00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 7h-9h, RTL Matin.
00:06 RTL, il est 8h22. Bonjour François Daoust.
00:12 Bonjour.
00:13 Vous êtes l'ancien directeur de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale.
00:16 Merci beaucoup de nous rejoindre sur RTL ce matin.
00:18 Le crâne d'Emile, deux ans et demi, a donc été retrouvé à proximité du Haut-Vernet,
00:22 le hameau où il avait disparu depuis neuf mois.
00:24 C'est le premier tournant majeur de cette enquête ?
00:27 Oui, c'est un tournant majeur. On a vu dans un premier temps la disparition, les recherches, les secours,
00:33 puis une enquête judiciaire long cours qui commence à se mettre en œuvre parce que justement il n'y a pas de corps.
00:39 Et là, cette découverte relance l'enquête mais différemment.
00:44 C'est-à-dire qu'on part sur des pistes. C'est d'abord, un, retrouver et voir s'il y a d'autres ossements et où.
00:51 Et en fonction de ça, les différentes hypothèses de travail des enquêteurs vont se mettre en œuvre les unes derrière les autres.
00:59 Quelle est justement désormais la priorité des enquêteurs ?
01:02 La priorité des enquêteurs, c'est que les experts qui sont déplacés sur place apportent des réponses.
01:08 Pour ça, il y a plusieurs unités de l'IRCGN qui sont là.
01:11 Il y a l'unité qu'on appelle GEL, qui est le groupe État des lieux,
01:16 qui avec des tachéomètres, des géolocalisations vont refaire la topographie des lieux en amont, en aval,
01:24 pour essayer de voir et d'expliquer si le crâne qui s'est retrouvé là,
01:29 l'a été du fait d'une prédation, du fait des intempéries qu'il y a eu avant, ou si ça a été un dépôt.
01:37 On aura une réponse à cette question ?
01:39 J'espère que oui, normalement, oui. Surtout si on ne retrouve rien du tout.
01:43 Donc là, il y aura vraiment des questions qui seront derrière.
01:46 On va donc savoir de quoi est mort l'enfant et à quel moment ? Rapidement ?
01:50 Si on a le reste des ossements, et là c'est pour ça qu'il y a aussi sur place anthropologues et entomologistes,
01:57 et bien les anthropologues, pourquoi ? Parce que dans la nature, les ossements qui vieillissent,
02:03 on n'arrive pas à les retrouver, ni les distinguer d'un petit caillou, d'une petite branche.
02:07 Donc il y a cette nécessité.
02:09 Et chaque fois qu'on va retrouver, si on retrouve un ensemble d'ossements,
02:12 ça veut dire qu'on est près du lieu où le corps était initialement,
02:16 il va falloir prendre toute la faune qu'il y a autour de ce corps,
02:20 parce que cette faune va être déterminante pour savoir si le petit garçon est mort sur place,
02:24 ou si le corps a été apporté après.
02:27 Donc là, la première réponse que l'on attend, c'est de savoir si on a déposé ce crâne là où on l'a trouvé, je vous ai bien compris ?
02:34 Voilà, ça c'est la première des questions. Est-ce qu'il a été déposé, ou est-ce que c'est un effet de la nature qui l'a mené là ?
02:42 Les enquêteurs ont-ils selon vous d'ores et déjà des éléments qui leur permettent d'avoir un avis ?
02:47 Puisque meurtre, accident, c'est la question depuis le départ.
02:50 Alors là, c'est au sein du laboratoire, le département avec la médecine légale et l'anthropologie,
02:57 qui travaille déjà sur le crâne pour voir s'il y a des blessures, des enfoncements, des éléments qui pourraient déterminer soit une chute, soit un coup ou autre.
03:08 Mais je rappelle qu'il n'y a pas le reste des ossements.
03:12 Et tant qu'on n'aura pas pu reconstituer le corps de cette petite victime, qu'elle se soit perdue ou qu'il y ait l'intervention d'un tiers,
03:19 eh bien ils sont dépendants de ce qu'ils ont matériellement.
03:23 On pourra déterminer par ailleurs si Emile est mort à l'endroit où on a trouvé le crâne ?
03:28 Alors, à l'endroit où on a trouvé le crâne, à partir du moment où on n'a pas d'autres ossements sur place,
03:33 c'est certainement un autre endroit dans la nature.
03:39 Parce que si on ne retrouve rien, ça veut dire que le crâne a été déposé intentionnellement.
03:45 Si on retrouve le reste des ossements, c'est là où les entomologistes vont permettre de déterminer si les restes des insectes qui sont tout autour
03:54 sont des insectes depuis la mort de la première heure ou au contraire, ce sont des insectes 3ème ou 4ème squad
04:01 qui montreraient que le corps de petit Emile a été déposé bien appréciablement.
04:07 Et l'on sait désormais répondre à ces questions ? On en a les outils ?
04:11 En entomologie, on a les outils.
04:13 L'ancien général de gendarmerie Jean-Charles Fontbonne a été hier soir sur RTL avec Vincent Parizeau. Je vous propose de l'écouter.
04:19 La zone a été ratissée, elle a été notamment ratissée avec des chiens qui sont extrêmement performants.
04:25 On imagine assez mal qu'ils aient pu passer à côté.
04:28 Moi, je pencherais plutôt, mais encore une fois de façon complètement théorique,
04:32 pour l'hypothèse d'un corps qui aurait été placé à l'endroit où on l'a découvert ou à quelques dizaines de mètres
04:36 s'il a été déplacé par des animaux ou par des ravinements, mais qu'on aurait placé après.
04:41 Vous partagez cette analyse ?
04:42 C'est une des hypothèses.
04:44 Mais moi, j'attendrai les éléments indiciels et matériels.
04:47 Ça, c'est mon côté criminaliste qui fait que je suis sur la réserve.
04:52 Et surtout, j'ai besoin d'avoir plus d'éléments matériels pour aller dans un sens ou dans un autre.
04:58 Donc, la question à laquelle on doit répondre en ce moment, c'est le corps a-t-il pu être déplacé ?
05:02 Tout à fait.
05:03 Le crâne a été retrouvé à un kilomètre à Vol d'oiseau du Auvergnay.
05:06 Le hameau, il a disparu en juillet dernier.
05:08 On a du mal à croire que les chiens, les drones ou les caméras thermiques aient pu passer à côté.
05:12 Est-ce que c'est possible ?
05:14 Alors, il y a des artefacts qui permettent de leurrer les drones ou les caméras thermiques, etc.
05:22 Ça peut arriver.
05:23 Je cite l'affaire Chevaline où on n'avait pas vu la petite fille qui était confondue avec le halo de chaleur de sa mère.
05:31 Donc, on voit des éléments comme ça.
05:33 Il ne faut pas oublier qu'il y avait beaucoup de personnes qui ont un petit peu piétiné la zone
05:40 et qui ont pu troubler certaines façons de travailler avec les chiens.
05:48 Si c'est un chemin qui a été fait aller-retour la veille ou la veille avec l'enfant, pourquoi pas le confondre et à un moment s'arrêter ?
05:58 Mais c'est vrai qu'il y a un point d'interrogation, c'est pourquoi les chiens à un moment n'ont pas senti.
06:04 Alors qu'ils sont particulièrement efficaces dans ce type de recherche, on est bien d'accord.
06:09 Voyons les hypothèses ensemble.
06:12 Est-ce un hasard ou une mise en scène le fait d'avoir retrouvé le crâne de cet enfant ?
06:18 Là est la question.
06:21 En tant que non spécialiste et m'intéressant à cette affaire par définition, j'ai l'impression qu'il s'agit d'une mise en scène.
06:27 Pardonnez-moi de brûler les choses.
06:31 N'hésitez pas à nous dire le contraire si vous pensez à quel cas.
06:34 Il peut y avoir le hasard, il ne faut jamais l'éliminer totalement.
06:38 Quand on fait les raisonnements du rasoir d'Ockham, le hasard fait parfois beaucoup de choses.
06:43 On se dit que c'est bizarre, mais c'est comme ça.
06:46 Donc l'hypothèse du hasard que le crâne de ce bébé a retrouvé là, suite à des épisodes climatiques, pourquoi pas ?
06:54 Autre hypothèse, c'est la symbolique qu'il y a derrière.
06:58 On est pour Pâques et on a l'impression de rendre à la famille en disant "ça y est, vous avez le corps de votre petit, vous pouvez commencer à faire le deuil".
07:07 - Ça a l'air d'être très catholique, on le sait. - Bien sûr.
07:10 Qui peut être, là aussi, une hypothèse de travail symbolique.
07:14 Mais dans ce cas-là, ça veut dire qu'on leur parle ? On vient de leur envoyer un message ?
07:18 Puisque si cette hypothèse qui, à un moment, dans l'enquête, fait jour, et bien ça veut dire l'appel, souvenez-vous l'appel de la maman à un moment,
07:28 qui était "on veut savoir, on veut savoir, rendez-nous le corps, rendez-nous etc."
07:33 Et bien peut-être que c'est une des hypothèses. Mais on ne peut pas aller uniquement dans ce sens.
07:39 Au moment où nous parlons, est-ce que les circonstances de la découverte sont parfaitement...
07:43 donc il s'agit d'un promeneur, d'une femme, sont clairement éclaircies à votre avis ?
07:51 - Je ne suis pas dans l'enquête, je ne sais pas, mais je pense... - C'est une des questions, quand même.
07:56 - C'est une des questions, mais je pense que celle-là, elle a dû être très rapidement traitée,
08:00 puisque la dame qui a fait cette découverte, se rendant à la gendarmerie,
08:06 elle a été entendue par les enquêteurs, pourquoi, quand, comment, quels liens,
08:11 s'il y avait des liens avec la famille ou pas, etc.
08:14 - La fameuse mise en situation auxquelles nous avons assisté la semaine dernière,
08:18 vous semble-t-elle être un déclencheur de cette découverte ?
08:21 - Je ne sais pas. Paradoxalement, s'il y avait une hypothèse plutôt vers les parents,
08:30 j'imaginerais plus la symbolique que cette mise en situation,
08:37 car derrière, la mise en situation, elle a donné ce qu'elle a donné,
08:41 peut-être pas grand-chose, ou en tout cas, elle a permis de resituer et de conforter des témoignages,
08:48 mais est-ce que c'était vraiment le déclencheur pour aller déposer les restes de la dépouille du petit dans la nature ?
08:57 Je ne sais pas, mais les enquêteurs, ils travaillent aussi.
09:00 On est sur un ensemble d'hypothèses, c'est-à-dire que paradoxalement,
09:03 on est presque au départ de l'enquête, avec plein d'hypothèses.
09:06 - On est au départ d'une nouvelle enquête. - Exactement.
09:08 - Merci infiniment François Daous, je rappelle le titre de votre livre.
09:10 [SILENCE]
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