00:00France Info Soir, l'invité, Aurélie Herbemont.
00:05Bonsoir Emmanuel Grégoire, vous êtes député socialiste et candidat à la Mairie de Paris.
00:11Candidat comme le socialiste Rémi Féraud, soutenu par Anne Hidalgo, le communiste Yann Brossard
00:16et depuis hier comme l'écologiste Yannick Jadot. Ça fait pas un peu trop de candidats à gauche tout ça ?
00:22Non c'est bien, c'est un moment démocratique qui va connaître plusieurs étapes avant les élections municipales elles-mêmes
00:28et c'est le cas à chaque fois, c'est le cas à chaque fois.
00:30Il y a des étapes intermédiaires d'investiture par les formations politiques, des dynamiques de rassemblement pour le premier tour.
00:37De tous les noms que vous avez cités et qui sont tous de qualité, à la fin il ne restera probablement qu'un ou deux.
00:42Et donc c'est un processus qui va s'engager et je trouve qu'il est sain.
00:45Il est sain pour redynamiser le projet de gauche pour 2026, pour engager une dynamique de rassemblement à gauche.
00:53Et je connais toutes les personnes que vous avez citées et je me réjouis à l'avance de travailler avec elles.
00:56Travailler avec elles, mais avant il y aura sans doute des affrontements.
00:59Yannick Jadot, le dernier candidat en date, estime qu'il faudrait un maire écologiste.
01:04Est-ce que les socialistes seraient prêts à inverser les rôles dans l'alliance PS-Ecolo, eux devant et vous derrière ?
01:10Ce n'est pas à moi de dire ça, c'est aux électeurs parisiennes et parisiens.
01:13Il faut se présenter chacun sous ses couleurs au premier tour ?
01:16Je ne sais pas. On est dans une majorité avec les écologistes depuis 2001.
01:21Les deux mandats de Bertrand Dalleneuil et les deux mandats d'Anne Hidalgo.
01:25Je crois que la logique est donc que nous puissions discuter pour voir si on a vocation à se rassembler au premier tour.
01:32Parce que traditionnellement, redisons-le à nos auditeurs, il y a des listes séparées PS et écologistes au premier tour.
01:37On a toujours été séparés au premier tour et toujours réunis au deuxième tour.
01:40Ça peut être l'une des options que nous remettons en place.
01:43Mais je pense qu'il serait dommage de se priver d'un dialogue.
01:47Parce que d'abord ça permet de travailler ensemble à un projet, une vision pour Paris.
01:51Qu'elle se concrétise au premier tour ou au deuxième tour, après on verra.
01:54Et deuxièmement, je crois qu'il y a une grande maturité de travail.
01:58On a travaillé tellement souvent ensemble, je le considère tellement bien,
02:02que c'est en tout cas une piste que j'explorerai dans les mois prochains.
02:05Pas tellement avec Yannick Jadot, qui est un nouveau venu dans la galaxie parisienne.
02:09Vous n'avez pas d'habitude de travail avec ce nouveau candidat écologiste.
02:13Alors non, il est lui nouveau dans l'équation municipale.
02:16Ce sera un élément de la crédibilité de sa candidature.
02:18C'est évidemment le sujet de la connaissance des dossiers parisiens, etc.
02:22Mais moi j'ai beaucoup de respect pour Yannick Jadot.
02:25Il est l'un des candidats verts à l'investiture des verts.
02:28Il y a au moins quatre autres candidats chez les écologistes.
02:31Et je le dis avec beaucoup de respect et d'amitié pour eux.
02:34Je n'ai pas à m'immiscer dans leur débat interne et je respecterai leur choix.
02:38Ils nous discuteront avec la ou le candidat qu'ils auront désigné.
02:41Pourquoi vous considérez que cette fois, il faudrait peut-être faire une alliance,
02:44éventuellement dès le premier tour ? Vous avez peur de Rachida Dati ?
02:47Non, je n'ai pas peur de personne.
02:50Mais c'est simplement la cohérence politique.
02:52La cohérence politique, c'est quand on a si longtemps travaillé ensemble,
02:56je pense qu'on ne doit pas s'interdire de discuter.
02:58Ça ne veut pas dire que ça aboutit.
03:00Mais je vois les vertus d'engager ce dialogue de rassemblement de la gauche.
03:04Et la deuxième chose, c'est qu'on ne peut pas, même dans des élections locales,
03:08s'abstraire d'un contexte national, d'un contexte international,
03:12même on en dira sans doute quelques mots, qui pèse.
03:15Et dans lequel je crois qu'il y a une demande de rassemblement,
03:18il y a une demande d'unité, mais pas, contre, pas au détriment de la cohérence.
03:22Donc il faudra voir si ce travail, qui nous conduira jusqu'en mars 26,
03:25permet d'avoir de la cohérence et de la force ensemble,
03:27ou si, tout en s'entendant très bien ensemble,
03:29on décide de partir séparément au premier tour.
03:31Mais au second tour, il faudra rassembler toute la gauche jusqu'aux insoumis ?
03:35Non, je réponds déjà très clairement à cette question plusieurs fois.
03:38Je ne le souhaite pas au niveau local, et j'ai la chance d'observer
03:42qu'il ne le souhaite pas non plus.
03:44C'est un contexte très différent au Paris.
03:46Vous êtes quand même allié au sein du nouveau Front Populaire ?
03:48Oui, mais ça n'a rien à voir.
03:49On parle d'une campagne municipale, pas d'une campagne nationale
03:52dans laquelle l'extrême droite menaçait d'arriver au pouvoir.
03:55Et j'ai toujours dit que, sur le projet municipal,
03:59la coalition que je veux essayer de mettre en place,
04:02c'est une coalition qui associera les communistes, les écologistes,
04:05place publique, il y a aussi des nouvelles forces associatives et militantes
04:11qui se dégagent à Paris.
04:13Évidemment, parce que c'est mon parti, le Parti Socialiste,
04:17mais je considère qu'il n'y aurait pas de cohérence
04:19à faire un accord de premier tour et de deuxième tour
04:21avec la France Insoumise.
04:22J'observe qu'il ne le souhaite pas.
04:24Et enfin, je l'ai déjà dit, parce que j'ai eu maintes fois
04:27à me confronter à eux sur ces sujets-là,
04:29je considère qu'il y a un problème de valeur et de clarification
04:33qui ne me conduit pas à travailler avec eux sur un plan municipal.
04:36Sur le plan municipal, au niveau du Parti Socialiste,
04:39il faudra déjà vous départager.
04:41Vous, Emmanuel Grégoire et Rémi Féraud,
04:44qui est soutenu par Anne Hidalgo,
04:46est-ce que vous pensez pouvoir l'emporter devant les militants socialistes
04:49malgré le soutien de la maire à votre adversaire ?
04:52Écoutez, d'abord, qu'il y ait plusieurs candidats me paraît sain.
04:55C'est quand même la vertu du Parti Socialiste
04:58d'avoir toujours fondé la légitimité de ses élus
05:01et de ceux qu'il présente au suffrage des électeurs
05:03de procéder d'une légitimité qui vient des militants.
05:06Et moi, je suis militant depuis très longtemps au Parti Socialiste
05:10et je sais tout ce que je leur dois
05:12dans les moments difficiles, dans les moments plus heureux.
05:15Ma légitimité, elle procède de ce collectif militant.
05:18Anne Hidalgo ne tient pas les militants PS parisiens ?
05:21Ce concept de tenir est insultant vis-à-vis des militants.
05:24Un militant, il est précisément un exercice de souveraineté,
05:28d'expression libre et indépendante.
05:31Vous savez très bien qu'Anne Hidalgo m'a soutenu pendant de longues années
05:34dans cette ambition.
05:35Et là, maintenant, c'est un peu plus froid.
05:37Elle a changé d'avis. Je le regrette.
05:39J'en prends acte et je mène mon chemin.
05:42C'est une candidature de liberté.
05:44C'est une candidature de fidélité aussi à l'histoire de la gauche à Paris.
05:48D'abord avec Bertrand Delannoy et au cours des deux mandats
05:52d'Anne Hidalgo avec laquelle j'ai beaucoup travaillé.
05:55J'ai été dix ans son adjoint, six ans son premier adjoint.
05:57Je n'en garde que de bons souvenirs.
05:59Et maintenant, une page se tourne et nous devons la proposer.
06:02Ce n'est pas forcément partagé des deux côtés, manifestement.
06:04Je le partage deux fois plus pour que ce soit parfaitement égalitaire.
06:08Emmanuelle Grégoire, vous êtes aussi porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée.
06:12Le Premier ministre compte scinder en deux le texte sur la fin de vie
06:16avec un texte consacré aux soins palliatifs, un autre sur l'aide à mourir.
06:20Est-ce que c'est une bonne idée de couper en deux ce texte ?
06:23D'abord, ce qui est une bonne idée, c'est d'aboutir.
06:25C'est aboutir sur un dossier sur lequel la légitimité populaire est immense.
06:30Toutes les études montrent depuis de nombreuses années
06:33que la question de la dignité, du droit de mourir dans la dignité
06:37est une question qui a une maturité, dans l'opinion, beaucoup plus forte
06:41que le cadre institutionnel.
06:43Je ne dis pas que le débat n'est pas intéressant,
06:47mais il faut sortir du débat et maintenant passer aux actes.
06:49D'abord, je veux dire que je suis un ardent défenseur,
06:51je le suis depuis plusieurs années,
06:53aux côtés de nombreux militants associatifs
06:55et de personnalités politiques aussi engagées sur cette question.
06:58L'important, c'est que nous aboutissions le plus vite possible.
07:00C'est un sujet dont on n'a pas beaucoup parlé,
07:02mais qui était aussi au cœur des discussions
07:04entre le Parti Socialiste et le gouvernement Bayrou.
07:08Après, sur les points de vue techniques,
07:10comme on y arrive...
07:11Ce n'est pas grave si c'est séparé en deux textes ?
07:13Ce n'est pas grave si c'est séparé à la condition
07:15que la séparation en deux ne soit pas la procrastination
07:17sur le sujet du droit de mourir dans la dignité.
07:19Parce que c'est un peu le sujet, tout le monde est d'accord,
07:21mais à chaque fois, on trouve une bonne excuse
07:23de reporter de six mois, de un an, de deux ans.
07:25On est trop confrontés à des cas individuels,
07:29des histoires personnelles, dramatiques,
07:32de gens qu'on enferme dans la souffrance,
07:34qui sont prisonniers de leur propre corps,
07:36qui sont obligés, y compris parfois de façon un peu illégale,
07:39d'aller trouver des procédures à l'étranger
07:41pour se libérer de la souffrance absolue,
07:43qui est le constat de sa propre déchéance, etc.
07:46Évidemment, il faut des garde-fous
07:48pour éviter qu'il y ait des dérives.
07:51Je sais qu'il y a des moyens,
07:53on sait qu'il y a des moyens pour cela.
07:55Le temps est venu d'agir.
07:57La semaine dernière, le Parti Socialiste
07:59n'a pas censuré le gouvernement.
08:01Est-ce que ça veut dire que les députés PS
08:03ne vont pas censurer le gouvernement sur le budget ?
08:05Non, ça ne veut pas dire ça.
08:06D'abord, il faut faire attention avec la censure.
08:08Pourtant, les concessions que vous avez obtenues
08:10sur les jours de carence pour les fonctionnaires,
08:13la non-suppression de 4000 postes d'enseignants,
08:16c'est bien des choses qui dépendent du budget,
08:18pas du discours de politique générale.
08:20Tout à fait, c'est la première étape.
08:22Mais la deuxième étape, c'est de confirmer
08:24dans le détail que ce que nous avons obtenu
08:27se traduit concrètement pour les Françaises et les Français.
08:30Je vais vous donner un exemple,
08:32parce que c'est une bataille que je mène,
08:34qui est la défense de l'école publique.
08:36Et la façon dont, honteusement, on fait peser
08:38sur l'école publique l'ensemble des économies budgétaires
08:40sur un pseudo-argument démographique,
08:42il existe, mais il n'explique pas tout.
08:44Quand le gouvernement nous dit
08:46« je vais renoncer aux 4000 suppressions de postes
08:48chez les enseignants ».
08:50Vous craignez de vous faire rouler ?
08:52Oui, on va surveiller qu'on ne se fait pas rouler.
08:54Parce que si ça ne se traduit pas dans les faits
08:57par une annulation ou une réduction spectaculaire
08:59du nombre de fermetures de classes sur le terrain,
09:02ça aura été un marché de dupe.
09:04Moi-même, aujourd'hui, j'ai été alerté
09:06par un collègue qui est élu d'outre-mer,
09:09député d'outre-mer de mon groupe,
09:11dans lequel on a encore des confirmations
09:14de suppression de postes d'enseignants
09:16qui ne sont pas à l'image.
09:18Donc, en gros, si c'est 4000 suppressions
09:20en moins au national,
09:22mais par la bidouillerie administrative,
09:24ça ne se traduit pas concrètement dans les écoles.
09:26Donc, il faut maintenir la pression jusqu'au bout sur le gouvernement.
09:28Parce que nous avons fait un pari qui est celui
09:30de la stabilité et de la responsabilité.
09:32Et de ne pas jouer avec légèreté,
09:34avec cette arme de la censure.
09:36La censure, pour que chacun comprenne,
09:38soit c'est un pétard mouillé
09:40quand on est dans une situation d'opposition
09:42face à une majorité très importante,
09:44et auquel cas personne n'en parle parce qu'elle n'aboutit jamais,
09:46mais dans la circonstance exceptionnelle
09:48que nous connaissons à l'Assemblée nationale,
09:50cette censure est un immense pouvoir de négociation.
09:54Et la question c'est, est-ce qu'on s'en sert
09:56pour verser toute chose et créer le chaos ?
09:58Ou est-ce qu'on s'en sert
10:00pour être utile au pays ?
10:02Et nous avons fait le pari d'être utile au pays.
10:04C'est le cas à travers les discussions qu'on a engagées
10:06et sur lesquelles nous serons vigilants,
10:08article par article et par déclinaison administrative
10:10à ne pas nous être fait rouler.
10:12Et la deuxième chose,
10:14un autre exemple, nous avons jeudi
10:16la niche parlementaire du Parti Socialiste.
10:18Il y a huit propositions de projet de loi
10:20que vous espérez faire adopter
10:22grâce au Macronisme.
10:24En tout cas, le PS n'y suffira pas seul,
10:26le NFP n'y suffira pas seul,
10:28et donc on va aller chercher des alliés ailleurs
10:30sur des sujets qui sont très concrets.
10:32Le repas Crous à un euro pour tous les étudiants
10:34sur une PPL, sur les ascenseurs,
10:36ça paraît anodin, mais cette PPL...
10:38Une proposition de loi sur les réparations d'ascenseurs.
10:40Sur les réparations d'ascenseurs, les obligations
10:42des bailleurs et des copropriétaires
10:44sur l'entretien des ascenseurs, parce que quand vous êtes
10:46dans une personne en mobilité réduite
10:48ou très haute, ça peut être un problème du quotidien.
10:50On a huit PPL qui correspondent
10:52à des problèmes du quotidien
10:54sur lesquels nous espérons avoir des résultats très concrets.
10:56Le gouvernement cherche
10:58des recettes, notamment peut-être
11:00pour financer les concessions qu'il a accordées au Parti Socialiste.
11:02Aujourd'hui, la ministre du Travail
11:04Astrid Panossian propose que les retraités
11:06les plus aisés, à partir de 2000 ou 2500 euros,
11:08participent au financement
11:10de la protection sociale. Est-ce que ça,
11:12c'est une idée que le PS pourrait soutenir ?
11:14Écoutez, j'en sais rien, parce que c'est ce qui est un peu
11:16surprenant, pour vous dire comme je le ressens.
11:18La ministre
11:20énonce ça, et il faut un peu plus
11:22de détails pour que je vous donne un avis éclairé.
11:242500 euros, on est riches
11:26quand on est retraité ou pas ?
11:28Dans votre question même, vous savez y répondre.
11:30La réponse est non.
11:32Et je trouve que,
11:34dans cette foirefouille
11:36des idées, etc.,
11:38il y a beaucoup de légèreté
11:40et, entre guillemets, de risque sur les messages
11:42qu'on veut adresser. Notre position au Parti Socialiste,
11:44elle est simple. Au cours
11:46des sept dernières années, il y a des entreprises,
11:48il y a des très grandes fortunes
11:50qui ont largement bénéficié
11:52des réductions fiscales.
11:54C'est là qu'il faut aller les chercher. Et je trouve qu'il y a
11:56une incongruité, une injustice flagrante
11:58à vouloir taxer le grand nombre
12:00là où, pendant sept ans, ce sont quelques-uns
12:02simplement qui ont bénéficié
12:04des mesures fiscales qui ont été adoptées.
12:06Donc, la réponse spontanée est non.
12:08Et deuxièmement, évitons de lancer
12:10des idées en l'air comme ça,
12:12parce que ce n'est pas une façon, je trouve,
12:14efficace de travailler.
12:16Merci Grégoire. Merci à vous.