00:00Maintenant on va parler du succès d'une pétition, succès surprise à pétition contre la loi Duplon.
00:06Plus d'un million quatre cent mille signataires et ce n'est pas terminé sur le site de l'Assemblée nationale.
00:12Rappelons que cette loi Duplon autorise la réintroduction sous condition d'un pesticide
00:17utilisé par les producteurs de betteraves et de noisettes.
00:21La gauche promet de maintenir la pression, même si le débat parlementaire provoqué par cette mobilisation sera sans vote.
00:27Marine Le Pen elle-même se dit favorable à un débat au Parlement.
00:31On va découvrir d'ailleurs la réaction de la chef de file des députés RN à l'Assemblée nationale.
00:37Elle est favorable au débat mais elle veut un débat pour justement contrer ce qu'elle appelle la bouillie gauchiste
00:44qui salit la science et manipule les inquiétudes légitimes des peuples.
00:48J'en parlerai tout à l'heure d'ailleurs avec mon invité, l'ancienne ministre de l'Environnement, Ségolène Royal.
00:51On va ouvrir le débat avec mes invités.
00:54Loïc Carverand, bonsoir.
00:55Vous êtes députée Horizon du Cher.
00:57Bonsoir Léa Ballage L. Mariki, députée écologiste sociale de Paris.
01:01Tout d'abord sur le succès de cette pétition.
01:03Vous y attendez quand même 1,4 million.
01:06Écoutez, je crois que oui.
01:09On s'y attendait parce qu'on a vu tellement de reculs environnementaux.
01:14De reculs sur la question de la protection des enfants, sur la pollution de l'air par exemple.
01:20Des reculs environnementaux sur simplement l'argent qu'on peut mettre pour aboutir à une transition écologique qui soit juste dans toutes les collectivités territoriaires.
01:28Il y a une telle colère qui s'exprime dans le pays qu'il est normal que les gens s'informent, débattent et se mobilisent.
01:35C'est une très belle chose cette pétition.
01:37Moi, ça me rappelle un peu l'affaire du siècle qui avait été une pétition signée à près de 2 millions de personnes, un peu plus de 2 millions de personnes,
01:44qui se mobilisait aussi pour que le climat soit mis au cœur de l'agenda politique français.
01:51Et là encore, on a une très belle mobilisation citoyenne autour de la question environnementale.
01:55Et donc, on s'y attendait.
01:56Et je crois que ça va continuer tout l'été.
01:58– Alors, ça va aboutir à quoi ? Vous qui êtes député, expliquez-moi.
02:01Parce qu'il y a une pétition, on nous dit qu'on pourrait faire un débat organisé.
02:05Alors, ce n'est pas encore évident parce qu'il faut qu'une commission valide,
02:08qu'ensuite les présidents de groupe l'acceptent.
02:10Donc, il y aurait de nouveau un débat à l'Assemblée, mais il n'y aurait pas de vote.
02:13– Non, un débat sans vote.
02:15– Ça sert à quoi ?
02:16– Si vous le permettez, déjà, je pense qu'il y a besoin sans doute aussi de ce débat.
02:20Parce que moi, ce que je déplore, c'est l'état justement du débat démocratique sur le sujet.
02:24Et j'en veux un petit peu à la gauche là-dessus.
02:25Parce que vous savez, moi, on m'écrit et on me souhaite d'avoir le cancer.
02:30On souhaite à mes enfants d'avoir le cancer.
02:32– Parce que vous avez voté la loi du plomb ?
02:33– Parce que j'ai voté la loi du plomb.
02:35On placarde des affiches dans ma commune et dans celle où mes enfants allaient à la crèche et à l'école, etc.
02:39C'est vraiment un niveau de débat démocratique et un nombre de fake news
02:43et d'utilisation de l'émotion et de ce thème du cancer qui est insupportable.
02:49– Mais quels, par exemple ?
02:51– On dit par exemple que ce pesticide qui s'appelle l'acétamipride peut donner le cancer.
02:57– Par exemple, il n'y a aucune étude fiable qui démontre le lien entre l'acétamipride et un effet qui soit cancérigène pour l'être humain.
03:08Ça, c'est un des exemples.
03:10Même chose sur la question des abeilles.
03:11– Ah oui, les apiculteurs, ils sont vendebots parce qu'ils disent que ça tue les abeilles.
03:15C'est un tueur d'abeilles ce pesticide.
03:16– Mais l'ESSA, donc l'organisme européen, qui d'ailleurs c'est la base,
03:20c'est pour ça que c'est autorisé dans tous les autres pays européens
03:22et d'ailleurs dans la plupart des pays du monde,
03:24a revu l'ensemble des études scientifiques.
03:26C'est un boulot énorme qui a été fait.
03:28Et il n'y a rien qui démontre un effet sur le cancer chez l'être humain.
03:33– Donc on joue avec nos peurs ?
03:35– Je crois qu'effectivement, je crois qu'on joue avec nos peurs.
03:38Moi, je pense qu'une partie de la crèche…
03:40– Ça marche, 1,4 million ?
03:41– Bien sûr, mais parce que la peur, ça marche.
03:43C'est un moteur puissant en politique.
03:44Et une partie de la classe politique est en train de se refaire une santé
03:47sur la base de ces peurs et d'arguments qui sont aberrants
03:50d'un point de vue scientifique.
03:51– Alors les fake news que vous, visiblement, déployez ?
03:55– Il n'y a aucune fake news en réalité.
03:57Cette loi, elle a été écrite pour les lobbies et contre la science.
04:00La science nous dit très clairement, ce sont plus de 1000 médecins,
04:04ce sont les chercheurs du CNRS qui nous disent que ce pesticide,
04:08l'acétamipride, traverse la barrière placentaire,
04:11a un incident sur le neurodéveloppement des fœtus et des bébés à naître.
04:16Il y a, là où on utilise beaucoup de pesticides,
04:18des cancers pédiatriques qui se développent le plus.
04:21Je crois que lorsqu'on autorise ou non une substance toxique,
04:25on doit appliquer un principe qui est très simple,
04:27celui du principe de précaution.
04:29– Et pourquoi il n'y a que nous que l'appliquons alors ?
04:30– Alors, je vais en venir sur la dimension européenne.
04:33Quels sont les bénéfices ? Quels sont les risques ?
04:36Et ensuite, sur la question européenne.
04:38Cette agence européenne que vous citez, elle ne dit pas qu'il n'y a pas de danger.
04:41Elle dit qu'il faut pouvoir mener des études complémentaires.
04:43Et je crois que l'honneur de la France, c'est plutôt d'être à l'avant-poste,
04:46à l'avant-garde de la protection de notre…
04:47– Quitte à sacrifier des agriculteurs et leurs revenus.
04:51– Alors, deux éléments.
04:54La première question, est-ce qu'il y a des alternatives ?
04:57Oui, pour toutes les autres filières qui utilisaient l'acétamiepride
05:00avant son interdiction effective en 2020.
05:03Entre 2020 et 2025, ces filières se sont engagées
05:06avec des transitions de leur agriculture.
05:08– Oui, mais les producteurs de noisettes et de betteraves
05:10disent qu'il n'y en a pas pour l'instant pour leur production.
05:12– Ce qui est partiellement faux, notamment sur la question des betteraves,
05:15puisque ces pucerons qui véhiculent des virus, c'est un peu technique,
05:18mais en fait, on peut réduire la charge virale des espaces,
05:21notamment en détruisant les stocks de betteraves de l'année précédente.
05:24– Est-ce que vous entendez quand même le fait que c'est le travail des gens ?
05:27– Bien sûr, bien sûr.
05:28Et moi, j'aurais préféré que cette loi,
05:31elle porte sur un revenu décent des agriculteurs.
05:33Il y a une proposition de loi qui fixe un prix plancher
05:38qui avait été adopté à l'Assemblée nationale.
05:40Le Sénat, la droite sénatoriale, aurait très bien pu reprendre cette loi.
05:44– Oui, mais on est en concurrence.
05:45– La concurrence, c'est la noisette turque ou italienne.
05:50– Non, mais là, en l'occurrence, c'est qu'on parle de souveraineté alimentaire.
05:54Est-ce qu'on est capable de produire en France pour consommer en France de manière…
05:58– Si vous interdisez tout, visiblement…
06:00– Non, on peut produire plus de 130…
06:02– On produit moins en moins en France.
06:03– Non, ceci est totalement faux.
06:05– Les noisettes, si.
06:06– Non, on peut produire plus de 130% de nos besoins.
06:09On a la surface agricole pour pouvoir le faire.
06:11– Le problème, c'est qu'on se retrouve avec des cultures qui sont extrêmement fragiles
06:16d'un point de vue du réchauffement climatique et fragiles aussi parce que…
06:18– Oui, mais vous ne répondez pas sur le problème de la concurrence éloyale.
06:20– Et sur la question, alors si, les écologistes, par exemple,
06:23ont toujours été contre le traité où il n'y a pas de close miroir.
06:25– Vous n'empêcherez pas les noisettes italiennes de venir chez nous ?
06:28– Mais est-ce qu'on peut protéger nos sols ?
06:30Est-ce qu'on peut protéger l'eau que nous buvons ?
06:33– Et moi, j'ai un enfant comme vous, monsieur…
06:35– On a tous des enfants, je ne sais pas avec ça, parce qu'on a tous des enfants.
06:38– Exactement, et on mange des noisettes avec de l'acétamipride,
06:42on préférerait qu'elles soient bio.
06:43Et bien en fait, quand on se pose cette question, on le souhaite aussi pour tout le monde.
06:46– Mais le bio, ça ne marche pas, ça coûte trop cher.
06:48– Mais c'est pas vrai, ça ne coûte pas trop cher, ça coûte ce qui est…
06:51– Le Nutella bio, ça coûte le même prix que le Nutella normal.
06:53– Alors je ne vais pas vous parler de Nutella, mais par contre…
06:57– C'est là où les enfants en mangent ?
06:58– Le secteur est ultra-conventionné et ultra-financé par le niveau européen.
07:03– Le souci qu'on a aujourd'hui, moi, l'impression que j'ai,
07:07c'est que l'écologie est utilisée contre une arme, contre ceux qui nous nourrissent aujourd'hui.
07:11Parce que même, admettons, l'acétamipride, madame,
07:14visiblement a une attention extrêmement forte sur cette molécule-là.
07:19Mais le premier usage, ce n'est pas agricole, c'est domestique,
07:23c'est ce que vous utilisez pour lutter contre les fourmis, les cafards,
07:25c'est le collier antipuce du chien, etc.
07:29Moi, je n'ai pas vu madame Balagène-Mariki ou d'autres se mobiliser
07:33contre ces utilisations-là, qui sont les premières utilisations en France,
07:36où vous avez les enfants qui mettent leurs mains dans le pelage des animaux, etc.
07:40Et donc la question que je me pose, c'est,
07:41est-ce que madame a un problème avec la molécule acétamipride
07:44ou est-ce qu'elle a un problème avec nos agriculteurs ?
07:46C'est ça la question qui est.
07:47Est-ce qu'on veut que nos agriculteurs, ils puissent continuer à produire en France ?
07:52Après, il faut essayer de trouver un remplaçant à ce pesticide.
07:55Il faut s'en donner les moyens aussi, il faut faire de la recherche.
07:57Bien sûr, mais vous savez qu'aujourd'hui, et vous le disiez vous-même tout à l'heure,
08:01il y a toute une série de choses qu'on ne sait pas faire autrement.
08:04Et la seule chose qu'on sait faire autrement, c'est importer des produits
08:06qui sont traités non seulement avec ça, mais en plus avec d'autres pesticides.
08:10On parlait des menaces qui pèsent sur les députés,
08:13notamment ceux qui ont voté pour cette loi du plomb.
08:18C'est le cas de Daniel Labaronne qui est avec nous,
08:20député Ensemble en République d'Indre-et-Loire.
08:22Bonsoir, monsieur le député.
08:23Oui, bonsoir.
08:24Qu'est-ce que vous est arrivé, en fait ?
08:27Écoutez, j'ai été la cible d'attaques, de menaces, d'insultes et d'affiches
08:33disant que je mettais en danger la vie d'autrui à propos d'un vote relatif à un pesticide.
08:41Or, l'acétamipride n'est pas un pesticide, c'est un produit qui lutte contre les pucerons,
08:47donc c'est un insecticide.
08:49Donc déjà, il y a une confusion au niveau de l'affiche elle-même.
08:54D'accord, mais une fois qu'on a dit ça, on voit bien qu'il y a eu un manque de débat à l'Assemblée nationale.
08:58Sinon, la pétition ne marcherait pas aussi bien.
09:01Le problème, c'est que ces insultes sont le prolongement de ce que nous vivons tous les jours à l'Assemblée nationale.
09:09C'est-à-dire que nous sommes en permanence victimes d'outrages, victimes d'insultes,
09:16parce que nous ne pensons pas comme certains qui veulent imposer leur point de vue dans le débat politique.
09:23Moi, j'en appelle à plus de respect des élus de la République que nous sommes.
09:27Nous sommes les représentants de la nation et je pense que nous pourrions avoir un débat plus apaisé
09:32si nous considérions que la science doit être au cœur de notre projet politique.
09:40Et ce que j'entends de ma collègue députée écologiste, c'est tout sauf de la science.
09:44– Bah si, elle dit justement qu'elle a des études scientifiques qui lui donnent raison.
09:49Alors c'est en fait chacun ses études en fait, on a du mal à s'y retrouver.
09:52– Non, non, ce n'est pas chacun ses études.
09:54Nous avons en France une agence très très rigoureuse de la sécurité sanitaire et alimentaire
10:01qui autorise cette molécule qui, comme le disait mon collègue Loïc Carvran,
10:08qui n'a pas démontré de toxicité de l'acétamépride.
10:12Par conséquent, on fait un faux procès en définitive à ce vote de la loi Duplon.
10:18Et en fin de compte, tout cela parce que ce sont les agriculteurs qui l'utilisent.
10:23Et on voit bien la démarche qui consiste à s'acharner contre ceux qui nourrissent notre pays,
10:29qui font des efforts considérables en matière de protection de l'environnement.
10:33Nous avons l'agriculture la plus durable des pays européens.
10:36Malgré cela, les agriculteurs sont victimes d'un acharnement de la part de l'extrême gauche
10:41et des écologistes qui ne veulent pas en définitive que notre pays ait une souveraineté alimentaire
10:47nous permettant de s'acheter de nos importations venant de tous les pays européens
10:52qui utilisent en particulier cette molécule, qu'ils interdisent.
10:56D'accord. Merci, M. le député. Merci, M. le député.
10:59On va continuer d'en parler puisque dans un instant,
11:01je recevrai l'ancienne ministre de l'Environnement, Ségolène Royal.
11:04Ségolène Royal
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