00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir, jusqu'à 20h.
00:04Il est 18h17, bonsoir Amine Benyamina.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes psychiatre, addictologue à l'hôpital Paul Brousse à Paris.
00:10Vous avez co-présidé la commission en charge du rapport Enfants et Écrans
00:13remis au Président de la République de l'année dernière.
00:16Il faut interdire l'accès des jeunes de moins de 15 ans aux réseaux sociaux.
00:20C'est ce que réclament l'ancien Premier ministre Gabriel Attal
00:22et le pédopsychiatre Marcel Ruffaut dans une tribune donc publiée aujourd'hui.
00:25Est-ce que vous approuvez ?
00:27Oui, parce que c'est dans l'esprit de la commission.
00:28Alors c'est vrai qu'on a écrit des choses dans lesquelles on a dû converger
00:32mais je comprends parfaitement.
00:34Alors ils l'écrivent avec une forme de provocation positive
00:39mais cet aspect doit être compris et il faut que ça doit imprimer la société.
00:46C'est une tribune, c'est très bien et la preuve je suis avec vous pour en débattre.
00:50C'est extrêmement important.
00:51Et bien justement, cette tribune elle évoque un cataclysme sanitaire.
00:54Les mots ont quand même un sens.
00:56Est-ce que c'est vraiment ce dont il s'agit pour nos jeunes ?
00:58Alors ils évoquent le stress, le trouble du sommeil, la santé mentale éventuellement.
01:02Tout est vrai.
01:03Tout est vrai.
01:03Tout est vrai, stress, trouble du sommeil, des difficultés de l'endormissement,
01:08sans parler des problématiques métaboliques, la prise de poids.
01:12On a vraiment affaire à, je parle de l'excès, que les choses soient claires.
01:16Il n'y a pas de bannissement du numérique.
01:18Que les choses soient claires, il faut le dire et répéter.
01:20L'outil numérique nous a permis de changer la vie, ça nous a permis de passer les trois ans du Covid,
01:28ça nous a permis de communiquer avec la famille quand la famille est loin.
01:35Donc que les choses soient claires.
01:36En revanche, c'est un outil tellement beau, tellement extraordinaire,
01:41qui nous a tellement facilité la vie, qu'on a oublié qu'il y avait des effets secondaires ou pervers.
01:45C'est 20 ans après qu'on s'est réveillés.
01:47Je m'avais invité une année ici, lorsqu'on a présenté la commission avec Servan,
01:51Mouton, la coprésidente.
01:52On a eu le sentiment d'avoir créé une révélation générale.
01:56Moi aussi, j'ai un problème à la maison.
01:59Moi aussi, j'utilise trop mon téléphone.
02:01Je me rends compte que finalement, sans ça, je ne peux pas vivre.
02:04Sans ça, je ne peux rien faire.
02:05Une question simple et je m'applique en dépit de mon âge.
02:07Si je regarde mon téléphone avant de m'endormir dans mon lit pendant plus de 10 minutes,
02:11j'ai remarqué que je mettais une demi-heure au minimum pour m'endormir.
02:15C'est le cas de moi.
02:17On l'analyse ça aujourd'hui ?
02:20Bien sûr, on sait ce qui se passe ?
02:21Complètement.
02:21On stimule, il y a la lumière bleue, on analyse, il y a une stimulation de l'attention,
02:26il y a une lumière bleue et l'organisme demande plus de temps pour de nouveau s'endormir.
02:31De toutes les façons, pour le sommet qui est fondamental, dès qu'il arrive, il ne faut pas le contraindre.
02:38Il faut laisser le téléphone dans le salon, il faut prendre un gros réveil des années 70,
02:43un peu comme les cas de Charlo, rappelez-vous, c'est des gros réveils.
02:46Et le téléphone doit être utilisé à bon escient.
02:48Très concrètement, comment est-il possible pour des parents d'interdire les réseaux à leurs enfants,
02:54à partir du moment où ils ont un portable entre les mains, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, non ?
02:57Alors les parents sont souvent les pauvres culpabilisés.
03:00Je dis les pauvres, j'en fais partie, peut-être vous aussi, il y a beaucoup de gens qui nous écoutent.
03:05Non, il faut un mouvement de la société pour qu'il y ait une forme de catharsis général
03:09et qu'on soit soutenu par une espèce de fonds positifs.
03:18Les parents, jusqu'à présent, étaient isolés avec le problème du gamin à qui on retire les téléphones et c'est la crise.
03:26Maintenant, les parents se sont rendus compte qu'ils n'étaient pas seuls.
03:29Il y a eu un effet de révélation, je vous le disais, à la faveur de la commission, mais pas que.
03:33Et puis, il faut qu'il y ait une espèce d'écho qui vienne aussi des pouvoirs publics.
03:38On ne peut pas légiférer à l'intérieur des maisons.
03:40Ce n'est pas possible ?
03:41Je vous réponds directement à cette question.
03:43Merci.
03:43Voilà, c'est clair, vous ne l'avez pas posé, mais je pense que vous y pensez.
03:46Absolument.
03:47Ce qu'on peut faire, c'est dire aux enfants, voilà, tout le monde pense qu'il faut que tu fasses attention.
03:52Il y a un rapport, il y a des gens qui le disent, il y a des scientifiques, tu ne peux pas être seul à penser que tu as raison.
03:57Mais pour, dans ce cas-là, j'ai envie de vous dire, prenez une interdiction en moins de 15 ans, même si elle est symbolique.
04:02Est-ce que ce n'est pas envoyé finalement un message positif, alors qu'on aurait tendance,
04:05avec la permissivité qui est la nôtre aujourd'hui dans nos sociétés démocratiques,
04:10et sur lequel il ne faut absolument pas regretter les choses.
04:13Mais est-ce que ça ne crée pas, j'allais vous dire, un climat positif pour évoquer ces questions ?
04:19Oui, bien sûr.
04:20En même temps, lorsqu'on annonce les choses de manière très claire, qu'il n'y a pas de débat,
04:24parce qu'il n'y a plus de débat sur les aspects, je parle d'excès,
04:28ça permet de poser le cadre d'une discussion tranquille.
04:32Il n'y a pas de contestation.
04:34Lorsque le professeur Marcel Ruffaut et le Premier ministre Gabriel Attal parlent,
04:38ils ne parlent pas de rien.
04:39Ils parlent d'un certain nombre d'éléments sur lesquels ils ont constaté des choses,
04:42et je les comprends.
04:43Mais ils parlent aussi avec leur notoriété, et ça c'est intéressant.
04:47Ça nous aide aussi, nous dans les chômières, dans les consultations,
04:50et dans nos maisons, je le dis pour vos auditeurs,
04:53de pouvoir avoir des arguments solides à opposer à des jeunes.
04:56L'une des propositions de cette tribune est de faire ce qui a été fait pour les sites pornographiques,
05:01la vérification d'âge en ligne.
05:03Ça marche vraiment ?
05:04Alors pour les mesures, je ne vais pas rentrer dans les détails, je ne vais pas vous mentir Yves,
05:07il y a à chaque mesure des contre-mesures ou bien des effets pervers.
05:10On est en pleine discussion.
05:12Vous voulez dire que rien n'est parfait ?
05:13Rien n'est parfait.
05:13Là je sors d'une réunion avec la ministre du numérique, Mme Clare-Achapaz,
05:17où elle a rassemblé les associations de défense des enfants,
05:22les acteurs économiques et nous.
05:24Et puis on est en train d'essayer de trouver une solution.
05:26L'idée, vraiment, il faut trouver un chemin entre l'interdiction,
05:30entre l'eau propre qu'on peut jeter à un outil extrêmement précieux,
05:35et puis laisser nos enfants livrés à une économie de la captation
05:40qui a fait d'eux des captifs au sens quasi addictif du terme,
05:45avec ces outils fantastiques.
05:46Donc on essaie de trouver ce chemin.
05:48On va y arriver, j'en suis convaincu.
05:50Lorsque je vois l'internité avec laquelle la ministre a mené la réunion tout à l'heure,
05:54je suis sorti très optimiste.
05:57Des entretiens d'évaluation de l'addiction aux écrocs à l'entrée en sixième ou en seconde,
06:02c'est quelque chose qui peut vous paraître positif, nécessaire ?
06:05Ça ne me heurte pas.
06:07Ça a ses limites.
06:08Évidemment, vous parlez d'un clinicien, un addictologue, un psychiatre.
06:11Les échelles, c'est bien.
06:12On les trouve dans les magazines papiers glacés.
06:15Ça donne une petite orientation.
06:16Mais le plus important, c'est lorsqu'on a affaire à vraiment une addiction,
06:21c'est le cas de le dire,
06:22il faut évaluer évidemment les dégâts, les dommages
06:24et voir s'il n'y a pas une problématique psy ou une souffrance derrière.
06:27Alors une autre tribune a été publiée aujourd'hui,
06:30signée par cinq sociétés savantes,
06:31dont la Société Française de Pédiatrie.
06:33Elle appelle à interdire les activités sur écran pour les enfants de moins de six ans,
06:37car je cite,
06:37« Elles altèrent durablement leur santé et leur capacité intellectuelle ».
06:41Là encore, c'est le constat que vous faites en tant qu'addictologue ?
06:44Alors moi, je ne vois pas les enfants si jeunes.
06:46Je les vois plus anciens, plus vieux, comme on dit,
06:483, 13, 14, 15 ans, mais c'est vrai que ça commence très tôt.
06:52On est bien d'accord.
06:53Alors ces sociétés qui ont signé cela,
06:55elles se sont appuyées sur une littérature scientifique claire.
06:59Elles proposent des choses sur lesquelles, évidemment, il peut y avoir un débat.
07:02Mais je comprends la logique avec laquelle.
07:05Rappelez-vous que lorsqu'on a remis le rapport il y a une année,
07:11vraiment une année,
07:12on avait dit de 0 à 3, de 3 à 6.
07:13Et on avait expliqué qu'il y avait un accompagnement de 3 à 6.
07:18Les sociétés savantes fortes de la littérature qui est sortie proposent autre chose.
07:22Là, sur les mesures, nous on en a proposé des choses,
07:26sur les mesures, évidemment, le dernier mot reviendra aux politiques.
07:30On est bien d'accord.
07:31Ils en sont où dans les politiques ?
07:32Vous avez rencontré cet après-midi la secrétaire d'État chargée du numérique.
07:36Alors, j'ai quand même le sentiment que ça commence à de nouveau frétiller.
07:39Je vous rappelle que lorsqu'on a remis le rapport le 29 avril de l'année passée,
07:43il y a eu une dissolution, voire deux.
07:45Il y a eu une dissolution, voire deux ou trois gouvernements, il me semble.
07:49Oui, je perds le compte.
07:51On a eu des Jeux olympiques.
07:53Ensuite, il y a des éléments d'ordre politique international qui sont arrivés.
07:57et je pense que les écrans sont passés à côté.
08:01En revanche, il ne me l'a pas dit, mais je sais que c'est un sujet
08:04qui tient beaucoup à cœur à celui qui a commandé le rapport, le président de la République.
08:09Et je suis convaincu qu'il est...
08:11Il a envie d'être actif.
08:12Je pense que c'est un sujet qui lui tient à cœur.
08:15Et je pense, sans rien trahir de ce qu'il peut avoir comme hiérarchie,
08:20c'est quelque chose auquel il tient.
08:22Et je comprends, et c'est tant mieux pour nous.
08:24C'est un combat important, d'après vous ?
08:25C'est un combat de société.
08:27C'est nos enfants, c'est les citoyens de demain.
08:30On est dans une internationale d'un vrai cynisme, d'une économie nouvelle.
08:37Absolument l'économie de la captation,
08:39avec une technologie qui enferme nos enfants,
08:43qui peut même les rendre malheureux,
08:45parfois même qui peut les pousser à des actes graves,
08:49comme des actes de violence, de suicide,
08:52ou bien des actes de violence.
08:53Tout le monde connaît ce film Adolescence,
08:56que je cite, moi, auprès des familles,
08:57dans lesquelles, qui a été très beau,
08:59une très belle série,
09:02et on voit un acte terrible d'un enfant qui tue une camarade de classe,
09:06parce qu'il a été, d'une certaine manière, endoctriné,
09:09de manière numérique.
09:09Merci infiniment Amine Maniamina,
09:11vous êtes psychiatre, addictologue à l'hôpital Paul Brousse.
09:14Je rappelle votre livre,
09:15Addiction manuelle du premier secours,
09:17qui vient de paraître aux éditions Marabou.
09:20La bataille d'Angleterre continue
09:21pour le Paris Saint-Germain en Ligue des Champions,
09:23après Manchester, Liverpool, Aston Villa.
09:25Le PSG est à Londres pour affronter Arsenal.
09:28Est-ce vraiment le match le plus difficile de la saison ?
09:31Quelles sont les forces et les faiblesses des Anglais ?
09:33Je poserai toutes ces questions à notre consultant foot sur RTL,
09:36Alain Bogossian.
09:37Rendez-vous à 18h40.
09:37RTL Soir
09:40Yves Calvi
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