La distance entre le nombril et le cœur ? 25 centimètres. Dans “Le concept des 25 centimètres”, l’auteur Pascal Moreau-Luchaire livre une réflexion pour nous aider à passer du nombrilisme à l’écoute des autres.
00:12Le livre de Smart Job, pour terminer notre émission, avec un titre qui a attiré notre attention, le concept des 25 centimètres.
00:19Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? On découvre la couverture de ce livre, écrit par Pascal Moreau-Luchère.
00:25Il est avec nous, il est sur notre plateau, il est l'auteur de ce livre que j'ai lu. Vous êtes chef d'entreprise, vous êtes dirigeant de cabinet de chasse de tête, de talent.
00:33Vous avez eu plusieurs vies et ce livre est à la fois passionnant. D'abord, commençons par le début. 25 centimètres, vous vous êtes bien amusé en écrivant le titre, j'imagine.
00:43Tout à fait. Qu'est-ce que vous avez voulu nous dire dans ce titre ? D'abord, merci Arnaud de m'avoir confié. Ça me fait grand plaisir.
00:5025 centimètres, c'est la distance entre le nombril et le cœur. J'ai repris une phrase qu'on a attribuée à Churchill, mais on n'est pas complètement sûr qu'il l'ait vraiment dite.
01:00On vit de ce que l'on a et on construit sa vie sur ce que l'on donne. Pour moi, c'est plus intéressant de donner que de recevoir.
01:07Et 25 centimètres, c'est la distance entre le nombril et le cœur. C'est-à-dire qu'on quitte son nombril pour aller vers l'autre. C'est ce que vous voulez nous dire.
01:12Absolument. Ce livre, quand on le regarde, on se dit « c'est un chasseur de tête, on va voir un livre technique, il va nous donner des conseils ». En fait, non.
01:19C'est un livre très holistique, très à 360 sur ce qu'est un être humain dans son rapport à l'autre et dans son rapport à toutes les choses de son quotidien.
01:28Parce qu'il y a un peu de ça. Bien manger, se nourrir. Il y a beaucoup de phrases d'érudit que vous citez dans ce livre. Il y a un gros travail d'érudition d'auteur que vous citez régulièrement.
01:38Il y a beaucoup de culture dans ce livre. Qu'est-ce que vous avez voulu dire en écrivant « Les Premières Lignes » ou en pensant ce livre ?
01:44Alors, il vient d'une expérience effectivement très longue, à la fois par mon métier. J'ai reçu quand même plus de 10 000 candidats en entretien.
01:53Et puis dans les cercles dans lesquels je suis, que ce soit associatif politique ou autre, je vois beaucoup de gens. Et je ne vous dis pas que les choses me désolent plus qu'avant en ce moment.
02:02Mais la période est difficile. Et je pense que c'est plus intéressant. L'altérité est très intéressante parce qu'elle vous permet de vous enrichir.
02:09On s'enrichit avec la différence et non pas avec la ressemblance. Sinon, vous regardez dans un glace et tous les matins, vous vous dites « Ah, je suis beau ».
02:14Ce qui me concerne, ce n'est pas vrai. Mais je m'enrichis avec la différence. Et puis, ce que j'ai voulu dire, une chose très simple.
02:23On estime peu ou prou à peu près à 100 milliards d'individus le nombre de personnes qui sont arrivées sur Terre depuis que l'homme est un homo sapiens.
02:29Il n'y en a plus que 8 milliards. Donc, 92 milliards sont morts. Il n'y aura pas de survivants. On va tous mourir.
02:34Donc, il faut arrêter parfois de se prendre la tête et plutôt d'aller vers l'autre. Essayez d'être dans un accompagnement. Et cet accompagnement va vous enrichir.
02:42Mais il y a des choses un peu incroyables dans ce que vous racontez. Alors, des anecdotes sur la nourriture indienne un peu trop pimentée, sur la notion d'expérience.
02:49Parce que ça renvoie à l'idée de « Il faut expérimenter pour savoir ». Mais vous allez même plus loin dans le livre.
02:53Vous expliquez qu'à 56 ans, vous vous êtes remis en question en vous creusant la tête, en parlant de vos cheveux d'ailleurs à nombreuses reprises,
03:01en vous arrachant les derniers cheveux – c'est ce que vous dites – parce que vous n'arriviez pas à résoudre un sujet.
03:06Et vous nous dites à travers ce livre qu'à 56 ans, on peut tout remettre à plat et on peut tout recommencer. C'est ça que vous dites ?
03:12Oui. Et je n'ai pas eu le choix. Je n'ai pas eu le choix. Parce que mon client qui me demandait quelque chose, c'est très simple.
03:17Je connaissais le métier du recrutement. Généralement, on a une description de poste, un profil, une grille de salaire.
03:23Et là, il me dit que je ne veux que des aigles. Les aigles rouges. – Les aigles rouges ? – Oui.
03:28– Il aimait les Indiens. – Ah ! Je fais comment ? Alors au départ, je faisais de la position sur les CV.
03:34Mais les CV ne me parlaient pas. Et j'ai complètement changé ma façon. Maintenant, mes clients... Oui, mes problèmes.
03:39Mes clients, ils ne me donnent plus de définition de poste maintenant. Ils me disent « Non, Pascal, vous savez faire. Vous allez vous débrouiller. »
03:44– Et l'aigle rouge, vous l'avez trouvé ou pas ? – Oui. Plus d'une quinzaine pour ce client.
03:48– Mais le recrutement, vous le dites aussi quand même, c'est que ça ne tient pas uniquement sur l'expérience du diplôme.
03:55Ça, vous le dites longuement dans ce livre. – Oui.
03:58– Vous dites que c'est autre chose, un recrutement et un échange avec un collaborateur ou un futur collaborateur. C'est autre chose.
04:04– Le diplôme est important. Je ne veux pas le nier. C'est important. C'est ce que je dis aux jeunes.
04:07Moi, je dis à mes filles « Bossez, bossez, bossez ». Et puis de toute façon, vous aurez les satisfactions. Mais pas que.
04:11– C'est la base. – Après, c'est l'intelligence des situations, la compréhension, la sensibilité, tout ce qui fait qu'un homme va se différencier.
04:18Et si vous me demandez le recrutement de demain, je vous dirais « Soyez différent, soyez différent ».
04:23Si c'est pour être comme tout le monde, ça n'a aucun intérêt.
04:25– Mais encore une fois, on parlait d'IA, on parle beaucoup d'intelligence générative, la machine.
04:30Moi, j'ai l'impression que c'est vous qui avez cette espèce de regard, cette intuition, cette façon de vous remettre en question.
04:36Ça part de vous ou c'est, je dirais, le monde qui est en train de changer et vous courez derrière ?
04:42– Les deux, mon général. Non mais c'est évident que ça part de moi.
04:46Parce que je le vois et que je suis complètement intégré dans mon monde et je le vis pleinement.
04:51Mais je le vois aussi changer, évoluer.
04:53Et si je reste avec un rétroviseur, ça ne veut pas dire que le passé n'est pas important, qu'on soit bien d'accord.
04:59Moi, je ne dis pas à bas le passé. Non, au contraire.
05:01On se sert du passé pour réfléchir au présent, agir pour que demain soit meilleur.
05:06Donc, c'est une chaîne qui n'est pas discontinue.
05:09– J'ai vu que vous citiez une phrase de Staline que je trouve incroyable.
05:12« Un mort, c'est très grave, mais 10 millions de morts, c'est une statistique ».
05:15Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ?
05:17– Ça veut dire qu'un mort, c'est un drame pour une famille.
05:20Mais quand on commence à avoir des vues, allez, je vais être méchant.
05:25100 euros, ce n'est pas très grave.
05:273 500 milliards de dettes.
05:29Personne n'est capable de se rendre compte, avec notre intelligence, à quoi ça correspond 3 500 milliards.
05:35Moi, je ne m'en rends pas compte.
05:37Oui, mais pour nos enfants qui arrivent, et nos petits-enfants,
05:40ils vont vivre comment avec ce poids de la dette ?
05:43– Avant de nous quitter, vous qui avez ce regard à la fois de chef d'entreprise, de recruteur,
05:48on a une minute trente, vous allez me dire, c'est très très court,
05:51mais ce monde du travail que vous avez vu évoluer, on va vers quoi ?
05:55On va vers moins de travail, un travail fait différemment, ou plus de travail ?
06:00– J'espère plus de travail.
06:02Parce que pour moi, le travail est non seulement indispensable,
06:05il y a également une thérapie, vous le verrez.
06:07– Oui, vous le dites, effectivement.
06:09– Et puis c'est important de fierté, de gagner d'argent, de dignité, de vivre de ce qu'on gagne.
06:14Et puis c'est de la liberté. Travail égale liberté.
06:17Alors vous allez me dire, c'est facile quand on est colblanc.
06:19Attention, je dis que quand on est ouvrier, c'est un petit peu moins facile.
06:22Ce qu'on va vivre, un monde du travail qui va changer, avec l'IA.
06:27Évidemment, moi-même, je suis en plein dedans, je suis obligé de m'en servir.
06:31Je ne voulais pas, il n'y a pas un gramme de tchatché pété dans le livre,
06:34mais je suis obligé de m'en servir.
06:35– C'est du fait main, ça se voit, c'est vous, c'est votre patte.
06:38– Ce n'est pas Victor Hugo.
06:39– Non, non, mais c'est fait main.
06:41– Mais pour mes rapports de candidats, tchatché pété.
06:44– Et vous gagnez du temps ?
06:46– Au lieu d'une heure et demie par dossier, je prends dix minutes.
06:49– Un quart d'heure, allez un quart d'heure.
06:51– Oui, tout est dit.
06:52– Vertigineux.
06:53Allez vers l'autre avant d'avoir des diplômes.
06:55Restez avec nous, Pascal Moreau-Luchère.
06:56C'est votre livre, le concept des 25 centimètres.
06:59On le voit d'ailleurs sur le petit dessin à la petite flèche.
07:01Entre votre nombril, oubliez votre nombrilisme et allez vers les autres.
07:05Tournez-vous vers l'autre.
07:06Voilà le message de Pascal Moreau-Luchère.
07:08Merci Pascal de nous avoir rendu visite.
07:10– Merci beaucoup, un grand plaisir.
07:11– C'est un vrai plaisir.
07:12L'émission est terminée.
07:13Merci à vous, merci de votre fidélité, merci à toute l'équipe.
07:16Merci à Xavier aujourd'hui à la réalisation.
07:18Merci à Saïd pour le son et merci à l'incontournable Nicolas Juchat.
07:21Et je salue Juliette qui est aussi en régie avec nous.