00:00Et revoilà sur le terrain les agriculteurs cette fois.
00:03Vous vous souvenez de la crise agricole au début de l'année dernière ?
00:06Eh bien, ils sont de retour parce qu'ils disent que rien, en quelque sorte, n'est réglé pour les réserves d'eau
00:11et pour l'utilisation de certains pesticides.
00:14Il y a bien une loi qui devrait voir le jour dans les prochains jours,
00:17mais cette loi est en train de se vider, semble-t-il, de sa substance au Parlement.
00:22Il s'agit de la loi Duplon dont l'examen débute demain à l'Assemblée nationale, la FNSEA.
00:28Et les jeunes agriculteurs, d'ailleurs, appellent à des rassemblements demain devant l'Assemblée.
00:32Voici, d'ailleurs, pour en parler, notre rubrique Les Éclaireurs.
00:36Vous êtes avec nous en plateau, Frédéric Fernandez.
00:38Que prévoit cette loi au juste qui est au cœur des débats qui débutent demain ?
00:42Alors, cette proposition de loi émane du Sénat et a pour objectif de lever les contraintes sur les agriculteurs,
00:49avec notamment un assouplissement de certaines démarches administratives ou obligations environnementales
00:55en matière, regardez, de produits phytosanitaires, de bâtiments agricoles ou de stockage de l'eau.
01:01On rappelle aussi que les agriculteurs s'étaient déjà mobilisés à deux reprises en 2024
01:05pour que soient justement levées toutes ces contraintes.
01:09Alors, Frédéric, pourquoi les agriculteurs ont décidé de se mobiliser demain ?
01:13Demain, les jeunes agriculteurs et la FNSEA seront devant l'Assemblée nationale
01:17car ils considèrent qu'il y a une tentative d'obstruction du texte,
01:21notamment par les députés de la France Insoumise et les députés écologistes.
01:26Il faut bien noter que déjà, vous le voyez, près de 3 500 amendements ont été déposés.
01:331 500 amendements ont été déposés uniquement par les députés écologistes
01:37qui, eux, considèrent que le projet de loi est un recul environnemental.
01:41Par contre, du côté de la FNSEA, le texte est considéré comme vital
01:45et répond aux attentes des exploitants après la crise agricole de l'an passé.
01:49Et justement, je vous propose d'écouter à ce sujet la réaction d'agriculteurs que nous avons rencontrés.
01:55On attend beaucoup de choses de cette loi
01:57parce que ce serait la loi qui finaliserait les événements que nous avons passés
02:02il y a maintenant plus de 18 mois.
02:04S'il faudra ressortir dans la rue, on sortira, ça c'est pas un problème.
02:08On va pas rester comme ça.
02:11Les agriculteurs, vous l'avez compris, sont donc déterminés.
02:14L'examen de la loi du plomb devrait s'étaler sur plusieurs jours, voire jusqu'au mardi 3 juin.
02:20Et on en parle avec notre invité sur BFM TV.
02:22Il s'agit de Luc Smessard, un des vice-présidents de la FNSEA.
02:26Bonjour monsieur.
02:27Vous êtes en duplex depuis votre ferme à Roi-Boissy dans le département de l'Oise
02:33grâce aux moyens techniques de Mathieu Delvalet.
02:35Première question, pourquoi la pression demain sur le terrain concrètement ?
02:38Juste parce qu'on peut pas nous avoir promis il y a 15 mois quand on a fait des manifestations historiques
02:46tous des engagements pour simplifier la vie des agriculteurs, pour redonner du revenu,
02:51pour qu'on puisse enfin produire en France notre alimentation.
02:55Je le rappelle, on importe 50% de notre alimentation et chaque année on importe un peu plus
03:00parce qu'on ne nous donne pas les moyens de produire.
03:02Et donc ce texte, il est attendu et comme vous venez de le dire, cette obstruction parlementaire nous met en colère.
03:09Aujourd'hui je peux vous dire que la colère est grande puisqu'on est en train d'abandonner,
03:13voire on est même en train de condamner notre agriculture française.
03:17Je lis bien sur votre tracteur derrière, l'État nous plombe notre métier.
03:21En plus vous faites des jeux de mots par rapport à cette loi du plomb qui est attendue demain.
03:25Et vous me disiez hier en préparant cette émission que cette loi a du plomb dans l'aile
03:32parce que tout simplement on est en train, les députés sont en train de la vider de sa substance.
03:38Ce sera une coquille vide ?
03:42En tout cas, on a des députés qui sont complètement hors sol.
03:45On est les boucs émissaires de ce chaos politique.
03:47Que des écologistes, que des gens aujourd'hui de la gauche nous disent qu'il vaut mieux importer notre alimentation,
03:56qu'il vaut mieux l'importer de l'autre bout de la planète.
03:58Je ne vous dis pas le coût de carbone qu'on est en train d'importer de façon une agriculture industrielle
04:05de l'autre bout de la planète alors que chez nous on a des femmes, des hommes passionnés
04:09qui font avec vraiment méthode, avec bien sûr on produit mais on a aussi un vrai intérêt
04:15de maintenir l'environnement, la biodiversité.
04:18Et je crois que juste qu'on a aujourd'hui des gens qui ne savent pas ce qu'ils veulent.
04:22C'est les premiers à avoir voté contre le Mercosur avec nous et qui nous disent aujourd'hui
04:26non on ne veut pas, on ne veut pas de bâtiment.
04:29On ne veut pas de bâtiment pour produire enfin la volaille qu'on achète dans nos rayons.
04:34On ne veut pas stocker un peu d'eau parce que pour produire des légumes, pour produire des fruits,
04:39oui on a besoin d'eau.
04:40Quand on est dans les Pyrénées-Orientales, quand on est en Ardèche, on a besoin d'eau.
04:44C'est indispensable.
04:46Et puis stocker un peu d'eau c'est éviter qu'elle parte à la mer et c'est aussi éviter
04:50que nos ruisseaux, que nos cours d'eau soient asséchés cet été alors qu'on est en pleine
04:55sécheresse.
04:56À un moment donné il faut juste du bon sens.
04:58Il faut qu'on arrête de nous enfumer et que ces extrêmes, ces anti-tous sont en train
05:03de tuer l'initiative.
05:04Et comment dire à un jeune demain, je vais faire ce métier alors qu'on ne nous donne
05:09pas les mêmes moyens puisqu'on nous avait promis d'éviter ces distorsions avec nos
05:14voisins européens.
05:16On parle des produits phytosanitaires.
05:17C'est juste 26 pays sur 27 autorisent ces substances et que nous on sera simplement
05:25demain en dérogation avec ce texte.
05:27Donc arrêtons de nous dire qu'on fera de la décroissance.
05:29On est en train de faire de la décroissance, de la production.
05:33Et c'est pour ça que cette mobilisation demain elle sera forte.
05:36Et si on n'aboutit pas avant les moissons, je peux vous dire que oui, les mouvements vont
05:41reprendre et vont reprendre de plus belle.
05:43Quand rapidement, c'est-à-dire que demain vous serez au Parlement, vous irez mettre la
05:48pression aux députés, mais vous pourriez revenir dans la rue, il pourrait y avoir de
05:53nouvelles initiatives dans les prochains jours dès que vous aurez terminé justement
05:56les moissons ?
05:59– Oui, bien sûr, même avant, puisque en tout cas en ce moment on est en plein
06:04dans les foins, on a énormément de travail sur nos exploitations, mais nous on ne va
06:08pas faire un pas en avant, trois pas en arrière.
06:10On n'est pas question que ces paroles ne soient pas transformées.
06:14Je le disais, on ne va pas accepter cet enfumage politique.
06:17On veut absolument des textes avant la moisson, c'est-à-dire pour le 15 juin.
06:23Quelles que soient les tractations politiques, là on nous parle d'une motion de rejet pour
06:26faire avancer le texte ? Vous savez, c'est difficile à comprendre quand on est sur le
06:30terrain. En tout cas, ce qu'on veut, nous, c'est un texte et il faut que le gouvernement
06:33prenne ses responsabilités, qu'on ait des dates et que derrière il y ait un vote.
06:38– Alors, vous ne bougez pas, Luc Messer, je reviens vers vous pour de nouvelles questions
06:43dans quelques secondes. D'un mot, Charles Sapin, il y avait eu des promesses avec, je me
06:47souviens, dans la région toulousaine, au pied des Pyrénées, l'an dernier, en plein milieu
06:52de la crise, Gabriel Attal, Marc Fénault qui était descendu dans le sud et qui avait
06:57tapé dans la main de Jérôme Baye. Tout ça, ça a disparu ?
07:01– En fait, c'est ça. Pour comprendre la colère des agriculteurs, il faut revenir un petit
07:04peu en arrière. Il faut revenir au mois de février 2024 où le Premier ministre de
07:08l'époque, Gabriel Attal, avait, au milieu des bottes de paille, multiplié les mesures
07:14et les propositions pour les agriculteurs, des mesures qui étaient alors considérées
07:18comme vitales par les agriculteurs. Le problème, c'est que la mise en application de ces
07:23mesures a pris du temps. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu la dissolution, ensuite il y a eu la
07:26chute du gouvernement Barnier. Et jusqu'à ce que ces mesures soient reprises dans cette
07:30loi, loi Duplomb, jusque-là tout va bien, qui a été adoptée au Sénat en janvier
07:36dernier. Et puis, lorsque cette loi a été examinée la semaine dernière à l'Assemblée
07:40nationale, elle a été totalement détricotée en commission. Pire, vous avez les groupes
07:45écologistes et de la France insoumise qui ont multiplié les amendements, près de
07:49plus de 1000 amendements chacun sur le texte, pour faire de l'obstruction parlementaire
07:53pour que ce texte, en fait, n'arrive pas à son terme. Donc, existe l'idée d'une
07:59souveraineté alimentaire gravée dans le marbre de la loi. Exit les dérogations
08:03pour l'utilisation de certains pesticides, comme c'était promis. Exit le caractère
08:08d'intérêt général supérieur reconnu aux retenues d'eau. C'est quelque chose de
08:14très inflammable. Pourquoi ? Parce qu'il faut le rappeler, vous avez un suicide d'un
08:18agriculteur tous les deux jours. Depuis 30 ans, 60% des exploitations ont fermé.
08:24Le Premier ministre sait que cette situation est très inflammable. Il avait fait de la
08:30colère paysanne l'un des principaux axes de sa campagne présidentielle en 2007. Là,
08:35il se prépare à y faire face.
08:37Luc Sbessard, dernière question. On vous sent très en colère, très remonté. Vous pouvez
08:44mettre la pression, vous nous dites dans les prochaines semaines, ça c'est sûr, c'est-à-dire
08:48la FNSEA, les jeunes agriculteurs et les amis de Jérôme Bayle, les ultras de la 64 ?
08:57Oui, très clairement, puisqu'on est déterminé. On ne va pas nous la faire à l'envers. Nous,
09:03ce qu'on demande, c'est de travailler, qu'on nous donne la boîte à outils pour justement
09:06répondre à cet enjeu de produire chez nous notre alimentation. Je peux vous dire que
09:10tout le monde s'en portera mieux. Le porte-monnaie des Français, l'environnement, il faut qu'on
09:15arrête, ces escrolos, ces gens qui sont aujourd'hui des extrémistes, des anti-tous, qui veulent
09:20tuer la France. Nous, on a envie de travailler et on a envie de continuer à produire les
09:24bons produits, le bon lait ici, le bon blé, c'est tous ces éléments-là. Et je peux vous
09:28dire qu'il y a des jeunes qui veulent faire ce métier. Donc demain, on attend des députés
09:33de nous donner un signe et ne nous la faites pas à l'envers. Sinon, oui, la France sera
09:38debout pour réagir, pour que justement, on ne tue pas notre agriculture.
09:43D'un mot, Lux Messa, ça ne vous a pas échappé. Il y a des taxis dans la rue en ce moment,
09:48très en colère. La convergence des luttes, c'est possible avec les chauffeurs de taxi
09:51dans les prochains jours ?
09:54Je pense que la France aujourd'hui a besoin de se relever. Elle n'a pas besoin d'être
09:58au chaos. Le problème, c'est que si on est tous ensemble à bloquer Paris, à bloquer
10:02la France, on sait faire. Mais on est là surtout aussi pour aider et ne pas bloquer les gens
10:07qui vont au travail demain, qui vont aller aussi se retrouver pour ce pont de l'ascension.
10:11On a aujourd'hui besoin surtout d'un gouvernement qui tienne ses engagements. On ne croit plus
10:16en la parole politique. C'est ça qui est grave en France. Et on fait encore partie
10:20de ces professions qui disent, oui, donnez-nous les moyens. Et comme ça a été dit par votre
10:24reporter, on a besoin aussi de tous ces engagements sur la simplification.
10:28Ramenons du bon sens. Et je peux vous dire que le bon sens, nous, on l'a encore.
10:32On veut simplement pouvoir produire notre alimentation. Et aussi, oui, faire des avancées,
10:37continuer à ces transitions pour que demain, on puisse faire aussi encore mieux d'environnement
10:43et mieux de biodiversité. Je pense que sur les exploitations, et notamment ici, quand
10:47on a 22 km de haie, moi, j'attends tous ces gens-là qui viennent aussi passer une journée
10:51avec nous. Et ils verront que finalement, ah oui, ils étaient complètement hors sol.
10:55Merci, Luc Smessard, pour ce témoignage ce matin et ce rassemblement prévu à l'appel
11:01de la FNSEA et des JIA demain devant le Parlement à Paris. Merci également à
11:05Mathieu Delvalet pour les moyens techniques.
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