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Un demi-siècle d’apartheid en Afrique du Sud à travers les témoignages de survivants, mais aussi de coupables des crimes perpétrés. Deuxième volet : dans les années 1960 et 1970, le régime de l’apartheid se durcit encore. Alors que Nelson Mandela et d’autres figures de la lutte sont détenus à Robben Island, l’État sécuritaire multiplie les opérations secrètes.
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DiversãoTranscrição
00:00J'avais un mois et trois jours quand mon père est mort.
00:10C'est terrible de grandir sans père.
00:12Ça vous détruit.
00:18Ça s'est passé ici.
00:21L'explosion les a soufflés tous les quatre, mon père et ses camarades.
00:24Leur projet, c'était de prendre les armes pour combattre l'apartheid.
00:31Malheureusement, ils n'auront jamais pu le réaliser.
00:35On peut encore distinguer les fondations du bâtiment par ici.
00:40On voit même le béton.
00:46Ce sont des agents qui les ont amenés ici.
00:49C'était un guet-apens.
00:51Tout était planifié.
00:54On les a fait entrer dans le bâtiment et on les a enfermés dans une pièce qui était remplie d'explosifs.
01:00Et tout a explosé.
01:04Ils voulaient les éliminer.
01:08Les hommes qui ont commis ces horreurs sont toujours en liberté.
01:11En 1994, Nelson Mandela devient le premier président noir d'Afrique du Sud et met en place la Commission vérité et réconciliation, la TRC, suivant ses initiales anglaises.
01:34Le nouvel État veut prouver au monde que les horreurs de l'apartheid appartiennent désormais au passé.
01:41Mais 30 ans plus tard, les blessures restent ouvertes.
01:44Les coupables se dérobent.
01:46Les gens comme moi, les tueurs, nous devons parler.
01:50Les crimes de l'apartheid sont trop longtemps restés sous le tapis.
01:53Les victimes, elles, sont toujours en quête de vérité et de justice.
02:01Il fallait que ça tombe sur quelqu'un.
02:03Le destin m'a choisi.
02:06Des témoins ont accepté de raconter leur histoire et dévoilent le vrai visage de l'apartheid.
02:11Il y a tellement de questions qui restent sans réponse.
02:17Notre pays ne pourra pas avancer tant que nous n'aurons pas fait toute la vérité sur l'apartheid.
02:22Afrique du Sud, dans les années 70.
02:47Mandela et d'autres militants sont incarcérés depuis de longues années à Robben Island.
02:51Et la répression violente est devenue la norme.
02:55Une croissance exponentielle des forces de sécurité, des services secrets et des opérations clandestines
03:00a transformé le pays en état policier.
03:04J'avais 19 ans.
03:07On demandait aux jeunes policiers comme moi, ou plutôt on nous imposait, au moins 50 arrestations par mois.
03:14Le plus simple, c'était d'interpeller une personne noire sans pièce d'identité.
03:19Vos papiers, je ne les ai pas à chef.
03:21Hop, dans le fourgon.
03:22Merci chef.
03:24Et le tour était joué.
03:26Et quand on avait ces 50 arrestations à la fin du mois, on était tranquille.
03:32J'associe l'apartheid au bal en caoutchouc.
03:35Quand je sortais de chez moi le matin, j'en retrouvais sur le pas de la porte,
03:39parce que des camarades avaient été pris en chasse la veille.
03:41Dès qu'on voyait patrouiller les jeunes hommes blancs dans leur véhicule militaire,
03:50on rentrait chez nous, pour ne pas avoir de problème.
03:56On avait peur des hommes blancs.
03:57C'était des agents de la sécurité intérieure à la carrure imposante.
04:06Ils nous ont ordonné de nous tenir tranquilles pendant qu'ils fouillaient la maison à la recherche d'écrits subversifs.
04:12Ça a duré plus de deux heures.
04:16Quand ils sont repartis, notre appartement ressemblait à un champ de bataille.
04:21Ça m'a beaucoup affectée.
04:22C'est à ce moment-là que j'ai réellement pris conscience du pouvoir des Blancs.
04:34Le système était conçu pour garantir le pouvoir des Blancs africaneurs.
04:39L'apartheid était la ségrégation des êtres humains,
04:41des quartiers de résidence, des écoles, des hôpitaux, des centres médicaux, de tout.
04:47Une alternative était hors de question,
04:50puisqu'elle aurait été synonyme d'un gouvernement noir majoritaire.
04:54Une perspective inconcevable pour la plupart des Blancs.
05:01La ségrégation forcée et les brutalités policières affectent tous les pans de la société
05:06et conduisent au quotidien à des confrontations violentes entre Blancs et Noirs.
05:13Donder dar signifie jeudi en africance.
05:17Et le don d'or dar, c'était le jour de la baston.
05:20Ce jour-là, il ne fallait pas traîner du côté des fermes des Blancs.
05:24Il ne fallait pas marcher le long d'une route où circulaient des Blancs en voiture ou à moto.
05:29Ils nous attrapaient par le col de la chemise, nous soulevaient et nous disaient
05:32« Eh, Kafir, je vais te liquider. »
05:35Ils disaient « Kafir, c'est un mot arabe qui signifie infidèle ou incivilisé. »
05:43« Je savais que j'étais quelqu'un de spécial juste parce que j'étais Blanc. »
05:51Il y avait des couvre-feux dans certaines zones.
05:54Les Blancs avaient le droit de sortir et de circuler, mais pas les Noirs.
05:58Ils pouvaient se faire arrêter.
05:59On avait notre petit rituel.
06:05On sortait à cinq ou six et on se promenait dans les rues.
06:09Quand on croisait un Noir, c'était à celui qu'il voyait en premier.
06:13Il criait « À moi ! » et devait le mettre à terre.
06:15Puis tous les autres se jetaient sur lui comme une meute de loups affamés.
06:20Et lui assénaient des coups de pieds jusqu'à ce que tout le monde soit rassasié.
06:28Un jour, des Blancs m'ont embarqué de force dans une voiture et ils m'ont tabassé.
06:34Pour rien, encore et encore.
06:36Mon visage a pratiquement doublé de volume.
06:38Je les implorais d'arrêter et ils ont fini par me balancer hors du véhicule.
06:43Et ils m'ont laissé comme ça.
06:43Pour ces gens-là, c'était un passe-temps.
06:46N'importe quel Noir peut vous le confirmer.
06:52On les frappait sans raison.
06:56On nous avait tellement répété qu'un Noir ne valait rien qu'on ne se posait même pas la question.
07:02On ne les respectait pas et c'était normal, puisqu'on ne les considérait pas comme des êtres humains.
07:06Tolly Frodenberg est fils de policier.
07:14Il a été un témoin quotidien de la politique sécuritaire de l'apartheid.
07:18J'ai grandi dans une maison de policier, à deux pas d'un poste de police.
07:26J'ai passé l'essentiel de ma jeunesse sur le siège passager d'un véhicule de police.
07:33Mon père était un homme très strict.
07:35Il était grand, très conservateur et très réservé.
07:39Il ne montrait pas ses émotions.
07:40On n'était pas particulièrement proches, mais c'était un modèle pour moi.
07:47Il fallait aller à l'église tous les dimanches, prier avant et après le repas, s'habiller modestement.
07:54On n'avait pas le droit de se mélanger aux autres.
07:58Mon père parlait des Noirs de manière très péjorative.
08:02Il disait qu'ils avaient moins de droits que nous, que c'était des gens inférieurs.
08:06Le 16 juin 1976, je suis rentré de l'école et j'ai croisé mon père devant la maison.
08:15Il était en uniforme et m'a juste dit « on se voit plus tard ».
08:19Le soir, on a appris à la télévision qu'il y avait eu des émeutes à Soweto.
08:25Les enfants de Black school boycottent leurs schools
08:27après avoir dit que l'enseignement de la langue africaine de l'Afrique serait compulsorique.
08:32Les enfants croient que leur éducation serait inférieure aux whites.
08:36Le mouvement de contestation contre l'imposition de l'Africance à l'école
08:41est violemment réprimé par la police.
08:44Des centaines d'enfants meurent sous les balles.
08:50Il est revenu à la maison trois mois plus tard.
08:53Il était sale, amaigri.
08:55Il n'a jamais parlé de ce qui s'était passé à Soweto.
08:58Il était en première ligne.
09:02Il a assisté au pire moment.
09:05Lui et ses collègues ont vu les fusillades.
09:08Les enfants qui se sont fait tuer par la police.
09:10Mais vous ne savez pas si votre père a tiré sur des gens ?
09:15Je ne sais pas.
09:17Il n'en a jamais parlé avec moi.
09:19Chez nous, on ne se vantait pas d'avoir tiré sur quelqu'un ou d'avoir tué.
09:24On le gardait pour soi et il fallait se débrouiller avec.
09:28En tout cas, il s'est encore plus replié sur lui-même.
09:31Beaucoup plus.
09:33Il s'est absorbé dans le travail et passait moins de temps avec sa famille.
09:36C'est tout.
09:45C'est au moment des émeutes de Soweto qu'un cousin et un ami à lui m'ont initié à la lutte politique.
09:54Ils m'ont poussé à quitter le pays pour rejoindre l'armée qui devait renverser l'apartheid et libérer le peuple noir.
10:02Les violences du régime poussent de nombreux jeunes à rejoindre le MK.
10:05La branche armée de l'ANC, le Congrès national africain.
10:09Le MK a établi des camps d'entraînement dans les pays voisins pour former ses membres à la résistance armée contre le régime de l'apartheid.
10:21J'ai donc rejoint le MK et j'ai quitté l'Afrique du Sud pour l'Angola.
10:29La vie au camp était horrible, mais on est resté.
10:32Ils nous ont expliqué que c'était un avant-goût de la guerre difficile que nous allions mener.
10:39C'était un entraînement militaire pur et dur.
10:44Armes légères, AK-47 et bien sûr maniement d'explosifs.
10:50Je suis devenu un vrai guerrier prêt à mourir pour la cause.
10:52On a fait plusieurs incursions en Afrique du Sud et on avait toujours nos fusils parce qu'on savait que c'était notre assurance vie.
11:04Ensuite, on m'a transféré en Zambie et c'est à partir de là que les choses ont mal tourné.
11:10On devait aller marcher tous les matins, dès le réveil.
11:15Et bien sûr, il n'y avait rien à manger.
11:17Les gars se sont mis à boire.
11:21On avait peur et on a demandé que des responsables de l'ANC viennent sur place.
11:25On n'a jamais eu de réponse.
11:27Par contre, ils ont arrêté certains soldats qui s'étaient plaints et en deux temps, trois mouvements, ils les ont accusés de travailler pour les forces de sécurité sud-africaines.
11:36Je pense que l'ANC est devenu paranoïaque.
11:42Il n'y avait aucune raison de réagir comme ça.
11:47Ils leur ont donné des coups de matraque sur la plante des pieds.
11:51Ils les ont jetés à terre et forcés à avouer des crimes imaginaires.
11:56L'ANC était notre maison.
11:58On en était fiers.
11:59Mais quand ils se sont mis à arrêter des gars dans nos propres rangs, qu'ils les ont torturés, ça nous a secoués.
12:05Il s'est passé quelque chose en nous.
12:08Tandis que le MK forme ses combattants à l'étranger, les garçons blancs suivent un entraînement paramilitaire dès leur plus jeune âge en Afrique du Sud.
12:20Les enfants des familles blanches africaners devaient obligatoirement fréquenter la Feldschool.
12:27On nous envoyait dans un endroit reculé et on nous apprenait à devenir des bons patriotes.
12:32On chantait des chansons en africance.
12:34On chantait des chansons en africaner et on avait un cours pour la renaissance morale de la jeunesse.
12:54La Jördwehr barheide.
12:57On faisait des exercices et des manœuvres et on nous apprenait à manier une arme.
13:05J'aimais bien le tir parce que j'étais le meilleur.
13:08Mais les exercices, c'était pas mon truc.
13:14J'en voyais pas l'intérêt.
13:16On nous traitait comme des soldats alors qu'on avait 13, 14 ans.
13:19Ça me faisait penser aux jeunes assietlériennes.
13:25Dans l'Allemagne nazie, les juifs étaient considérés comme des sous-hommes.
13:30Dans l'Afrique du Sud des années 70, c'était les noirs les sous-hommes.
13:34C'est ce qu'on nous enseignait.
13:37On nous préparait au service militaire.
13:41Après l'école, j'ai immédiatement rejoint la police, sans réfléchir.
13:44C'était ma vocation.
13:47Je voulais apporter ma contribution à la guerre intérieure.
13:53Dans le camp d'entraînement du MK en Zambie,
13:56les événements prennent une mauvaise tournure pour Efraim Falapizza.
14:01J'ai commencé à avoir peur de l'INSEE.
14:06J'avais un soldat sous ma responsabilité dont j'étais très proche.
14:09Il s'appelait Shorty.
14:10Je pense qu'il souffrait d'un syndrome de stress post-traumatique.
14:16Il abandonnait son poste pour aller boire au village et manquer aux appels.
14:21Son comportement était signalé à la direction, qui a pris des mesures extrêmes.
14:26Jamais je n'aurais imaginé qu'ils allaient faire ça.
14:31On m'a ordonné de l'emmener en pleine nuit,
14:33en prétextant qu'il allait être transféré en Angola,
14:35et de le remettre en chemin à un commandant du MK.
14:38Quand on est arrivé au lieu de rendez-vous,
14:41il y avait une fosse de creuset.
14:43La tombe.
14:47Shorty a compris qu'il allait mourir au moment où on l'a remis au commandant.
14:52Il s'est tourné vers moi et m'a dit,
14:54« Camarade, poursuis la lutte, poursuis la guerre.
14:58Ces mots me hanteront jusqu'à ma mort. »
15:02Shorty a été assassiné par un officier de sa propre armée.
15:07Ça a été le point de non-retour.
15:09Je ne pouvais plus faire partie de l'ANC.
15:12Je n'avais plus envie de rien.
15:14Même l'alcool ne me faisait plus défait.
15:17Je me sentais condamné.
15:19Pour la première fois, j'étais impliqué dans un meurtre.
15:22Je n'y avais pas assisté,
15:28mais j'avais livré la victime à ses bourreaux.
15:34J'ai senti une rage destructrice terrible en moi.
15:39Et j'ai conclu que j'avais rejoint les mauvaises personnes.
15:41Toli Frodenberg est également envoyé à l'étranger en 1981.
15:56Il va participer à la longue guerre frontalière
15:58que le régime sud-africain mène
16:00contre les mouvements de libération communiste des pays voisins.
16:05À 19 ans, j'ai été envoyé en Namibie.
16:07Deux unités de la police sud-africaine y étaient stationnées.
16:14Je faisais partie des forces contre-insurrectionnelles.
16:17Notre mission était de patrouiller le territoire
16:18dans nos véhicules blindés, les Caspires,
16:21pour débusquer les rebelles.
16:23L'autre unité s'appelait KUFUT
16:25et était stationnée en permanence dans la région.
16:29Le KUFUT était une unité spéciale de la sécurité intérieure.
16:34Elle avait la réputation d'être
16:35une des meilleures unités de combat au monde.
16:37C'était des policiers militaires professionnels.
16:41Des durs à cuire, violents.
16:47Pendant 5, 6, 7 années,
16:51ces gars ont fait la guerre 24 heures sur 24,
16:537 jours sur 7.
16:56Leur quotidien s'était tué.
16:59On ne sort pas indemne d'un tel mode de vie.
17:01Il ne fallait pas s'embrouiller avec ces types-là.
17:06Ils buvaient beaucoup.
17:08Il n'y avait que l'alcool pour les aider à gérer leurs problèmes psychologiques.
17:13Un bar était interdit aux policiers.
17:15Et c'est justement pour ça qu'on y allait.
17:17Un jour, j'étais assis dans ce bar,
17:20j'étais toujours un gamin de 19 ans,
17:22quand Eugene de Koch est entré.
17:24C'était un des fondateurs du KUFUT.
17:28Il était réputé pour son agressivité
17:30et il cherchait manifestement la bagarre.
17:34Notre bande de petits jeunos s'est dépêchée de débarrasser le plancher
17:37parce qu'on savait qu'il était dangereux.
17:40On s'est littéralement volatilisé.
17:45Après des années de service passées à faire la guerre à l'étranger,
17:48Eugene de Koch est transféré en Afrique du Sud.
17:52Il va diriger une unité de tueurs clandestins
17:54dont le QG est une ferme du nom de Vlacplas.
18:00Un ami qui travaillait avec Eugene de Koch
18:02m'a proposé de les rejoindre.
18:05Je n'ai pas souvent sollicité l'avis de mon père,
18:08mais cette fois-ci, j'en ai parlé avec lui.
18:10Et il m'a dit
18:11« Ne t'approche pas de ces types ».
18:14Il était toujours dans la police à l'époque
18:16et j'ai suivi son conseil.
18:19La rumeur disait que c'était les hommes à tout faire du gouvernement.
18:23Il fallait tuer quelqu'un,
18:25ils s'en chargeaient.
18:26Il suffisait de demander et ils s'exécutaient.
18:30J'ai eu de la chance.
18:32Si je les avais rejoints,
18:34je serais probablement en prison à l'heure qu'il est.
18:40On a l'air.
18:43Oh, hi, est-ce que Eugene de Koch ?
18:44Oui.
18:45Je fais des recherches pour une série d'ocumentaire.
18:48On a voulu regarder tous les côtés.
18:50J'ai juste envie de voir si c'était une bonne fois,
18:53pour vous parler de ça.
18:54Je n'ai jamais vu ce nom.
18:55Aucun des anciens membres de l'escadron de la mort
19:21n'a accepté de s'exprimer, par peur des répercussions.
19:25Sauf un.
19:27Chappie Clopper a été amnistié pour ses crimes
19:29avant de devenir un témoin clé.
19:32Il est physiquement marqué par les séquelles d'un accident de moto.
19:36Il n'avait encore jamais livré son histoire face à une caméra,
19:40mais il a décidé que le temps était venu de s'exprimer.
19:42J'étais jeune, je devais avoir 23 ou 24 ans,
19:49quand De Koch m'a proposé de rejoindre son groupe.
19:53Quand je l'ai vu pour la première fois,
19:56avec ses grosses lunettes, sa coupe à l'ancienne,
19:58son treillis, ses bottes de combat,
20:02grands, barraqués,
20:04je me suis dit, le vrai africaneur.
20:08Le genre de gars qui est là pour ses hommes.
20:12Il était vicieux, violent,
20:18mais je pouvais travailler avec lui.
20:21Il m'a juste dit,
20:24ça te dirait de rejoindre mon groupe ?
20:25J'ai répondu, oui, bien sûr.
20:28Ça me bottait, il allait y avoir de l'action.
20:33Je savais très bien ce qu'ils faisaient.
20:36Ils avaient le droit de tuer, c'était un escadron de la mort.
20:38J'étais tout excité de rejoindre la Vlac Place.
20:45On chassait les terroristes,
20:46c'est-à-dire les soi-disant terroristes,
20:48les gens de l'ANC.
20:53Dès qu'il fallait éliminer quelqu'un,
20:56on nous appelait.
20:56On se mettait en route,
21:01on tuait la cible
21:01et on revenait au QG.
21:04Un, deux, trois, quatre, cinq,
21:06peu importe.
21:07Objectivement, j'étais un assassin.
21:10Mais moi, j'avais simplement l'impression
21:11de faire mon boulot.
21:13Pour débusquer les militants clandestins
21:15de l'ANC,
21:16les hommes de Vlac Place
21:17utilisent des informateurs,
21:19les Ascari.
21:20Il s'agit d'anciens militants noirs
21:22qui ont souvent été retournés
21:24pour servir d'agent double.
21:27Les Ascari passaient leur journée
21:29à circuler dans Soweto,
21:31à Johannesburg,
21:32partout,
21:33à la recherche d'espions.
21:36Dès qu'ils identifiaient
21:38quelqu'un de l'ANC,
21:40on l'embarquait pour l'interroger.
21:44On torturait les gens
21:45pour briser leur morale
21:46et leur résistance.
21:47On utilisait une chambre à air.
22:02De la glace,
22:05on les frappait.
22:10On envoyait des décharges électriques.
22:12On les privait de sommeil.
22:16La plupart craquaient.
22:17et déballaient tout.
22:19Mais d'autres résistaient.
22:26Alors, on les torturait
22:27encore plus brutalement.
22:28On envoyait des décharges
22:30plus fortes.
22:31Ils criaient,
22:34ils pleuraient.
22:36Ils se mettaient à prier.
22:39Certains mouraient.
22:41On ne se posaient pas de questions.
22:44C'étaient les méthodes normales
22:47de la police.
22:54Après l'assassinat de Shorty,
22:56je n'avais plus confiance dans l'ANC
22:57et j'ai quitté le mouvement.
22:59cette guerre n'avait aucun sens.
23:03Elle était trop destructrice.
23:05Je ne voulais plus me battre,
23:06ça me rendait malade.
23:09Je suis rentré en Afrique du Sud
23:11à pied.
23:12J'ai été arrêté
23:13et j'ai expliqué que j'étais revenu
23:15parce que c'était mon pays natal
23:16et que je ne voulais pas
23:18d'une guerre entre la NC
23:19et les Blancs.
23:20J'ai été détenu
23:26pendant trois mois.
23:29On m'a interrogé.
23:31On m'a menacé de prison,
23:32de mort même.
23:35Et puis un jour,
23:37ils m'ont dit
23:37« Prends tes affaires ».
23:39C'était vite vu.
23:40J'avais une chemise
23:41et deux pantalons.
23:42Puis ils m'ont mis
23:42dans une voiture.
23:43Ils m'ont fait sortir
23:52dans une ferme
23:53dans les montagnes.
23:55J'ai appris plus tard
23:56que j'étais à Vlac Place.
23:58Ça faisait peur
24:00comme endroit.
24:02Il y avait une inscription
24:03sur le portail.
24:04« Vous qui entrez ici
24:06abandonnez tout espoir ».
24:08Oui, c'était un lieu
24:10sans espoir.
24:11Ça sentait la mort.
24:13J'ai vécu l'enfer sur terre.
24:18Je me suis enfui.
24:19Je ne voulais plus jamais
24:20remettre les pieds là-bas.
24:22Mais j'ai été arrêté
24:23et renvoyé à la ferme.
24:25Il y avait beaucoup de Blancs
24:26et d'autres unités.
24:30Un commandant m'a dit
24:31« La prochaine fois
24:32que tu t'enfuis,
24:33je te tuerai personnellement.
24:35Ou je te renvoie à l'ANC,
24:37ils s'en chargeront. »
24:40Ils nous appelaient
24:41les Ascari.
24:43Ils nous envoyaient
24:44dans les villes
24:44pour repérer
24:45les gens de l'ANC.
24:47On devait leur signaler
24:48les personnes
24:48qu'on reconnaissait
24:49et eux se chargeaient
24:51de les interpeller.
24:53Certains mouraient
24:54pendant leur arrestation.
24:57Je n'avais pas le choix.
25:00Si j'avais essayé
25:00de quitter Vlad Plas,
25:01ils m'auraient tué.
25:02« J'ai imploré Dieu.
25:05Délivre-moi.
25:06Laisse-moi mourir.
25:07Je n'en peux plus. »
25:08Mais il ne m'a jamais répondu.
25:14Il fallait rester insensible.
25:18Sinon, on passait
25:19pour une mauviète,
25:20à moins que rien.
25:21les gars commençaient
25:27à boire
25:27vers 15-16 heures.
25:29Tous les jours.
25:30Ça anesthésie,
25:31vous savez.
25:35Ils s'enfilaient
25:36une bouteille de rhum
25:37sans broncher.
25:39C'était leur boisson fétiche.
25:40Mon Dieu.
25:45Je n'arrivais pas
25:46à suivre.
25:47Je ne peux pas
25:48boire autant.
25:51Tous les hommes
25:52de Vlad Plas
25:53étaient des psychopathes.
26:01Un soir,
26:02Doc Ock m'appelle
26:03et me demande
26:04de le rejoindre.
26:07Un type était mort
26:08pendant l'interrogatoire
26:10et il fallait
26:10se débarrasser du corps.
26:14On l'a chargé
26:14dans un camion
26:15et on s'est rendu
26:16à Ferdraar,
26:18une base d'entraînement
26:19des forces spéciales.
26:28On a dynamité
26:29le cadavre.
26:31On a ramassé
26:31tout ce qui restait
26:32et on a tout fait sauter
26:34une deuxième fois
26:35et encore une fois
26:36et encore une fois
26:37jusqu'à ce qu'il ne reste
26:38plus rien.
26:39c'était barbare.
26:41Mais le jeu
26:42auquel on jouait
26:43était barbare.
26:53On ne se posait pas
26:55de questions.
26:57On n'avait aucun respect
26:58pour la vie,
26:58pour rien.
26:59personne n'allait venir
27:02m'embêter.
27:05On savait qu'on ne risquait
27:06rien.
27:07Doc Ock était toujours
27:08là pour nous protéger.
27:11On était intouchables.
27:12Au début de l'année 1982,
27:23l'unité de Black Place
27:24est informée
27:25du projet
27:25de quatre étudiants
27:26de la région
27:27de Carizeau
27:28de rejoindre
27:28la lutte armée
27:29contre l'apartheid.
27:32Mon père était
27:32un homme gentil.
27:34Il était engagé
27:35en politique
27:36parce qu'il était
27:36membre du COSAS.
27:39Le COSAS
27:39était une organisation
27:40étudiante
27:41qui dépendait
27:41de l'ANC.
27:44C'était l'aîné
27:44du groupe.
27:48Ils voulaient
27:49combattre l'apartheid.
27:50Ils voulaient
27:51que les Noirs
27:51se libèrent
27:51de l'oppression.
27:57Ils avaient prévu
27:58de rejoindre le MK
27:59de l'autre côté
27:59de la frontière
28:00pour apprendre
28:01à utiliser des armes.
28:08Ça s'est passé ici
28:09en 1982.
28:11Il y avait un bâtiment
28:13ici.
28:14Regardez,
28:14il reste les décombres.
28:17C'était une ancienne
28:18mine.
28:20Ils ont été amenés
28:21ici par des Ascari,
28:22des gens qui travaillaient
28:23pour le régime
28:23comme Mfala Pitsa.
28:26Comme c'était
28:26un ancien exilé,
28:27ils lui faisaient confiance.
28:31Malheureusement pour eux,
28:32Mfala Pitsa
28:33travaillait pour la police.
28:35C'était un informateur.
28:35il leur a fait croire
28:41qu'il allait les former
28:41à utiliser des armes.
28:46C'était un guet-apens.
28:50Ils les ont enfermés
28:51dans le bâtiment
28:51et l'ont dynamité.
28:56Les quatre étaient
28:57à l'intérieur.
28:58Mon père est mort.
29:03Zando a survécu.
29:05Il pensait
29:06qu'il était mort
29:06comme les autres.
29:07Zando était très engagé
29:12politiquement.
29:14Il consacrait sa vie
29:15à la lutte.
29:18Et il connaissait
29:19Mfala Pitsa.
29:21C'était un ami
29:22proche de la famille.
29:24Il venait souvent
29:26manger chez nous
29:27parce qu'il habitait
29:28pratiquement en face.
29:30Alors Zando
29:31lui faisait confiance.
29:34Oui, je connaissais
29:35bien la famille.
29:37Je me sentais bien
29:40chez eux.
29:41Zando m'a demandé
29:42si je pouvais l'aider
29:42à quitter le pays
29:43pour rejoindre
29:44le camp d'entraînement
29:45du MK.
29:46Il pensait
29:46que j'étais toujours
29:47à l'ANC.
29:49Moi, j'ai pensé
29:52que c'était
29:52la Vlacplas
29:53qui me testait
29:53et que j'allais me faire
29:54tuer si je ne disais rien.
29:57Alors je l'ai signalé.
29:59Trois jours plus tard,
30:00ils m'ont recontacté.
30:01Ils m'ont dit
30:02que je devais attirer
30:03les quatre étudiants
30:03dans un guet-apens
30:04pour qu'ils puissent
30:05les tuer.
30:05J'ai demandé
30:07pourquoi vous ne
30:08les arrêtez pas ?
30:10On ne peut pas.
30:10Ce sont les ordres.
30:12Ça vient de tout en haut.
30:16J'avais l'impression
30:17d'avoir fui
30:18la folie destructrice
30:19de l'ANC
30:19pour celle des Blancs.
30:23J'étais prisonnier
30:24dans le ventre
30:24de deux bêtes
30:25entre le marteau
30:28et l'enclume.
30:28sans issue possible.
30:36Ils m'ont indiqué
30:37un bâtiment.
30:38Je devais y faire
30:39entrer les étudiants.
30:40On m'avait donné
30:41des armes factices
30:42pour qu'ils croient
30:42que j'allais les entraîner.
30:44Je devais les laisser
30:45seuls dans le bâtiment
30:46et une fois que je serai sorti,
30:48ils feraient tout sauter.
30:51Je n'avais pas d'argent,
30:53pas de passeport,
30:54rien.
30:55Je n'avais nulle part
30:55où aller.
30:58Les étudiants
30:59sont venus me chercher.
31:02Je les ai amenés
31:03au lieu de rendez-vous.
31:04On est entrés
31:05dans le bâtiment.
31:06J'ai tout fait
31:07comme on me l'avait ordonné.
31:09Je suis ressorti
31:09et je suis parti.
31:15Et ils ont appuyé
31:16sur le détonateur.
31:19Ils les ont tués.
31:25Le lendemain matin,
31:31Zando n'était pas rentré.
31:33On a attendu.
31:35Le deuxième jour,
31:37ma sœur a proposé
31:37d'aller à la morgue.
31:41Sur place,
31:42elle a vu les corps
31:43des trois autres,
31:44mais pas celui de Zando.
31:47Des témoins disaient
31:48qu'ils l'avaient vu
31:48se faire emmener
31:49par des hommes blancs
31:50immenses.
31:50Deux semaines plus tard,
31:56la police est venue
31:58chez nous
31:58et a prévenu
31:59ma grand-mère
31:59que Zando
32:00était en prison.
32:02Elle est allée le voir.
32:06Il saignait
32:06des deux oreilles.
32:10Il boitait
32:10parce qu'il avait
32:11une jambe cassée.
32:14Il lui racontait
32:15que les policiers
32:16appuyaient dessus
32:17pendant qu'ils l'interrogeaient.
32:19Et lui disait
32:19« Tu vas parler, garçon.
32:21Tu dois nous dire
32:22ce qui s'est passé. »
32:24Ils utilisaient
32:24sa jambe
32:25pour le torturer.
32:28Quand on lui a demandé
32:31ce qui s'était passé
32:32et comment étaient
32:33morts ses amis,
32:35il s'est mis à pleurer.
32:41Puis il a raconté
32:42« Il y a eu une explosion.
32:45Le toit de la maison
32:46s'est envolé
32:47et Zando
32:48a été projeté
32:49dans les airs.
32:49Il est retombé
32:53au sol
32:54et il a perdu
32:55connaissance.
32:57Quand il est revenu
32:58à lui,
32:58il a bougé ses bras
32:59et il a touché
33:01quelque chose
33:01de mont.
33:03Il pense
33:04que c'était
33:04des entrailles
33:05et il a reperdu
33:06connaissance.
33:11Quand il a rouvert
33:13les yeux,
33:15il a vu
33:16le ciel bleu.
33:16Il ne s'en est jamais
33:23remis.
33:25Il ne pouvait plus
33:25marcher normalement.
33:27Ses oreilles
33:28n'ont jamais guéri.
33:30Zando disait toujours
33:31« J'ai une douleur
33:32en moi qui ne passe pas,
33:33c'est insupportable.
33:34Quelle tragédie ! »
33:37J'étais bébé.
33:43J'avais un mois
33:44et trois jours.
33:45Ça m'a détruit.
33:46On a besoin
33:53d'une figure
33:53paternelle
33:54qui nous fait
33:54découvrir des choses,
33:56qui nous achète
33:57des chaussures de foot,
33:58qui nous emmène
33:59au stade.
34:01Je n'ai rien eu
34:02de tout ça.
34:04J'ai grandi
34:04avec beaucoup
34:05de colère en moi.
34:09Parfois,
34:09il faut savoir
34:10pardonner,
34:10mais il ne faut
34:11jamais oublier
34:11ce qui s'est passé.
34:12Il a fait du mal
34:17à mes parents
34:17et je ne l'oublierai pas.
34:20Ce qu'il a fait
34:20me hante
34:21et me hantera
34:21toute ma vie.
34:26Je n'ai pas connu
34:27mon père,
34:29mais je suis fier
34:30de lui
34:30et de ce qu'il a fait.
34:33Je suis fier
34:33de tous ceux
34:34qui sont morts
34:34en luttant
34:35contre l'apartheid.
34:37Sans eux,
34:37on n'en serait pas là
34:38aujourd'hui.
34:40On ne connaîtrait
34:40pas la liberté.
34:42Avec la création
34:46de la commission
34:46Vérité et Réconciliation
34:48en 1996,
34:50les familles
34:50des victimes
34:51espèrent enfin
34:52découvrir
34:52ce qui est arrivé
34:53à leurs proches.
34:55Pour la première fois,
34:56elles se retrouvent
34:56face à face
34:57avec les coupables.
35:03J'ai décidé
35:04de me présenter
35:07devant la commission.
35:09Bien sûr,
35:10j'avais beaucoup
35:10d'appréhension.
35:11je savais
35:12que la famille
35:13serait présente.
35:17Je suis allé
35:18les voir
35:18avant l'audience
35:19pour leur demander
35:19pardon.
35:21Je leur ai dit
35:21« Je suis désolé,
35:23je suis profondément
35:24désolé ».
35:25Évidemment,
35:26ils n'ont rien
35:27voulu savoir.
35:31Ils n'étaient pas prêts
35:34à m'accorder
35:35leur pardon.
35:35moi,
35:37j'ai simplement
35:38pleuré.
35:41C'est tout
35:42ce que je pouvais faire.
35:43ça a été une expérience
36:03très douloureuse,
36:05désagréable.
36:07Il n'y a eu que des larmes
36:08et encore des larmes.
36:09nous avons tous
36:11pleuré.
36:13La TRC refuse
36:14d'amnistier
36:15Efraim Mfala Pitsa.
36:17Elle réfute
36:17le caractère politique
36:18des meurtres
36:19et juge
36:20ces actes
36:21disproportionnés
36:21par rapport
36:22à la menace
36:22que représentaient
36:23les étudiants.
36:24L'audience était présidée
36:27par trois juges.
36:29Mon amnistie
36:30a été refusée.
36:32Je pensais
36:33que j'allais être
36:33immédiatement poursuivi,
36:35mais l'État sabote
36:36pratiquement
36:37toutes les procédures
36:38depuis des années.
36:40Pour les coupables
36:40qu'elle refusait
36:41d'amnistier,
36:42comme Mfala Pitsa,
36:43la TRC préconisait
36:45des poursuites pénales.
36:46Mais presque rien
36:47ne s'est passé depuis
36:48et les familles
36:49sont toujours
36:49en attente de justice.
36:52Yasmine Souka
36:52faisait partie
36:53de la TRC
36:54et a statué
36:55sur des demandes
36:55d'amnistie.
36:57L'absence de poursuite
36:58la révolte.
37:01J'ai toujours pensé
37:03qu'à terme,
37:04la justice
37:04suivrait son cours.
37:06C'est pour cette raison
37:07que la TRC
37:08avait établi
37:09une liste
37:10d'environ 300 cas
37:11pour lesquels
37:12elle se considérait
37:13incompétente.
37:18La législation
37:20prévoyait
37:21que si les personnes
37:21ne demandaient pas
37:22l'amnistie,
37:23ou si leurs demandes
37:24étaient rejetées,
37:25la justice pénale
37:26prendrait le relais.
37:30Ce qui veut dire
37:31que le parquet
37:32était chargé
37:32de mener l'enquête
37:33et d'engager
37:34les poursuites
37:34lorsque les preuves
37:35existaient.
37:38Mais pendant très longtemps,
37:40il n'y a eu
37:40ni enquête
37:41ni mise en examen.
37:44Les familles pensaient
37:45que le gouvernement
37:46allait agir,
37:47mais il ne l'a pas fait.
37:49Cela les a profondément
37:50meurtrées.
37:51elles attendent toujours
37:54et elles souffrent.
37:57Les familles
37:58des quatre étudiants
37:59du COSAS
37:59se battent
38:00depuis des années
38:01pour que les coupables
38:02soient enfin poursuivis.
38:05C'est une des rares
38:06procédures toujours
38:07en cours
38:07contre des tueurs
38:08du régime
38:08de l'apartheid.
38:10Mais elle accumule
38:11les retards.
38:12Cela va faire
38:2142 ans.
38:24On a perdu
38:24nos frères.
38:26Ils étaient
38:26six jeunes,
38:2819,
38:2818,
38:2917 et 16 ans.
38:31On leur a volé
38:32leur avenir.
38:33Ils sont morts
38:34et intérêts.
38:34J'aimerais que justice
38:39soit faite.
38:41On est très nerveux.
38:43On va voir
38:44comment ça va se passer
38:44aujourd'hui.
38:46Cela fait plus de 21 fois
38:47que nous nous rendons
38:48au tribunal
38:48et à chaque fois
38:49l'audience est ajournée.
38:52C'est très frustrant.
38:53Espérons que les poursuites
39:18seront maintenues.
39:19Cela continue.
39:21On verra bien
39:22ce que dit le juge.
39:23« Elles sont toutes là-bas.
39:27Elles sont en colère.
39:28Ça les détruit. »
39:29« Crimes contre l'humanité,
39:37le murder
39:38et les finales
39:40sont les crimes
39:42contre l'humanité
39:43et l'apartheid.
39:44Les charges
39:45sont à cause
39:46de la mort
39:48de quatre personnes
39:50en 1982.
39:53« Accusé numéro 2
39:54a été appliqué
39:56pour un postponement
39:57pour qu'il a
39:58de la mort
39:59de la mort.
39:59Le co-accusé d'Ephraim Mfalapizza a demandé un délai supplémentaire pour préparer le procès avec son avocat.
40:29À la grande déception des familles, l'audience est encore une fois ajournée.
40:35Les émotions se bousculent. Il y a la douleur, la déception.
40:41Mais de toute façon, je ne peux rien y faire.
40:46Moi aussi, je suis furieux.
40:48Ces hommes sont vieux, ils peuvent mourir à tout moment.
40:52Le report joue en leur faveur.
40:54Mais nous, les familles, qu'est-ce qui se passe avec nous ?
40:58Ils ne pensent pas à nous.
41:03De nombreux coupables n'ont pas été amnistiés par la TRC.
41:07Mais en tout et pour tout, deux hommes seulement ont été incarcérés.
41:11L'assassin Ferdi Barnard et le commandant de Vlac Place, Eugene Decoq.
41:16Chappicloper s'est retourné contre son ancien patron pour des raisons personnelles.
41:20J'avais eu une liaison avec la secrétaire de Vlac Place.
41:31Ça l'a mis hors de lui.
41:35C'était contre ses règles.
41:37Il est devenu fou.
41:38Il m'a roué de coups, il m'a tapé dans les dents avec son pistolet.
41:48Là, je me suis dit qu'il fallait que je me casse de cet endroit.
41:51Ces gars me harcelaient et ils voulaient me tuer.
41:56J'en avais assez.
41:57Ça allait trop loin.
41:57C'est pour ça que j'ai décidé de témoigner.
42:03Lorsque Eugene Decoq est jugé en 1995,
42:06Chappicloper devient le témoin clé du procès.
42:13Je suis entré dans la salle d'audience et j'ai vu Decoq dans le box des accusés.
42:18J'ai raconté tout ce que je savais.
42:21Les assassinats, les attentats à la bombe.
42:23Pendant ce temps-là,
42:28il me dévisageait à travers ses épaisses lunettes.
42:31Il me regardait, rien d'autre.
42:35Il n'a pas montré la moindre émotion pendant tout le procès.
42:39Évidemment, j'étais le traître.
42:43J'avais peur.
42:44Il était en prison, moi pas,
42:46mais je me sentais comme un détenu qui n'est plus libre de ses mouvements.
42:49J'étais tout le temps sur mes gardes.
42:51Et je le suis toujours.
42:53Decoq avoue plus d'une centaine de meurtres,
42:56d'actes de torture et d'escroquerie.
42:59Il est amnistié pour la majorité de ses crimes,
43:01mais condamné à deux peines à perpétuité pour six meurtres.
43:04Tout au long des audiences,
43:06il a tenu à rappeler qu'il agissait selon les ordres de ses supérieurs.
43:09Ces ex-collègues de l'escadron de la mort crient au scandale.
43:29Tous maintiennent qu'aucune opération ne se montait sans un aval en haut lieu
43:33et refusent d'être les boucs émissaires de tout un système.
43:36Les politiciens et les généraux n'ont pas été inquiétés.
43:43Ils n'ont jamais été poursuivis.
43:45Jamais.
43:46Adrian Flock et les autres savaient très bien ce qu'on faisait.
43:50Flock était ministre de la police.
43:52Je l'ai vu une fois à Vlacplas.
43:55Il était venu remettre une médaille à Eugene pour ses bons et loyaux services.
43:58Comment les généraux et Flock pouvaient-ils affirmer ne rien savoir de Vlacplas ?
44:06C'est n'importe quoi.
44:09Ils savaient parfaitement ce qui s'y passait.
44:13Adrian Flock, ancien ministre de la loi et de l'ordre
44:16et chargé de la sécurité intérieure, n'est plus en vie.
44:20Son vice-ministre, Rolf Meyer,
44:22participait également aux réunions du conseil de sécurité.
44:26Il prétend n'avoir rien su de Vlacplas et des exécutions.
44:28Ça n'a jamais été abordé.
44:31Comment c'est possible ?
44:34Ça fonctionnait en vase clos.
44:38Même au conseil de sécurité, on n'en parlait pas.
44:41C'est le problème lorsque des gens interprètent leurs attributions comme des ordres.
44:48Et il arrivait que certains agissent de leur propre initiative.
44:51Mais ils affirment qu'ils ont toujours agi selon les consignes.
44:56Est-ce qu'il y avait un problème de communication ?
44:58Oui, c'est une question d'interprétation des consignes.
45:06Quand j'ai été nommé vice-ministre,
45:10Flock a décidé dès le départ que je ne devais pas être impliqué là-dedans.
45:13Il m'a tenu à l'écart et je pense qu'il a fait ça pour me protéger.
45:21Et en fin de compte, je le remercie.
45:25Sa décision de m'exclure de certains dossiers m'a été bénéfique.
45:29Évidemment qu'ils savaient.
45:34Comment aurait-ils pu ne pas savoir ?
45:37Mais c'était tellement plus confortable de ne pas trop mettre le nez là-dedans.
45:41C'est le fameux concept juridique du déni plausible.
45:45Sans preuve, ils peuvent raisonnablement prétendre n'avoir rien su.
45:49Avec le recul, je me rends compte que j'aurais dû poser plus de questions.
45:57C'est facile à dire aujourd'hui.
46:00Mais j'aurais vraiment dû insister.
46:03Ça aurait été la chose à faire à l'époque.
46:11Et ça aurait pu aider à juger d'autres coupables qui s'en sont sortis.
46:20Aucun responsable politique n'a été condamné et encore moins incarcéré pour les crimes perpétrés sous l'apartheid.
46:26Le procès contre l'Ascari Efraim Mfalapitsa dans l'affaire du meurtre des étudiants du COSAS a été reporté 26 fois au cours des sept années passées.
46:36Les familles désespèrent de voir la justice rendue un jour.
46:42Nous avons rendez-vous avec le procureur.
46:46Il nous assure que le procès va continuer.
46:50Le risque, c'est que la défense trouve de nouvelles astuces pour reporter les audiences.
46:56On a revu nos déclarations.
47:06Ils nous ont posé des questions.
47:08Le procureur nous a promis qu'il ne lâcherait rien tant qu'on continuait le combat.
47:13Donc on continue.
47:16Un mardi alors.
47:18Merci, merci pour tout.
47:19Merci.
47:26Le procureur pense que les avocats du deuxième accusé vont à nouveau essayer de faire reporter l'audience.
47:38Il dit qu'ils vont contester les accusations de crimes contre l'humanité.
47:43C'est une torture que nous vivons.
47:45Une situation très douloureuse.
47:51Ce n'est plus possible.
47:53Nous ne pardonnerons jamais.
47:55Nous ne nous contenterons pas de ça.
47:57Nous devons connaître la vérité.
47:59Justice doit être rendue.
48:00Le nombre de reports est délirant.
48:09L'État ne se soucie pas le moins du monde du sort des victimes.
48:15Les proches vieillissent.
48:16Certains sont décédés.
48:18Les jeunes doivent reprendre le suivi des dossiers, ce qui est terriblement traumatisant pour eux.
48:23Et surtout, c'est comme si on les persécutait à nouveau.
48:29Ils ont été martyrisés sous l'apartheid, et aujourd'hui, ils sont les victimes de leur propre gouvernement.
48:36Pour moi, c'est une trahison.
48:41Quatre mois après le report, une nouvelle audience est programmée.
48:50Espérons que cela prendra fin avec moi.
48:53C'est traumatisant de devoir me confronter aux circonstances de la mort de mon père.
48:58Je ne veux pas transmettre cela à mes enfants, et je ne veux pas que le transmettre aux leurs.
49:04Il faut que ça s'arrête maintenant.
49:08Je suis très tendue.
49:10Est-ce que le procès va reprendre ?
49:13J'espère que les choses avanceront aujourd'hui.
49:16Après quelques minutes seulement, le juge reporte une nouvelle fois l'audience.
49:37À ce jour, nous avons eu entre 25 et 30 dates d'audience pour cette seule affaire.
49:45Ce qui se passe est très grave.
49:49À chaque nouvelle audience, la cour autorise la défense à présenter un nouvel argument pour reporter le procès.
49:55Je ne suis qu'un simple avocat, mais j'affirme qu'il est temps que la cour exerce son autorité.
50:02Les tribunaux ne mettent pas de limites.
50:08C'est extrêmement frustrant, pour le dire poliment.
50:12Qu'est-ce que vous voulez qu'on raconte aux familles ?
50:14Le processus légal ne fonctionne pas pour elles.
50:17Je suis dévastée.
50:22L'État déçoit les familles des victimes.
50:26Il est absent.
50:27Il ignore nos sentiments.
50:29J'ai mal à chaque fois que je vois Mfala Pizza dans le box.
50:34Parce qu'il est toujours en liberté.
50:38Sa liberté me brise le cœur.
50:42Ça ne va pas trop aujourd'hui.
50:44Parce que je viens d'apprendre qu'il y a un nouveau report.
50:47C'est tout le temps la même stratégie.
50:51Cela dure depuis 4 ans.
50:53Les victimes sont mortes il y a 42 ans,
50:55mais le tribunal ne trouve rien de mieux à faire que de nous infliger ça.
51:00Qu'est-ce que je peux faire de plus ?
51:02Je me bats depuis tellement longtemps.
51:03On se méfiait des Blancs.
51:21On se méfiait des Blancs.
51:34Est-ce qu'il allait vraiment sortir ?
51:36On nous avait appris que c'était un terroriste.
51:38L'ennemi public numéro 1, juste en dessous du diable.
51:41J'avais 5 ans quand mes parents ont été tués.
51:45C'est un déni de justice.
51:47Pourquoi ?
51:48Il y a dû y avoir un accord politique pour que ces affaires soient classées.
51:52Il fallait créer les conditions pour que tous les Sud-Africains puissent vivre en paix et en harmonie.
52:00In peace and harmony.
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