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Le ministre de la Justice Gérald Darmanin est l'invité de CNEWS. «Je ne pense pas que les juges soient laxistes, mais le système l'est devenu», dévoile-t-il dans #HDPros2ETE.

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Transcription
00:00Je pense que ce n'est pas facile du tout d'être le nom d'une vertu.
00:03La justice a une promesse qui est quasiment impossible à tenir,
00:09celle d'être juste et de protéger l'intégralité des victimes,
00:13de condamner l'intégralité des auteurs, de le faire vite, de le faire bien,
00:17de le faire dans des conditions démocratiques, mais de le faire avec sévérité.
00:21Et je ne pense pas que les juges soient laxistes,
00:23il peut toujours y avoir ici ou là des décisions qui, une pectorée, nous posent des questions.
00:27Mais en tant que maire de Tourcoing, puis en tant que ministre de l'Intérieur,
00:31je n'ai pas vu de procureur, de juge laxiste dans ma vie de ministre ou d'élu.
00:36Par contre, j'ai vu un système qui est devenu laxiste,
00:39parce qu'il est beaucoup trop complexe, parce qu'il est beaucoup trop lent,
00:41parce qu'il est incompréhensible.
00:43Et le défaut principal, je crois, de la justice, c'est que dans mon ministère,
00:47les mots ne correspondent pas à la réalité.
00:50Quand un détenu est à l'isolement, je ne comprends pas,
00:54comme tous les Français, je pense,
00:55je ne comprends pas qu'on trouve des téléphones portables dans sa cellule.
00:59À l'isolement, par nature, en prison, par nature, on ne peut pas trouver des téléphones portables.
01:02Quand quelqu'un est condamné à de la prison ferme,
01:05je ne comprends pas pourquoi il n'en fait pas.
01:07Et pourtant, je ne sais pas si les Français le savent,
01:10on n'a jamais mis autant de peines de prison.
01:13On est passé de 94 000 années de prison des juges en 2018,
01:17à 122 000 années en 2024.
01:20Mais plus de la moitié des peines de prison ferme sont aménagées,
01:25c'est-à-dire que ces personnes ne vont jamais une seule journée en prison.
01:28Et donc, quand on est dans un système où les mots ne correspondent pas à la réalité,
01:31il est tout à fait normal que les gens ne croient plus dans ce système.
01:34Alors, c'est vrai pour l'opinion publique, pour les citoyens,
01:36c'est vrai pour les victimes, c'est vrai pour les auteurs.
01:39Du coup, on a moins peur, voire pas peur, de la justice.
01:42Mais c'est vrai aussi pour les magistrats, pour les greffiers,
01:45pour les agents pénitentiaires.
01:46Moi, je ne croise que des magistrats depuis 7 mois qui me disent,
01:50peut-être que ceux qui ne pensent pas comme moi ne viennent pas m'en dire,
01:52mais ils viennent me dire,
01:54mais monsieur le ministre, nous n'avons pas de sens ou plus de sens à notre métier.
01:58Je prononce une peine d'emprise en ferme et je sais qu'il n'ira pas.
02:01Je prononce un travail d'intérêt général et je sais qu'il mettra 15 mois à le faire.
02:04Je prononce un brassé électronique et on va mettre 2 mois, 3 mois à le mettre en place.
02:08Je prononce des amendes, elles ne sont recouvrées qu'à 40%.
02:10Le magistrat, il faut le comprendre aussi,
02:12il peut être déprimé du manque de sens de ses décisions.
02:15Vous savez, par exemple, il y a quelque chose qui m'a beaucoup choqué.
02:17Je termine par là, mais c'est vraiment remarquable dans la façon dont le système est devenu peut-être laxiste.
02:22À Cambray, petit tribunal extrêmement efficace malgré le manque de moyens,
02:28j'ai été frappé que les magistrats du siège du parquet, les greffiers,
02:32me disent, vous savez, un quart des gens que nous condamnons ne viennent pas à l'audience,
02:37ni eux, ni leur avocat.
02:39Il me semble que si nous étions convoqués,
02:40nous irions à l'audience pour savoir quel est le résultat de la justice.
02:44Un quart, ni eux, ni leur avocat.
02:46Et donc, du coup, la justice, qu'est-ce qu'elle fait, bonne mère ?
02:48Eh bien, elle demande à un commissaire de justice, un huissier,
02:50qu'on paye 70, 80 euros l'acte,
02:52d'aller notifier la condamnation.
02:55En lui disant, d'ailleurs, cher ami,
02:57voilà, on vous notifie et désormais,
02:58vous pouvez faire appel.
03:00Bon, c'est pas du tout comme ça qu'il faut que ça fonctionne.
03:02Il faut évidemment qu'on ait peur de la condamnation judiciaire.
03:05Il faut que la personne soit présente
03:06pour l'autorité du juge.
03:08Et une des modifications que je vais faire, très simple,
03:10proposée par un greffier de Cambray,
03:11on va arrêter de payer 80 euros l'acte
03:14pour notifier à quelqu'un
03:16qu'il a été condamné.
03:17Donc, je pense qu'il y a beaucoup de choses
03:18qui doivent être changées
03:19dans un système où, je ne croise objectivement,
03:22une immense majorité de gens
03:23qui veulent bien faire leur travail.
03:24Sous-titrage Société Radio-Canada
03:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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