00:00Avec nous, Brice Gageant, secrétaire départementale de l'ISER, Unité Police, merci d'être là.
00:07Damien Charton est en direct de Grenoble devant ce bar associatif dans lequel une grenade a donc été jetée hier soir, peu après 20h.
00:15On est dans le quartier du village olympique, le quartier sensible du village olympique à Grenoble.
00:20D'abord, Mélanie Bertrand, le tout dernier bilan.
00:23Effectivement, de sources concordantes, il y a toujours 12 blessés mais 2 ont un pronostic vital engagé ce matin, cela nous est confirmé par des sources concordantes.
00:3212 blessés donc 2 pronostics vitals engagés.
00:35Brice Gageant, est-ce que vous pouvez essayer avec nous de refaire la chronologie des faits ?
00:41Tout a commencé aux alentours de 20h15.
00:44Effectivement, au niveau de ce bar associatif où visiblement il y avait pas mal de personnes à l'intérieur, un local plutôt petit, un individu qui se présente.
00:58D'emblée, pour le moment, on a le signalement d'un individu.
01:03Est-ce qu'il y en a plusieurs ? L'enquête nous le démontrera.
01:05Et cet individu dégoupille une grenade qu'il jette à l'intérieur du local.
01:09La grenade explose. Evidemment, il a le temps de sortir du local.
01:14La déflagration est considérable.
01:16On est au rez-de-chaussée d'un immeuble d'habitation, je crois, de 4 étages.
01:20Et là, les dégâts sont importants.
01:22Beaucoup de blessés également, vous confirmez tout ça, et une déflagration très impressionnante.
01:28Alors, une déflagration très impressionnante d'après le voisinage.
01:32Surtout au niveau des vibrations, l'ensemble du quartier a ressenti la déflagration.
01:38Effectivement, beaucoup de blessés.
01:40Ce type d'engin, dans un endroit plutôt fermé, a un phénomène de blast
01:45qui crée beaucoup de dégâts tant sur le matériel que sur les personnes qui s'y trouvent.
01:49On devine que des vitres de l'immeuble au-dessus du bar ont dû exploser sous cet effet de blast.
01:54Est-ce que vous nous confirmez que l'individu portait une kalachnikov ?
01:59Écoutez, c'est les premiers éléments que nous avons.
02:02Il y a déjà des éléments qui sont diffusés dans la presse.
02:05Et le procureur de la République s'est exprimé.
02:07Donc, dans un premier temps, c'est effectivement le premier son de cloche qui est parvenu aux enquêteurs.
02:12C'est que l'individu était également porteur d'une arme automatique sur lui.
02:18Est-ce qu'il a dit quelque chose au moment de jeter cette grenade ?
02:22Alors, on n'a pas cet élément à notre niveau.
02:27Il n'y a aucun élément qui va dans ce sens-là.
02:31On a simplement cet individu qui se présente avec un mobile criminel.
02:36Étant donné qu'il y a un acte préparatoire, le fait de venir armé d'une grenade
02:41et potentiellement d'une arme semi-automatique, ce qui sera confirmé.
02:44Donc, il y a un mobile criminel et cet individu se sert de la grenade en l'achetant dans le local.
02:48Est-ce que ce bar est considéré par vos services comme un point de deal ?
02:53Difficile à établir.
02:55Ce n'est pas un point de deal répertorié de l'agglomération comme on l'entend.
03:00Si à l'intérieur, il y avait du trafic, c'est également l'enquête qui le déterminera.
03:05De toute façon, il y a forcément un mobile qui sera à établir.
03:09Étant donné la motivation criminelle de la personne,
03:12ce n'est pas anodin de jeter un engin explosif dans un local
03:16où on sait pertinemment que ça va faire beaucoup de victimes.
03:19Instinctivement, vous dites que ce mobile est sans doute lié au trafic de stupéfiants ou pas ?
03:24C'est difficile à dire.
03:26Visiblement, on s'oriente vers du grand banditisme vu les moyens employés.
03:30Par contre, tout de suite faire un lien avec le produit stupéfiant ou la matière stupéfiante, c'est un peu tôt.
03:36Première réaction ce matin sur le plateau de première édition d'une ministre du gouvernement de François Bayrou.
03:41C'était Juliette Méadel qui était notre invitée tout à l'heure.
03:43Ministre chargée de La Ville, écoutez-la.
03:45Je pense aux victimes parce que non seulement il y a six personnes en état d'urgence absolue,
03:50donc ça veut dire entre la vie et la mort, il y a probablement plus de blessés.
03:53Je pense à tous les traumatisés autour.
03:55Ils sont en train de boire un café et on leur met une bombe dans les pieds.
03:59Il y a beaucoup d'actes qui sont des actes de règlement de compte dans le cadre du trafic de drogue.
04:04Je ne sais pas si c'est le cas, mais ça commence à être plus qu'invivable et insoutenable.
04:09En particulier dans les quartiers dont je m'occupe, la vie devient insupportable.
04:13J'étais à Marseille, j'étais à Montfermeil.
04:16Ça devient extrêmement difficile pour ces habitants.
04:19J'ai recherché les chiffres.
04:21Bataille pour les points de deal à Grenoble.
04:2310 morts, 55 fusillades et 49 blessés depuis avril 2023.
04:28On a fait une rapide petite recherche ce matin, Mathieu, dans ce quartier où se trouve ce bar, place Claude Cogan.
04:35Il y a des histoires.
04:37C'est le quartier du village olympique qui était un des villages olympiques de 1968 à Grenoble
04:40et qui a été ensuite plutôt laissé de façon un peu délabrée.
04:45Les habitants s'en plaignent.
04:46C'est vrai qu'en 2022, il y a un article de presse qui racontait que des habitants se plaignaient de l'installation d'un point de deal dans cette rue.
04:53Qu'est-ce qu'on a comme informations, Mme Bertrand, autour de cette zone ?
04:58C'est une zone, effectivement, on est au sud de Grenoble.
05:00C'est une zone sensible.
05:02Une source policière nous disait hier soir qu'il y avait effectivement du trafic de stupéfiants dans ce quartier.
05:06On entend que le policier à l'antenne est très prudent parce que c'est une des pistes qui est étudiée par les enquêteurs,
05:11mais sans doute pas la seule.
05:12Le procureur adjoint hier soir est venu sur place, bien sûr.
05:15Il y avait la préfète, il y avait la maire adjointe.
05:17Tous sont très prudents.
05:18Le procureur disait que toutes les pistes sont à l'étude.
05:20Aucune n'est écartée à ce stade, sauf a priori la piste terroriste, et c'est important de le dire.
05:26Le mobile terroriste a priori est écarté.
05:28Le parquet national antiterroriste, d'ailleurs, n'est pas saisi.
05:31Alors, est-ce que pour autant, on peut faire le lien tout de suite avec le trafic de stupéfiants ?
05:35Ce sont les enquêteurs de la PJ de Grenoble qui sont sur cette affaire.
05:37Brise Gageant, vous avez été surpris en apprenant cette information hier soir.
05:42Quand on parle de règlement de compte dans le milieu de la drogue, on parle de fusillade.
05:46Là, c'est une grenade.
05:48C'est une première ?
05:50Alors, dans le passif criminel grenoblois, dans les années 90,
05:54il y a déjà eu l'emploi d'explosifs pour des règlements de compte.
05:58Et paradoxalement, ce matin, très tôt, quand je suis venu à l'hôtel de police,
06:02ce qui m'a frappé, c'est la banalité de la prise en compte des collègues
06:07qui prenaient ça malheureusement comme quelque chose d'habituel.
06:11Pour les policiers grenoblois, certes, c'est une grenade.
06:14Certes, il y a beaucoup de victimes.
06:16Mais on a une telle récurrence de faits similaires violents et criminels
06:20que je n'ai pas trouvé des collègues plus surpris que ça.
06:23Et je vous dirais qu'à mon niveau, je ne le suis pas non plus.
06:25Effrayant, la banalisation des actes et surtout des méthodes employées.
06:30Damien Charton, vous avez rencontré sans doute des riverains de ce quartier populaire ce matin.
06:35Que disent-ils ?
06:38Écoutez, ils sont surpris.
06:40Ils me disent aussi que ce quartier, il y a des problèmes.
06:43Un des riverains que j'ai interrogé hier soir m'a dit,
06:46quand il a entendu l'explosion chez lui,
06:48il a cru que c'était encore, entre guillemets, une voiture qui explosait.
06:51Donc, il y a des problèmes évidemment.
06:54De l'autre côté, ce quartier était assez populaire.
06:57Quasiment toutes les personnes à qui j'ai parlé ce matin m'ont dit
07:00qu'elles passaient prendre le café le matin ou le soir.
07:05Il y avait à peu près 25-30 personnes quand c'était plein.
07:08Une personne m'a dit que c'était ouvert jusqu'à 22h30 la semaine,
07:1123h, 23h15 le week-end.
07:13Donc, un endroit très populaire, en tout cas, dans cet endroit du village olympique.
07:18On est sur une place au niveau plus 1,
07:20l'architecture des années 70,
07:22mais un bar associatif, en tout cas,
07:24qui était vraiment très connu ici.
07:27Ça choque tout le monde.
07:29L'enquête dira exactement ce qu'il s'est passé.
07:33C'était vraiment un lieu très connu pour les habitants du village olympique.
07:38Et ici, là, depuis ce matin, ça bouge.
07:41Il n'y a pas de problème particulier.
07:43Les gens vivent ici.
07:45Ce n'est pas non plus un endroit abominable pour vivre tous les jours.
07:49En tout cas, ça vit ce matin.
07:51Après, évidemment, s'il y a des points de deal, l'enquête le dira.
07:54Mais moi, je n'en ai pas constaté hier soir et ce matin.
07:57– Damien, on voit des rubalises derrière vous.
08:00Le quartier, la zone du bar est bouclée.
08:02Des effectifs de police sont encore présents, ils font des relevés ?
08:07– Alors, dans le bar, il y a la police qui est présente.
08:11Là, je ne vois pas la police scientifique opérée pour l'instant,
08:15mais ils sont peut-être de l'autre côté.
08:16Là, je suis sur la place à l'intérieur des immeubles.
08:21Hier soir, par contre, il y avait pas mal d'effectifs de police.
08:26Évidemment, il y avait la préfète qui est passée,
08:28le procureur.
08:30Jusqu'à minuit, minuit et demi, il y avait du monde.
08:32Et puis, c'est vrai qu'il y a quelques policiers
08:34avec des engins pour tirer des LBD ou autre,
08:38qui étaient là en patrouille avec les lampes torches.
08:41Ce matin, quelques voitures en faction.
08:43Mais le périmètre est fermé, vous le voyez, derrière moi.
08:45Il y a une rubalise à peu près de 100 mètres par 100 mètres.
08:48On ne peut pas accéder au café, on voit juste les chaises qui sont tombées
08:53et puis les petits plots jaunes avec les numéros
08:55pour montrer les marques à la police.
08:58– Merci, merci à tous les trois.
08:59Merci à Brice Gageant, merci à Mélanie Bertrand également.
09:02Et je rappelle le bilan que vous nous donniez.
09:03Donc, 12 blessés, 6 très gravement touchés
09:06et 2 entre la vie et la mort.
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