00:00Et on passe à notre focus du samedi qui nous emmène ce soir dans le sud de Madagascar
00:06où des dizaines de milliers de personnes ont dû partir, touchées par la sécheresse, la faim et la pauvreté extrêmes.
00:12Amnesty International vient de publier un rapport alarmant intitulé
00:16« Cette souffrance me hante même ici » qui dénonce l'absence de protection et d'assistance pour ces déplacés internes
00:23entre héritage colonial, changement climatique et politique publique inadaptée,
00:28leur situation est aujourd'hui critique pour en parler.
00:31Nous recevons Enchiko Arnold, conseiller sur la justice climatique pour le Bureau de l'Afrique de l'Est et Austral,
00:38d'Amnesty International et conseiller sur les droits humains à Madagascar.
00:42Merci d'être avec nous et de nous rejoindre sur France 24.
00:46Dites-nous un peu, qui sont les entendre-oils ?
00:49Quelles sont justement les conditions qui les ont poussées à quitter le sud de Madagascar ?
00:55Oui, merci beaucoup pour la parole accordée.
01:00Et donc, les entendre-oils étant peuples agriculteurs et éleveurs en termes de mode de vie ancestral
01:07qui vivent dans la partie sud de Madagascar.
01:10Et donc, cette partie du pays a toujours été frappée par des sécheresses
01:14qui aujourd'hui s'associent au changement climatique.
01:17Et donc, c'est suite à ces sécheresses que ce peuple devient de plus en plus incapable de pratiquer l'agriculture.
01:25Et donc, la situation générale, c'est la famine.
01:27En 2032, par exemple, environ 63 % des habitants de cette région du sud de Madagascar
01:34étaient contraintes à l'insécurité alimentaire,
01:38avec des enfants, des mères allaitantes, des personnes âgées affectées d'une manière disproportionnée.
01:44Et donc, c'est dans ce cadre que plusieurs des milliers et des milliers des entendre-oils
01:50sont contrées à fuir les familles dans les régions pour s'orienter dans d'autres parties du pays.
01:57Seulement, les personnes avec qui nous nous sommes entretenus
02:01et qui ont pris la région de Boénie à quelques 1 500 kilomètres dans le nord de Madagascar
02:06n'ont pas accès à l'aide la plus élémentaire en termes de transport,
02:12des logements avec des familles, avec des enfants passant à des nids à la Belle Étoile.
02:18Ils n'ont pas eu d'aide en termes de régroupement familial.
02:22Et en quelque sorte, le gouvernement malgache ?
02:25Oui, vous parlez, parlons justement du gouvernement malgache.
02:29Vous dites qu'il y a carrément un abandon par le gouvernement malgache.
02:33En quoi les autorités ont-elles failli à leur devoir de protection ?
02:38Car on nous dit que c'est une question de sécheresse.
02:41Mais qu'est-ce qui fait que le gouvernement malgache,
02:43vous vous soutenez à Amnistie Internationale, qu'ils ont abandonné ces populations ?
02:46Oui, en fait, parce que le gouvernement malgache,
02:52bien que Madagascar ait une responsabilité très limitée en ce qui concerne la crise climatique,
02:58Madagascar, comme tous les pays, doit avoir en place des stratégies au niveau national
03:03pour solliciter du soutien des pays historiquement responsables du changement climatique.
03:08Seulement, ce que Madagascar a comme stratégie,
03:12il n'y a pas de reconnaissance ni de prise en considération des besoins des peuples
03:16des personnes déplacées par la sécheresse.
03:19Et donc, en termes de leur logement, en termes de leur transport, de leur réinstallation,
03:24et donc il n'y a pas de quantification que le gouvernement malgache a pu faire
03:27pour dire, par exemple, au cas où on est content à ces problèmes
03:31dus au changement climatique, comment est-ce que vous pouvez nous aider ?
03:34On a ces chiffres, on a ces besoins.
03:36Madagascar n'a pas ces là en place.
03:39Pour vous, à Amnistie Internationale,
03:41quelles sont les recommandations concrètes que vous faites
03:44pour aider justement ces populations à sortir de cette crise climatique,
03:49finalement, et aussi sécuritaire ?
03:53Et donc, nous avons des recommandations à plusieurs niveaux.
03:58Premièrement, pour le gouvernement malgache,
03:59le gouvernement doit s'assurer qu'il ne puisse pas continuer à rendre plus vulnérable
04:05une population déjà en condition de vulnérabilité.
04:09parce que c'est que notre rapport a pu démontrer,
04:12c'est le fait que le gouvernement continue à expulser des forces,
04:16ces populations, en forçant des familles,
04:18des centaines de familles à passer des nuits à la Belle Étoile,
04:21dans des forêts, dans des moustiquaires et même dans des trous.
04:24Mais aussi au niveau de la France,
04:26on a une recommandation pour le gouvernement français
04:28parce que, au fait, les problèmes auxquels les Androïs font face aujourd'hui
04:34à cause du changement climatique
04:36trouvent son origine dans l'époque coloniale française.
04:41Au fait, pendant un moment,
04:42les Androïs ne quittaient pas leur région,
04:45malgré les sécheresses qui ont toujours frappé la région de l'Androïs.
04:49Et ceci était parce qu'il y avait une végétation adaptée à la sécheresse,
04:53une végétation des cactus qui, pendant des temps de sécheresse,
04:58pouvaient les aider à s'adapter à ces conditions
05:04en leur donnant de l'eau, en leur donnant à manger.
05:07Et c'est dans ces contextes qu'ils n'avaient, au fait,
05:10pas d'intérêt à s'effier aux emplois faiblement rémunérés
05:14par l'administration coloniale française dans d'autres parties de l'île.
05:20Et donc, au fait, ils étaient autosuffisants.
05:22Et à cause de ceci, l'administration coloniale française
05:25a manipulé des parasites qu'il a introduits dans cette végétation,
05:30dans ce support naturel,
05:32qui, au fait, permettait aux Androïs de coexister
05:34avec les sécheresses qui sont en place.
05:37Seulement, les changements climatiques aujourd'hui
05:40sont venus pour amplifier ces sécheresses
05:42de manière à pérenniser, à rendre les déplacements des Androïs
05:47un peu plus longues qu'elles n'étaient dans le passé.
05:53Merci, merci, Enchiko, justement, Arnold.
06:00C'était très intéressant.
06:01Merci d'être venu.
06:02Vous êtes conseiller pour la justice climatique,
06:05pour le Bureau de l'Afrique de l'Est et Austral d'Amnistie internationale
06:09sur la question, précisément, des Androïs en Madagascar.
06:14Merci, merci beaucoup.
06:16C'est la fin de ce journal.
06:17Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde
06:19et ce soir, en particulier, forcément,
06:21de ces populations en Androïs.
06:24Voilà, partout où ils sont, on pense à eux.
06:27Merci, au revoir.
06:28C'est la fin de cette édition.
06:29Restez avec nous, car l'actualité continue sur Trans24.
06:31Merci, au revoir.
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