00:00RTL Matin
00:03Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto
00:05Il est 8h15 à l'interview d'Amandine Bégaud
00:07quand un drame absolu débouche
00:09sur la rencontre la plus inattendue qui soit.
00:11On se souvient tous de la mort du père Hamel,
00:13poignardé et gorgé en 2016 dans son église
00:15de Saint-Etienne-du-Rouvray.
00:17Eh bien sa sœur et la mère d'un des djihadistes assassins
00:20sont depuis devenus amies, une amitié
00:22engagée qu'elle raconte dans un livre qui sort aujourd'hui.
00:24Amandine, vous recevez donc
00:26Roselyne Hamel et Nassera Kermiche.
00:28Bonjour et bienvenue à vous.
00:29Bonjour à toutes les deux et merci beaucoup d'être là.
00:31Ce livre, Sœur de douleur,
00:33sort aujourd'hui.
00:35Récit signé par le journaliste Samuel Liévin
00:37qui vous a accompagné
00:39dans ce récit, c'est publié chez Ixo.
00:41C'est un livre qui est
00:43formidable parce qu'il est à la fois touchant
00:45et je vous le disais hors antenne, il nous fait aussi réfléchir
00:47sur tout un tas de questions,
00:49sur la radicalisation, sur cet islamisme
00:51qui tente de détruire notre société,
00:53sur l'humanité aussi j'ai envie de dire.
00:55Roselyne Hamel, c'est vous
00:57qui avez fait le premier pas
00:59pour rencontrer Nassera.
01:01Pourquoi ?
01:03J'avais besoin
01:05de trouver un sens à ma vie
01:07après cet attentat.
01:09Une fois revenue chez moi
01:11dans les Hauts-de-France
01:15pour rester debout.
01:17Donc ça a été
01:19une méditation de longue haleine
01:23réfléchir sur le
01:25pourquoi
01:27de cette tragédie
01:29et
01:31comprendre aussi.
01:33Et donc
01:35au bout de quelques mois
01:37de longue méditation
01:39je me suis posé
01:41la question
01:43qui peut souffrir plus que moi ?
01:47Donc je pensais aux familles
01:49qui avaient déjà subi
01:51ce drame
01:53subit
01:55par les terroristes.
01:57Et je me suis
01:59mis à la place
02:01de la maman
02:03de ce jeune homme.
02:05J'ai moi-même deux fils
02:07et donc ma réflexion
02:09a été de penser
02:11de me mettre à la place
02:13de cette maman
02:15et de me dire
02:17si c'était moi
02:19la maman qui
02:21avait eu mon fils
02:23qui ait fait cet acte
02:25quelle serait ma douleur ?
02:27Et donc
02:29là vraiment
02:31j'ai eu besoin
02:33de la rencontrer
02:35pour
02:37pouvoir comprendre
02:39ce qui s'était passé
02:41pour cette famille
02:43et aussi
02:47lui proposer
02:49de gérer ensemble
02:51cette douleur.
02:53Nasserin, vous aussi
02:55vous vouliez prendre contact avec la famille du père Hamel
02:57mais vous n'osiez pas
02:59vous vous sentiez coupable.
03:01Oui, en effet
03:03quand on est la maman d'un terroriste
03:05on n'est pas du tout
03:07enviée
03:09si je peux dire.
03:11Je me disais
03:13que pour moi
03:15c'était comme
03:17je n'allais pas pouvoir m'en sortir
03:19comment je
03:21pouvais faire pour contacter
03:23la sœur du père Hamel
03:25je ne savais pas, j'avais aucune idée
03:27justement qu'il avait une sœur
03:29du coup moi j'ai essayé déjà
03:31de contacter les sœurs qui étaient dans l'église
03:33mais je n'ai pas réussi
03:35elles m'ont dit que c'était un peu trop tôt
03:37donc
03:39une fois que j'ai su
03:41que Roselyne Hamel voulait me contacter
03:43je me suis dit
03:45Cette rencontre aura lieu
03:47le 17 avril 2017, la première rencontre
03:49entre vous deux, Roselyne vous allez
03:51chez Nassera, neuf mois
03:53seulement après cette attaque
03:55qu'est-ce que vous avez ressenti quand vous vous êtes vue
03:57pour la première fois ?
03:59Roselyne Hamel
04:01disons que je me suis rendue
04:03avec l'archevêque
04:05monseigneur Lebrun
04:07qui avait fort envie de rencontrer cette famille
04:09donc
04:11je lui ai annoncé
04:13cette opportunité
04:15de pouvoir rendre visite
04:17à la famille Kermiche
04:19et
04:21c'est vrai que
04:23arrivé devant
04:25la barrière
04:27de cette maison
04:29mon cœur battait très fort
04:31j'avais très envie que
04:33le contact soit
04:37très fort
04:39déjà
04:43et porte des fruits
04:45parce que
04:47c'était quand même
04:49une démarche importante
04:51non seulement pour
04:53moi mais aussi
04:57pour les
04:59semaines, les mois qui allaient
05:01suivre
05:03parce que
05:05je savais qu'on n'aurait pas
05:07fini d'en parler et de remettre
05:09cet événement
05:11au bout du jour
05:13Il y a une longue étreinte
05:15pardon je vous coupe Roselyne
05:17entre vous deux
05:19c'est ce que raconte l'archevêque de Rouen
05:21qui vous accompagne
05:23sans un mot et puis
05:25Nassera vous demandez pardon à Roselyne
05:27et Roselyne je vais lire ces mots que vous écrivez
05:29je ne suis pas venue chercher un pardon
05:31mais pour essayer de gérer ensemble notre douleur
05:33de soeur et de mère
05:35c'est exact
05:37c'est les premières paroles
05:39que j'ai dit après
05:41que Nassera
05:43nous a ouvert la porte
05:45nous a ouvert les bras
05:47en disant pardon, pardon
05:49et donc
05:51je l'ai
05:53tout de suite pris dans mes bras
05:55et lui dire je ne suis pas venue
05:57chercher un pardon je suis venue
05:59vous proposer de gérer notre douleur
06:01ensemble
06:03et à partir de là nous avons
06:05conversé pendant plus d'une heure
06:07accompagnée de Mgr Lebrun
06:09où elle m'a raconté
06:11la galère
06:13qu'elle vivait
06:15depuis le début que son fils
06:17s'était égaré sur son chemin
06:19la galère justement
06:21Nassera vous l'a raconté très bien
06:23dans ce livre
06:25votre fils Adèle
06:27ce qui peut surprendre les auditeurs
06:29vous avez quatre autres enfants qui ont fait de brillantes études
06:31et il y a cette question qui vous hante
06:33pourquoi Adèle
06:35est-il passé à l'acte
06:37vous avez essayé de le raisonner à plusieurs reprises
06:39il avait été emprisonné
06:41parce qu'il avait voulu rejoindre la Syrie
06:43au moment de cet attentat
06:45il a un bracelet électronique
06:47il est censé rester
06:49chez vous
06:51cette question j'ai l'impression qu'elle vous hante
06:53pourquoi
06:55c'est normal qu'elle vous hante
06:57mais pourquoi d'après vous
06:59vous avez l'impression
07:01de ne pas avoir réussi quelque chose
07:03exactement
07:05j'ai toujours cette culpabilité
07:07de la maman
07:09qui se demande
07:11pourquoi mon fils
07:13a dévié de cette façon
07:15alors qu'il a été élevé comme les autres
07:17comme les autres
07:19qu'il a reçu les mêmes valeurs
07:21que nous lui avons transmis
07:23mon mari et moi
07:25et je me suis dit
07:27c'est pas possible, il ne peut pas avoir dévié de cette façon
07:29qu'est-ce que j'ai fait
07:31qui l'a dévié
07:33est-ce que j'ai fait une erreur
07:35est-ce que j'ai fait
07:37quelque chose de mal
07:39donc je me suis vraiment posé la question
07:41et je me sens
07:43vraiment coupable
07:45de ça
07:47vous racontez que c'est encore pire après son passage en prison
07:49c'est là d'après vous que ça a basculé vraiment
07:51oui je me sens coupable
07:53parce que moi j'étais
07:55entre parenthèses
07:57contente qu'il soit emprisonné
07:59parce que je me disais
08:01il ne va pas partir
08:03il sera en prison, je suis sûre qu'il ne pourra pas partir en Syrie
08:05sauf que
08:07moi je me faisais une idée de la prison
08:09qui n'est pas du tout
08:11celle qui est aujourd'hui
08:13je me disais qu'en prison
08:15ils allaient le prendre en main
08:17qu'ils allaient lui faire une formation
08:19le remettre à l'école
08:21quelque chose qui va l'occuper
08:23et en fait il était enfermé 23h sur 24
08:25avec d'autres personnes
08:27qui étaient soit revenus de Syrie
08:29soit avaient essayé de
08:31commettre un attentat
08:33donc j'ai pris peur à ce moment là
08:35en me disant mais qu'est-ce qu'on a fait
08:37qu'est-ce qu'on a fait
08:39notre fils a été emprisonné
08:41et en fait il est
08:43à l'école de la radicalisation
08:45en fait
08:47à l'école de la radicalisation en prison
08:49c'est aussi ça sans doute l'un des problèmes
08:51j'éprouve, écrivez-vous, une immense colère envers Adèle
08:53et pourtant s'il était là
08:55devant moi, je le prendrais dans mes bras
08:57je le serrais très fort
08:59vous l'aimez encore votre fils ?
09:01j'adore mon fils, je l'aime
09:03comme une mère peut aimer son fils
09:05s'il était là, je le prendrais
09:07dans mes bras, je le serrais
09:09très fort, bien sûr
09:11vous comprenez Roselyne, les mots de Nacerin ?
09:13bien sûr
09:15l'amour
09:17n'a pas de limite
09:19surtout en ce qui concerne nos enfants
09:21on les aime
09:23tels qu'ils sont
09:25chacun de nos enfants
09:27est différent
09:29et on les aime avec leurs différences
09:31et il n'y a pas de limite
09:33à notre amour
09:35même s'il se doit
09:37être une grande souffrance
09:39il n'y a pas de limite pour nos enfants
09:41on les aime tels qu'ils sont
09:43avec leurs qualités, leurs défauts
09:45leurs dérives
09:47et bien souvent
09:49c'est vrai qu'en tant que parent
09:51la culpabilité que l'on ressent
09:53est un lourd fardeau
09:55et c'est à ça que j'ai pensé
09:57pour avoir
09:59cette volonté de rencontrer Nacerin
10:01un grand merci
10:03vraiment à toutes les deux parce que vous nous donnez ce matin
10:05une sacrée leçon, beaucoup d'espoir
10:07aussi, ça rassure
10:09de savoir que ça, ça peut exister
10:11je conseille vraiment à tous nos auditeurs
10:13et je le dis très sincèrement dans votre livre
10:15ça s'appelle Sœur de douleur
10:17c'est publié chez Ixo et ça sort aujourd'hui
10:19merci beaucoup
10:21c'était très émouvant de vous entendre
10:23on est à la fois, moi je suis un fils et un papa
10:25et ça nous oblige, merci beaucoup
10:27dans un instant
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