- il y a 1 an
Dans le débat éco du vendredi 6 juin, Thomas Porcher, professeur à la Paris School of Business, et Dominique Seux, éditorialiste à France Inter et aux Échos débattent du thème : les Français sont-ils plutôt satisfaits des services publics ? Une enquête montre que 94 % de Français ont eu recours à un service public dans l’année, et 69 % se disent satisfaits.
Retrouvez « Le débat éco » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-economique
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00:00France Inter, Mario Lourdes, Ali Badou, le 6-9.
00:05Le débat écho comme tous les vendredis entre Thomas Porchet et Dominique Seux.
00:10Bonjour messieurs.
00:11Bonjour.
00:11On va parler d'une enquête qui a fait moins de bruit qu'elle n'aurait dû.
00:15Elle concerne l'appréciation des services publics par les Français
00:18et le résultat est contre-intuitif où il peut en tout cas étonner.
00:21Je vous vois acaisser Thomas Porchet.
00:23La surprise du chef, c'est que 94% de Français ont eu recours à un service public dans l'année.
00:31Ce n'est pas très surprenant.
00:33En revanche, 69% se disent satisfaits.
00:38Près de 7 Français sur 10, plus des deux tiers.
00:42C'est un sondage en ligne qui a été effectué il y a quelques mois auprès, tenez-vous, de 24 000 personnes.
00:48C'est la première fois qu'une telle enquête avec une telle ampleur a été menée.
00:53Qu'est-ce qui peut expliquer un écart aussi important entre ce chiffre d'un côté
00:58et le climat général qu'on dit souvent, voire toujours négatif concernant les services publics, Thomas Porchet ?
01:06Où est ce climat général ?
01:09C'est intéressant ce climat général contre les services publics.
01:11Moi je pense qu'il est majoritairement porté par une partie des médias.
01:15Je pense que si on est dans les archives de l'INA et qu'on tape le mot fonctionnaire,
01:18on va trouver beaucoup plus d'émissions qui vont dire
01:20« Peut-on réduire le nombre de fonctionnaires ? »
01:22« Comment changer les services publics ? »
01:24« Comment réformer les services publics ? »
01:25Et qui ne vont jamais porter finalement sur le lien qu'il peut y avoir entre les Français et le service public.
01:31Puis il est aussi porté par un certain nombre de politiques
01:33où le fait d'être sérieux pour ces politiques, c'est de supprimer un certain nombre de fonctionnaires.
01:38Je me rappelle par exemple de la finale de la droite en 2017 entre M. Fillon et M. Juppé.
01:44M. Fillon proposait de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires.
01:47Juppé disait qu'il était plus modéré en en supprimant 300 000 et Macron se trouvait au centre en en supprimant 120 000.
01:54Donc vous voyez le but, imaginez-vous demain un patron qui dirait
01:58« Écoutez, moi dans les cinq prochaines années, je vais supprimer 500 000 postes dans mon secteur
02:04et je vais être applaudi par la population. »
02:06Ce ne serait pas possible.
02:07Donc il y a vraiment quand même une frappe qui est très orientée contre les fonctionnaires
02:10et c'est bien que ce sondage arrive parce qu'il montre parfaitement l'inverse.
02:13Même question, comment expliquer cet écart sachant qu'il ne se réduit pas à la question de la fonction publique ?
02:18C'est une bonne nouvelle mais il faut savoir exactement quelle est la portée de cette bonne nouvelle.
02:22C'est une bonne nouvelle évidemment parce que, d'abord ça fait plaisir,
02:25parce qu'il y a des chiffres qui sont encore plus spectaculaires que ceux que vous avez donnés.
02:28Oui, on va y venir.
02:30Quand on demande quel est le pourcentage de Français qui ne sont pas satisfaits,
02:35en fait vous en avez seulement 11%.
02:36Alors les autres sont soit satisfaits, soit sans opinion,
02:40n'autres ni satisfaits ni pas satisfaits, ils sont neutres.
02:43Vous en avez seulement 11% qui ne sont pas satisfaits.
02:46Vous avez seulement 7% des Français qui considèrent qu'ils ne sont pas reçus
02:49avec respect et bienveillance par les fonctionnaires qui les reçoivent
02:54dans les tribunaux, les services des impôts, les écoles, etc.
02:59Là aussi c'est contre-intuitif.
03:00C'est contre-intuitif et la question c'est quelle est la portée exacte ?
03:04C'est là qu'il faut avoir une petite nuance.
03:06C'est-à-dire que la question qui est posée et a été assez simple,
03:11c'est quelle est la qualité de vos échanges ou de vos interactions ?
03:15Oui.
03:15Ça, on peut être bien reçu, mais on peut avoir une qualité de service rendu
03:21qui serait moyenne ou modérée ou pas bonne.
03:24Ce n'est pas exactement la même chose.
03:25Une fois qu'on a fait ce modulo, on a fait cette réserve,
03:29quand même, c'est une bonne nouvelle.
03:31Ça veut dire que les services publics sont considérés comme accueillants, respectueux
03:38et que les personnels qui reçoivent les Français sont considérés comme bons.
03:43Alors après, il faut regarder évidemment dans l'état.
03:45Justement, on va y revenir parce que la question de l'efficacité n'est pas vraiment mesurée.
03:49Mais si on rentre dans le détail, il faut savoir qui a été interrogé et qui...
03:52Oui, avant le débat plus avant, quels sont les services publics qui s'en tirent le mieux ?
03:55Alors déjà, c'est assez clair quand on regarde l'ensemble des choses.
03:57Vous l'avez dit, 69% des gens sont satisfaits des services publics.
04:01Alors qu'on n'arrête pas de nous dire, oui, on paye trop d'impôts en France
04:04et les gens ne sont pas satisfaits des services publics.
04:05Là, on voit que non.
04:06On nous dit que dans 71% des cas, ils sont satisfaits de la qualité de la relation avec les agents publics.
04:12C'est-à-dire que le contact qu'ils ont avec l'agent public est satisfaisant.
04:15Alors qu'on nous dit toujours, ils ne sont pas assez efficaces, ça prend trop de temps, etc.
04:1863% sont satisfaits sur la demande administrative.
04:22Ils trouvent qu'elle est assez simple.
04:23Alors qu'on n'arrête pas de nous dire, ah, les gens ne comprennent rien, etc.
04:25Ça, c'est faux.
04:27Et 66% trouvent que les délais de traitement sont bons.
04:30Alors qu'on n'arrête pas de nous dire, oui, ça prendrait du temps, il faudrait augmenter l'efficacité.
04:33Donc vraiment, ce sondage est très intéressant.
04:35Et qu'est-ce qu'on regarde en plus ?
04:36Il y a aussi un truc qui est très intéressant.
04:38C'est qu'on voit que les gens préfèrent avoir un contact direct par téléphone avec quelqu'un
04:42et directement avec un agent plutôt que de passer sur Internet.
04:45À un moment, on vous dit, oui, avec l'IA, on va pouvoir remplacer des gens par des machines, etc.
04:49Mais non, les gens préfèrent les appeler, avoir quelqu'un en contact et avoir un agent directement devant eux.
04:53Donc c'est très instructif, ce sondage.
04:56Il est instructif, il faut regarder.
04:58Quel est le plus haut niveau de satisfaction ?
05:01C'est sur l'école.
05:01Oui.
05:0281%, il faut le donner.
05:03Les hôpitaux ensuite, 80%.
05:05La gendarmerie, 78% de satisfaction.
05:08Puis le service des impôts, 77%.
05:11C'est un petit clin d'œil puisque les déclarations ont été rendues définitivement hier.
05:14A l'inverse, quels sont les services qui donnent le moins de satisfaction ?
05:17Non, mais c'est surprenant, Dominique, parce que l'école, c'est justement l'homme malade de la France d'aujourd'hui et depuis des années.
05:25Non, mais ça veut dire que les usagers sont contents des relations qu'ils ont avec les enseignants, avec les directions d'école.
05:32Alors, ça ne dit pas quelque chose sur le niveau final.
05:34Non.
05:35Puisqu'il y a les enquêtes PISA chaque année.
05:37Et puis on ne sait pas si les élèves sont de même avis que leurs parents.
05:40Alors voilà, mais ça c'est autre chose.
05:41A l'inverse, quels sont les services publics qui donnent le moins de satisfaction ?
05:45Et en fait, ça correspond à la logique.
05:49C'est les tribunaux.
05:50Tribunaux, 56% de satisfaction.
05:51C'est les délais de traitement des tribunaux.
05:53Pas les tribunaux, c'est les délais de traitement des tribunaux.
05:56Non, la satisfaction globale sur les tribunaux, c'est 56%.
06:00Mais celui qui suscite le moins de satisfaction, et alors là c'est vraiment un clin d'œil avec l'actualité de la semaine,
06:06c'est le service de la prime en œuvre.
06:07Alors là, ça ne va pas, ce n'est pas totalement surprenant, puisque chacun l'a dit, c'est totalement illisible.
06:14D'ailleurs, il est suspendu à partir du 1er juillet.
06:17Oui, mais c'est paradoxal là aussi, Dominique, juste d'un mot, parce qu'il y a malgré tout eu une ruée vers la prime Rénov'
06:22avec des abus, des détournements, des contournements, voire des choses qui n'étaient pas légales pour pouvoir en bénéficier.
06:28Les Français qui se sont interrogés, ce n'est pas forcément ceux qui ont été en contact avec le service, c'est l'image globale qu'ils ont.
06:34Après, il y a l'interprétation politique qu'on peut faire.
06:37Et là, je diffère évidemment de notre... enfin, évidemment, pas évidemment, mais je diffère de notre rénov'.
06:41Non, mais il vaut mieux le dire clairement.
06:43On peut dire, il y a deux niveaux d'analyse.
06:46On peut dire, bon, les fonctionnaires qui reçoivent les usagers font le boulot très correctement,
06:51mais ils travaillent dans un climat épouvantable et avec très peu de moyens.
06:54Bon, on peut dire à l'inverse que peut-être que les syndicats qui, en permanence, disent
07:00on n'a pas de moyens, c'est une catastrophe, en fait, ça ne reflète pas tout à fait la réalité
07:04puisque, au final, le service n'est pas si mauvais que ça.
07:08Thomas Borchet ?
07:09Non, moi, je pense qu'il y a deux choses différentes.
07:10C'est vrai que moi, par exemple, j'amène mon fils à l'école.
07:13Si on me demande si vous êtes satisfait de l'école, je vais dire oui, je suis satisfait des enseignants,
07:17je suis satisfait de la directrice, je trouve que l'école fait plein de choses super sympas.
07:20Est-ce que l'école a suffisamment de moyens ? Non, elle n'a pas suffisamment de moyens.
07:23Et d'ailleurs, sur l'école de mon fils, il y a marqué « école en colère », etc.
07:26On est en plein conseil de classe, donc c'est normal que vous disiez du bien des chefs d'établissement et des profs.
07:33Il n'est pas encore au stade des conseils de classe.
07:35Mais ce qui est intéressant, c'est que quand je regarde les chiffres, je comprends cette colère.
07:38Par exemple, la part de l'emploi dans les administrations a diminué ces 20 dernières années en France.
07:43Et on est un des pays de l'OCDE qui a le plus rétracté cette part.
07:47Les effectifs, vous regardez par exemple les effectifs de l'hôpital.
07:49Entre 1984 et 2011, ils ont augmenté au rythme de 1,2% par an.
07:54Depuis 2012, ils augmentent à 0,6% par an.
07:57Si on prend les contrats aidés, ça diminue.
07:59Donc il y a une contraction très claire de la part des administrations publiques dans le PIB.
08:06Et on va passer au deuxième sujet du débat.
08:08Thomas Porcher va avoir un petit peu de mal à nous dire qu'on a les dépenses publiques et les services publics les plus faibles et les plus limités du monde.
08:15Parce que c'est exactement statistiquement l'inverse.
08:16Ce n'est pas ce que j'ai dit, il y a une contraction.
08:18Oui, une contraction.
08:19C'est quand même, on est un record mondial.
08:22Donc saluer ce record mondial plutôt.
08:25Non mais il faut regarder ce qui peut être amélioré en fait quand même.
08:28Et qu'est-ce qui peut être amélioré en un mot ?
08:30Ce qui est un peu reproché quand même, c'est la complexité.
08:34Et puis après, encore une fois, on peut être bien reçu et mal servi.
08:38Donc il y a évidemment de...
08:40Et puis parmi les services publics, il y a évidemment des efforts à faire sur certains secteurs.
08:44Et on le sait, mais c'est très important de retenir sur cette enquête.
08:46L'image générale qu'on doit retenir ce matin, c'est que les usagers sont satisfaits de l'accueil interpersonnel qu'ils reçoivent.
08:52Je vais vous dire ce que je retiens.
08:53Les gens sont contents, mais ce qui me fait rire, c'est que vous voyez, c'est cette espèce de course à l'échalote de dire toujours qu'on va faire...
08:59Même Musk, il n'a pas fait 95% de ce qu'il a dit, il a pris sa tronçonneuse, il est rentré chez lui.
09:04Et je veux dire, Macron, il a dit je vais supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, il n'en a pas supprimé 120 000.
09:08Parce qu'il n'y a pas de trou caché, d'économie...
09:12Félicitez-le d'en avoir créé au moins 100 000.
09:14On a supprimé 30 000.
09:15Revenons en France, c'est en l'occurrence à ce...
09:18Premier quinquennat, il a supprimé 30 000.
09:20Après, il a remplacé...
09:20Deuxième sujet.
09:22Nous sommes au deuxième quinquennat, vous savez.
09:23A l'ordre du jour du débat, il y a un deuxième sujet.
09:27Ce serait ce scénario de l'année blanche pour le budget 2026 dont vous parliez hier, Dominique, dans votre chronique.
09:34J'aimerais avoir votre avis sur le scénario de ce gel des dépenses, des prestations sociales, etc.
09:41Pour imaginer qu'on puisse limiter les dépenses publiques.
09:46Hier, Dominique, vous disiez que c'était stupide mais peut-être inévitable.
09:50Thomas, puisque c'est un sujet d'une brûlante actualité.
09:53Moi, j'ai du mal à faire payer la note à des gens qui ne sont pas responsables des déficits et du trou que nous avons connu,
09:59qui ont été des choix politiques.
10:00Par exemple, je ne vais pas faire payer la note sur les prestations qui vont aux handicapés.
10:04Je ne suis pas sûr.
10:05Idem pour les retraités.
10:06Alors, je sais qu'aujourd'hui, il y a une volonté de couper très fortement dans les dépenses
10:10et de trouver un coupable, et le responsable a été désigné par Bérou, qui sont les retraités.
10:15Moi, je ne suis pas d'accord avec cette analyse-là.
10:17Dominique.
10:20Enfin, ce que je constate, c'est qu'on n'a pas tellement avancé...
10:22Stupide, mais raisonnable.
10:23Oui, mais on n'a pas avancé depuis trois mois sur la question des déficits publics.
10:26Donc, on en parle beaucoup.
10:28Mais le Premier ministre a annoncé qui est l'homme qui en parle depuis des décennies.
10:33Mais depuis trois mois, on en a parlé, mais il ne s'est pas passé grand-chose.
10:36C'est vrai.
10:37J'ai dit qu'en fait, c'était stupide parce qu'il n'y a rien de plus stupide que de faire un rabot égal, à peu près surtout.
10:43Mais en même temps, au point où on en est, c'est à peu près la seule chose raisonnable, puisqu'on peut demander un effort de 1%, disons.
10:51On est de 1% à à peu près tout le monde, mais c'est à la fois aux contribuables, c'est aux entreprises, c'est aux administrations.
10:57Pas toutes, bien sûr, mais 1%, ce n'est pas considérable.
11:01Qui ne fait pas un effort de productivité de 1% dans la vie et notamment dans les entreprises ?
11:04C'est possible et ça paraît malheureusement, c'est ni courageux, ni très malin, mais c'est à peu près inévitable.
11:13Évitable ou non, justement, Thomas Porchet, une année de gel générale des dépenses publiques, voire du barème des impôts ?
11:19Le même effort sur tout le monde, c'est le même principe que la TVA.
11:23Évitable ou non ?
11:24Qu'est-ce qui est évitable ?
11:25Est-ce que c'est évitable ou inévitable ?
11:27Ce gel, on bloque, on serre les freins de l'État, pour citer Dominique Seux, de la Sécu, des collectivités locales, des contribuables ?
11:34La manière dont les termes du débat sont posés, on voit très bien que ça semblerait inévitable.
11:40Moi, je pense qu'il y a d'autres manières de faire.
11:42Je pense que même il y a d'autres manières qui seraient peut-être brutales dans ce moment de se dire on va augmenter les impôts.
11:47Moi, je pense qu'il faut revoir la question du déficit et se poser vraiment la question du danger de ce déficit.
11:52Est-ce qu'il y a un vrai danger ou pas ?
11:54Moi, je pense que le danger est surévalué et que ce déficit sert surtout à faire des réformes qui n'ont pas été faites ces dernières années.
12:00C'est pour ça qu'on cible beaucoup les retraités et l'assurance maladie.
12:03Vous faites les gros yeux, Dominique.
12:04Non, mais parce que c'est quand même très difficile de dire qu'on a une situation des finances publiques qui circulait, il n'y a rien à voir, tout va à peu près bien.
12:12C'est ce que dit l'investisseur.
12:14Non, parce que les taux d'intérêt, on a des taux d'intérêt qui sont plus élevés que les taux portugais, que les taux espagnols.
12:21Ce n'est pas complètement habituel.
12:23Et c'est une histoire donc à suivre et un scénario en tout cas qu'il était important d'évoquer et de vous entendre débattre sur le sujet.
12:30Merci Dominique Seux.
12:31Merci Thomas Porchet.
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