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  • il y a 8 mois
Dans ses interviews, Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, se met dans la peau des patrons...

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00:00Renaud Dutreil, bonjour. Merci d'être dans Patron en Question.
00:04Doublement merci d'abord parce que c'est rare qu'on ait des anciens ministres entrepreneurs.
00:08C'est une casquette qui ne se partage pas.
00:11Et puis vous avez une histoire, et je le dirai tout à l'heure,
00:13mais je crois que vous avez la plus belle histoire depuis que je fais cette émission.
00:18Mais on le garde pour la fin.
00:21Alors Renaud Dutreil, vous étiez ministre des PME, il y avait la fameuse loi Dutreil.
00:25Rappelez-nous ce que c'était.
00:26Oui, à l'époque, on avait deux défis à relever.
00:29Celui de la création d'entreprises, parce que la France était en retard en matière de création d'entreprises nouvelles.
00:34Et puis celui de la démographie avec le vieillissement d'un certain nombre de chefs d'entreprises français.
00:41Et il fallait donc veiller à ce que ces entreprises soient transmises.
00:45Et donc cette loi a essayé de régler de façon extrêmement concrète,
00:49avec des mesures très pragmatiques, qui n'ont pas été inventées dans des bureaux à Merci,
00:53mais chez des experts comptables, des entrepreneurs, des notaires,
00:57donc vraiment des praticiens de l'entreprise,
01:00des solutions très concrètes pouvant donner un vrai boîte à outils
01:06pour toutes ces problématiques de la création et de la transmission.
01:08Et j'ai l'impression que la loi Dutreil, on continue à tripatouiller tout le temps, non ?
01:13Elle est attaquée aujourd'hui de façon extrêmement virulente
01:17sur un dispositif qu'on appelle les Pactes d'Utreil,
01:21et qui permet à des entrepreneurs ou des familles d'entrepreneurs
01:24de transmettre à la génération suivante leur entreprise.
01:28Alors ce dispositif est mal compris des Français,
01:31parce que les Français ont le sentiment que c'est un cadeau qui est fait aux riches.
01:36Et donc immédiatement, ce sentiment très français de jalousie, d'irritation
01:41devant les inégalités de patrimoine, se traduit par une incompréhension.
01:48En réalité, c'est un enjeu majeur pour notre économie,
01:51parce que notre économie, elle est fondée sur le capitalisme familial.
01:55Mais vous savez que ce sont celles qui réussissent le mieux,
01:58on en a d'ailleurs énormément au sein du mouvement éthique, que je précise,
02:01et que les boîtes qui marchent le mieux, les héritiers les plus,
02:05parce qu'il y a quand même des héritiers, même si on ne leur transmet pas directement,
02:09ce sont les plus concernés,
02:11enfin, ça marche, il y a plus d'argent que les autres.
02:13Ça marche.
02:14Il y a trois formes de capitalisme dans le monde.
02:16Il y a le capitalisme d'État, la Russie, la Chine, la France aussi.
02:22Il y a le capitalisme financier,
02:23qui suppose des liquidités extrêmement abondantes
02:26et des systèmes de canalisation de ces liquidités vers les entreprises,
02:30ces systèmes américains avec les fonds de pension,
02:31notamment, permettent aux entreprises de se financer sur les marchés financiers
02:36ou avec le private equity.
02:37Et ça marche très, très bien quand les pays ont construit ce système financier
02:42à partir des fonds de pension.
02:43Nous, on n'a pas de fonds de pension.
02:45On n'a donc aucune capacité à financer les entreprises autrement que par les banques.
02:50Ça fait 20 ans qu'on le dit.
02:51Ou bien les familles, qui souvent, d'ailleurs, de façon très courageuse,
02:56au lieu de distribuer des dividendes, réinvestissent dans les entreprises
03:00et permettent comme ça d'assurer leur croissance.
03:03Donc, le capitalisme familial, c'est simple, c'est la clé de voûte de notre économie.
03:08Si on s'attaque à ça, ça va encore plus s'effondrer qu'aujourd'hui
03:13et ça sera vraiment la catastrophe.
03:14Alors, vous étiez, franchement, je vous ai eu comme ministre des PME,
03:19vous étiez un bon ministre.
03:21Et tout d'un coup, vous êtes parti aux États-Unis.
03:24Oui.
03:25D'abord, pour moi, la politique, c'était un temps court, une mission
03:30et pas quelque chose que je voulais faire toute ma vie.
03:33Donc, j'ai senti qu'à un moment donné, il fallait que j'arrête.
03:37Et c'est, voilà, comme il y a une durée de vie dans tout.
03:41Il faut savoir s'arrêter à temps.
03:42Sinon, on devient très cynique dans ce monde de la politique
03:45et je n'ai pas voulu faire ça.
03:47Donc, je suis parti et merci Bernard Arnault qui m'a proposé à l'époque
03:50de prendre la direction de LVMH en Amérique du Nord.
03:53Ça a été une expérience incroyable d'incarner ce groupe
03:57qui est presque aussi efficace que le réseau diplomatique français
04:02en matière de porteurs de toutes les valeurs françaises,
04:05le style de vie des Français, le savoir-faire des artisans.
04:08C'est vraiment impressionnant comment cette industrie du luxe
04:13porte aujourd'hui partout le message de la France dans le monde entier.
04:17Et donc, c'est quelque chose là aussi qu'il faut préserver, protéger,
04:20encourager au lieu de le décrier.
04:23On est très fiers de dire que Bernard Arnault est membre du mouvement éthique aussi.
04:26Eh bien, c'est notre plus grand entrepreneur en France.
04:29Donc, une chance très forte.
04:31Alors, j'en arrive à une expérience qui me séduit terriblement.
04:35Vous êtes rentré, vous avez repris des entreprises,
04:39une aventure entrepreneuriale tout à fait intéressante.
04:42Mais, que vous est-il arrivé ?
04:44Un beau jour, dans votre village, vous avez découvert que la boulangerie ne fonctionnait pas.
04:50Et qu'il n'arrivait pas à s'en sortir, qu'il ne gagnait pas assez d'argent, etc.
04:54Et que croyez-vous que fit notre ancien ministre des PME ?
04:57Il se dit, eh bien, je vais reprendre la boulangerie.
05:00Et vous avez commencé à passer à CAP.
05:02Et je vous laisse me raconter la suite.
05:05Oui, j'ai repris la boulangerie de mon village, de Lérose, en Normandie.
05:10Formidable, ça.
05:12Et pour comprendre, en fait, ce métier, que j'admirais déjà depuis très longtemps.
05:17Et quand j'étais ministre, j'avais beaucoup travaillé avec la Fédération française de la boulangerie.
05:21Notamment sur la qualité des produits et la reconnaissance du travail artisanal par rapport au travail industriel.
05:29Et donc, j'ai suivi les cours du CAP de boulangerie.
05:35Après l'ENA, ce n'est pas trop dur ?
05:38C'est probablement mon seul échec scolaire dans ma carrière universitaire, parce que je n'ai pas passé le CAP.
05:46J'ai suivi les cours.
05:48Mais comme je savais que je ne serais pas le boulanger qui ferait le pain,
05:53je voulais vraiment comprendre les métiers, les outils, les matières.
05:57C'est quand même un métier extrêmement précis.
05:59C'est un métier d'horloger, il faut être d'une précision fabuleuse.
06:03C'est un métier dur, mais aussi très généreux et qui apporte beaucoup de plaisir.
06:08Et alors, vous leviez tôt le matin, vous avez fait le pain, vous l'avez vraiment concrètement fait.
06:15J'ai vécu toutes les difficultés que rencontre un patron de boulangerie.
06:19Donc, le problème de la ressource humaine, qui est un vrai sujet.
06:23Le problème des produits, parce que la baguette blanche, qui est un peu le produit traditionnel,
06:28des personnes un peu plus âgées, et puis des pains spéciaux, un peu bobos, avec des céréales différentes.
06:34Mais c'est vous qui le faisiez ? Les mains dans le pétrin ?
06:38Il y avait, Dieu merci, des boulangers qui étaient plus efficaces que moi pour faire ce bon pain.
06:44Mais j'étais là, à leur côté, je le suis toujours...
06:46Non, non, pas du tout, je suis toujours...
06:47Non, non, mais vous avez vendu, rendu la monnaie...
06:51J'ai été à la caisse, j'ai été dans le laboratoire, j'ai négocié avec les fournisseurs de farine,
06:59j'ai essayé de concevoir de nouvelles recettes avec le boulanger avec qui je travaillais.
07:05Aujourd'hui, je continue à le faire avec un garçon formidable qui s'appelle Valentin,
07:10et qui est un pâtissier d'abord, mais aussi un très bon boulanger.
07:13J'ai identifié une personne dans mon équipe qui s'appelle Céline et qui est devenue la directrice générale.
07:20C'était une personne qui était aide-ménagère, elle a progressé et aujourd'hui, elle dirige la boulangerie.
07:25Je trouve ça formidable. Vous ne trouvez pas qu'il y a beaucoup de politiques qui devraient faire ce type d'expérience ?
07:31Alors, ça m'a appris d'abord beaucoup de modestie parce que dans ma vie d'entrepreneur, j'ai connu des succès, mais aussi beaucoup d'échecs.
07:39C'est une vie qui est difficile, qui conduit à confronter des difficultés souvent très très grandes avec des angoisses,
07:46celle de la trésorerie, celle du chiffre d'affaires qui décline ou qui ne progresse pas suffisamment.
07:51Donc, je pense que tous ceux qui parlent des entreprises devraient d'abord passer un peu de temps dans une petite entreprise pour voir ce que c'est.
08:00Et ils seraient moins donneurs de leçons et probablement plus à même d'aider, en fait, des entrepreneurs français.
08:07Eh bien, écoutez, c'est le mot de la fin parce qu'il faut nous quitter.
08:10Mais maintenant que vous avez fait tout ça, on aimerait bien vous retrouver comme ministre.
08:15Vous avez maintenant un bagage suffisant.
08:17Et je ne réponds pas.
08:17Voilà. Merci infiniment.
08:21Merci.
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