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Aide à mourir: "Je suis pour une société qui aide les gens à vivre et pas à mourir", explique Philippe Juvin, qui a voté contre le texte
BFM
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il y a 8 mois
C'est une étape majeure dans la création d'un droit à l'aide à mourir. Les députés ont adopté ce mardi 27 mai en première lecture la proposition de loi portée par l'élu Modem Olivier Falorni avec 305 voix pour et 199 voix contre.
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00:00
Il est 8h moins le quart, l'invité de première édition, bonjour Philippe Juvin.
00:03
Bonjour.
00:03
Merci d'être avec nous, député droite républicaine des Hauts-de-Seine,
00:06
chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou.
00:08
Merci d'être avec nous alors que l'Assemblée nationale a donc voté hier la loi sur la fin de vie
00:13
qui contient notamment la proposition de loi instaurant un droit à l'aide à mourir.
00:19
305 députés ont voté pour, 199 ont voté contre, dont vous Philippe Juvin.
00:26
On est libre de ses choix quand on est pauvre et qu'on ne peut pas se payer les médicaments non remboursés.
00:30
et les aides humaines et matérielles.
00:33
Est-ce qu'on est libre quand on est grabataire, qu'on baigne dans sa sueur, ses urines, ses selles
00:41
et que l'infirmière ne passe qu'une fois par jour ?
00:44
Oui, la fin de vie est plus pénible quand on est pauvre et seul que quand on est riche.
00:48
Philippe Juvin, vous êtes médecin urgentiste.
00:50
En quoi votre expérience auprès des patients en fin de vie a motivé votre choix ?
00:56
Disons que les demandes de mort que j'ai rencontrées, de patients, ont toutes disparu quand on leur apportait des réponses.
01:05
C'est mon expérience, mais c'est l'expérience de tous les soignants.
01:08
Il y a un papier qui avait été publié par des gens qui ne font que des soins palliatifs
01:12
et qui vous disaient qu'à l'arrivée en soins palliatifs, 3% des patients demandent à mourir immédiatement le premier jour.
01:18
Sept jours plus tard, ils ne sont plus que 0,3%.
01:20
Qu'est-ce qui s'est passé en une semaine ?
01:22
En fait, on leur a apporté des réponses ou à leur famille, parce que la question de la famille est fondamentale.
01:26
Donc la vraie question, c'est est-ce qu'on est prêt, nous, société, à donner des moyens
01:30
pour répondre aux questions des gens plutôt que leur donner à mort ?
01:32
Mais vous, vous remettez en cause, en fait, la conviction des personnes qui disent « je veux en finir ».
01:38
Non, c'est plus complexe que ça.
01:39
Je pense que dire « je veux en finir », le sens n'est pas aussi direct et unilatéral que vous le suggérez.
01:48
On peut vouloir dire « je veux en finir » tout simplement parce qu'on est crevé par la vie,
01:51
parce que sa famille n'en peut plus, parce qu'il nous arrive d'hospitaliser des gens,
01:55
non pas parce qu'ils sont malades, mais parce que leur entourage est usé, vous voyez ?
01:59
Et donc la demande de mort, qu'est-ce qu'elle signifie ?
02:02
Moi, je suis pour une société qui aide les gens à vivre et pas les gens à mourir.
02:06
Donc vous dites, en substance également, que le texte, il ne nous protège pas des dérives.
02:13
Ça, on peut regarder ce qui s'est fait à l'étranger.
02:16
À l'étranger, il y a des textes un peu similières qui ont été votés, adoptés depuis très longtemps.
02:21
Et dans tous les pays, mais tous, il n'y a pas une exception, les critères initiaux se sont tous ouverts.
02:27
Pourquoi ?
02:27
Mais c'est assez simple, parce qu'il y a toujours quelqu'un qui n'est pas couvert par la loi.
02:32
Et donc on vous dira, mais oui, mais celui-là, il n'est pas couvert.
02:34
Donc du coup, on refait une loi pour étendre l'ouverture aux mineurs en Belgique.
02:39
C'était interdit aux mineurs, comme chez nous aujourd'hui.
02:42
Ça l'est aujourd'hui.
02:43
Vous allez me dire, il y a très peu de mineurs qui ont recours en Belgique.
02:45
Oui, mais il y en a quand même quelques-uns.
02:47
Les maladies psychiatriques.
02:48
Au début, c'est interdit.
02:49
Puis après, ça s'applique.
02:50
Vous vous dites, il n'y a pas assez de garde-fous dans le texte aujourd'hui ?
02:52
Je vais vous donner un exemple.
02:54
Il n'y a évidemment pas assez de garde-fous.
02:55
Et en plus, les garde-fous qui y sont vont évoluer dans le temps.
02:58
Je vous donne...
02:59
On vous impose un délai de réflexion.
03:01
Quand vous prenez votre décision, il faut un délai de réflexion.
03:03
Le délai de réflexion dans le texte, là, c'est 48 heures minimum.
03:06
Mais vous ne croyez pas que ce sont des personnes qui ont déjà réfléchi longtemps à l'avance ?
03:09
Mais madame, est-ce que vous avez déjà eu envie de mourir ?
03:11
On a tous eu envie de mourir un jour parce qu'il y a...
03:14
Et 48 heures plus tard, je voulais vivre.
03:16
48 heures.
03:17
D'accord.
03:18
Je vais vous donner un autre exemple.
03:19
Celui de Charles Bietry.
03:20
Oui.
03:20
Qui est aujourd'hui atteint de la maladie de Charcot.
03:22
Et qui dit...
03:24
Beaucoup s'arrogent aujourd'hui le droit de nous interdire de choisir notre mort.
03:27
Vous ne croyez pas que Charles Bietry, ça fait longtemps qu'il a réfléchi à tout ça
03:31
et que ce n'est pas 48 heures qu'ils changeront son avis ?
03:33
C'est vrai.
03:34
Vous avez raison.
03:35
Parfois, ça peut changer.
03:36
Parfois, ça ne peut mieux pas.
03:38
En fait, c'est toute la difficulté de cette loi.
03:39
C'est qu'il y a une somme d'événements et de situations différentes.
03:45
J'ai dit à la tribune de l'Assemblée, dans le début du discours,
03:47
que je n'aurais pas été opposé à une évolution de la loi
03:50
dans ce que j'ai appelé une exception d'euthanasie
03:53
dans des cas où, à la fin du fin, on n'y arrive pas
03:55
et la loi Leonetti, qui permet d'endormir les gens.
03:59
Je précise, on peut endormir les gens et on le fait tous les jours.
04:01
La cédation profonde.
04:02
Oui.
04:03
En fait, c'est une anesthésie générale quand vous n'y arrivez plus,
04:06
à la fin de votre vie.
04:06
Dans les cas où cette loi ne peut pas s'appliquer
04:10
parce qu'on n'a pas prévu tel ou tel,
04:12
tout ça n'a pas arrivé,
04:13
je n'aurais pas été opposé à une exception d'euthanasie
04:15
dans un cas ultime en conscience, en tête à tête.
04:18
Mais là, les critères qui sont choisis,
04:21
il faut bien le comprendre,
04:22
ce ne sont pas des critères pour des gens
04:24
qui sont à la fin de leur vie.
04:25
Ça ouvre à des gens qui ont des maladies
04:27
qui peuvent leur permettre de vivre des années.
04:30
C'est un des éléments clés.
04:31
Mais par exemple, prenons quelques cas.
04:33
Est-ce qu'on pourra demander l'aide à mourir
04:36
par peur d'être une charge
04:37
pour les proches et la société ?
04:40
Si vous remplissez les autres critères,
04:42
si vous avez une maladie grave incurable
04:44
qui engage votre pronostic vital
04:46
avec des souffrances,
04:47
oui, je pense que c'est un des risques.
04:51
C'est qu'en fait,
04:51
la charge est tellement forte
04:54
que je n'en peux plus
04:54
et je demande...
04:55
C'est une de mes craintes, en tout cas.
04:57
Je ne dis pas que ça va arriver,
04:58
mais c'est une de mes craintes
04:58
parce que c'est écrit ainsi.
05:00
Est-ce qu'en l'État,
05:01
la loi peut passer au Sénat ?
05:03
Le Sénat va retravailler.
05:04
Je ne connais pas les équilibres au Sénat,
05:05
mais probablement le Sénat...
05:07
Le travail qu'on a fait à l'Assemblée,
05:08
je pense qu'il a deux vertus.
05:09
La première, c'est de pointer
05:11
en fait tout ce qui ne va pas.
05:12
Quand, par exemple,
05:12
j'avais voulu que les déficients intellectuels
05:14
soient exclus d'emblée.
05:17
Vous avez beaucoup parlé des autistes
05:21
peuvent avoir son consentement libre et éclairé,
05:23
c'est vrai,
05:23
mais en majorité, non.
05:25
Les déficients intellectuels, non plus.
05:27
Donc, le travail qu'on a fait,
05:29
c'est un travail de débroussaillage.
05:31
Et je pense que le Sénat
05:32
va pouvoir profiter
05:33
de tout ce travail qu'on a fait
05:34
pour regarder au fond...
05:36
Vous n'excliez pas de changer d'avis ?
05:39
On n'exclut rien dans la vie,
05:40
mais en l'État, je préfère...
05:42
Aujourd'hui, en France,
05:43
un Français sur deux
05:43
qui a besoin de soins palliatifs
05:45
n'y a pas accès.
05:46
Et moi, j'ai envie de vous dire
05:47
que tant que ça, c'est pas réglé,
05:49
je suis désolé,
05:49
mais les gens ne seront pas libres.
05:50
Et leur liberté,
05:52
ça peut être aujourd'hui...
05:53
Leur anti-liberté,
05:55
ça pourrait être de dire,
05:56
au fond, je choisis l'aide à mourir
05:57
parce que je ne suis pas bien soigné.
05:58
Le système de santé est à plat.
06:00
La prévention du suicide,
06:02
la santé mentale,
06:02
ça ne marche pas aujourd'hui en France.
06:04
Déjà, réglons tout ça
06:05
avant de proposer une aide à mourir.
06:07
Merci.
06:07
Merci Philippe Jouin.
06:08
Merci Philippe Jouin.
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