Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 8 mois
Un gros salaire, une bonne mutuelle et des massages gratuits… Ce n’est pas forcément ce qui rend heureux au travail, selon le philosophe Xavier Pavie. Mentionnant les idées d’Épicure, le professeur à l’ESSEC prône les valeurs de la sobriété en entreprise. Le profit, c’est bien, mais en abuser, ça craint ?

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00C'est très sympa de me proposer 40% d'augmentation, mais franchement, non, je préfère pas.
00:0420% me suffira, très bien.
00:06La sobriété est un mot qu'on emploie dans notre espace contemporain,
00:10mais c'est un mot avant tout grec, un mot qui vient de ce qu'on appelle le sophrosuné.
00:14Et sophrosuné, c'était pas la contrainte, c'est plutôt la juste mesure.
00:18C'est la tempérance, c'est la modération.
00:20Cet élément-là, il est important, parce que dès la philosophie antique,
00:24dès Épicure plus exactement, on parle d'une certaine manière de sobriété.
00:27Épicure nous dit qu'il y a la tripartition des besoins.
00:30Des besoins naturels et nécessaires.
00:32Il faut boire, il faut manger.
00:33Des besoins naturels, mais non nécessaires.
00:35Ça peut être effectivement manger, mais vouloir aller dans un restaurant étoilé.
00:38Le troisième axe, c'est les besoins qui sont ni naturels, ni nécessaires.
00:42C'est la recherche de la gloire, c'est la recherche de la fortune, par exemple.
00:46Dans les organisations, comment ça pourrait se traduire ?
00:48Les besoins naturels et nécessaires.
00:50C'est par exemple des heures décentes, un environnement de travail décent.
00:54C'est aussi un salaire décent.
00:56C'est un besoin naturel et nécessaire.
00:58On voit tout un tas d'entreprises dans lesquelles vous pouvez jouer au baby-foot,
01:01vous pouvez avoir des massages, vous pouvez avoir des cours de tai-chi
01:05ou encore avoir un abonnement à une plateforme streaming.
01:08Tout ça, si effectivement ça peut être naturel de le vouloir,
01:12c'est absolument pas nécessaire.
01:13Pensons par exemple à ce que nous a dit récemment le ministre de l'économie
01:16en disant qu'il faut avoir probablement une forme de sobriété vis-à-vis des profits.
01:20Avoir une obsession des profits, de la rentabilité, c'est ni naturel ni nécessaire.
01:27C'est simplement devenir de plus en plus riche, ce que évidemment Epicure rejette.
01:31Cette dimension-là est clé.
01:33A savoir que la sobriété n'est pas la contrainte.
01:36La sobriété, c'est la tempérance et la modération par rapport à ce que l'on veut.
01:40Autrement dit, nous n'allons pas en entreprise pour jouer au baby-foot,
01:43pour avoir des massages ou encore pour un abonnement à une plateforme de streaming.
01:46Nous allons en entreprise pour notre salaire, nous allons en entreprise pour la mission que l'on doit accomplir,
01:51mais non pas non plus pour faire du présentéisme et non pas pour faire augmenter les profits qui peuvent être complètement indécents.
01:58Une bicorpe par exemple, une entreprise à mission, c'est-à-dire toutes ces organisations-là qui vont limiter leurs profits
02:04ou Patagonia qui va redonner une partie de ses profits à l'environnement, à la nature, comme ils le disent.
02:10Eh bien, toutes ces dimensions-là font complètement appel à la notion de sobriété.
02:13Et cette sobriété-là n'empêche pas la croissance, n'empêche pas l'innovation,
02:18elle est simplement tournée vers autre chose que le profit à tout prix.
02:21Et le seul profit.
02:23La sobriété, c'est donc clairement l'innovation, c'est clairement le développement, c'est aussi de la croissance.
02:28Et cette dimension-là, elle est évidemment clé,
02:30dès lors que l'on veut comprendre comment pousser une organisation, la développer,
02:35et en même temps faire preuve de sobriété.
02:37Les deux sont complètement envisageables.
02:39Pour les 40% d'augmentation, si vraiment vous insistez, c'est d'accord.
02:48Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations