00:00Yves Calvi, Sébastien Rouxel, RTL Soir.
00:03Bonsoir Saïd Omar Wali, vous êtes sénateur de Mayotte, merci beaucoup de prendre la parole ce soir sur RTL.
00:09Presque deux semaines après le passage du cyclone Chido,
00:12vous demandez une commission d'enquête parlementaire sur la gestion de la crise.
00:15Pourquoi ? Vous avez des soupçons ?
00:17Non, il n'y a pas de soupçons, mais je suis sénateur, c'est vrai, c'est mon premier mandat que je suis là.
00:24Et j'ai regardé ici au Sénat, il y a plusieurs rapports parlementaires qui ont été faits concernant bien sûr les risques naturels
00:32dans nos collectivités, notamment les îles.
00:36Il y a un rapport qui a été fait lorsque il y a eu Irma,
00:40avec un rapport sénatorial sans proposition,
00:44justement pour qu'il n'y ait plus jamais ce genre de choses et quand il y en a,
00:49qu'on puisse rapidement prendre les dispositions nécessaires.
00:53Ça n'a pas été fait.
00:55Nous avons un autre rapport de la Cour de compte
00:59qui parle justement de ces difficultés de réchauffement climatique et des problèmes climatiques sur les îles, sur les outre-mer.
01:07Là aussi, silence radio.
01:09Et enfin, il y a un dernier rapport que j'ai sur mon bureau qui fait à peu près cinq tomes
01:13concernant l'ancien député Mansour Kamardine
01:17qui parlait justement, qui a fait des préconisations
01:21concernant ces problématiques que nous connaissons aujourd'hui
01:25et que tout le monde avait dit que ce serait beaucoup plus violent.
01:29Et comment se fait-il que toutes ces préconisations n'ont pas été mises en oeuvre ?
01:33Donc, si je demande cette enquête parlementaire,
01:37c'est pour éviter que d'autres territoires subissent le même sort que Mayotte.
01:41Vous nous dites qu'en fait un énorme travail de réflexion et de travail a été fait depuis des années
01:48et qu'visiblement, il n'est pas à l'oeuvre sur le terrain, je vous ai compris ?
01:51Exactement, c'est ça. Et pourquoi ?
01:54Moi, je fais partie aujourd'hui d'une commission d'enquête concernant l'eau en bouteille.
02:00Pourquoi on fait cette commission d'enquête ? Parce qu'on a des soupçons.
02:03On pense que peut-être que dans ce taux, il y a des choses qui ne sont pas peut-être propres à la consommation et à l'hygiène.
02:13Et pourquoi pas dans nos îles, lorsqu'aujourd'hui, on ne sait pas combien de gens sont victimes déjà ?
02:20Où est-ce qu'ils sont partis ?
02:23Pourquoi on n'a pas pris les mesures en amont lorsqu'on savait que la trajectoire de ce cyclone allait vers Mayotte
02:32et que nous avions bien sûr des bidonvilles très vulnérables ?
02:36Pourquoi on n'a pas pris les mesures de précaution en prépositionnant par exemple des forces à Mayotte ?
02:42Toutes ces questions-là, je pense qu'aujourd'hui, la nation doit savoir et la nation doit dire plus jamais ça, être informé.
02:52– Je vous cite, compte tenu des graves manquements observés lors de la gestion de ce cyclone à Mayotte,
02:58la création de cette commission d'enquête est indispensable.
03:00Néanmoins, est-ce que vous désignez d'ores et déjà un certain nombre de manquements
03:04et est-ce que vous pouvez nous les expliciter là aussi très clairement pour les auditeurs d'RTL ?
03:09– Bien sûr, il y a eu des manquements lorsque on a déclenché par exemple l'alerte violette à 7h du matin
03:17et que le cyclone est passé à 9h.
03:21Est-ce qu'on n'aurait pas pu déclencher ça avant et permettre aux gens justement de se mettre à l'abri beaucoup plus vite ?
03:29Est-ce qu'il y a eu des mégaphones qui ont tourné dans les villages en disant
03:35« Attention, c'est du sérieux, mettez-vous à l'abri », etc., etc. ?
03:40Ça n'a pas été fait.
03:42Donc tout ça, il faudrait que les uns et les autres nous disent pourquoi ça n'a pas été fait
03:47et peut-être que les morts que nous déplorons aujourd'hui, on aurait pu peut-être les éviter.
03:52Donc c'est une des raisons que moi je demande à ce qu'on clarifie tout ça
03:58pour que justement on mette en place les dispositions nécessaires
04:02et les mesures nécessaires pour éviter ce genre de choses.
04:05Vous venez d'évoquer les victimes. À votre connaissance, au moment où nous parlons, quel est le nombre officiel ?
04:10J'ai bien compris qu'il était non définitif.
04:12Alors, moi j'écoute ce qu'ils disent les autorités locales, notamment la préfecture, et je regarde.
04:18Le préfet nous a dit que dans ces bidonvilles qui sont rasées,
04:22vivaient en moyenne 100 000 personnes
04:26et qu'on a mis à l'abri 15 000 personnes.
04:29Faites le calcul, M. Calvi.
04:31Où sont les 85 000 personnes ?
04:35Il y a bien un problème.
04:38Moi je suis un élu local.
04:40Depuis 25 ans, je suis élu. Je vais dans les quartiers.
04:44Je ne vois pas mes électeurs.
04:47C'est qu'il y a un problème.
04:48Le Premier ministre, pour l'instant, explique qu'on va compter des victimes en dizaines et non pas en milliers.
04:53Est-ce que vous contestez ces chiffres ou en tout cas cette analyse faite par François Bayrou ?
04:58Écoutez, M. le Premier ministre va aller à Mayotte, ça fait longtemps qu'il n'est pas venu là-bas.
05:05Et ça fait longtemps qu'il ne connaît pas notre territoire.
05:09Il va le découvrir. Sauf qu'il va le découvrir parce que déjà tout a été rasé.
05:16Mais moi qui vis là-bas au quotidien, je sais que moi j'avais un bidonville où j'avais plus de 10 000 habitants.
05:25Aujourd'hui je vais, je ne vois personne.
05:28Et quand vous allez par exemple à Kauini, c'est pareil.
05:31On voit des gens et quand vous faites les journalistes qui sont là-bas,
05:35ils sont désespérés parce qu'ils ne voient personne qui vienne pour aider les gens à enlever les tôles
05:41et regarder est-ce que dans les décombres, il n'y a pas des gens qui sont là.
05:46Comment se fait-il, M. Calvi, que lorsque il y a eu le cyclone,
05:51on n'a pas vu arriver rapidement une brigade sinophile pour regarder, pour chercher s'il y avait des survivants.
05:58On ne l'a jamais fait. Pourquoi ?
05:59Mais ce que vous nous décrivez est absolument abominable puisque vous nous suggérez in fine
06:03qu'alors qu'on continue de tourner avec des chiffres qui seraient d'une trentaine de victimes,
06:07il y en a peut-être des milliers. La question est posée des milliers de victimes.
06:11Moi je me pose la question.
06:13Effectivement parce que s'il y avait, nous on regarde la télé comme tout le monde.
06:18On peut nous considérer parce que nous venons de ces îles un peu éloignées,
06:24on a des plumes, on danse, etc. et qu'on est des sauvages.
06:28Mais nous on sait compter. Nous on sait ce qui s'est passé.
06:34On voit ce qui se passe ailleurs.
06:36Lorsqu'il y a un tremblement de terre, lorsqu'il y a un problème d'un cyclone,
06:41la première chose qu'on fait, on envoie des brigades sinophiles pour aller chercher.
06:45C'est ce qu'on voit.
06:46Oui.
06:47On est au quatorzième jour aujourd'hui de ce drame.
06:51On n'a jamais vu ça. On n'a vu personne.
06:55Il suffit de prendre les écrits de l'ensemble de la population qui vit là-bas,
07:01c'est exactement ce que je suis en train de vous décrire.
07:04Pourquoi il n'y a pas eu ça ?
07:06Et pourquoi on n'a pas fait des recherches dans les décombres ?
07:10J'imagine que vous poserez la question au Premier ministre lors de son arrivée dans l'île ?
07:14Tout à fait.
07:15D'ailleurs, il y a une dame que je voudrais rendre hommage,
07:19un professeur de collège dans le grand bidonville de Mayotte, à Kauini.
07:26Elle a dans son collège 1700 élèves.
07:35Elle a le répertoire et elle s'est mise elle-même à chercher ses élèves.
07:40Elle a trouvé pour l'heure que 300 élèves.
07:44La question mérite d'être posée.
07:47Ces enfants n'ont pas été expulsés.
07:50Ces enfants ne sont pas allés dans la forêt parce qu'il n'y a plus de forêt.
07:54Ils sont où ?
07:56Ce sont des tas de questions qu'il faut qu'on se pose.
07:59Vous êtes en tout cas de soulever des questions qui sont extrêmement dramatiques,
08:02notamment en chiffres.
08:03Je rappelle que la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher,
08:07affirmait ce matin sur notre antenne sur RTL que 90% des Mahorais
08:11avaient accès au réseau d'eau de nouveau.
08:14Est-ce que vous nous le confirmez ?
08:16Non, ce n'est pas vrai.
08:18On n'a pas 90% de l'eau, ce n'est pas vrai.
08:21Même si on a l'eau, c'est notre quotidien.
08:24Nous sommes français depuis 1841.
08:26Pardonnez-moi, 90% des Mahorais qui avaient déjà accès au réseau d'eau, vous m'avez compris ?
08:31Oui, mais ce n'est pas vrai.
08:34Ça, ce n'est pas vrai parce que moi je reçois tous les jours des téléphones
08:38et des témoignages des gens qui me disent que ça fait 4 ou 5 jours qu'ils n'ont pas d'eau.
08:42Quelle est la situation concernant l'électricité ?
08:45L'électricité, c'est pareil.
08:47Il y a des communes qui sont à 5% de l'électricité.
08:53Il y en a d'autres qui sont à 70%.
08:55Donc c'est variable.
08:56Pour l'instant, parce que...
08:58Monsieur Calvi, il faut bien mesurer ce qui se passe à Mayotte.
09:03On est en train de dire qu'on aurait pu, on aurait pu, mais...
09:07Le gros problème aujourd'hui, c'est le sous-investissement de l'État depuis des années et des années à Mayotte.
09:14L'électricité, aujourd'hui, si l'électricité était enfouie, on n'aurait pas eu ce problème-là.
09:21Si on avait construit les réseaux d'eau, on n'aurait pas eu le choléra l'année dernière.
09:27Si on avait fait les écoles suffisamment, peut-être qu'on n'aurait pas eu tout ça.
09:35Le gros problème, c'est le sous-investissement depuis des années à Mayotte.
09:38Monsieur le sénateur, vous êtes en train de décrire tout simplement une France qui est abandonnée.
09:44Un morceau de France qui est abandonné, je vous ai bien compris.
09:47Exactement, monsieur Calvi, c'est une France abandonnée, c'est ça.
09:51Merci en tout cas infiniment Saïd Omar Waili d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
09:56Sénateur de Mayotte, et je comprends aussi que vous attendez de PFR notre Premier ministre,
10:00qui est censé arriver sur place dimanche.
10:02Bonne soirée à vous, merci beaucoup.
10:05Dans quelques minutes, nous allons grimper dans un immeuble de 15 étages, sans ascenseur.
10:09Enfin, avec un ascenseur en panne, et ça n'en finit pas.
10:12On fera le point sur place, ça se joue dans une tour de Marseille.
10:19RTL Soir
10:21Yves Calvi et Sébastien Roxel
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