00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Bonsoir Bernard Félin.
00:04Bonsoir.
00:05Vous avez passé 8 mois dans les prisons iraniennes entre 2022 et 2023
00:09après avoir été accusé d'espionnage par le régime.
00:12222 jours de privation totale de liberté et de torture psychologique
00:16au bout desquels vous avez été libéré après de nombreuses interventions diplomatiques.
00:20On l'a appris aujourd'hui, l'un des otages français encore détenu à Téhéran,
00:23Olivier Grondot, a donc été libéré après plus de 2 ans de détention.
00:27Il avait été condamné à 5 ans de prison pour les mêmes raisons que vous.
00:30Conspiration contre la République islamique.
00:33Quelle est votre réaction, vous qui avez partagé les mêmes épreuves ?
00:37Surtout de joie.
00:38Quand j'ai appris ce matin, j'étais hyper content.
00:41On avait prévu avec des amis et des familles d'Olivier de faire quelque chose prochainement.
00:47Maintenant, il est libéré.
00:48J'imagine sa mère et ses amis vont marcher sur des nuages.
00:54C'est magnifique.
00:55Avant de revenir sur vos conditions de détention,
00:58j'ai envie de vous demander de nous décrire le chemin,
01:01pour ne pas dire le voyage de retour.
01:04C'est compliqué.
01:06Le retour en arrivant en France, j'imagine Olivier va être comme moi,
01:11avec rien, juste nos tongs sur les pieds et des vêtements.
01:16Il va commencer à zéro, à reconstruire la vie.
01:19Ce qui est important dans les histoires d'otages, c'est qu'on oublie souvent...
01:24L'Iran a pris Olivier et moi et Benjamin en otage.
01:26Ils prennent Cécile et Jacques.
01:27Ils prennent aussi les familles en otage.
01:30Nos familles sont des otages.
01:32Mon mari Roland était obligé d'aller travailler.
01:36Ma sœur Caroline était otage.
01:38Mon père était otage.
01:39Les familles des autres sont des otages.
01:41Il ne faut pas les oublier.
01:43Eux aussi, il faut qu'ils se reconstruisent.
01:44C'est très compliqué.
01:46Vous dites que c'est un drame beaucoup plus large que celui du prisonnier en tant que tel.
01:51Absolument, c'est tendre partout, dans les couples, dans les familles.
01:56C'est quelque chose qui est très compliqué.
01:58Heureusement, il y a des aides, il y a des ONG comme l'Ontario International qui nous aident,
02:02qui trouvent des bons psychiatres pour nous aider.
02:05Mais la reconstruction est longue.
02:07Au moment où l'avion décolle, quand vous partez,
02:10qu'est-ce qui se passe ?
02:11Qu'est-ce qu'on a dans la tête ?
02:13La tête, dans mon cas, c'est un petit particulier.
02:16C'est le 12 mai, j'étais avec Benjamin Brière.
02:18On est montés dans l'avion sanitaire, le pilote est sorti.
02:21Il nous a dit, par direction de France, quitter l'espace aérien iranien.
02:26On a 28 minutes de vol pour quitter l'espace.
02:28Donc on vole Nord, parce que c'est la frontière avec l'Histoire la plus proche.
02:33Et c'était tendu dans l'avion.
02:35Tout le monde avait peur que ça allait être annulé la dernière minute.
02:40Mais après 28 minutes de vol, c'était la joie,
02:43des hurles, des rires, des larmes de tout le personnel.
02:46C'était fantastique.
02:47Donc la vraie libération pour vous, elle consistait à sortir du territoire iranien,
02:51même dans les airs, c'est ça ?
02:52Absolument.
02:53J'ai aucune confiance que quelque chose, à la dernière minute,
02:56c'est arrivé à Benjamin, il était libéré,
02:58et jusque-là, dans le compte de son avocat, annulé.
03:01Vous êtes franco-irlandais.
03:03Si vous n'étiez qu'irlandais, ce qui, dans ma bouche, n'a rien de désagréable,
03:07est-ce que vous auriez été arrêté ?
03:09J'ai appris, lorsque j'ai rencontré différents diplomates français-irlandais,
03:15si le visa n'était pas sur mon passeport français,
03:18je n'aurais pas été arrêté.
03:19Je voyage toujours avec mes deux passeports,
03:21j'ai présenté mes deux passeports quand j'étais arrêté,
03:24et là, visa sur le passeport français,
03:27ils avaient une course, une liste de course, pour des français.
03:31C'est comme ça que j'ai été pris.
03:32Donc c'est bien la France qui est visée ?
03:34Absolument.
03:35Le juge, quand j'étais jugé, le juge a dit
03:40vous avez envoyé des informations à un pays ennemi,
03:43et j'ai dit France est ennemi, il m'a dit pas encore.
03:47Vous avez réussi à aller plus loin dans la conversation avec lui ?
03:49Ou ça s'est arrêté là ?
03:50Ça s'est arrêté là, mais la première fois que j'ai rencontré le juge,
03:54d'où vient l'édite de mon livre,
03:57j'ai refusé à signer des papiers,
04:00ils avaient emmené une garde dans la pièce du juge,
04:04c'était en uniforme, avec les menottes, les menottes aux pieds,
04:07c'est très dégradant,
04:09et j'ai continué à refuser de signer des papiers,
04:11il m'a dit, sortez, il m'a dit, tu vas mourir en prison.
04:15Et c'était comme une claque.
04:17Je ne pense pas que les prisonniers, Jacques et Cécile, qui restent,
04:20ils vont sortir, mais vraiment c'est quand ?
04:22Et dans quel état de santé ?
04:24C'est ça le souci.
04:26La santé mentale, c'est la torture blanche spécialité iranienne,
04:30qu'ils utilisent sur les prisonniers politiques et sur nous.
04:33Qu'est-ce que c'est que cette torture blanche ?
04:34Cette torture blanche consiste à, par exemple,
04:37à vous dire, oui vous pouvez téléphoner à votre famille une fois par semaine,
04:40ce que dit la loi iranienne,
04:42et bien non, vous ne téléphonez pas à votre famille toutes les semaines.
04:44On vous dit, oui, peut-être tout à l'heure, peut-être pas,
04:47je ne sais pas, la ligne est cassée,
04:49donc on est déçus.
04:51Le but c'est de vous briser, de vous casser.
04:54Absolument.
04:54Parlons quand même de vos conditions de détention,
04:56je sais que ce n'est pas facile,
04:58comment se passaient vos journées ?
05:00Les détentions,
05:01nous j'étais au départ pendant plus d'un mois en détention, en isolement.
05:07Chaque fois on sort de la cellule,
05:09menottes et bandes sous les yeux,
05:11interrogation plusieurs fois par jour,
05:13aucune sensation du temps,
05:15il n'y a pas de fenêtre, il est doux, il y a 24-24.
05:18Le temps n'existe plus ?
05:19Il n'existe plus,
05:21et pendant 7 mois et demi, je n'ai pas eu de nuit.
05:24J'ai eu la journée tout le temps, tout le temps, tout le temps,
05:26pas de rideau pour le lit,
05:28le calme, la nature, ça n'existe plus quand il y en a pas.
05:31Vous étiez en cellule seul ou avec d'autres détenus ?
05:34Moi j'étais dans un bloc assez particulier,
05:37à Machade, ça s'appelle le bloc des Satans,
05:40bloc 6-1,
05:42qui n'avait que des prisonniers politiques,
05:44et il y avait aussi Benjamin Brière,
05:46qui était l'otage français que j'ai retrouvé là-bas.
05:49Il y avait quelques étrangers, des trafiquants de drogue de Turquie et de Bahreïn,
05:53et notre bloc avait la réputation,
05:56triste réputation d'avoir les deux cellules
05:58où tous les prisonniers qui vont être exécutés
06:00vont passer la nuit avant.
06:02Régulièrement, on entend, on voit les flips-flops devant la porte de leur cellule,
06:08la trappe en bas ouverte,
06:09on entend les hommes en train de pleurer,
06:11ils vont être exécutés le matin suivant après les prières.
06:14Comment étaient-ils exécutés ?
06:16Pendaison ?
06:16Pendaison.
06:18On sait le nombre de français qui sont présents ou pas ?
06:22C'est pas clair du tout.
06:23C'est pas clair du tout, j'ai entendu ce matin,
06:25il y avait un français qui était en détention à domicile en Iran,
06:29première fois que j'entends parler de cette histoire,
06:31il vient à Suisse, il n'y a pas longtemps qu'il se sudait,
06:34et j'avais entendu cette personne.
06:36Personne ne sait combien d'européens restent encore en Iran.
06:39Les iraniens voulaient vous faire avouer que vous étiez un espion ?
06:42Oui.
06:43Ils voulaient insister que j'envoie des informations à l'étranger,
06:47et même je décris dans le livre ce qui est incroyable,
06:50à un moment d'interrogation,
06:52on me demande est-ce que vous voulez travailler pour eux ?
06:55Tiens, tiens.
06:56Il n'y a pas de limite à la perversité ?
06:58Non, pas du tout.
07:00Vous étiez informé des manœuvres diplomatiques
07:01contre la France et l'Iran pour vous faire libérer, ou pas du tout ?
07:04On nous, régulièrement, quand on a rencontré l'ambassadeur de France,
07:07Nicolas Roche, à Machad, lors de compétitions consulaires,
07:10il nous disait que tout le monde est en train de négocier,
07:13on négocie avec les iraniens, on négocie tout ça,
07:16de rester calme, de ne pas parler trop, de faire du bruit.
07:19C'est tout le problème, il faut faire du bruit.
07:22Maintenant que tout le monde sait qu'Olivier était en prison,
07:25avant personne n'en parlait d'Olivier.
07:27C'est la même chose pour Johan en Suède, personne n'en parlait.
07:29Maintenant, les médias parlent, c'est en première ligne des actualités,
07:33et les iraniens n'aiment pas ça.
07:35Il faut, comme dit mon mari, la peur change de camp.
07:38Il faut que nous, on fasse peur aux iraniens,
07:40regardez comment vous traitez nos citoyens, nos européens.
07:43Il faut le dire, vous nous traitez mal, on ne nous traite pas comme ça.
07:46Vous avez croisé d'autres français en prison ?
07:49À part Benjamin, qui était dans mon bloc,
07:50qui était là presque plus de deux ans, quand je suis arrivé,
07:53je n'ai jamais croisé d'autres français.
07:55Vous dormez normalement ?
07:56Excusez-moi d'être aussi direct, mais...
07:58On imagine que le cauchemar peut reprendre à tout moment.
08:03C'est très compliqué ces derniers jours,
08:05parce que demain, c'est une rouse,
08:08c'est le Nouvel An Perse.
08:10Et là toujours, un radio concurrent, ce week-end,
08:14il parlait de la cuisine Perse,
08:16et à un moment, il commençait à dire
08:19« Souhaitez bon Nouvel An » en persan.
08:22J'ai commencé à trembler, j'étais obligé de couper la radio.
08:26Je ne pensais pas que ça allait arriver.
08:27Et des choses comme ça, quand je sors du stress post-traumatique,
08:32c'est très compliqué.
08:33Et ça, je pensais que c'était effacé,
08:35et là, ce samedi dernier,
08:37robotnotes.
08:38J'ai en face de moi un homme qui sourit,
08:41avec des yeux bleus, je vous vois en forme a priori,
08:44mais vous transportez avec vous encore
08:47tout un chariot de souffrances,
08:49et de souffrances psychologiques et physiques.
08:52Oui, les souffrances psychologiques,
08:54ce n'est pas comme moi,
08:55je vois mon mari Roland, ma sœur et...
08:59Tous vos proches.
09:00Très proches, ils souffrent, c'est compliqué.
09:03La vie n'est pas la même chose qu'avant.
09:05Ce qui est bizarre dans « Les otages »,
09:07si j'ose dire, c'est que
09:09quand il y a un accident qui arrive à quelqu'un,
09:11un cancer, un accident de voiture,
09:13on sait où appeler.
09:14Quand vous êtes en otage, on commence où ?
09:16C'est très dur.
09:17On va se séparer sur ce dernier propos
09:20qui nous fera réfléchir.
09:21Merci beaucoup, Bernard Felland.
09:23« Tu vas mourir en prison »,
09:24le témoignage d'un otage d'État en Iran
09:26est paru aux éditions HarperCollins.
09:28Merci beaucoup d'avoir pris la parole
09:30aujourd'hui sur RTL.
09:31Et rappelons enfin que,
09:32tout à fait officiellement,
09:34Cécile Koller et son compagnon Jacques Paris
09:36sont toujours emprisonnés en Iran.
09:37Merci beaucoup.
09:39Le gouvernement vient donc officiellement
09:40de lancer son plan épargne
09:42dédié à notre défense.
09:43Ticket d'entrée, 500 euros.
09:45Comment ça marche ?
09:46Quels sont les avantages ?
09:47Et éventuellement les risques ?
09:48Réponse à 18h40
09:50avec le spécialiste Maxime Chipolle.
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