Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 mois
L'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, présidente de France Terre d’Asile, était l'invitée de France Inter ce jeudi. Elle est l'auteure, avec Benjamin Michallet, de "Réfugiés : ce qu’on ne nous dit pas" (Stock). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-10-juillet-2025-9913366

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Sans tenir aux faits, aux chiffres, c'est le plaidoyer de la présidente de France Terre d'Asile
00:04pour changer le regard sur l'immigration ce matin.
00:07Bonjour Najat Vallaud-Belkacem.
00:08Bonjour.
00:08Vous signez un ouvrage avec un économiste, Benjamin Michalet.
00:12Ça s'appelle « Réfugier ce qu'on ne nous dit pas ».
00:14Pourquoi ce livre et pourquoi avoir choisi de le faire avec un économiste ?
00:18Pourquoi ce livre ? Parce que la question migratoire de manière générale,
00:22qu'il s'agisse de migration volontaire ou de droit d'asile,
00:26est omniprésente dans le débat public
00:28et qu'on a le sentiment qu'il y manque juste quelque chose à ce débat public,
00:31c'est-à-dire des chiffres, des réalités, des faits,
00:34et pas simplement des fantasmes ou simplement de la polarisation.
00:39Et pourquoi avec un économiste ?
00:40Parce que l'idée, justement, ce n'était pas de faire un traité de valeurs et d'humanisme,
00:44c'était vraiment de repartir d'une réalité mondiale
00:48qui est faite en effet de beaucoup de déplacements
00:50et de beaucoup de flux migratoires dont on va parler,
00:53mais qui, j'allais dire, se font dans tous les sens,
00:56aussi bien du sud vers le nord que du nord vers le sud,
00:59qui ont une explication, qui ne tombent jamais du ciel
01:02et qui ne sont jamais dus à la fatalité,
01:04et donc de revenir à ce que ça fait dans les sociétés d'accueil,
01:07ce qu'on pourrait faire autrement,
01:09et ce qu'on pourrait y compris faire pour réduire
01:11les situations de déplacements forcés à travers le monde.
01:13Et Benjamin Michalet est un économiste de ces questions-là,
01:17qui a le grand avantage, finalement, de connaître,
01:20d'avoir contribué parfois à une recherche mondiale sur ces questions
01:24qui n'existe pas assez dans notre pays
01:26et qui apporte beaucoup de réponses aux interrogations.
01:29Alors, on va entrer dans le détail,
01:30mais juste avant cette image, d'abord,
01:31elle a pu choquer ces derniers jours,
01:33des gendarmes français qui lacèrent un bateau chargé de migrants
01:36qui cherchaient à rejoindre l'Angleterre
01:37pour les empêcher de prendre la mer.
01:39Que disent ces images de notre politique migratoire ?
01:43Qu'il y a eu clairement une doctrine qui a évolué,
01:47parce qu'en réalité, ces images de bateaux lacérés, etc.,
01:52on les avait déjà relevées l'année dernière,
01:54et ça fait plusieurs fois qu'un certain nombre d'associations,
01:58dont la nôtre, mais aussi la Défenseur des Droits,
02:01dénoncent ce qui se passe, à Calais notamment,
02:04avec finalement une France qui est devenue
02:07une espèce de gardienne de la frontière
02:09pour le comte du Royaume-Uni,
02:11qui lui sous-traite ce gardiennage de sa frontière,
02:14qui n'en est pas une, la Manche,
02:16en réalité, quoi que vous fassiez,
02:18les gens qui veulent absolument la traverser,
02:20la traverseront.
02:21La question, c'est que cette surmilitarisation
02:23de cette frontière-là de ces dernières années,
02:26depuis les accords du Touquet en 2003,
02:28a conduit simplement à avoir des passages
02:30beaucoup plus dangereux,
02:32avec des canaux qui emportent
02:34beaucoup plus de gens à leur bord,
02:36et ça n'est pas un hasard si, par exemple,
02:38l'année dernière, on a atteint le record
02:40de 78 morts dans la Manche.
02:42C'est aussi parce que ces traversées
02:44se font dans des conditions qui sont
02:46de plus en plus terribles pour les individus
02:48et qu'il y a un moment où la France,
02:50comme le Royaume-Uni,
02:51devrait dire stop,
02:52tirer le bilan et se dire que le coût faramineux,
02:55car tout ça coûte beaucoup,
02:56beaucoup, beaucoup d'argent,
02:57rien que pour les trois ans qui viennent,
02:59la Grande-Bretagne va y consacrer
03:01un demi-milliard d'euros.
03:03Donc, tout cet argent qui est déployé,
03:06toutes ces forces de police et de gendarmerie
03:07qui sont mobilisées,
03:09toute cette souffrance qui est imposée aussi,
03:11parce que c'est des politiques très agressives,
03:13donc on voit les canaux lacérés,
03:15mais on pourrait dire aussi
03:16les démantèlements réguliers
03:18de petits camps de fortune à Calais,
03:21le fait qu'on empêche les gens
03:22d'accéder à l'eau potable,
03:24qu'on interdise les distributions de nourriture,
03:26toute cette réalité-là,
03:28il faut savoir la remettre en question
03:29et se dire,
03:30est-ce que c'est ça le plus efficace ?
03:31Est-ce qu'il n'y a pas à un moment
03:33la nécessité de regarder aussi
03:36les préférences des individus ?
03:38Pourquoi veulent-ils absolument
03:39rejoindre le Royaume-Uni ?
03:41Est-ce que ça n'est pas légitime
03:42de chercher à rejoindre le Royaume-Uni ?
03:44Le Royaume-Uni ne doit-il pas
03:45faire face à sa responsabilité
03:47d'accueillir la demande d'asile,
03:50de l'instruire sur son territoire
03:51plutôt que de demander à un autre pays
03:53de les retenir
03:54et créer des voies légales pour ce faire ?
03:57Emmanuel Macron est à Londres aujourd'hui,
03:59on attend justement des annonces
04:00sur l'immigration. La France, terre d'asile
04:02justement, on en parlait,
04:03s'est inscrit dans la Constitution.
04:05Vous vous dites, c'est un mythe,
04:06la France n'attire pas tant de monde
04:08que ça en fait.
04:10En fait, il s'est passé quelque chose
04:11de très intéressant en 2022
04:13qui a été l'afflux des Ukrainiens
04:16à l'occasion de l'agression russe
04:18chez eux.
04:19Et donc, pour le coup,
04:20l'Europe s'est plutôt bien comportée,
04:22comme vous le savez,
04:224 millions d'Ukrainiens
04:24sont venus dans nos pays.
04:26Et pour les Ukrainiens,
04:27contrairement à ce qui se passe d'habitude
04:29avec les demandeurs d'asile,
04:31comme le texte qui a été mobilisé,
04:33donc la fameuse directive
04:35protection temporaire,
04:36était différent,
04:38on leur a permis de choisir
04:40dans quel état ils voulaient arriver,
04:41dans quel pays ils voulaient arriver.
04:43Et donc, du coup, en fait,
04:44ils n'ont pas choisi la France.
04:45C'était une expérience in vivo
04:47de à quoi ça ressemble
04:48quand on écoute les préférences des gens.
04:50Et en fait, la France a accueilli
04:514 à 5 fois moins d'Ukrainiens
04:54qu'elle aurait dû le faire
04:55proportionnellement à sa taille
04:56quand on la compare à des pays
04:57comme la Pologne ou l'Allemagne,
04:59par exemple.
05:00Et donc, en fait,
05:00c'était vraiment l'illustration
05:02que quand vous laissez
05:03la préférence aux gens,
05:04en fait, qu'est-ce qu'ils choisissent ?
05:06Ils choisissent la proximité géographique,
05:08ils choisissent les affinités familiales,
05:12culturelles, linguistiques.
05:13Et tout ça est bien logique, en fait.
05:15Donc, quand on dit
05:16« Mais non, les gens viennent chez nous
05:17parce que la carte vitale »,
05:19visiblement, les Ukrainiens
05:21sont allés en Pologne.
05:22Non pas parce que la Pologne
05:23aurait une carte vitale
05:24plus intéressante que la nôtre,
05:26mais juste parce que
05:26c'était plus proche de chez eux.
05:28Et si vous écoutiez
05:29les Syriens, les Afghans
05:30ou les Érythréens,
05:32la vérité, c'est qu'eux aussi
05:33préfèreraient rester près de chez eux
05:35dans les pays limitrophes.
05:36Ne serait-ce que pour pouvoir
05:37revoir leurs vivants
05:38ou pleurer leurs morts, vous voyez.
05:40Mais simplement, la question, c'est
05:41dans quelle situation
05:43sont les pays limitrophes ?
05:44Est-ce que la communauté internationale
05:45les aide dans ce genre
05:47d'acmé d'arrivée
05:49ou est-ce qu'elle les laisse tomber ?
05:51Autre question que vous posez
05:52dans votre ouvrage,
05:53qui sont les migrants ?
05:54Et là aussi, on a des idées
05:55plutôt fausses, en fait.
05:56Quand on dit « migrants »,
05:56on pense d'abord justement
05:57à ces populations
05:58qui fuient les conflits,
05:59qui fuient les catastrophes climatiques.
06:01Vous dites que c'est une toute petite
06:02minorité, en fait, cela.
06:04Oui, alors ça, c'est très important.
06:06Pourquoi ?
06:07Parce que vous avez compris
06:08que depuis quelques années,
06:09s'est développé un discours hostile
06:11à l'égard des migrants,
06:12des nouveaux venus,
06:13de manière générale.
06:14Et en fait, ce discours hostile,
06:15il a réussi un coup
06:17assez exceptionnel,
06:18c'est qu'il a réussi
06:19à installer une confusion
06:20sur ce qu'on entend
06:21par « migrants ».
06:22Il arrive à faire croire,
06:25à l'opinion publique,
06:26que les migrants,
06:28ce sont les demandeurs d'asile.
06:29Et donc, en gros,
06:30il présente ces images
06:31de gens sur des bateaux de fortune,
06:32sur le point de faire naufrage,
06:35généralement,
06:36dont la photo est prise de loin,
06:37dont on ne voit pas les visages,
06:39qui font un peu masse,
06:40qui font un peu peur
06:40et qui donnent le sentiment,
06:42trois petits points,
06:43de submersion.
06:44Sauf que,
06:45et donc,
06:45derrière cette image-là,
06:46ils mettent les chiffres
06:48de plusieurs centaines
06:49de milliers de gens
06:50accueillis nouvellement
06:51chaque année
06:51sur notre territoire.
06:52Alors, c'est quoi la réalité ?
06:53Mais la réalité,
06:54elle n'est pas là.
06:54C'est que les plusieurs centaines
06:56de milliers de gens,
06:57c'est d'abord des migrants volontaires,
06:59c'est-à-dire des étudiants,
07:0030%,
07:01c'est la majorité,
07:02ce sont des étudiants,
07:03enfin,
07:04le chiffre le plus important,
07:06ce sont des travailleurs
07:07qui viennent occuper un emploi.
07:08Vous voyez,
07:09donc la migration volontaire,
07:11celle que je viens d'évoquer,
07:11elle est tout à fait régulable
07:13par un État
07:13qui peut,
07:14en fonction de ses intérêts,
07:15de ses besoins,
07:16dire j'ai besoin de plus,
07:17j'ai besoin de moins.
07:18Donc, en fait,
07:19le récit de l'impuissance,
07:20c'est une tromperie.
07:21Première chose,
07:23les demandeurs d'asile,
07:24les déplacés forcés,
07:25ils ne représentent
07:26sur ces cinq dernières années
07:27que 12% dans cet ensemble.
07:28C'est une toute petite minorité.
07:30130 000 personnes
07:32venues demander l'asile chez nous,
07:33on ne peut pas dire
07:34que ce soit considérable.
07:35Surtout quand on sait
07:36qu'ensuite,
07:36c'est 45% simplement
07:38qui sont acceptés
07:39et qui deviennent des réfugiés.
07:41Donc,
07:41pour un nombre finalement
07:43assez minimal,
07:44on en fait tout un plat
07:46dans le débat public
07:47et on emporte avec soi
07:49à la fois la politique
07:50du droit d'asile
07:51qu'on rogne de plus en plus
07:52mais aussi la politique migratoire
07:53qu'on s'empêche
07:54de penser avec ambition.
07:56On doit aller assez vite
07:57également sur ces questions
07:58mais elles sont très importantes.
07:59Combien ça coûte également
08:00l'immigration aujourd'hui ?
08:01Est-ce que ça coûte
08:02à la société ?
08:03Oui,
08:03alors ça c'est un des sujets
08:05très importants,
08:05l'économie en fait.
08:07Est-ce que les nouveaux venus
08:08ont un impact sur l'économie ?
08:09Ce qu'on démontre
08:10dans ce livre,
08:11c'est qu'en réalité,
08:12même si on ne faisait
08:13pas grand chose,
08:15c'est pour les mettre
08:15en emploi,
08:16etc.
08:17Dès lors qu'ils arrivent
08:18sur notre territoire
08:19et qu'ils deviennent
08:20des consommateurs,
08:21en fait,
08:22ils contribuent
08:23à la richesse nationale.
08:24Ils payent la TVA
08:25par exemple
08:26par la consommation.
08:27Donc même si vous leur versez,
08:28s'agissant des demandeurs d'asile,
08:29une allocation
08:30de demande d'asile
08:31qui est assez maigre
08:32comme vous le savez,
08:33eh bien très vite,
08:35consommateurs,
08:35ils participent
08:36à la richesse.
08:37Mais en fait,
08:38le mieux,
08:38c'est évidemment
08:39de leur permettre
08:40de travailler,
08:41ce qui fait qu'évidemment,
08:42ils créeront de la richesse
08:43et ils paieront
08:44des cotisations.
08:44Sur la criminalité,
08:45on dit aussi
08:46qu'ils sont surreprésentés
08:47en prison
08:47devant les tribunaux.
08:49Mais donc,
08:50deux choses
08:51à bien avoir en tête.
08:52La première,
08:53c'est qu'ils sont
08:54surreprésentés
08:55dans les délits
08:56liés à la situation
08:57administrative.
08:58Évidemment,
08:59les infractions
08:59liées à la situation
09:00administrative.
09:00Mais comme je le disais hier,
09:02c'est un petit peu
09:03comme les banquiers
09:04sont surreprésentés
09:05dans la criminalité
09:06en col blanc.
09:07Vous voyez,
09:07c'est logique
09:08où les journalistes,
09:09puisque je suis face
09:09à des journalistes,
09:10font plus souvent
09:12l'objet de procès
09:13en diffamation.
09:14En fait,
09:14c'est lié
09:15à qui vous êtes
09:16et ce que vous faites.
09:17Par contre,
09:18s'agissant de criminalité,
09:20ce qui est vrai,
09:20c'est que toutes les études
09:21menées à travers le monde
09:22montrent que
09:23l'arrivée des nouveaux venus
09:25ne change pas
09:25la physionomie
09:26de la criminalité.
09:27Ce qui change,
09:29c'est le fait
09:29que la focale politique
09:31et médiatique
09:32va se faire
09:32sur les auteurs
09:34étrangers
09:34de criminalité
09:35et passer sous les radars
09:37les auteurs nationaux
09:38de la même criminalité.
09:39Et du coup,
09:40installer l'idée
09:40que les premiers
09:41seraient surreprésentés.
09:42Mais à un moment donné,
09:44il faut aussi
09:44réclamer des comptes,
09:46y compris au traitement
09:47médiatique de tout cela.
09:48J'ai une toute dernière question
09:49en quelques mots
09:50Najat Vallaud-Belkacem.
09:51On a lu dans
09:51le Canard Enchaîné
09:52cette semaine
09:52que vous pourriez
09:53être nommé
09:53à la Cour des Comptes
09:54et que le Premier ministre
09:55François Bayrou
09:56en profiterait
09:57pour demander
09:57à votre époux
09:58Boris Vallaud,
09:59chef des députés socialistes,
10:00de ne pas voter
10:01la censure
10:02sur le budget
10:02de la rentrée
10:03en échange.
10:04Tout cela est
10:05parfaitement faux
10:06évidemment,
10:06mais je vous avoue
10:07que ça me surprend
10:08toujours quand un journal
10:09se contente
10:10de reprendre
10:11les vacheries
10:12énoncées quelque part.
10:13Mais je vais répondre
10:14quand même
10:14parce que oui,
10:15la Cour des Comptes
10:17si je devais y atterrir
10:18ce ne serait pas
10:19une nomination politique.
10:20J'ai passé un concours
10:21pour cela
10:21dont j'attends
10:22le résultat
10:23avec beaucoup
10:24d'impatience
10:26et de sérénité
10:26comme dirait certains
10:27en même temps.
10:28Merci beaucoup.
10:29Merci Najat Vallaud-Belkacem
10:30le titre de votre ouvrage
10:31Réfugiez ce qu'on ne nous dit pas
10:34que vous co-signez
10:34avec l'économiste
10:35Benjamin Michalet
10:36chez Stock.
10:36Bonne journée à vous.
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations