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  • il y a 9 mois
Le ministre de l'Intérieur a rappelé ce lundi 5 mai les règles en vigueur pour accorder la naturalisation aux personnes étrangères. Bruno Retailleau a également annoncé la mise en place le 1er janvier prochain d'un test pour mesurer "la culture civique" des demandeurs. Si un oral est déjà prévu en préfecture, aucune note minimale n'est pour l'instant exigée.

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Transcription
00:00Christophe Barbier, votre choix ce soir. Bruno Rotaillot veut durcir les conditions d'acquisition de la nationalité française par naturalisation.
00:08Alors de quoi est-ce qu'on parle et pourquoi est-ce que lui, Bruno Rotaillot, fait-il cela ?
00:11Alors il constate que la France naturalise de plus en plus, il se demande si ce n'est pas trop.
00:15Les naturalisations par décret du ministère de l'Intérieur en 2024, 66 745, soit une hausse de 8,3% en un an.
00:23Il faut y ajouter les naturalisations qui viennent du ministère de la Justice, les mariages par exemple, ou bien les mineurs qui peuvent anticiper leurs 18 ans pour demander par avance d'être rattachés à la nationalité française.
00:34Environ 40 000, vous voyez, on est à plus de 100 000. Ce qui inquiète surtout Bruno Rotaillot, c'est qu'avec les nouvelles plateformes numériques, il est plus facile de demander et de redemander des naturalisations.
00:43Donc on a un stock qui va peut-être finir à près de 300 000 demandes qui va arriver là en 2025.
00:48Donc il dit stop et il dit au préfet, serrez un peu les critères sans changer la loi pour que ça soit un petit peu plus difficile.
00:56Alors la naturalisation s'est surtout réglée chez nous depuis une loi du 26 juin 1889.
01:011800 ?
01:021889. Dans les 10 ans qui ont suivi, donc de 1891 à 1911, c'est la première statistique, on a 664 309 acquisitions de nationalité française.
01:13Ils étaient 40 millions d'habitants à l'époque, ça fait environ 65 000 par an, vous voyez, c'est pas tellement plus qu'aujourd'hui.
01:20Donc on est dans les mêmes eaux. Mais c'est vrai que ces eaux sont hautes.
01:23Et donc c'est pour ça que Bruno Rotaillot demande, propose ce qu'il appelle lui-même une rupture.
01:30Cette circulaire, elle est importante. Elle entraîne une rupture, des inflexions.
01:36J'assume totalement de durcir les critères dans la mesure où la naturalisation, c'est un acte très très important par lequel un étranger acquiert de plein pied, si j'ose dire, la nationalité française.
01:51Et j'assume aussi le fait de dire, d'assumer que c'est une circulaire d'assimilation.
01:58Les critères seront plus stricts. Trois critères, trois catégories de critères.
02:04D'abord des critères juridiques. Pour une condamnation à 6 mois de prison sans sursis ou plus, vous ne pouvez plus demander de naturalisation.
02:11Ça c'est déjà dans le code. Il veut y ajouter, le ministre de l'Intérieur, une plus grande sévérité sur ceux qui ont commis des délits par rapport à l'immigration,
02:18être entrés irrégulièrement ou avoir aidé des gens.
02:21Et puis il dit que s'il y a eu des comportements répréhensibles, même s'il n'y a pas eu de condamnation à plus de 6 mois, il faut refuser.
02:27Pour donner peut-être une seconde chance, mais obliger le postulant à revenir à la charge.
02:32Les critères civiques aussi seraient durcis.
02:34Le ministre de l'Intérieur veut des tests civiques pour vérifier l'adhésion aux principes républicains, aux valeurs républicaines.
02:39Il veut même un examen civique pour vérifier si on maîtrise bien ces valeurs et même un examen qui permette de vérifier si on connaît bien l'histoire de France.
02:47Alors il veut transformer en examen, ce qui existe déjà, mais qui pour l'instant se limite à une sorte d'entretien.
02:52Ce qu'on vérifie surtout, c'est la maîtrise de la langue française.
02:55Il faut être capable de comprendre avec un langage clair et standard une conversation,
03:00ou bien d'avoir une capacité à produire un discours simple sur un sujet familier.
03:05Troisième catégorie de critères, les critères économiques.
03:07Il faut des revenus suffisants, solides, un CDI, plusieurs CDD avant, et surtout ne pas compter dans ce revenu les éventuelles allocations.
03:17Il insiste sur cela et il l'a répété.
03:20– Christophe, est-ce que c'est une bonne chose de vouloir restreindre les naturalisations ?
03:24– C'est important de vérifier qu'on veut devenir français et qu'on le mérite.
03:27C'est une méritocratie de la nationalité que la naturalisation.
03:31Mais faisons attention parce que ça nous a rapporté gros la naturalisation.
03:34Allez, une petite liste, et je n'en ai pas choisi beaucoup.
03:37Jacques Offenbach, mon préféré compositeur allemand naturalisé,
03:41il demande en 1856 à son Excellence le garde des Sceaux
03:44de prendre en compte la manière dont il a bâti un nouveau théâtre,
03:47le théâtre des bouffes parisiens, qui existe toujours.
03:50Guillaume Apollinaire, le jour de ses 34 ans, le 26 août 1914,
03:54il demande sa naturalisation et d'emblée il va s'engager dans l'armée française,
03:58il sera blessé et trépané.
04:00Eugène Ionesco, naturalisé en 1950,
04:03l'année où il écrit la cantatrice chauve Émile Zola,
04:06et oui, il n'était pas français, il est devenu français à 22 ans.
04:09Tony Parker, lui, un autre genre, il est devenu français à 14 ans.
04:13On est venu le chercher, on lui a dit on va vous donner un passeport
04:15parce qu'on veut vous mettre dans l'équipe de France de basket.
04:18Eunice Barber, qui dans les ptâtelons avait gagné des titres pour la Sierra Leone
04:22et qui est venu en gagner pour la France.
04:24Virginie Effira, dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, comme d'autres paraît-il.
04:27Et bien voilà, et Olivia, on leur souhaite bon anniversaire à toutes les trois,
04:32Virginie Effira, on l'a piqué à la Belgique,
04:34on a piqué à l'Allemagne,
04:35Roby Schneider, naturalisé sur les traces de Henri Heine,
04:38un grand romantique.
04:40Manuel Valls, il nous est venu de l'Espagne,
04:42il est devenu Premier ministre,
04:43il est aujourd'hui ministre de l'Outre-mer.
04:45Ça sonne par rapport à intégration, assimilation, identité.
04:48Et puis enfin, Milan Kundera,
04:50arrivé en 1975 de ce qu'était la Tchécoslovaquie,
04:53naturalisé en 1981,
04:55et écoutez-le, il s'en réjouissait.
04:57– France est devenu la patrie de mes livres.
05:01Alors dans un certain sens,
05:02j'ai suivi le chemin de mes livres.
05:06Et je suis venu en France,
05:10et aujourd'hui je suis devenu français.
05:13Alors comme je dis,
05:14j'ai suivi le chemin de mes livres.
05:18– Alors Milan Kundera,
05:19est-ce qu'il remplit les critères de langage pour vous ou pas ?
05:22– Certainement, oui.
05:23– L'insoutenable légèreté du ministre de l'Intérieur.
05:25– Ce qui est bien, c'est qu'avec la liste, tout le monde en rajoute.
05:27– Oui, moi je voulais rajouter Marie Curie,
05:29qui est née polonaise,
05:30Marie Sklodowska,
05:31naturalisée en 1895 par mariage.
05:33– Et Amélie Rosy, que vous l'ajoutez ?
05:35– Moi je voulais rajouter ma mère,
05:36si elle n'avait pas été naturalisée,
05:38je ne serais pas devant vous ce soir,
05:39parce que je n'habiterais pas en France,
05:40mais probablement en Espagne.
05:41– Et bien voilà, Bruno Rotailleau a déclaré au point,
05:43je veux faire ce que Nicolas Sarkozy a fait en 2007.
05:46Est-ce que ça veut dire forcément durcir le ton sur l'identitaire ?
05:53– Sarkozy disait, ceux qui n'aiment pas la France,
05:54ils peuvent la quitter, qu'ils ne se gênent pas.
05:57Le ministère de l'identité nationale, c'était du Sarkozy.
06:00Pour Rotailleau, c'est,
06:01l'immigration n'est pas une chance,
06:02ou bien la polémique avec l'Algérie,
06:03ou encore cette circulaire,
06:05avec un mot en commun chez les deux hommes,
06:06on l'a entendu il y a cinq minutes,
06:08le mot rupture,
06:09c'était le grand mot aussi de Nicolas Sarkozy.
06:11Et puis surtout, un même objectif,
06:13l'Élysée, deux ministres de l'Intérieur,
06:15deux futurs présidents.
06:16Mais si, M. Rotailleau,
06:18vous voulez 20 ans après être élu président en 2027,
06:20avouez-le.
06:23– Je n'ai pas voulu parler de 2027,
06:26c'est-à-dire des présidentielles.
06:28J'ai simplement voulu parler,
06:29on me posait la question,
06:31qui était la question suivante.
06:32Est-ce que vous êtes pour l'union des droites ?
06:35Je dis, je n'y crois pas.
06:35Je ne crois pas au tambour dit pareil.
06:37En revanche, je crois à ce que Nicolas Sarkozy a fait en 2007,
06:40c'est faire revenir des électeurs qui étaient partis,
06:44qu'on a déçus, que la droite a déçus,
06:46parce que la droite était partie au RN,
06:48d'autres qui, depuis, ont voté Éric Zemmour,
06:51et d'autres qui, depuis, ont voté,
06:53parce qu'ils ne nous estimaient pas suffisamment,
06:54par exemple, libéraux, Emmanuel Macron.
06:57– Voilà l'objectif, parler d'identité, de nationalité,
07:00pour faire revenir des électeurs.
07:02Vampiriser l'électorat d'une Marine Le Pen peut-être disqualifiée,
07:05comme Sarkozy avait vampirisé celui de Jean-Marie Le Pen fatigué.
07:08Regardez les chiffres à l'époque.
07:10En 2002, Jean-Marie Le Pen avait fait 16,86% au premier tour,
07:15et il avait été battu par Jacques Chirac au second.
07:17En 2007, Jean-Marie Le Pen ne fait plus que 10,44%,
07:21tandis que Sarkozy, lui, il double quasiment le score de Chirac,
07:24en étant au-dessus de 31%.
07:26Voilà ce que veut faire Retailleau.
07:28Et pour cet exploit, il applique la même tactique,
07:31médiatique et politique, que Sarkozy.
07:32Le saute-mouton, toujours avoir un sujet d'avance.
07:35Le 1er mai, l'antisémitisme, l'islamophobie,
07:37la jeune garde, les narcotrafiques, les rodeos urbains.
07:40Il y a toujours un thème nouveau dans le débat,
07:42lancé par le ministère de l'Intérieur.
07:43Ça marche, les moutons sautent.
07:46Reste à savoir qui sont les moutons.
07:47Juste une chose, vous parlez de rupture.
07:49En réalité, il ne change pas la loi.
07:50Il n'y a pas de rupture légale, d'une certaine manière.
07:53Il prend la loi et il dit au préfet, il va falloir durcer le ton.
07:56Mais il n'y a pas de rupture, de gouffre entre hier et aujourd'hui.
07:59Non, parce qu'il n'a pas les moyens de changer la loi.
08:01Il n'y a pas de majorité.
08:02Et puis aussi parce qu'il sait qu'il y a un pacte républicain autour de cette loi.
08:06Mais les gens veulent qu'on soit peut-être plus sévère,
08:08plus exigeant sur les critères retenus.
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