00:007h42 sur RTL, l'invité d'RTL Matin est Thomas, vous recevez aujourd'hui Laurent Marcangeli,
00:09le ministre de l'Action Publique, de la Fonction Publique et de la Simplification.
00:12Bonjour et bienvenue sur RTL Laurent Marcangeli.
00:14Bonjour, merci.
00:15Êtes-vous comme le Premier ministre envahi par un sentiment de submersion migratoire ?
00:18La France était-elle en train d'être submergée par les immigrés ?
00:21Deux choses.
00:23D'abord, la forme.
00:26Je pense qu'on est en train de jouer l'avenir institutionnel et la stabilité du pays sur une querelle sémantique, c'est grave.
00:33Et la faute à qui ?
00:34La faute à celles et ceux qui ont des pudeurs de gazelle lorsqu'on parle d'un sujet qui est sérieux.
00:38Moi j'ai, en tant que député, rédigé, co-rédigé avec Estelle Youssoupha en 2023 un rapport sur l'immigration à Mayotte et en Méditerranée.
00:48Il faut aller voir là-bas ce qui se passe, il faut discuter avec les gens qui vivent là-bas.
00:52Il faut voir les résultats électoraux là-bas, il faut voir la situation là-bas.
00:55Et le Premier Ministre a parlé d'un sentiment de submersion à Mayotte à un moment où, je vous le rappelle, ce qui s'est passé là-bas il y a quelques semaines, à peine, c'est quand même assez grave.
01:11« Je n'aurais jamais tenu ces propos, ils me gênent », a dit Yael Bournebivet qui fait partie de votre famille politique.
01:16Vous savez, encore une fois, je vous dis, les querelles sémantiques, moi je commence véritablement à être submergé par un sentiment de gêne.
01:28Je crois que nos compatriotes ne comprennent plus le débat politique en France.
01:32Hier à l'Assemblée Nationale, j'ai vu un théâtre de boulevard, une forme de jeu.
01:39On ne joue plus, on est dans une situation compliquée, le pays est aux portes d'une crise de régime.
01:45Moi, si je suis aujourd'hui au gouvernement, c'est pour assurer une forme de stabilité, c'est essayer de trouver des concessions, des compromis parfois.
01:51Vous êtes à 100% derrière François Bayrou ?
01:53Je le soutiens. Et si je ne le soutenais pas, je ne serais pas dans son gouvernement.
01:56Ça dit, ces mots-là, ils ont provoqué la colère, ils ont même braqué les socialistes qui ont décidé de suspendre les négociations budgétaires avec le gouvernement.
02:02Qu'est-ce que vous leur dites ce matin à ces socialistes ? Ils ont la censure du gouvernement Bayrou entre les mains.
02:07Je leur dis de prendre garde à leurs décisions, et je le dis à l'ensemble des députés pour une bonne et simple raison,
02:14c'est que visiblement, les Françaises et les Français n'ont pas été particulièrement fans de ce qui s'est passé au mois de décembre avec la censure du gouvernement Barnier.
02:20Ça se saurait.
02:22Vous la sentez venir, la censure, là ?
02:24Tout est possible. Chacun devra assumer ses responsabilités.
02:28Ce que je remarque également, c'est que dans des enquêtes d'opinion, 90% des gens qui se sentent proches du Parti Socialiste ne veulent pas ça.
02:35Et même 52% des gens qui se sentent proches de LFI ne le veulent pas non plus.
02:39Moi, ça m'interpellerait.
02:41Mais c'est quand même pas très adroit, ça met de l'huile sur le feu quand même.
02:43Pourquoi François Bayrou, là, alors qu'il a besoin de discuter avec les socialistes, emploie des mots qui sont des chiffons rouges pour eux ?
02:48Mais mal nommer les choses, c'est ajouter à la misère du monde, disait l'autre.
02:52Il n'y a pas ce sentiment à Mayotte en particulier, et dans certains endroits du pays en général ?
02:58Est-ce que c'est mentir que de dire ça ? Est-ce que c'est une faute politique ?
03:03Pour moi, la faute politique aujourd'hui, c'est d'être dans le déni.
03:06Hier, le Premier ministre a rappelé à l'Assemblée Nationale...
03:08Le Président de l'Assemblée Nationale est dans la faute politique.
03:10Hier, le Président de l'Assemblée Nationale a rappelé que si on remettait ça à proportion de la ville de Paris,
03:14il y aurait 400 000 personnes dans des bidonvilles, ici dans la capitale.
03:17Vous croyez vraiment que les gens ne seraient pas submergés à Paris ?
03:21La présidente de l'Assemblée Nationale, qui était un pilier de la majorité macroniste ou de l'ex-majorité macroniste, est dans le déni.
03:25Elle se trompe.
03:26La présidente de l'Assemblée Nationale a son approche, son appréciation des choses.
03:31Moi, j'ai la mienne.
03:32Vous avez Laurent Marcangeli en face de vous ce matin et il vous dit ce qu'il pense.
03:34Ça tombe bien parce que j'ai pas mal de questions précises à vous poser.
03:36Lors de votre prise de fonction, Laurent Marcangeli, il y a quelques semaines, vous avez fait une belle déclaration d'amour aux fonctionnaires.
03:40Je crois en vous, je vous aime et je souhaite travailler avec vous.
03:43Mais vous connaissez la formule, il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour.
03:46On va y aller très concrètement.
03:47Est-ce que vous nous confirmez ce matin, fermement, définitivement,
03:50qu'il n'y aura pas 4000 suppressions de postes d'enseignants à l'éducation nationale dans le budget 2025 ?
03:54Je ne peux pas vous le confirmer totalement puisque le budget n'est pas voté.
03:57Mais c'est l'orientation que le gouvernement a prise.
04:01Est-ce que la droite au Sénat a choisi de supprimer ces postes ?
04:05L'orientation du gouvernement, notamment de la ministre, ancienne première ministre Elisabeth Borne,
04:10en accord avec le premier ministre François Bayrou, c'est de ne pas supprimer ces postes.
04:14Mais vous n'avez pas de garantie ?
04:16La garantie, M. Soto, c'est le vote du budget du pays.
04:21Et je vous rappelle quand même que, pour revenir à ce que nous disions tout à l'heure,
04:25au moment où nous parlons, nous n'avons pas de budget,
04:27ce qui, entre nous soit dit, n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le pays.
04:30Est-ce que vous souhaitez, si ces 4000 postes d'enseignants sont maintenus,
04:34continuer à créer 2000 postes d'AESH, d'accompagnement d'élèves en situation de handicap ?
04:38C'est une nécessité.
04:40Et le statut de ces personnes, souvent des femmes d'ailleurs, pose un certain nombre de questions.
04:48Ces personnes exercent un métier difficile, dans des conditions parfois difficiles,
04:53et elles n'ont pas la reconnaissance liée à ce statut.
04:56Donc je pense que c'est une nécessité aujourd'hui de renforcer nos postes à AESH.
05:01Sur la question des jours de carence, quand on est malade, c'est trois jours dans le privé,
05:04souvent pris en charge par l'employeur.
05:0670%.
05:07Comment ?
05:0870%.
05:09L'abandon du passage à trois jours dans le public est-il acté ?
05:13Oui.
05:14Oui, c'est une annonce que le Premier ministre a faite.
05:17Vous ne reviendrez pas dessus ?
05:18Non, nous ne reviendrons pas là-dessus.
05:20Est-ce qu'en échange, l'indemnisation des agents publics en arrêt maladie va baisser ?
05:23Oui.
05:24De combien ?
05:2590%.
05:26Ça va baisser de 90% ?
05:27Non, nous passons de 100 à 90%.
05:29D'accord, ça c'est acté aussi ?
05:30Ça a été avoté au Sénat, c'est un amendement que j'ai défendu.
05:34Et si on parle de rémunération, est-ce que le point d'indice va rester gelé toute l'année pour les fonctionnaires ?
05:38Nous ne sommes pas en capacité aujourd'hui d'augmenter le point d'indice pour les fonctionnaires.
05:41Donc la réponse est oui ?
05:42Oui.
05:43Pardon, je vous fais un point d'idée oui ou non, mais au moins ça permet de clarifier les choses.
05:46Quid de la prime destinée à compenser l'inflation qu'on appelle la JIPA, pour garantie individuelle du pouvoir d'achat ?
05:51Elle sera versée ou pas cette prime ?
05:53La JIPA n'a pas été versée en 2024 et au moment où je vous parle, il n'est pas prévu qu'elle soit versée en 2025.
05:57Ce n'est pas un problème quand même ?
05:59Évidemment que c'est un problème.
06:00Il ne vous a pas échappé qu'on a quand même un petit déficit public qui est difficile à gérer,
06:05qu'on a pris des engagements avec nos partenaires européens.
06:07Oui, mais vous c'est sur certaines choses, pas sur d'autres.
06:09François Bayrou a dit que le budget des ministères régaliens sera préservé,
06:12donc justice, intérieur, armée.
06:14Pour les sports, c'est Emmanuel Macron qui a dit « pas touche ».
06:17Finalement, on finit par se demander où vous faites les économies, les vraies économies ?
06:20Vous venez de me les citer.
06:21Là-dessus.
06:22J'ai du mal à vous comprendre.
06:23800 millions d'euros pour le non-versement de la JIPA,
06:26900 millions d'euros pour les 90% de versement pour les personnes en maladie ordinaire.
06:32Ça fait déjà quand même une somme confortable, je dirais.
06:37Et puis par ailleurs, vous n'avez pas de mesure catégorielle sur l'année,
06:40parce que vous avez tout un tas de mesures catégorielles qui coûtent aussi
06:43quelques centaines de millions d'euros,
06:45plus la non-revalorisation du point d'indice.
06:49Si on revalorisait le point d'indice, ça coûterait à peu près 3 milliards d'euros.
06:53Vous les aimez beaucoup, mais vous les mettez un peu au régime quand même, les fonctionnaires.
06:56Je les ai d'abord beaucoup consultés, voyez-vous, et j'ai passé du temps.
07:00Je leur ai expliqué qu'on vivait un moment difficile,
07:02et je pense que les hommes et les femmes politiques aujourd'hui
07:05qui font mine d'être fort déconcertés par les déclarations du Premier ministre,
07:11devraient avoir les organisations syndicales qui, elles, pour le coup, y compris les plus radicales,
07:15sont inquiètes par la situation du pays, notamment l'instabilité politique.
07:18Laurent Marcangeli, l'administration Trump offre 7 ou 8 mois de salaire
07:20aux fonctionnaires fédéraux qui voudraient démissionner.
07:22Vous pourriez vous en inspirer ou pas ?
07:24Non, ce n'est pas ma tasse de thé.
07:25L'emploi à vie, vous n'y toucherez pas ?
07:27Ce n'est pas ma tasse de thé. Nous sommes la France.
07:29Nous n'avons pas allé nous inspirer de modèles qui ne correspondent pas à notre histoire,
07:33notre identité, notre manière de faire les choses.
07:35Donc l'emploi à vie n'est pas sur la table ?
07:37Mais l'emploi à vie, vous savez, vous pensez d'abord que ce sont les femmes et les hommes
07:41qui font notre modèle.
07:43Aujourd'hui, vous voyez bien que les plus jeunes de nos compatriotes
07:46ne sont pas sur ces questions-là, ils ont une autre manière de concevoir les choses.
07:49Il y en a un qui rentre des Etats-Unis et qui n'est pas content,
07:51vous l'avez peut-être entendu, c'est Bernard Arnault.
07:53Écoutez ce que disait le patron de LVMH, qui était un des invités d'honneur
07:55à l'investiture de Donald Trump il y a quelques jours,
07:57et il est rentré un peu chiffon.
07:59Quand on revient en France, après avoir passé quelques jours à vivre ça,
08:03c'est un peu la douche froide.
08:05Quand on vient en France et qu'on voit qu'on s'apprête à augmenter les impôts
08:09de 40% sur les entreprises qui fabriquent en France,
08:13à peine croyable, pour pousser à la délocalisation, c'est idéal.
08:17Alors je ne sais pas si c'est vraiment l'objectif du gouvernement,
08:20mais en tout cas il va l'atteindre.
08:22Vous lui dites quoi là, tu pousses le bouchon, tu nous mets la pression
08:24ou il a raison Bernard Arnault ?
08:26Je vous dis qu'il faut l'écouter.
08:28C'est un modèle de réussite.
08:30C'est un français qui a réussi.
08:32Enfin ce qu'il dit surtout c'est qu'il ne veut pas payer 40% d'impôts en plus.
08:34Je vous dis il faut l'écouter.
08:36Et ensuite, moi j'écoute aussi les petits commerçants,
08:40les petits chefs d'entreprise.
08:42Aujourd'hui il y a une situation qui est compliquée, il faut en tenir compte.
08:46Mais il y a également des comptes à rendre au niveau de notre dette.
08:50Et notre dette aujourd'hui c'est un vrai problème.
08:52Donc les 40% ça ne sera pas négociable pour les entreprises
08:54qui font plus de 3 milliards de chiffre d'affaires.
08:56Il y a un effort temporaire à réaliser dans le cadre de ce budget.
09:00Cela était valable sous le précédent gouvernement,
09:02ça l'est aussi sur celui-ci.
09:04Et je pense que malheureusement,
09:06malheureusement, c'est un mal nécessaire.
09:08Pendant un an ou deux ans ?
09:10Déjà passons ce budget.
09:12A chaque jour suffit sa peine et nous verrons
09:14si l'année prochaine c'est encore valable.
09:16Merci beaucoup à vous Laurent Marcorgi d'être venu ce matin sur RTL.
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