00:00Bonsoir à toutes et à tous, ravie de vous retrouver pour l'Invité Éco de France Info.
00:08Ce soir, on va parler du secteur aérien et de l'impact de la hausse de la taxe sur les billets d'avion
00:14avec le patron en France d'EasyJet, Bertrand Godineau. Bonsoir.
00:18Bonsoir.
00:19EasyJet en France, ce sont près de 300 lignes, 24 aéroports, des services sur le territoire national.
00:25Vous employez 1800 salariés en France.
00:28La hausse de la taxe sur les billets d'avion votée dans le budget de l'État pour 2025
00:33est effective depuis 48 heures, depuis le 1er mars.
00:37Avec quel effet sur votre clientèle concrètement, Bertrand Godineau ?
00:40Donc malheureusement, effectivement, cette taxe qui est un triplement par exemple pour des vols domestiques,
00:45c'est-à-dire qu'un passager qui va aller de Bordeaux à Nice,
00:49va au départ payer 2,50€, va payer 7,50€ à l'aller et au retour.
00:55C'est moins de 5€ de hausse.
00:58C'est moins de 5€ à l'aller et au départ, mais en fait pour un vol domestique, c'est vite 10% d'augmentation des prix.
01:04Mais c'est aussi des taxes qui se rajoutent évidemment à la TVA, qui se rajoutent également à la taxe de sûreté,
01:08qui se rajoutent à une taxe sur les nuisances sonores, qui se rajoutent à la compensation carbone,
01:12qui se rajoutent à énormément d'autres taxes qui ne sont pas forcément présentes dans d'autres pays.
01:16Et ce qui rend effectivement l'attractivité de la France plus compliquée.
01:19Alors quelles conséquences sur la clientèle ?
01:22Est-ce que vous avez vu un changement de la part des clients d'EasyJet depuis quelques semaines,
01:29depuis qu'ils savent qu'il va y avoir cette taxe sur les billets d'avion ?
01:32Alors c'est encore un petit peu tôt, mais en fait nous on a trois types de clientèle.
01:36On a la clientèle étrangère, il y a plus de 5 millions de Britanniques qui viennent en France grâce à nos lignes.
01:42Et ces clients-là, ils ont le choix soit de venir en France, soit d'aller découvrir d'autres pays,
01:45comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal.
01:48Et ces gens-là, ils font un arbitrage, en particulier parce qu'on a lancé une offre qui s'appelle EasyJet Holiday.
01:52Ils ont que les gens ne choisissent plus uniquement un billet d'avion, mais choisissent des vacances complètes.
01:56Et quand ils regardent, s'ils voient que la France sera beaucoup plus chère, ils vont potentiellement choisir d'autres pays.
02:00Enfin là, vous parlez de crainte.
02:02C'est-à-dire que vous dites potentiellement, il peut y avoir un effet sur une moindre attractivité de la destination France.
02:10Mais vous ne la voyez pas concrètement dans les réservations.
02:13Concrètement, on ne le voit pas aujourd'hui dans les réservations.
02:15Ce qu'on fait, c'est qu'on adapte notre réseau, notamment pour les Français.
02:18Puisque finalement, quand vous êtes Français et que vous partez à l'étranger, vous serez beaucoup moins taxés que si vous restez en France.
02:24Et donc, ce qu'on a commencé à voir, c'est effectivement une demande plus élevée, notamment pour l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, toutes ces destinations-là.
02:31Mais aussi pour des destinations dans le nord de l'Europe, comme la Finlande, comme l'Islande, etc., que l'on développe.
02:39Mais avant tout, c'est aussi des destinations où finalement, les taxes sont encore moins importantes en pourcentage.
02:45C'est par exemple, on développe énormément l'Égypte, qu'on avait lancée depuis Charles de Gaulle pour Rwanda et Sharm el-Sheikh.
02:50Et là, on lance également l'Égypte depuis Nantes, par exemple.
02:53On avait déjà lancé depuis Lyon.
02:54Et donc, on développe finalement une offre plus pour emmener les Français vers l'étranger.
02:58Parce qu'on sent une demande qui s'accélère dans ces destinations-là.
03:01Et donc, cette demande, elle s'accélère, notamment de la part de la clientèle française, malgré cette hausse des prix qu'il voit sur les billets d'avion.
03:11Donc, pour l'instant, ce que vous êtes en train de dire, c'est qu'il n'y a pas d'effet sur la demande.
03:16En fait, ce qu'on voit, c'est qu'il y a un peu un décalage de la demande.
03:18Parce que finalement, 7,50 euros d'augmentation, c'est un aller-retour.
03:21Quand vous partez en Égypte, c'est assez indolore.
03:23Quand c'est 10 euros en France qui se rajoutent aux autres taxes, c'est effectivement plus compliqué.
03:30Donc, ça veut dire, pardon de vous couper patron Godineau, c'est-à-dire que vous pensez qu'il risque d'y avoir un effet, surtout sur les vols intérieurs,
03:38sur les vols où ça va se voir le plus, en fait, infatialement.
03:41Tout à fait. En fait, ce qu'on voit, c'est notamment, en fait, depuis 30 ans, EasyJet démocratise le transport aérien.
03:46Et on voit que, notamment, des étudiants vont retrouver moins souvent leur famille s'ils sont étudiants à Brest, qu'ils habitent Nice, par exemple.
03:52Ou, effectivement, vers l'Afrique du Nord, vers le Portugal, où il y a des trafics affinitaires.
03:58On sent, effectivement, que les gens choisissent, ils vont moins souvent et voyagent moins.
04:03Et donc, on trouve que c'est dommage parce que, finalement, les gens qui seront le plus impactés sont les gens qui ont le moins de moyens.
04:07Et qu'on avait vraiment travaillé depuis 30 ans pour démocratiser ce voyage au plus grand nombre.
04:11Alors, le patron d'Air France-KLM, Ben Smith, a estimé le manque à gagner pour sa compagnie entre 90 millions et 170 millions d'euros pour 2025.
04:22Est-ce que, chez EasyJet, vous avez commencé à faire les mêmes calculs ?
04:26Est-ce que vous estimez le manque à gagner de cette hausse de la taxe sur les billets d'avion ?
04:30Nous, ce qu'on voit, c'est qu'effectivement, on va avoir moins d'étrangers qui vont venir en France.
04:33Les étrangers, ils vont aller dans d'autres pays. Et donc, nous, on ne sera pas impactés en termes de compagnie aérienne.
04:37Mais, malheureusement, les étoliers et les restaurateurs en France seront impactés.
04:40Et ce qu'on voit, c'est qu'effectivement, sur certaines routes, par exemple, sur Orly-Nice, effectivement, on passe cette taxe au consommateur qui est prêt à l'absorber.
04:49Et puis, après, on voit effectivement plus de clients qui vont aller vers l'étranger.
04:53Donc, au final, nous, en termes de compagnie, on ne sera pas impactés.
04:55C'est vraiment le consommateur qui sera impacté, qui devra absorber l'augmentation de cette taxe.
05:00En fait, en gros, il suffit de serrer les dents.
05:02On a entendu le ministre des Transports qui a dit qu'il ne souhaitait pas lui-même que cette hausse de taxes soit pérennisée dans le temps.
05:09Vous avez une certitude de ce côté-là ?
05:11On n'a aucune certitude de manière fiscale.
05:13Enfin, vu les changements de gouvernement, on n'en sait rien.
05:16Est-ce que c'est une crainte pour vous, Bertrand Godineau ?
05:19C'est une crainte, parce que quand on voit le développement des vols domestiques, en fait, on est revenu au niveau de 1985.
05:27Donc, on a vraiment un retour en arrière des vols domestiques sur la France.
05:34Pour des raisons environnementales, notamment ?
05:37Il y a une petite partie qui est du développement à partir de Paris.
05:40Mais quand vous faites des vols transversaux, ce n'est pas du tout le cas.
05:44Nous, ce qu'on regrette, c'est qu'au final, c'est l'attractivité de la France qui sera impactée.
05:49La compagnie low-cost irlandaise Ryanair menace de réduire ses opérations en France.
05:54Est-ce que vous êtes dans le même état d'esprit chez EasyJet, qui est une compagnie britannique ?
05:58Nous, on est dans une logique beaucoup plus constructive.
06:01On cherche à développer notre trafic avec la France.
06:03Ensuite, c'est les clients qui vont choisir avec leur portefeuille s'ils veulent venir.
06:07Mais pas pour des raisons fiscales ? Vous n'allez pas fermer des liaisons ?
06:11Non, on ne va pas fermer des liaisons pour des raisons fiscales.
06:13S'il y a un certain nombre de routes où on est les seuls à opérer,
06:16si on n'arrive pas à passer aux clients ces routes-là, potentiellement, on les fermera.
06:20Nous, on est plutôt dans une logique de développement et notamment de développer le trafic international.
06:25Et on a développé du Milan-Biarritz, on est en train de développer du Bordeaux-Bruxelles.
06:31On est en train de lancer, comme je vous le disais, beaucoup de routes vers l'Égypte, vers Funchal, à Madère.
06:37Et nous, on est plus dans une logique de dire qu'on va essayer de développer cette offre.
06:40Et comme les gens ont envie de voyager, on les le fera avec plaisir et avec passion.
06:44En parallèle, vous avez quand même fermé la base de Toulouse.
06:46Est-ce qu'il y a d'autres bases qui vont fermer ?
06:49Est-ce que vous vous engagez aujourd'hui à maintenir toutes les bases existantes,
06:53ainsi que les 1800 salariés d'Isiljet en France, Bertrand Godineau ?
06:56Effectivement, on a annoncé la fermeture de notre base qui aura lieu à la fin du mois de mars.
07:02De 100 et quelques salariés ?
07:04125 employés.
07:06On va continuer à desservir Toulouse, bien évidemment, depuis d'autres bases.
07:12Les avions et les emplois ont été redistribués en France.
07:16Une majorité de nos employés ont décidé de nous suivre et donc on s'en réjouit.
07:20Ça veut dire qu'il n'y aura pas de suppression de postes ?
07:22Il y a des gens qui, malheureusement, ne pouvaient pas bouger pour des raisons personnelles,
07:26qui ont décidé, ou qui seront obligés de partir.
07:28Mais on a proposé à tout le monde un autre emploi en France, aux mêmes conditions.
07:33Il n'y aura pas d'autres bases fermées ? Ce sera ma dernière question.
07:35Normalement, il n'y a aucun plan pour fermer d'autres bases.
07:37On est plutôt là pour développer parce qu'on pense qu'il y a une envie très forte de voyager.
07:41Et on le fait en plus de manière la plus efficace possible et la plus environnementale que l'on puisse faire.
07:47Merci beaucoup, Bertrand Godineau, directeur général d'EasyJet en France.
07:51Invité Echo de France Info ce soir.
07:53Merci.
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