très féministes, très bienveillants avec leurs enfants,
00:14qui nous ont toujours fait de la prévention, personne n'avait le droit de toucher notre corps.
00:17Ce qu'ils nous ont toujours dit, c'était d'un inconnu, le danger peut venir d'un inconnu.
00:21Et finalement, on ne nous a jamais prévenu que le danger pouvait aussi venir de quelqu'un qu'on connaissait, notamment dans la famille.
00:27Et à 9 ans, j'ai donc subi les premières agressions sexuelles de la part d'un oncle.
00:31Je n'étais pas la seule victime, il y avait aussi ma cousine qui était plus jeune que moi.
00:35Quand on a 9 ans et qu'on subit ça, c'est très difficile d'en parler, c'est très difficile de comprendre déjà ce qu'on est en train de vivre.
00:42Et finalement, j'ai réussi à en parler, moi, grâce à une série télé qui racontait ce que je vivais.
00:49Et j'ai compris qu'il fallait le dire à un adulte, à un gendarme, à ses parents, et que tout ça pouvait se terminer et que j'allais pouvoir être protégée.
00:59Et c'est donc ce que j'ai réussi à faire quand j'avais 11 ans.
01:02J'ai réussi à mettre un terme à tout ça en racontant tout à ma maman.
01:07J'ai eu beaucoup de chance parce que j'ai une maman qui m'a tout de suite écoutée, qui m'a tout de suite crue et qui a tout de suite réagi.
01:17Elle a prévenu du coup sa famille parce que c'était son beau-frère et donc elle a prévenu sa soeur.
01:22J'ai aussi prévenu que je n'étais pas la seule victime, donc j'ai été la balance, c'était le problème aussi.
01:27J'ai parlé au nom d'autres victimes.
01:29À 11 ans, j'ai tout de suite été projetée dans un monde d'adultes.
01:32Il y avait des fois, des mercredis où je n'étais pas à l'école parce qu'il fallait que j'aille être auditionnée chez les gendarmes.
01:37Et puis des fois, ça tombait un vendredi matin où j'allais louper la moitié d'une journée de classe parce que j'avais un rendez-vous avec des psychologues.
01:43Ça, ça a été un peu mon enfance et ma pré-adolescence et puis jusqu'à mon adolescence parce que le procès, il a eu lieu quand j'avais 16 ans.
01:50C'était une journée particulièrement éprouvante où c'était un procès en huis clos, on était mineurs.
01:57On nous a clairement dit avec ma cousine de minimiser un peu les faits parce qu'il ne fallait surtout pas que notre agresseur perde son travail.
02:04Il allait redevenir papa encore d'une troisième petite fille.
02:07C'était un peu nous les méchantes, on allait détruire sa vie.
02:09Donc il a avoué quand même les faits et il a écopé de 18 mois de prison avec sursis et 3 000 euros de dédommagement.
02:17Donc aujourd'hui, violer des enfants, on ne va pas en prison et puis on paye 3 000 euros d'amende.
02:22Voilà, moi c'est ce que j'en retiens aujourd'hui.
02:24Il avait interdiction de m'approcher jusqu'au moins à ma majorité, mes 18 ans.
02:28Et le soir même, on trinquait au champagne à la fin de cet horrible procès.
02:34Et puis 3 semaines plus tard, je le voyais à Noël.
02:37Et puis en fait, il était toujours là et il est encore toujours là dans cette famille.
02:41Et c'est vrai que tout ça, on va dire cette expérience-là, m'amène aujourd'hui en tant que maman à être peut-être dans l'ultra-vigilance.
02:49Notre fille qui va avoir 3 ans, elle a sa petite fleur de douche, elle se lave toute seule.
02:53Elle sait que personne n'a le droit de la toucher, mais même pas maman et même pas papa.
02:56C'est personne, c'est son propre corps à elle.
02:58Je sais que pour certains, je vais peut-être paraître extrémiste, mais moi je ne veux pas qu'elle ait deux maîtres à l'école.
03:05Parce qu'aujourd'hui c'est prouvé et on sait que les pédocriminels, la plupart travaillent au contact d'enfants.
03:11Quand elle fera du sport dans un club, je préfère qu'elle ait une entraîneuse femme.
03:15Je ne vais pas avoir confiance si elle va dormir chez les parents d'un ami ou d'une amie.
03:21Je vais peut-être bloquer tout ça.
03:23Je préfère que les copains et les copines viennent dormir à la maison plus tard, plutôt que de prendre ce risque-là de laisser mes enfants dormir ailleurs.
03:30Je leur raconterai mon histoire et puis il y aura de la prévention.
03:34Et puis déjà, que ce soit dans ma famille ou dans la famille de mon compagnon, j'en parle énormément.
03:39Je n'ai pas de problème à leur dire, poser les limites en fait.
03:42Que ce soit pour changer la couche, pour faire le bain, personne ne touche mes enfants.
03:45Le 8 mars 2024, j'ai sorti un roman graphique, une BD qui s'appelle Les yeux fermés.
03:50Il parle du coup de la reconstruction familiale après l'inceste, mais qui est aussi un support de prévention contre les agressions sexuelles sur les enfants.
03:59Je sais que la BD est à disposition dans pas mal de collèges aujourd'hui.
04:03Et c'est pas toujours à la maison qu'on peut avoir cette prévention, qu'on peut demander à ses parents est-ce que je peux acheter cette BD-là qui traite de ce sujet-là.
04:13C'est un peu compliqué.
04:15C'est pour moi aussi une façon peut-être d'aider plusieurs enfants, plusieurs adolescents.
04:19Je ne m'attendais pas à recevoir autant de milliers de messages.
04:22Et c'est là que je me suis rendue compte que je n'étais pas seule.
04:25Donc le combat, j'ai envie de dire, il ne fait que commencer.
04:29Et moi, je ne m'arrêterai pas là.
04:33Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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