00:00Au Pierre Herbulot, la fonderie de Bretagne sera fixée aujourd'hui sur son sort.
00:05Le tribunal de commerce de Rennes doit se prononcer sur les offres de reprise du fabricant de pièces automobiles en redressement judiciaire.
00:12Et Pierre, il pourrait y avoir du changement pour les salariés.
00:14Oui, il fabriquait jusqu'ici des pots d'échappement, des boîtes de vitesse et des suspensions pour l'industrie automobile.
00:20Il pourrait bien fabriquer demain des enveloppes d'obus pour l'industrie militaire.
00:24Ce serait une reconversion.
00:25En tout cas, une autre utilisation des machines présentes sur le site et des savoir-faire du personnel,
00:30puisque dans son offre de reprise, le groupe français Europlasma compte garder 266 des 286 salariés.
00:37Dit trivialement, il va falloir changer les moulages.
00:4015 millions d'euros sont mis sur la table pour adapter l'outil industriel.
00:43Ensuite, au lieu de partir vers les citadines, la production de codons dans le Morbihan ira plutôt vers les chars, les croiseurs et les avions de chasse.
00:50Ça veut dire que l'europreneur est un spécialiste de l'industrie de défense ?
00:53Il a de l'expérience dans le secteur, mais c'est surtout un spécialiste des procédés industriels à haute température avec la technologie Plasma.
01:01Europlasma fait notamment de la décarbonation et du traitement des déchets dangereux.
01:05Et donc, le groupe aussi a, c'est vrai, un pied dans l'industrie militaire.
01:08Depuis le rachat, il y a 4 ans, des forges du Tarbe qui conçoivent ce qu'on appelle des corps creux.
01:12C'est la façon un peu guindée de parler des obus 155 mm qui équipent nos canons César.
01:17Alors, proposer de transformer la fonderie de Bretagne en fabrique d'obus, vu les compétences des salariés, vous diriez quoi ? C'est le choix de la logique ?
01:24Oui, et de l'opportunisme aussi. L'industrie militaire a le vent en poupe.
01:28Entre la menace russe et la complaisance de Donald Trump à l'égard de Vladimir Poutine,
01:32la Commission européenne a fixé une ligne directrice.
01:35Renforcer notre industrie de défense d'ici 2030.
01:38Les pays membres doivent investir 800 milliards d'euros sur la période.
01:42Chez nous, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a plaidé à terme pour un doublement du budget des armées à près de 100 milliards par an.
01:48Et tout ça va forcément assurer des commandes pour les fabricants d'obus ?
01:51Oui, comme le reste des entreprises de la BITD, la Base Industrielle et Technologique de Défense.
01:564 500 sociétés françaises, ça va des géants comme Thalès au PME qui fabriquent les boulons des Rafales.
02:035 milliards d'euros seront d'ailleurs injectés dans ces entreprises d'ici quelques mois pour les aider à investir,
02:08à anticiper les afflux de commandes qui arriveront bientôt de toute l'Europe pour tenir nos objectifs.
02:13Un fonds abondé notamment par les placements spéciales Défense, ouverts à tous, dont on a beaucoup parlé.
02:18Donc oui, le secteur est porteur, il y a de la demande et une volonté gouvernementale de soutien.
02:22Ce n'était pas la première fois, Pierre, que Europlasma reprend une entreprise pour la militariser.
02:27C'est vrai, le groupe a déjà racheté il y a un an tout pile l'usine de Val-d'une dans le Nord,
02:31le dernier fabricant français de roues ferroviaires.
02:33Au départ pour continuer le business, avant finalement de riper vers la fabrication d'obus.
02:38Ce n'était pas le projet initial et les salariés l'ont, à l'époque, très mal pris.
02:41Cette fois, c'est clair, dès le début, 250 000 obus seront produits cette année en Bretagne,
02:45a promis avant-hier le patron d'Europlasma devant la justice à Rennes.
02:49Ce sera 500 000 l'année prochaine.
02:50C'est ambitieux, non ?
02:51Oui, d'autant que les outils industriels des autres sites du groupe sont vieillissants
02:55et que les investissements tardent, expliquent les syndicats.
02:58Ce qui est sûr en revanche, c'est que le carnet de commandes est plein pour Europlasma.
03:01Un million de munitions d'artillerie à livrer.
03:04L'entreprise a besoin de grossir pour augmenter sa capacité de production,
03:07d'où la volonté de racheter la fonderie de Bretagne.
03:10Tout l'inverse, finalement, de la situation précédente du site Morbillanet,
03:13quand l'industrie automobile en souffrance ne pouvait plus se permettre d'acheter la production.
03:18S'il faut faire des pièces d'obus, on fera des pièces d'obus, explique Résigné,
03:21le leader de la CGT sur place, qui pense avant tout à préserver les emplois.
03:25L'info éco signée ce matin.
03:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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