00:00Bonsoir à toutes et à tous, et bonsoir à vous François Asselin.
00:06Bonsoir Isabelle Raymond.
00:07Vous êtes à la tête de la CPME, Confédération des petites et moyennes entreprises.
00:12Demain à 15h, le Premier ministre François Bayrou va prononcer sa déclaration de politique
00:18générale à l'Assemblée Nationale, pensez-vous qu'il va annoncer la suspension de la réforme
00:22des retraites ?
00:24En fait, François Bayrou est un lettré, donc dans la sémantique il va falloir qu'il
00:31explique comment suspendre la réforme, sans la suspendre finalement.
00:35C'est-à-dire que, vous savez, les oppositions qui demandent la suspension de cette réforme,
00:41voire la brogation, confondent entre ce qui est bon, soi-disant, pour le parti et ce qui
00:45est bon pour le pays.
00:46Et ce n'est pas du tout la même chose, et on voit que le fossé se creuse, parce qu'on
00:51ne peut pas échapper à une seule chose, c'est le principe de réalité.
00:54Cette réforme des retraites, déjà dès 2030, elle va être déséquilibrée.
00:59Pourquoi ? Parce que ça repose sur la répartition, et on sait très bien que l'évolution démographique
01:03dans notre pays, entre actifs et retraités, est défavorable à ce régime par répartition.
01:08Alors, si demain on voulait suspendre, voire abroger cette réforme, comment trouver les
01:12milliards dont nous avons cruellement besoin, premièrement ?
01:14Et puis il faudrait expliquer aux Français, ceux qui veulent la brogation de cette réforme,
01:18c'est avec quelle retraite demain ils partiront ?
01:20Parce que si on revient à la retraite à 62 ans, avec quel niveau de retraite ?
01:24Finalement, la réforme des retraites, vous avez trois grands paramètres, c'est le niveau
01:27de cotisation, nous sommes les plus gros cotisants d'Europe, c'est deuxièmement, la durée
01:33de cotisation, à quel âge je vais partir en retraite, et puis après c'est le niveau
01:36des pensions, avec combien d'argent je pars en retraite.
01:38Mais en sortant de son rendez-vous à Matignon la semaine dernière, la chef de file de la
01:41CFDT, Marie-Lise Léon, a dit que le Premier ministre était sans tabou.
01:46Oui, le Premier ministre est sans tabou.
01:49Et vous savez que ce serait une concession remarquable attendue par la gauche pour éviter
01:52la censure.
01:53Alors peut-être que la solution pour suspendre sans suspendre, c'est de demander aux partenaires
01:58sociaux de se saisir du sujet de cette réforme des retraites, et puis au bout de 4, 5 mois,
02:04de voir si on ne peut pas trouver un système, un nouveau régime des retraites qui convienne
02:09à plus de monde.
02:10Alors pourquoi pas, avec simplement une seule contrainte, parce que ça on ne peut pas y
02:13échapper, c'est de ne pas abîmer les finances publiques, tout simplement.
02:17Donc ça, ça ne vous dérange pas François ? Si on vous demande demain de vous mettre
02:20autour de la table et que le décalage de l'âge légal de départ à la retraite à
02:2664 ans est suspendu, si vous trouvez un autre moyen de financer cette retraite par répartition,
02:33ça ne vous dérange pas, vous êtes ok ?
02:35Alors trouver un autre moyen de financer, ça va être très compliqué.
02:37Donc c'est là, entre guillemets, toute la gageure.
02:39Parce qu'à partir du moment où on ne veut pas abîmer les dépenses publiques, enfin
02:43les finances de l'État en général et les Français, à partir du moment où on veut
02:48faire attention au coût du travail, ne pas augmenter les ponctions sur les actifs, parce
02:51qu'au bout d'un moment, que va-t-il leur rester du salaire net ? Si on ne veut pas
02:55augmenter le coût du travail, nous sommes dans une équation extrêmement complexe à
02:59atteindre.
03:00Pour autant, il y a un sujet sur lequel nous n'avons pas avancé, c'est la responsabilité
03:05des partenaires sociaux.
03:06C'est le dispositif lié aux carrières à usure professionnelles.
03:10Je trouve tout à fait légitime que quelqu'un comme moi, qui a fait toute sa carrière
03:13professionnelle dans son bureau ou dans une voiture, parte plus tard qu'un de mes charpentiers
03:17ou menuisiers par exemple, voyez-vous ? Et là, on peut avec les partenaires sociaux
03:20faire des avancées, me semble-t-il, significatives, sans pour autant retrouver la fiche pénibilité
03:26qui était une horreur, sans pour autant ouvrir de nouveaux régimes spéciaux.
03:29Il y a des moyens d'avancer.
03:30Mais vous êtes d'accord si François Bayrou dit demain « je renonce, je suspend la réforme,
03:35le départ de l'âge légal à 64 ans », et c'est à vous, partenaires sociaux, de
03:41vous mettre d'accord.
03:42Moi, je ne suis pas d'accord pour qu'on suspende cette réforme pendant ce temps de
03:46négociation.
03:47Si on trouve un meilleur dispositif, un meilleur système, c'est ce que dit le Premier ministre,
03:52dont acte, on s'en saisit, mais si on n'y arrive pas, l'actuelle réforme continue
03:56à se déployer.
03:57D'accord.
03:58Donc c'est ce que vous préconisez ?
03:59C'est ce que nous préconisons, bien évidemment, à l'exécutif.
04:01Dans un communiqué commun, 7 des 8 organisations patronales et syndicales, dont la CEPME,
04:07appelaient il y a un mois les politiques à la responsabilité, je vous cite l'instabilité
04:11dans laquelle a basculé le pays, fait peser sur nous le risque d'une crise économique
04:16aux conséquences sociales dramatiques.
04:19Il faut savoir ce que vous voulez François Asselin ?
04:20Eh bien, ce que nous voulons, c'est tout simplement que le principe de subsidiarité
04:24fonctionne, et s'il ne fonctionne pas, la suppléance, à savoir la reprise en main
04:29par l'exécutif, doit s'appliquer.
04:31Dans cette histoire de réforme des retraites, finalement, c'est un petit peu ça ce que
04:33veut faire le Premier ministre, c'est de dire écoutez, partenaires sociaux, vous n'êtes
04:37pas d'accord, eh bien, écoutez, mettez-vous autour de la table, si vous trouvez une meilleure
04:39solution, je la prends.
04:40Si vous ne trouvez pas de meilleure solution, on déroule l'actuelle réforme.
04:44Finalement, c'est ni plus ni moins cela.
04:45Ce qu'il faut reconnaître, c'est que les partenaires sociaux, lorsqu'ils négocient…
04:48Vous craignez qu'une fois que la réforme soit suspendue, on ne puisse pas revenir en
04:51arrière ?
04:52Eh bien évidemment, et puis si vous voulez, c'est un déni de réalité, comme je vous
04:54le disais.
04:55Comment fait-on pour financer un système qui est déjà imperfectible à l'horizon
04:582030 ? Voilà, c'est le moment, par exemple, dans cette négociation avec les partenaires
05:02sociaux, de commencer, pourquoi pas, à parler d'épargne pour tous.
05:04Allez, je vais mettre un gros mot, de capitalisation collective, on a la possibilité de le faire,
05:09eh bien allons-y.
05:10Si vous saviez combien j'aimerais être de la génération de ceux qui arrêtent de
05:15faire la poche de leurs enfants et de leurs petits-enfants.
05:16Vous avez peur, en gros, de payer la facture, que les cotisations soient augmentées ?
05:20Mais ce n'est pas nous qui allons payer la facture.
05:22Ce sont les Français, ce sont nos enfants, ce sont nos petits-enfants.
05:26C'est ça, c'est une irresponsabilité totale.
05:28Mais concrètement, vous avez peur que les cotisations augmentent ?
05:30Si les cotisations augmentent, voyez-vous, c'est que le salaire net va encore baisser,
05:34c'est que le coût du travail en France va encore augmenter, c'est que nous allons
05:37décrocher.
05:38Attention, tout ça est fait de juste équilibre, il faut tout simplement regarder la réalité
05:42telle qu'elle est.
05:43Depuis 1983, date où nous avons passé la retraite de 65 ans à 60 ans, après ça a
05:48augmenté à 62 ans, maintenant à 64 ans.
05:50Nous avons gagné 8 ans d'espérance de vie, mais c'est quand même une bonne nouvelle,
05:53voyez-vous.
05:54Alors, retraite, budget, on attend également des précisions concernant le budget.
05:59Est-ce que vous êtes rassuré quant à l'absence d'alourdissement de la fiscalité pour les
06:02entreprises ?
06:03Éric Lombard comme François Bayrou ont l'air de le dire.
06:06Finalement, moi je trouve que chez l'entreprise, nous sommes, quand même une catéroïde française,
06:104 millions, une vraie colonne vertébrale, relativement docile, parce que nous sommes
06:14les plus ponctionnés d'Europe, on ne demande qu'une seule chose, pas plus, pas plus.
06:18Et nous, ce que nous attendons, c'est de la stabilité.
06:21Et vous avez l'impression qu'il n'y aura pas d'alourdissement de la fiscalité pour
06:23les entreprises ?
06:24Alors, visiblement, il y aura de l'alourdissement de la fiscalité pour les grandes entreprises
06:28au-delà d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires, c'était ce qui était prévu
06:30dans le budget de Michel Barnier.
06:32Nous espérons que les PME soient préservées dans l'augmentation de la fiscalité, bien
06:37évidemment.
06:38Et puis l'autre volet, c'est…
06:39Et c'est un moindre mal ?
06:40C'est un moindre mal, sachant que la trajectoire que nous devrions poursuivre, c'est d'alléger
06:44la fiscalité des acteurs économiques, c'est évident, mais dans le contexte budgétaire
06:48que nous connaissons, alors là, je ne crois pas au Père Noël, je suis pragmatique.
06:51Alors, vous allez passer la main, François Asselin, la semaine prochaine, après 10
06:55ans à la tête des CPME.
06:57J'ai envie de dire que vous avez vécu une période dorée avec l'assouplissement du
07:01marché du travail, avec la loi El Khomri, la mise en place d'un barème au prud'homme
07:05et une politique franchement pro-business qui s'est traduite par le CICE, par une
07:09baisse des impôts de production et de l'impôt sur les sociétés.
07:13Est-ce que cette période est révolue, François Asselin ?
07:15Comme je vous le disais, on a connu ça et puis on reste toujours les plus ponctionnés
07:18d'Europe.
07:19Donc, ce n'est pas si doré que ça.
07:20Ensuite, j'ai commencé un début de mandat il y a 10 ans où j'entendais « embaucher,
07:24ça fait peur, ça coûte cher ». Et puis après, j'ai entendu un discours « on n'arrive
07:28pas à trouver les compétences dont on a besoin ». Mais voyez-vous, je préfère être
07:30dans cette deuxième position que dans la première.
07:33Donc oui, ce fut une période dorée, même la période Covid.
07:36Pourquoi ? Parce que que l'on soit à l'époque, rappelez-vous, retraité, actif dans le secteur
07:41marchand, dans le privé, fonctionnaire, même demandeur d'emploi, il n'y avait quasiment
07:46plus d'économie qui tournait et ça tombait à la fin du mois.
07:48Vous n'allez pas nous faire regretter la période du Covid.
07:50C'est quand même chouette d'être français, voyez-vous.
07:52Donc oui, mon successeur va avoir une période beaucoup plus compliquée.
07:55Qu'est-ce que vous pouvez lui souhaiter, d'un mot et pour terminer ?
07:57Qu'il reste comme il est, c'est-à-dire que ça sera un entrepreneur, ça c'est sûr,
08:01je connais les trois candidats, et qu'il continue à aimer ceux qui font la richesse
08:05du pays, les entrepreneurs et leurs entreprises, comme j'ai pu le faire pendant dix ans.
08:09C'est un grand honneur de servir cette cause, croyez-moi bien.
08:12Merci beaucoup François Asselin et merci pour votre fidélité à France Info.
08:15Président de la CPAME pour encore quelques jours, invité Echo de France Info ce soir.
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