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  • il y a 1 an
Annick Cojean, Grand reporter au Monde et autrice, était l'invitée du 7h50 de France Inter lundi 28 juillet, cinq ans après la mort de Gisèle Halimi.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:00Il est 7h44 et notre invitée est grand reporter au journal Le Monde, autrice également, c'est elle qui a co-écrit le dernier livre d'une immense avocate, figure tutélaire de la lutte pour les droits des femmes, des luttes anticolonialistes et alter-mondialistes aussi.
00:14Une femme qui nous a quitté il y a 5 ans, Annick Cogent, bonjour.
00:17Bonjour.
00:17Cette femme c'est Gisèle Halimi, morte le 28 juillet 2020 au lendemain de son 93e anniversaire et le livre s'intitule Une farouche liberté.
00:25Elle y raconte avec une fougue et une énergie incroyables alors qu'elle était dans les derniers mois de sa vie les grands combats qui ont jalonné son extraordinaire parcours.
00:35Alors 5 ans après, que reste-t-il de ces combats, de la vie de Gisèle Halimi ?
00:39Déjà une statue dorée qu'on avait vue lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris il y a un an.
00:45Avec 9 autres femmes illustres, Olympe de Gouche, Simone de Beauvoir, Louise Michel, Simone Veil, elles sont désormais installées ces statues rue de la Chapelle dans le nord de Paris.
00:54C'est là qu'est sa place à Gisèle Halimi ?
00:57Écoutez, elle pourrait être dans de multiples endroits, évidemment dans Paris et dans d'autres endroits de France.
01:03D'ailleurs c'est le cas, vous savez, on ne compte plus je crois le nombre d'écoles, de lycées, de médiathèques, d'auditoriums baptisés...
01:11De places, de rues, d'esplanades...
01:13De places, de ponts, oui !
01:14Promotion Gisèle Halimi à Sciences Po, prochain auditorium à Sciences Po Menton aussi.
01:20Enfin bref, il y a beaucoup d'endroits qui portent le nom de Gisèle, évidemment des salles de tribunal, puisque c'était là quand même qu'elle a régné ou qu'elle a déployé le maximum de ses talents.
01:32Et on lit dans le livre à quel point la justice était au cœur de sa vie.
01:36C'était la grande affaire de sa vie, disait-elle toujours, elle avait la justice chevillée au corps quand elle était petite.
01:42Son père disait toujours, mais tu n'as que ce mot-là à la bouche, c'est pas juste.
01:45Mais c'est vrai que tout petite, elle avait cette notion de... cette irritation en tout cas devant tout ce qui était injuste.
01:52Et notamment, ou d'abord surtout, le fait que c'était pas chouette d'être née femme.
01:58C'était vraiment être née du mauvais côté.
02:00Et ça continuait à être une vraie malédiction.
02:02La malédiction de n'être fille, oui, elle le dit comme ça.
02:06Oui, vraiment. Et 70 ans ou 80 ans après, elle continue à dire ça, c'est quand même incroyable, me disait-elle.
02:11Annick, on était en 2020 et elle disait en 2020, ça continue à être une malédiction de n'être femme dans la plupart des pays du monde.
02:20Et je pense qu'aujourd'hui, elle serait sur des jardons ardents et elle serait peut-être dans la rue, je ne sais pas.
02:26Mais en tout cas, elle penserait très fortement aux femmes iraniennes, aux femmes afghanes dont on parle si peu.
02:31Et qui lui apportait tellement.
02:34Elle était combative, mais elle l'était aussi pour les autres femmes dans le monde.
02:39Et notamment, celles qui ploient sous le voile et sous les dictatures patriarcales.
02:44Vous parlez de son enfance et effectivement de cette conscience tout de suite de l'injustice.
02:49Ah oui.
02:49C'est pas juste.
02:50C'est ce qu'elle a crié à 10 ans quand elle a entamé une grève de la faim.
02:53C'est une vraie histoire, une grève de la faim parce qu'elle ne voulait pas servir ses frères.
02:57Et vous dites, à la veille de sa mort, elle continuait de crier « c'est pas juste ».
03:02Ah, c'est pas juste.
03:03Elle lisait le journal, elle lisait le monde d'ailleurs tous les jours que sa secrétaire lui apportait, qu'elle feuilletait.
03:09Et à chaque page, elle disait en gros « c'est pas juste, voilà, c'est pas normal, il faut se battre pour ça. »
03:14« Vous êtes journaliste, Annie, qu'est-ce que vous faites pour ça ? »
03:17Oh là là, je me sentais bien légère pour tous ces combats.
03:21Mais en tout cas, oui, il y avait cette volonté d'action.
03:23Elle a choisi ce métier d'avocat pour changer le monde, changer la société.
03:29C'était bien ça, c'était un dessin très vaste.
03:31C'était pas simplement défendre telle ou telle personne, c'était une défense individuelle, bien sûr,
03:36quand elle décidait de prendre un cas, mais en même temps, c'était une défense collective des droits.
03:42C'était pour interpeller la société.
03:44Et elle n'imaginait cette lutte pour l'émancipation des femmes que dans le cadre d'une lutte plus vaste
03:50pour la liberté et l'émancipation de chacun.
03:53Et justement, je reviens au statut, qui sont installés dans l'un des quartiers les plus défavorisés de Paris.
03:58Ça a du sens aussi, si on l'inscrit dans l'histoire de Gisèle Haïmi.
04:02Mais bien sûr.
04:03Écoutez, elle était née pauvre, juive, donc une minorité, à Tunis, dans un pays de colonisés.
04:12Et ça, c'était très important.
04:14Elle était donc du côté des défavorisés et elle a tout de suite choisi son camp.
04:19Elle savait très bien qu'il fallait se battre.
04:21Elle le ferait.
04:22Elle ne savait pas encore comment, petite fille.
04:24Mais en tout cas, elle savait qu'elle serait du côté des offensés, du côté des plus vulnérables.
04:28Et elle l'a toujours été.
04:29Donc évidemment, ses premiers combats, c'était contre les colonialistes.
04:33En fait, elle a tout de suite épousé les indépendantistes, en tout cas ceux qui souhaitaient la libération de son pays.
04:41En défendant les combattants, effectivement, en Tunis, en Algérie aussi, énormément.
04:45Ce qui lui a valu des menaces de mort, des insultes.
04:49Vous savez, on parle de sa liberté.
04:51Et c'est sans doute peut-être ce qui me frappe le plus chez elle.
04:53Mais je dirais aussitôt après, le courage.
04:56Ce n'était pas facile.
04:57Ce n'était pas évident.
04:58Maintenant, de relayer des causes féministes est plutôt sympathique.
05:03On a cette chance extraordinaire que dans nos années 2025, en tout cas, c'est plutôt sympathique de dire mon combat est féministe.
05:13Ça ne l'était pas.
05:14Et de prendre fait des causes pour les indépendantistes algériens, pour les coloniser et assurer leur défense,
05:24mais c'était horriblement mal vu.
05:25Elle recevait des insultes, des menaces de mort.
05:29Évidemment, elle a été sur la liste, d'ailleurs, des condamnés à mort par l'OAS.
05:34Et donc, réellement, c'était très compliqué.
05:36Et puis, il y avait une opprobre terrible, y compris de ses confrères, y compris d'autres avocats, des juges, etc.
05:43Vous parlez du féminisme de 2025.
05:47Évidemment, on l'a dit, ce n'est pas parce que Gisèle Halimi, aujourd'hui, est célébrée, élevée au rendicône, que son combat est terminé.
05:53Et que pensait-elle de celles qui poursuivent ce combat ?
05:59On oppose beaucoup, en tout cas, beaucoup oppose le féminisme des années 70, celui de Beauvoir, de Simone Veil ou de Gisèle Halimi, à celui d'aujourd'hui.
06:07Qu'est-ce qu'elle en disait, elle ?
06:09Écoutez, je pense qu'elle était contente que des jeunes femmes reprennent le flambeau.
06:14Ça lui importait. Et elle était toujours à l'écoute des plus jeunes.
06:18Quand elle réunissait son petit groupe de femmes, de militantes autour d'elle, de choisir, elle écoutait d'abord.
06:26Qu'est-ce qu'il se dit ? Qu'est-ce que vous pensez de ça ? Qu'est-ce que vous pensez du voile ?
06:30Qu'est-ce que vous pensez des inégalités économiques, etc. ?
06:33Donc, elle écoutait. Et elle avait l'ardent désir de transmettre.
06:37Elle avait plusieurs messages. Et c'est l'une des raisons, d'ailleurs, de ce petit livre, Une farouge liberté.
06:41C'est qu'elle avait des choses à dire et à transmettre.
06:44Mais c'est vrai qu'elle n'avait pas totalement pris la mesure.
06:47Et sa génération, évidemment, ne pouvait pas tout à fait peut-être comprendre, parce qu'elle n'avait pas l'usage du téléphone portable et des outils.
06:57Et elle ne comprenait pas tout à fait la portée de MeToo.
06:59Elle trouvait ça sympathique, mais elle disait, peut-être que ça ne change pas les choses.
07:03C'est très sympa de dire, moi aussi, mais enfin, bon, à part ça, qu'est-ce qui se passe ?
07:07Et je me rappelle de m'asseoir à côté d'elle, dans son canapé.
07:11Il lui prend son petit téléphone en disant, regardez chez elle, regardez Twitter, par exemple.
07:15Elle dit, nous aussi, vous savez, quand on était solidaires, on se réunissait à cent, à mille.
07:20Mais là, je dis, c'est un million, c'est peut-être dix millions.
07:23Et c'est peut-être là que naît la révolution qu'elle appelle encore et qu'elle appelait encore de ses voeux dans ce livre.
07:29Elle m'a dit, je ne comprends pas qu'il n'y en ait pas encore eu lieu, cette révolution.
07:31Mais oui, elle pensait que le féminisme, réellement, était sans doute la plus belle et la plus grande révolution qui allait transformer la société.
07:39Que ça allait changer complètement les rapports entre les hommes et les femmes.
07:42Qu'il était temps de dessiller les regards.
07:44C'est comme si on mettait une lentille sur les regards, sur les yeux.
07:48Et tout d'un coup, on voit le monde différemment.
07:49Quand il y a une vraie prise de conscience féministe et évidemment du patriarcat.
07:55Une autre preuve et un autre témoignage de l'actualité toujours ardente des combats de Gisèle Halimi aujourd'hui.
08:02On a vu l'an dernier une autre Gisèle devenir une icône féministe.
08:05Gisèle Pellicot qui s'est tenue debout dans le tribunal face à son mari.
08:10Il y a 50 hommes qui ont été condamnés pour l'avoir violée dans son sommeil.
08:13Beaucoup à l'époque ont fait le parallèle, c'était l'année dernière.
08:15On fait le parallèle avec le procès 50 ans plus tôt d'Aix-en-Provence pour un viol collectif de deux jeunes femmes que Gisèle Halimi avait défendues.
08:24Elle disait, c'est le procès de toute la société.
08:27Et on se rend compte que 50 ans plus tard, c'est toute la société qu'on doit questionner encore.
08:31Réellement, c'est tout à fait juste de faire le parallèle entre ces deux procès, deux grands procès du viol.
08:36Gisèle, en prenant le cas du procès, enfin en prenant le fait des causes et en étant importante dans ce procès d'Aix-en-Provence,
08:45a voulu en faire un grand procès, le procès du viol.
08:47Ce que ne voulait surtout pas le juge qui disait, on n'est pas là pour faire le procès du viol,
08:50on est là pour juger quelqu'un, ou en l'occurrence trois violeurs.
08:54Mais elle a voulu interpeller la société déjà sur la notion de consentement.
08:59Et pour montrer à quel point toute la société était assez d'accord finalement, était très indulgente sur le viol.
09:06Et elle a fait en sorte que la loi change juste après.
09:09Elle voulait toujours passer au-dessus de la tête des juges pour interpeller la société et la bouleverser.
09:14Vous vous rappelez effectivement la loi qui a durci la législation.
09:19Entre le viol, il faut rappeler ce bilan très concret, les lois sur la contraception, l'avortement, le divorce,
09:24la reconnaissance du harcèlement sexuel comme un délit, du viol effectivement comme un crime,
09:28des mesures aussi en faveur de la parité en politique, de l'égalité professionnelle.
09:32C'est un bilan très concret et énorme.
09:35Est-ce que vous rejoignez ceux qui réclament encore aujourd'hui la panthéonisation de Gisèle Halimi ?
09:40Le président de la République a préféré, lui, en 2023, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes,
09:45un hommage national au criminel.
09:46C'est vrai et cet hommage était très important, mine de rien.
09:49Ce n'est pas encore la panthéonisation et j'espère que ça arrivera parce que c'est tout à fait justifié réellement.
09:54Mais dans cet hommage, qui a eu lieu quand même trois ans après sa mort, il était temps,
09:59et c'était au moins au palais de justice,
10:00c'est là que le président a annoncé la constitutionnalisation de l'avortement,
10:07son entrée, la sanctuarisation de la loi sur l'avortement.
10:10Ça, je pense que c'était un réel beau cadeau pour Gisèle Halimi et d'ailleurs pour Simone Veil.
10:15Je crois qu'elle n'aurait même pas osé rêver ça.
10:18Et ça, c'est formidable.
10:19Et quand on voit ce qui se passe aux Etats-Unis et dans les régressions épouvantables en matière de droits des femmes
10:24et notamment d'avortement, c'est vrai que c'est satisfaisant que la France soit le premier pays à l'avoir fait.
10:30Un grand merci à Niko Jean d'être passée nous voir ce matin.
10:33Je rappelle juste mon anecdote préférée peut-être de Gisèle Halimi,
10:36reçue par De Gaulle à l'Elysée,
10:38qui lui demande « Je vous appelle madame ou mademoiselle, appelez-moi maître, monsieur le président ».
10:43Voilà qui résime qui elle était.
10:44De Gaulle de lui dire « Je vous en prie maître, assoyez-vous maître, mais rentrez par ici maître ».
10:49Enfin bon, il en a fait des tonnes après.
10:51C'est tout à fait elle.
10:52C'était Gisèle Halimi et on la retrouve dans ce livre chez Grasset.
10:56« Une farouche liberté » qui est déclinée aussi en bande dessinée.
10:59En roman graphique, mais oui.
11:01En roman graphique et en spectacle aussi au théâtre.
11:02Au théâtre avec Marie-Christine Barraud et Inda Abdelavoui, c'est formidable.
11:06Et Niko Jean, on vous lit évidemment dans les colonnes du journal Le Monde.
11:09Merci beaucoup.
11:10Merci beaucoup.
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