- il y a 6 mois
Député LFI de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel était l'invité du face-à-face de BFMTV ce mardi 8 juillet.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Eric Coquerel.
00:05Vous êtes le président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale.
00:08Vous êtes député LFI de Seine-Saint-Denis.
00:10Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions.
00:12Dans une semaine tout pile, mardi prochain, 16h, le Premier ministre dévoilera son projet de budget.
00:18Les recettes, les défenses pour la France et 40 milliards d'euros d'économie promis.
00:23Hier soir, vous étiez à Bercy avec le ministre de l'économie.
00:26Précisément, pour évoquer avec vous ces pistes de budget, comment est-ce que vous en êtes sorti ?
00:33Est-ce que vous avez l'impression que la copie est prête ? Et est-ce qu'elle a votre validation ?
00:37Je vais vous répondre. Juste, j'étais à Bercy après avoir pris la mort d'Olivier Marlex.
00:41J'allais évidemment en parler.
00:42Et je voulais lui rendre hommage parce que c'était un homme de droite, un homme de droite républicain
00:48avec qui on pouvait parler de souveraineté, notamment même y compris qui pensait que la question de nationalisation
00:53n'était pas un gros mot à certains moments.
00:54– Arrêtons-nous un instant, je pensais le faire à la fin de l'émission,
00:58mais puisque vous l'évoquez, on peut prendre le temps aussi de comprendre le choc que ça a été pour vous tous.
01:05Vous étiez en pleine séance et vous avez appris qu'il s'était donné la mort.
01:09C'est un bouleversement pour vous tous et c'est vrai que les hommages à cet homme très droit…
01:12– Oui, parce que c'était quelqu'un de très apprécié, surtout les bancs de l'Assemblée,
01:16qui incarnait, je vous dis, une droite comme on l'aimait.
01:21En tout cas, je préfère cette droite-là, républicaine, qui se soucie de la souveraineté du pays
01:26et qui était un peu dans une lignée, on va dire, gaullienne.
01:31Et surtout, se donner la mort, je n'ai pas de commentaire à faire,
01:35parce que je pense que ça appartient à chacun, mais oui, ça nous a beaucoup secoués.
01:39Moi, ça m'a vraiment considérablement secoué.
01:41– Un grand choc, vous avez entendu Sandrine Rousseau peut-être,
01:43elle a aussi dit que la moitié des députés ne vont pas bien.
01:47Est-ce que vous diriez qu'il y a une tension, qu'il y a une pression, qu'il y a une souffrance ?
01:50– Non, mais je ne veux pas mettre ça en lien, si vous voulez,
01:53parce que moi, je ne connais pas les raisons de son suicide,
01:55donc je ne veux pas mettre ça en lien, une souffrance, je ne sais pas.
02:00Moi, je pense que la grande préoccupation de l'Assemblée, en fait,
02:02c'est que depuis maintenant un an, on contourne sans arrêt l'Assemblée nationale.
02:08C'est-à-dire que la majorité de l'Assemblée nationale ne correspond pas à l'exécutif,
02:11pour les raisons que vous savez, de la décision d'Emmanuel Macron, qui est un problème.
02:15Et du coup, effectivement, ça provoque un mal-être,
02:17parce qu'à certains moments, vous avez l'impression que vous ne faites pas
02:21tout ce que vous pourriez faire, tout ce que vous auriez envie de faire.
02:23Bon, voilà, donc ça, je pense que ça provoque effectivement
02:28un état un peu de stress et autres,
02:31mais je ne veux pas mettre ça en lien avec Olivier Marlet.
02:33– Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'on sent chez vous à la fois l'émotion, le choc,
02:36et on le sent chez tous les députés, d'ailleurs, quels que soient leurs bords.
02:41Éric Coquerel, revenons donc à ce que vous avez pu évoquer ou non
02:44avec le ministre de l'Économie hier à Bercy.
02:47Je disais, vous êtes sorti de cette réunion de travail.
02:49Est-ce que vous avez le sentiment que la copie du budget est prête ?
02:53Je le disais, il reste une semaine.
02:54– Non.
02:54– Non, elle n'est pas prête.
02:55– Non, elle n'est pas prête.
02:56Ce qu'hier j'ai appris, c'est, bon, il n'y a aucune révélation,
03:02c'est une base minimale.
03:03C'est-à-dire qu'en gros, le budget de l'État va être ce qu'on appelle une année blanche,
03:08c'est-à-dire qu'il ne va pas augmenter en valeur.
03:10Alors, pour certains ministères, oui.
03:13Par exemple, vous savez qu'il y a la loi de programmation militaire qui est prévue.
03:16– Le ministère de la Défense devrait être augmentée.
03:17– Voilà, très certainement la Sécurité aussi, mais ça veut dire que d'autres vont baisser.
03:21Et d'autres, il suffit de regarder un petit peu les sujets des autres ministères
03:24pour constater que ça peut impacter la vie des Français.
03:26C'est quand, si vous baissez l'enseignement, si vous baissez le logement,
03:29si vous baissez l'environnement, je regardais la question de l'incendie en ce moment dans l'Aude,
03:33ça a évidemment assez un impact.
03:35Le budget des collectivités territoriales, en gros, c'est,
03:39là on va baisser ce qui était nécessaire comme augmentation pour correspondre aux besoins des gens.
03:44Ça, ils estiment que c'est 8 milliards, ils vont le mettre plutôt à 5,
03:47donc ça va faire moins 3 milliards par rapport aux services rendus par les collectivités.
03:52Et à peu près pareil pour la Sécu.
03:54Donc si vous additionnez, là on en est à 10 à peu près, mais loin des 40.
03:57Et donc manifestement, il y a pas mal de choses qui toucheront directement la vie des Français.
04:01Je prends par exemple, est-ce que les pensions vont être gelées ?
04:03Est-ce que les pensions ne vont plus être indexées ?
04:05Des retraités, de tout ce qui est allocations sociales, etc.
04:10Vous voyez bien que là, il y a un impact fort.
04:12Sur ce point-là, ce point-là qui a un impact immédiat,
04:14puisque ça veut dire effectivement qu'il y aurait un décalage entre l'inflation et,
04:19effectivement, les revenus, c'est du pouvoir d'achat en moins
04:21pour tous ceux qui vivent soit des minima, soit des pensions de retraite, évidemment.
04:27Ils vous ont répondu là-dessus ?
04:29Ils disent que les arbitrages ne sont pas faits, donc voilà.
04:32Ça veut dire quoi, les arbitrages ne sont pas rendus ?
04:34Manifestement, c'est au niveau de M. Bérou que les arbitrages vont se prendre,
04:37ce que je comprends.
04:38Donc eux, ils alimentent de quoi les rendre.
04:40J'ai l'impression qu'on est plutôt partis là-dessus, ce qui serait catastrophique.
04:44Il y a une étude de l'Institut des politiques publiques qui a été faite la semaine dernière.
04:47C'est une institution qui travaille sur les questions de l'économie
04:51qui a calculé, par exemple, que l'année blanche de l'État, y compris le gel des pensions,
04:55ça rapporte un peu moins de 6 milliards, donc ce n'est pas énorme par rapport aux 40 milliards.
04:59Par contre, c'est un effet récessif sur la population.
05:02Et ça a notamment un effet plus récessif pour toute la population qui est défavorisée.
05:05Or, vous avez vu les chiffres, l'INSEE hier, la pauvreté explose, plus 650 000 pauvres.
05:11Elle est à un niveau qui n'a jamais été atteint depuis qu'on calcule la pauvreté avec ses...
05:14Voilà, c'est les deux caractéristiques.
05:16Si vous vous souvenez de ce qu'avait promis Emmanuel Macron,
05:18qu'il est arrivé au point en 2017, plus un SDF dans la rue.
05:21Là, on a augmenté de 650 000 la pauvreté.
05:24Elle tutoie les 10 millions de personnes dans ce pays.
05:27Et en plus, c'est l'autre phénomène, les inégalités explosent.
05:31Entre les 20% les plus riches et les 20% les plus défavorisés.
05:34Bon, donc, ça c'est la marque de cette politique.
05:37Et c'est bien évident que quand vous baissez les budgets de l'État,
05:40si vous gelez les pensions, etc.,
05:42vous avez non seulement un effet récessif sur toute l'économie,
05:45on va en parler après,
05:46mais en plus de ça, vous allez aggraver encore ces inégalités.
05:48Mais lorsqu'on parle d'année blanche,
05:51ça veut dire aussi un gel potentiellement des salaires des fonctionnaires,
05:55ça veut dire qu'on n'augmente plus l'indice,
05:57ça veut dire que pendant un an, on met tout sur pause.
05:59Absolument.
06:00Est-ce que ça, sur certaines parties de l'économie,
06:03vous pourriez l'accepter ?
06:05Non.
06:05Même pas ?
06:05Non.
06:06Non, parce que c'est, comment dire,
06:08c'est extrêmement problématique dans la situation qu'on connaît.
06:13Globalement, là je vais revenir sur quelque chose qui est plus rentable.
06:16Mais est-ce que sur les pensions les plus élevées,
06:20par exemple les pensions de retraite,
06:21des retraités les moins modestes,
06:24est-ce que ça, ça serait acceptable ?
06:25Ce n'est pas du côté des retraités que se cachent les privilégiés,
06:28les vrais privilégiés de ce pays.
06:29Vous pourriez de le dire.
06:30Ce n'est pas les retraites,
06:31ce n'est pas les pensions de retraite
06:33qui vont décréter que vous êtes chez les privilégiés ou pas.
06:35Ce n'est pas ça par exemple qui va permettre aux 500,
06:38vous savez, je cite toujours ce chiffre,
06:39il n'a jamais été contesté,
06:40les 500 plus riches personnes de ce pays
06:42qui ont vu leur patrimoine doubler depuis 2017.
06:46Il est passé à 42% aujourd'hui du PIB.
06:49Ce n'est pas leurs pensions de retraite
06:50qui vont leur permettre de faire exploser leurs revenus
06:53et donc les inégalités.
06:54Donc je crois que ce n'est pas là-dessus.
06:55Moi, globalement, ce budget,
06:57je vais vous dire ce qui ne va pas.
06:58C'est que depuis 2017, on a fait un pari.
07:01Il est assumé.
07:02On va favoriser les revenus capitales
07:04pour les faire venir en France
07:05et on espère que ça va créer de l'emploi,
07:07de l'investissement, etc.
07:08Or, non seulement ça n'a rien créé,
07:10c'est-à-dire que le chômage va repartir bientôt à 8%.
07:13La part de l'industrie, je vais le dire tout à l'heure,
07:15mais c'est peut-être le chiffre le plus dramatique actuel
07:18en plus de celui de la pauvreté que j'ai décrite tout à l'heure,
07:21va passer en dessous de 10% du PIB pour la première fois
07:24depuis la libération.
07:26Même si on augmente le budget de la défense
07:28qui relance une autre forme d'industrie ?
07:29Justement, je vais en parler là-dessus,
07:31mais pour l'instant, c'est ça qui est sur la route,
07:33sur le chemin.
07:33La productivité baisse, etc.
07:36Tous les chiffres économiques sont mauvais.
07:37Donc le pari de favoriser les revenus capitales au risque,
07:41c'est ce qui a été fait d'aggraver le déficit
07:44parce que c'est des recettes de l'État environ à 60 milliards en moins,
07:48c'est un pari qui a raté.
07:49Et qu'est-ce qu'on nous propose ?
07:50On continue la même politique.
07:52Et on la continue dans un contexte double.
07:54Le premier contexte, c'est que les autres ne font pas ça.
07:57C'est-à-dire que les Allemands, aujourd'hui,
07:59face à la menace américaine de guerre commerciale déclenchée,
08:03vous savez que demain, on va apprendre
08:04à quelle sauce va nous assaisonner Donald Trump
08:08au niveau des droits de douane.
08:09Quand vous avez des droits de douane qui augmentent comme ça,
08:12ce que vous devez faire, au moins,
08:14c'est vous assurer une souveraineté industrielle et agricole
08:17plus importante, de façon à être moins dépendante
08:19des entrées et des sorties.
08:20Après, les Allemands ont fait des efforts il y a bien plus longtemps
08:22et ils n'ont pas les mêmes déficits que nous.
08:24Je vais venir, mais qu'importe.
08:25Parce que si on pense qu'ils ont raison de le faire,
08:27donc ils vont mettre l'année prochaine 82 milliards d'investissements
08:30dans la défense, dans l'arme,
08:32ils disent aussi dans les écoles.
08:34Soit dit en passant...
08:35Soit dit en passant...
08:36Pardon, Eric Cochrel, on ne peut pas comparer.
08:38On ne part pas du même point.
08:40On ne part pas du même point.
08:41Apolline de Malherme, la question, ce n'est pas de comparer,
08:43c'est de savoir pourquoi ils le font.
08:44Si vous comparez avec les Allemands.
08:45Oui, mais c'est de comprendre pourquoi ils le font.
08:47Parce qu'ils estiment que leur industrie automobile périclite
08:50et qu'ils vont la remplacer par une industrie de défense.
08:52Je mets de côté, même si c'est un sujet dont on devrait parler,
08:55le fait que moi, ça ne me rassure pas forcément
08:57quand le chancelier allemand explique
08:58qu'il veut l'armée conventionnelle la plus forte en Europe.
09:00On peut se demander pourquoi.
09:02C'est intéressant que nos voisins allemands expliquent...
09:04Attendez, on s'arrête un instant là-dessus.
09:06Ça veut dire quoi ?
09:06C'est-à-dire qu'effectivement, on va repréciser les choses.
09:08En sortant de la guerre, l'Allemagne, évidemment,
09:11et pour les raisons qu'on imagine,
09:13cesser toute industrie de défense et tout budget dans cette armée.
09:17Ils vont, pour la première fois, relancer une armée conventionnelle.
09:22Quand vous dites ça, ça veut dire quoi ?
09:23C'est-à-dire que vous vous inquiétez éventuellement
09:25que l'Allemagne redevienne notre ennemi ?
09:27Ça m'inquiète considérablement de comprendre.
09:29J'aimerais comprendre quels sont les adversaires,
09:31les ennemis des Allemands.
09:32C'est quand même quelque chose dont il faut se préoccuper.
09:34On est d'accord, on a une Allemée.
09:36Mais là, dans les efforts militaires qu'ils vont faire,
09:38ils ne vont pas faire des efforts militaires
09:40pour avoir une armée minimum capable de se défendre.
09:42Ils vont faire des efforts où ils estiment
09:44qu'ils vont faire augmenter, passer en 2030
09:46à 3,5% du PIB la défense.
09:49Nous, on en est à 2,2%.
09:50Vous vous inquiétez éventuellement ?
09:51Les vieilles blessures de l'histoire,
09:54en plus dans un contexte de guerre commerciale
09:57comme on connaît, ça ne me rassure jamais
09:59quand mon voisin, avec lequel on a eu quand même
10:01quatre conflits importants en deux siècles,
10:03expliquent qu'il va vouloir avoir l'armée conventionnelle
10:06la plus importante d'Europe.
10:07Je m'intéresse.
10:08D'un côté, il y a ceux qui expliquent
10:09que l'Union européenne, l'Europe,
10:11c'est quelque chose qui a été fait justement
10:13pour éviter ce genre de situation.
10:15Et d'un autre côté, les Allemands disent ça.
10:16Mais l'Allemagne est quand même aujourd'hui
10:18notre partenaire.
10:19Aujourd'hui, c'est notre partenaire, pas de souci.
10:21Mais vous me permettrez de dire
10:23que nous n'avons pas forcément
10:24les mêmes intérêts économiques.
10:25D'ailleurs, on l'a vu, parce que, par exemple,
10:27vis-à-vis des États-Unis aujourd'hui,
10:30ils sont plutôt enclins à trouver un accord
10:32avec Donald Trump, parce qu'ils vivent
10:34quelque part des exportations
10:35ainsi que l'Italie vers les États-Unis.
10:36Mais est-ce que pour vous,
10:37il y a un poison là-dedans ?
10:39Moi, ça ne me rassure jamais
10:40quand j'entends le fait que
10:42dans une course à l'armement
10:43comme on connaît aujourd'hui
10:45un peu partout dans le monde,
10:46parce que je vous fais remarquer
10:47que quand on produit des armes,
10:48à un moment donné, il faut s'en servir.
10:50C'est ça le propre du capitalisme.
10:51Vous êtes débouchés par rapport
10:53à ce que vous produisez.
10:54Regardez, on a produit l'arme atomique,
10:55on ne l'utilise pas.
10:56Non, l'arme atomique, non.
10:57Mais les armes conventionnelles, oui.
10:58Ça veut bien dire qu'il y a des armes
11:00qu'on peut produire sans les utiliser.
11:01Les États-Unis font une politique
11:03de relance industrielle
11:04depuis des années sur la défense,
11:06sur l'armement.
11:07Vous avez remarqué que d'une manière
11:08ou d'une autre, dans des conflits secondaires,
11:10en vendant beaucoup les armes,
11:11il y a des débouchés.
11:12Parce que sinon, à un moment donné,
11:13la production s'arrête
11:14et il n'y a pas de débouchés.
11:14On en vend d'autres, effectivement,
11:16notamment pour financer notre système.
11:16Ce que je veux dire par là,
11:17c'est que vous rentrez à partir de là.
11:19Quand vous basez votre économie
11:20sur une relance de la défense,
11:22une économie de guerre,
11:23qui en plus écologiquement
11:24est une catastrophe,
11:25ce qui devrait être quelque chose
11:27qui nous intéresse aussi,
11:28moi, ça ne me rassure jamais.
11:29Mais est-ce que ça veut dire,
11:30non mais attendez,
11:31Éric Ockel, essayons de comprendre,
11:32est-ce que ça veut dire que pour vous,
11:33l'augmentation du budget de la défense,
11:35vous n'y êtes pas favorable ?
11:38Tel qu'il est prévu,
11:39notamment avec les accords
11:40que nous avons acceptés des Américains
11:41à 5% du PIB
11:43où on va acheter des armements américains
11:45pour relancer leur production industrielle.
11:46Mais on est d'accord que la menace est là ?
11:47Non, je n'y suis pas.
11:47Ou pour vous, non ?
11:48Moi, je pense que la menace aujourd'hui
11:50la plus urgente,
11:51celle qui quasiment nous impacte tous les jours,
11:56c'est la menace écologique,
11:57c'est la menace environnementale,
11:59c'est le dérèglement climatique.
12:00Si vous mettez 800 milliards d'investissements
12:03dans l'écologie,
12:04comme le proposait le rapport Draghi
12:05il y a encore quelques mois en Europe,
12:08et que maintenant, au lieu de ça,
12:09vous les mettez dans l'armement
12:10comme le propose maintenant l'Union européenne,
12:13excusez-moi,
12:13mais ce n'est pas la même chose.
12:15D'abord parce que, encore une fois,
12:16c'est d'une extrême dangerosité,
12:18parce que quand vous surarmez les pays
12:19dans un contexte de guerre commerciale,
12:21ça rappelle une période,
12:22ça rappelle avant 2014.
12:23Mais est-ce que ce ne serait pas extrêmement dangereux
12:24que nous soyons sous-armés ?
12:25Mais est-ce qu'on est sous-armés ?
12:27Sous-armés par rapport à quoi, aujourd'hui ?
12:29Est-ce que la France est sous-armée ?
12:30Est-ce que la France ne peut pas assurer
12:32la défense de son pays,
12:33en plus avec la déchison nucléaire ?
12:34Moi, je pense que si,
12:35elle n'est pas sous-armée.
12:36Donc si la France se surarme,
12:38si on surarme,
12:39je veux dire par rapport à nos objectifs,
12:42et je pense notamment à l'Allemagne,
12:43c'est pour vendre les armes.
12:44Si vous vendez les armes,
12:45elles sont utilisées.
12:46Et donc, vous rentrez dans un moment
12:47de tension.
12:48Vous n'appliquez qu'une lecture capitaliste
12:52à la question de l'armement,
12:53pas une lecture, je ne sais pas,
12:54une question de souveraineté,
12:55une question de danger,
12:57de menace, de diplomatie.
12:59La souveraineté dans ces cas-là,
12:59c'est de produire ce que vous avez besoin
13:00comme armes pour vous défendre.
13:01Ce n'est pas de produire des armes
13:03dont les débouchés sont faites
13:04de les vendre à l'extérieur
13:05et donc d'entretenir des conflits.
13:07Mais vous connaissez le modèle économique
13:08de notre armée.
13:10Mais je connais aussi le modèle économique
13:11du capitalisme.
13:12L'idée est aussi que si on a besoin
13:14de ces armes,
13:15on a aussi besoin d'en vendre
13:16pour pouvoir les financer.
13:17Alors, je vais vous le résumer rapidement.
13:20Je suis extrêmement inquiet
13:22quand une économie capitaliste
13:23se base sur la production d'armement,
13:25encore une fois,
13:26parce que quand vous produisez,
13:27il faut des débouchés
13:28et donc vous pouvez entretenir
13:30des conflits, les développer
13:31jusqu'où, on ne sait pas.
13:33Parce qu'aujourd'hui,
13:34on voit bien qu'il y a en plus
13:36une guerre commerciale
13:37entre des blocs économiques
13:38et qu'encore une fois,
13:39dans l'histoire,
13:40ça rappelle avant la Première Guerre mondiale.
13:41Donc, dans vos arbitrages,
13:43vous n'auriez pas choisi
13:45d'augmenter le budget de la défense ?
13:46Non, je choisirais.
13:47Je pense que la France
13:48devrait être à la pointe
13:49de la bataille
13:50pour la bifurcation écologique
13:51et devrait même proposer
13:52des alliances au niveau mondial
13:54avec les pays qui se soucient
13:56et qui subissent le plus
13:57ces dérèglements climatiques.
13:59Parce que d'ici quelque temps,
14:01on va comprendre
14:03que c'est ça le danger
14:04le plus important.
14:05Et que si vous mettez
14:06beaucoup plus d'argent
14:08pour l'armement,
14:09vous ne le mettrez pas
14:10pour la bifurcation écologique,
14:12je vous rappelle
14:12que le budget de l'environnement
14:13l'année dernière,
14:13c'est moins de 2 milliards.
14:14Alors qu'il aurait fallu
14:1537 milliards en plus
14:16selon un économiste
14:17comme Pizani Ferry
14:18qui était un ancien conseiller
14:19de Macron, etc.
14:21Donc, on est complètement de ça
14:22à la fois en termes
14:24d'adaptation et de réparation.
14:25Vous regardez les incendies.
14:26Je vous donne un exemple.
14:28Les pompiers, aujourd'hui,
14:29ils ont depuis 2020
14:30à peu près 37% de plus
14:32d'intervention.
14:34D'accord ?
14:34Et ils ont augmenté
14:35que de 3%.
14:36Donc, vous voyez bien
14:37que rien que ça,
14:38de réparer ce qui est
14:39en train de se faire,
14:39je ne parle même pas
14:40d'adapter,
14:41il y a besoin
14:41de dizaines de milliards.
14:42Si on les met dans l'armement
14:43ou si on les met d'ailleurs
14:45pire encore,
14:46dans des économies,
14:47c'est-à-dire en fait
14:48on n'investit pas,
14:49non seulement on va
14:50ne pas être au rendez-vous
14:51de la bifurcation écologique,
14:52mais en plus de ça,
14:53je reviens là-dessus,
14:55on va,
14:56sur notre appareil industriel,
14:57sur notre activité économique,
14:59on va être totalement
14:59en récession.
15:00Et c'est exactement
15:01ce que propose ce budget.
15:02C'est passionnant
15:03parce qu'effectivement
15:04en parlant avec vous
15:06de ces questions de budget,
15:07au fond,
15:07où est-ce qu'on met plus
15:08et où est-ce qu'on met moins,
15:09on est au cœur
15:10effectivement
15:11des décisions politiques.
15:13Il y a aussi
15:13la question de faire
15:14des économies,
15:15d'abord d'ailleurs
15:16sur les 40 milliards,
15:17vous êtes d'accord
15:17sur le chiffre ?
15:18Non.
15:18Non, vous n'imposeriez pas
15:2140 milliards d'économies ?
15:22Non, je ne partirais pas
15:24comme ça.
15:24Je ne partirais pas
15:25avec l'idée
15:26que l'essentiel,
15:28c'est chaque année
15:29de réduire la dette
15:30par une baisse
15:31des dépenses publiques.
15:32D'abord,
15:33pour l'aspect récessif
15:34dont je vous ai parlé,
15:35pour les besoins
15:36des gens qui ne vont pas
15:37être résolus,
15:38parce que ça,
15:38ça a des impacts.
15:39Le gouvernement nous fait
15:40comme si ça n'a pas d'impact.
15:41J'en prends un seul
15:41pour bien comprendre.
15:43Il y a 53% des associations
15:44qui sont absolument
15:46indispensables justement
15:47sur toute la question
15:47de la pauvreté,
15:49de la santé,
15:49etc.
15:50Elles sont tous les jours
15:51dans notre vie quotidienne.
15:5253% des associations
15:54sont très inquiètes
15:55par rapport à leur situation
15:56et il y a eu
15:57135 000 suppressions d'emploi
15:58dans les associations.
16:00Si vous ne mettez pas
16:01cet argent
16:01dans les associations,
16:02évidemment,
16:02le sort de la plupart
16:03de la pauvreté.
16:03Cet argent,
16:04il est à la fois public,
16:05mais il est aussi privé.
16:06Il y a beaucoup de dons.
16:08L'une des idées
16:09du gouvernement
16:10pour éventuellement
16:11trouver des économies,
16:12c'est de plafonner
16:13les dons
16:14pour que,
16:16par personne,
16:17ce ne soit pas plus
16:18de 2 000 euros
16:18qui soient défiscalisés.
16:20Aujourd'hui,
16:20quand on donne,
16:21on déduit une partie
16:22de ces impôts.
16:23Vous en pensez quoi,
16:24ça, vous ?
16:25J'en pense qu'évidemment,
16:26la question des dons,
16:27à un moment donné,
16:28il ne faut pas que ce soit
16:28des cadeaux fiscaux
16:29plus riches.
16:30Mais aujourd'hui,
16:31dans la situation
16:31où sont les associations,
16:32puisque c'est comme ça
16:33qu'on a choisi
16:33de les financer en partie,
16:34ce qui pourrait être discutable,
16:35mais c'est comme ça.
16:36Je pense que ça les mettrait
16:37en péril encore plus important.
16:37L'idéal, ce serait
16:38que ce soit l'État
16:39qui finance.
16:39Moi, je dis que l'idéal,
16:40je vais revenir globalement.
16:41Mais quitte à ce que ce soit
16:42des dons,
16:43on ne va pas les sucrer.
16:43Je pense qu'il faut arrêter
16:45la baisse des dépenses publiques.
16:46On a fait moins 20 milliards
16:48en 2023.
16:49L'année dernière,
16:49on vendait à moins 40 milliards
16:51avec celles qui sont rectifiées
16:53en cours d'année
16:54et on nous en promet
16:5540 de plus.
16:56Et par rapport à ça...
16:57Donc, si on arrête
16:57les baisses de dépenses,
16:59on va augmenter les recettes.
17:01Absolument.
17:02Et on va les chercher
17:03sur ceux qui ont eu
17:06c'est-à-dire,
17:06je rassure tout de suite
17:07les Français,
17:08ça ne concerne pas
17:0995% d'entre vous
17:10mais ça concerne
17:11les plus riches
17:12qui ont tellement
17:13accumulé de richesses
17:15qu'on a des milliards
17:15à récupérer.
17:16Nous, avec les calculs
17:17qu'on a faits.
17:18Par exemple,
17:18la taxe Zuckman.
17:19On en parle beaucoup.
17:20La taxe Zuckman,
17:21c'est une taxe
17:21sur les méga riches.
17:22C'est vraiment
17:23les très très riches
17:24et qui permettrait
17:26que proportionnellement
17:27ils payent
17:28au minimum
17:292% de leur patrimoine
17:30parce qu'avec des...
17:32J'allais dire
17:33des tours de passe-passe fiscaux.
17:34Mais c'est des tours
17:35de passe-passe qui ont été organisées.
17:36C'est-à-dire,
17:36en gros,
17:37on a défiscalisé
17:38ou baissé la fiscalité
17:40sur le revenu professionnel.
17:41Donc,
17:41ils ont fait transférer
17:43une grosse partie
17:43de leur revenu personnel
17:44vers le revenu professionnel.
17:46Donc,
17:46l'idée,
17:47c'est qu'on leur fait
17:47une taxe minimum.
17:49Rassurez-vous,
17:49ils garderont beaucoup d'argent
17:50pour continuer à s'enrichir.
17:51Vous n'avez pas besoin
17:52de me rassurer ?
17:52Les 2%,
17:53c'est entre 15 et 20 milliards.
17:56Je donne une deuxième taxe
17:57pour bien comprendre
17:57qui a un lien
17:59avec ce que viennent d'ici
18:00les Etats-Unis.
18:00Les Etats-Unis
18:01viennent de dénoncer
18:05C'était un accord
18:05qui fixait les impôts
18:07sur les sociétés minimum
18:08à 15%
18:08pour éviter
18:09que des entreprises,
18:11par exemple,
18:11qui produisent 20%
18:12de leurs chiffres d'affaires
18:13en France,
18:14délocalisent en réalité
18:15leurs profits
18:15dans des pays
18:16à fiscalité privilégiés.
18:17Ils ont dénoncé ça
18:18donc ça ne va plus avoir lieu.
18:20Ça,
18:21il faut le rectifier en France.
18:22Il y a aussi une autre taxe
18:23qui rapporterait
18:2430-40 milliards
18:25qui dit qu'une entreprise
18:26qui a un chiffre d'affaires
18:28de 40%...
18:29Simplement,
18:29au lieu de les trouver
18:30en baissant le budget d'Etat,
18:34vous les trouveriez
18:34en recettes supplémentaires.
18:35Voilà,
18:36parce que globalement,
18:37l'idée,
18:37c'est que le capital,
18:38et le capital,
18:39je ne parle pas des PME,
18:39TPE,
18:40mais le capital financier
18:41coûte beaucoup de recherches.
18:42Parti comme c'est,
18:43vous censurez ?
18:44Ah oui,
18:45on censure,
18:45bien sûr.
18:45Sans hésitation ?
18:46Tel que c'est, oui.
18:47Pourquoi ?
18:47Parce que non seulement
18:48c'est injuste,
18:49mais en gros,
18:50moi ce que j'ai peur,
18:51c'est qu'on joue petit
18:52et on va perdre grand
18:53par rapport notamment
18:54à la situation internationale.
18:56C'est ça qui m'effraie
18:56dans une politique
18:57qui a échoué,
18:58qui va continuer à échouer,
18:59qui ne correspond pas,
19:00j'allais dire,
19:01aux besoins du pays
19:02et notamment
19:02la nécessité
19:03d'un redéploiement
19:04industriel et agricole.
19:05Éric Coquerel,
19:06vous avez dit
19:06que vous n'auriez pas
19:07augmenté le budget
19:09de la défense.
19:10Vous avez entendu,
19:11bien sûr,
19:11Mathilde Panot,
19:12la chef de votre groupe,
19:14qui assure que LFI
19:15désarmerait la police municipale
19:16s'il y avait des élus LFI
19:18dans ses mairies
19:20aux municipales.
19:21Est-ce que,
19:22sur la question des armes,
19:23parce que malgré tout,
19:24on est quand même
19:24sur le même domaine,
19:25la question de la défense
19:26ou la question de la sécurité,
19:27est-ce que vous n'avez pas
19:27le sentiment là d'être en décalage
19:30avec les aspirations des Français ?
19:31Moi, je ne crois pas.
19:31Je ne crois pas.
19:33Constatons une chose,
19:34on n'est pas non plus obligé
19:35de suivre la course à l'échalote
19:37vers toujours plus de sécuritaires.
19:39Ce n'est pas une question
19:40de course à l'échalote.
19:40Je vous explique.
19:41Il y a quelques années,
19:42le débat,
19:42c'était est-ce qu'il y a
19:43une police municipale ?
19:44Parce qu'il y a des gens
19:45comme Jacques Chirac,
19:46qui pensait qu'il ne fallait
19:47pas une police municipale à Paris
19:48parce que c'est la police nationale
19:49qui a assuré la sécurité
19:51des Français
19:51de façon à ce que tout le monde
19:52soit à égalité
19:53et ne dépendre pas
19:54des moyens de chaque municipalité.
19:56Donc, ça a été un premier débat.
19:57Alors maintenant,
19:57le deuxième débat,
19:58c'est est-ce qu'il faut
19:59que la police municipale
19:59joue le rôle de la police nationale ?
20:01C'est-à-dire,
20:02soit au fur et à mesure
20:03des élus écologistes
20:06à Bordeaux, à Lyon.
20:07Je vous réponds.
20:08Oui, bien à Brest, par exemple,
20:08la police n'est pas armée
20:09et il n'y a pas plus
20:10de problèmes à Brest.
20:12Moi, je crois que
20:13la question qui se pose,
20:14moi, je le vis
20:15dans les villes
20:15de ma circonscription.
20:16Au bout d'un moment,
20:17on voit la police municipale
20:18qui est moins formée,
20:19tout aussi armée,
20:20jouant des rôles
20:24je pense du coup
20:25qu'elle doit accomplir
20:26un travail de police
20:28de proximité.
20:29Vous savez,
20:29les îlotages,
20:30au lieu d'avoir
20:30un commissariat central
20:31d'être en voiture,
20:33d'être en moto,
20:33d'intervenir,
20:34qu'il y ait de la présence
20:35de policiers
20:35là où c'est nécessaire,
20:36par exemple,
20:37dans les quartiers
20:37où il y a des deals,
20:38etc.,
20:38d'une police humaine.
20:39Et dans ces cas-là,
20:40oui, je vous le dis,
20:41au moins d'un point de vue létal,
20:43le fait de l'armement
20:44n'est pas forcément
20:45indiférentable
20:45pour ce travail préventif.
20:46Donc, vous voyez,
20:47c'est très sérieux,
20:48c'est très raisonnable
20:54vous êtes le président
20:55de la commission des finances
20:56de l'Assemblée nationale
20:57et député LFI
20:58de Seine-Saint-Denis.
20:59Il est 8h53
21:00sur LALT et BFM TV.
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