00:00RTL Matin
00:03Amandine Bégaud et Olivier Bois
00:05Et à 8h16 sur RTL, votre invité Amandine, c'est l'une des affaires les plus mystérieuses de ces dernières années,
00:11la disparition du petit Émile, c'était le 8 juillet 2023,
00:1519 mois plus tard et alors que les obsèques du petit garçon auront lieu demain,
00:19on ne sait toujours pas ce qui a bien pu se passer.
00:21Amandine, vous avez choisi ce matin de recevoir l'ancien directeur de recherche criminelle de la gendarmerie,
00:26le général François Daoust.
00:28Bonjour Général Daoust.
00:29Bonjour.
00:30Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, on va faire bien sûr un point avec vous sur ce que l'on sait,
00:34est-ce qu'on ne sait pas dans cette enquête, il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas encore,
00:37mais d'abord je voulais avoir votre sentiment quand plus d'un an et demi après la disparition d'Émile,
00:4219 mois après, vous entendez aujourd'hui que les gendarmes, que vous connaissez bien,
00:46vous avez fait ce métier, vraiment au cœur de cette enquête, n'ont aucune hypothèse privilégiée,
00:53accident, meurtre ou autre, est-ce que ça vous étonne sincèrement ?
00:57Alors au regard de l'ensemble des éléments qu'il y a, non, pas vraiment.
01:02Pour qu'une hypothèse prenne réellement le pas sur une autre, il faut qu'il y ait des éléments,
01:07des éléments matériels, des témoignages, des éléments indiciels particulièrement probants
01:12qui vont faire qu'on écarte au fur et à mesure les unes ou les autres.
01:16Sauf que là on a quand même des éléments, un crâne, des vêtements appartenant aux petits garçons
01:20qui ont été retrouvés en mars dernier, on y a trouvé deux traces ADN,
01:24c'est Artel d'ailleurs qui l'avait révélé, c'est pas rien !
01:28Alors, c'est pas rien, mais ce n'est pas suffisant. Pourquoi ? Parce que d'abord nous n'avons pas eu,
01:33il n'y a pas eu le corps, hélas, en entier de l'enfant, ce qui fait que les médecins légistes
01:39derrière ou les anthropologues n'ont pas pu voir s'il y avait d'autres blessures,
01:43des blessures particulières ou blessures d'une agression ou d'un accident,
01:47ou au contraire aucune blessure qui pourrait montrer que l'enfant s'est déshydraté,
01:52a perdu conscience et est décédé. Donc ça c'est la première chose.
01:55On reste toujours entre deux. Le fait d'avoir trouvé deux traces ADN,
02:00d'abord il est quand même étonnant que derrière ces traces ADN qui sont apparemment,
02:06d'après les échos que nous avons tous, partielles et dégradées,
02:10ça veut dire que l'exploitation est particulièrement difficile.
02:13Ça veut dire quoi une trace d'ADN partielle ?
02:15Une trace d'ADN partielle, disons que si votre profil ADN
02:21est sur 15 régions, c'est-à-dire 15 morceaux bien choisis un par un.
02:27C'est comme une corde ?
02:28Voilà, comme une corde. Et sur cette corde, elle est constituée d'un certain nombre
02:33de petits nœuds qui les distinguent. Et bien là, quand l'ADN partiel,
02:38on ne peut avoir qu'une partie de la corde. Un ADN dégradé, en fait,
02:42on a des morceaux de la corde mais qui ne sont pas forcément réunis entre eux.
02:46Donc c'est beaucoup plus difficile à interpréter.
02:49Est-ce que visiblement on est capable de dire que ça n'est pas un membre de la famille ?
02:52Oui.
02:53Ça, cette piste-là, elle est écartée, en tout cas à partir de l'ADN.
02:57Ça pourrait être l'ADN d'enquêteur ?
03:00Tout à fait. On pourrait avoir une contamination par enquêteur.
03:04Les personnes qui étaient sur le terrain, bien qu'ils aient pris des précautions,
03:08l'ADN est quelque chose de très volatil.
03:10Et les techniques sont tellement pointues maintenant...
03:13Ça c'est facile à vérifier, on sait tous les enquêteurs.
03:16Là-dessus, je pense que les juges d'instruction ont fait prélever l'ensemble des enquêteurs
03:21et des experts qui ont eu à travailler à la fois sur les ossements et sur les vêtements.
03:26Le fait qu'on puisse exclure que ce n'est pas un ADN familial,
03:30c'est que dans un des petits morceaux de corde,
03:33on peut avoir ce qu'on appelle l'ADN mitochondrial qui donne la lignée maternelle
03:37ou un STRY, je ne vais pas aller au-delà,
03:41mais qui peut donner aussi l'équivalent paternel.
03:45Donc si on a ce petit morceau, il peut déjà indiquer quelque chose.
03:49Quant à le comparer, si c'est vraiment trop dégradé,
03:53ça ouvre un champ des possibles et en fonction du nombre de morceaux,
03:57on peut avoir des centaines, voire des milliers de gens qui pourraient correspondre aussi.
04:00Donc on a une trace ADN, on la rentre dans un fichier.
04:03Les différents fichiers qu'on a, visiblement, pour l'instant, ça ne matche pas avec rien.
04:08J'imagine que 19 mois après la disparition du petit garçon,
04:11les enquêteurs savent très bien tous ceux qui se trouvaient dans la région à ce moment-là.
04:15Alors, après ce temps, ils ont fait tous les bournages,
04:19ils ont relevé tous les véhicules aussi,
04:23qui eux aussi bournaient parce qu'ils ont des cartes SIM à l'intérieur pour la plupart.
04:27Ce qui reste encore long, c'est, certes, on a l'ensemble,
04:32mais ça fait plusieurs milliers et il faut les entendre.
04:36Donc là-dessus, c'est un travail de fourmi, une enquête à l'ancienne,
04:40du temps où il n'y avait pas toutes ces données et ces traces matérielles.
04:45Il n'empêche que, quand ça sera fini,
04:48est-ce qu'il y a quelqu'un qui ait d'intérêt ou pas ?
04:52S'il n'y a personne d'un côté,
04:54si de l'autre côté, les éléments et les traces ne sont pas déterminantes,
04:58eh bien, on sera toujours sur les deux hypothèses privilégiées,
05:02l'enfance est vraiment perdue.
05:04Et il y a peut-être eu un accident et le corps a été déposé.
05:08Si il s'est perdu, ça on ne le saura jamais.
05:10Rien ne pourra jamais le prouver.
05:12Rien ne pourra jamais le prouver et c'est toute la difficulté.
05:16D'après vous, il est possible, Général Daous, qu'on ne sache jamais ce qui s'est passé ?
05:20Tout à fait. Et grâce, malgré les techniques, malgré les témoignages,
05:24malgré les éléments qui sont remontés,
05:26mais comme il manque beaucoup d'éléments indiciels,
05:29et les plus importants qui sont le corps entier,
05:33ou en tout cas au moins le squelette entier de cet enfant,
05:36eh bien, n'ayant pas ça,
05:39il y aura toujours un grand point d'interrogation.
05:41Alors je ne veux pas poser une question morbide,
05:43mais pour qu'on comprenne bien, on a retrouvé effectivement
05:46quelques ossements, un crâne.
05:48Est-ce que ça vous étonne qu'on n'ait pas retrouvé l'ensemble du corps ?
05:52Imaginons effectivement qu'Emile se soit tout simplement perdu,
05:55et qu'il soit mort de froid,
05:57ou parce qu'il est tombé.
05:59Le corps aurait dû être là ?
06:01Alors, le corps, au regard de la topographie des lieux,
06:05une des hypothèses, s'il s'est perdu,
06:08donc coup de chaleur, déshydratation,
06:11il est certainement sur la crête.
06:14À partir de ce moment-là, il y a le temps qui fait son œuvre,
06:19c'est l'automne, l'hiver, ça passe.
06:21Il y a plusieurs épisodes méditerranéens qui feront que
06:25ça ravine complètement de la crête jusqu'au ruisseau qui est en dessous.
06:31Si le corps était en haut, à ce moment-là,
06:33avec la dégradation et la décomposition naturelle,
06:36le corps et les morceaux, au fur et à mesure du squelette,
06:40dévalent la pente.
06:41Donc une fouille très poussée de toute cette zone, c'est impossible ?
06:45Alors, il y a eu une fouille poussée de la zone.
06:48Ils sont remontés en amont, parce que la prédation animale
06:51fait qu'ils viennent, hélas, c'est un peu triste et morbide ce que je veux dire,
06:56mais ils vont se nourrir des restes de l'enfant,
06:59ils vont amener des morceaux en amont.
07:02Inversement, le cours d'eau en cru
07:07va amener le reste des éléments beaucoup plus en aval.
07:11Les recherches ont permis de retrouver un certain nombre d'éléments osseux,
07:15mais pas la totalité.
07:17En tant qu'ancien patron de l'IRCGN, l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie,
07:20vous avez travaillé, Général Daouz, sur des dizaines et des dizaines d'enquêtes,
07:23en l'espèce.
07:24Je le rappelle pour nos auditeurs, vous n'avez pas accès directement à ce dossier.
07:28Est-ce que, malgré tout, vous avez, vous, une intime conviction ?
07:32Alors, l'intime conviction, en droit, elle est...
07:36Oui, mais comme vous n'êtes plus en poste, je me permets de vous la poser la question.
07:40Oui, tout à fait, elle est pour le juge et les jurés.
07:42Alors, j'ai l'impression que, malgré l'ensemble des hasards que l'on pourrait dire,
07:47comme le crâne retrouvé le jour de Pâques,
07:49l'endemain ou le surlendemain d'une mise en situation, etc., etc.,
07:55l'hypothèse que je privilégierais à ce stade, à défaut d'autres éléments,
08:02c'est vraiment l'enfant qui s'est perdu.
08:05Et je rappelle que le procureur de la République, dans une de ses dernières déclarations,
08:09avait dit que cette zone, autant le chemin avait été vu, contrôlé, etc.,
08:16autant cette ravine, de la ligne de crête jusqu'au bas, n'avait pas bien été fouillée,
08:21parce qu'elle ne paraissait pas être peut-être d'importance ou autre, ou elle a été loupée.
08:28Même les chiens n'avaient pas été amenés sur place.
08:30Donc, tout s'est peut-être joué dans les toutes premières heures.
08:34Oui, je vous rappelle, il faisait 40 degrés.
08:36Un enfant de deux ans se déshydrate très, très vite.
08:40Deux, trois heures après, comme le disait le médecin légiste,
08:43il tombe inconscient parce qu'il a besoin de boire.
08:47Et après, hélas, le drame arrive.
08:50Merci beaucoup, Général Daoust, d'être venu ce matin nous aider.
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