00:00L'invité ECHO, Isabelle Raimond.
00:04Bonsoir, la malbouffe progresse, elle touche particulièrement les jeunes générations
00:09et les plus précaires, c'est ce qui ressort d'un rapport de l'institut Montaigne, centre
00:14de réflexion libérale, un rapport publié aujourd'hui que vous co-présidez, Dominique
00:20Schelcher, bonsoir.
00:21Bonsoir Isabelle Raimond.
00:22Vous êtes l'invité ECHO de France Info, PDG de coopérative U, ancien système U,
00:28réseau de patrons indépendant de supermarchés, quatrième acteur de la grande distribution
00:33en France.
00:34Vous co-présidez donc ce rapport sur la fracture alimentaire avec les patronnes de Bell et
00:38de Sodexo et vous y plaidez pour la mise en place d'un chèque alimentaire spécial bien
00:44mangé, un chèque de 30 euros par mois à destination des 4 millions de Français les
00:49plus modestes qui permettrait d'acheter seulement des fruits et des légumes.
00:53Pourquoi cette solution précisément ? Est-ce qu'un chèque peut vraiment changer le comportement
00:57des clients ?
00:58Alors écoutez, ce qu'il faut d'abord dire, c'est que ce travail, c'est 18 mois de travail,
01:03c'est 100 personnes auditionnées, ce sont trois co-présidents et c'est un travail extrêmement
01:07collectif.
01:08On a essayé d'écouter tout le monde.
01:09Et dans ce travail, on s'est rendu compte pour répondre à votre question que oui, oui,
01:13des incitations fortes qu'on a observées dans d'autres pays peuvent changer les choses,
01:17y compris aux Etats-Unis.
01:18On pense parfois que les Etats-Unis, c'est le pays avant tout de l'obésité et que les
01:23choses ne changent pas.
01:24Il y a eu un chèque alimentaire aux Etats-Unis et il a changé le comportement des foyers
01:27qui en bénéficient.
01:28Donc l'idée, c'est véritablement ça.
01:30Et ça veut dire que ce chèque alimentaire aux Etats-Unis, il ne permet d'acheter que
01:34certains produits ?
01:35Il est fléché également sur un certain nombre de choses.
01:38Il permet aux foyers, on l'a vraiment étudié, pendant les trois premières semaines du mois,
01:43d'introduire des aliments sains dans la consommation.
01:45Ça permet les trois premières semaines et la dernière semaine du mois où justement
01:49ce chèque est, on va dire, épuisé, le comportement change à nouveau et il y a de nouveau plus
01:53de produits transformés.
01:54Donc oui, ça marche à l'étranger.
01:56Alors à l'étranger, les ménages les plus modestes en France consomment deux fois moins
01:59de fruits et de légumes que le reste de la population, peut-on lire toujours dans ce
02:03rapport.
02:04Le prix des fruits et légumes a augmenté de 16% en un an, entre 2022 et 2023.
02:10Vous concrètement, dans vos supermarchés, est-ce que vous voyez ce lien entre précarité
02:15et alimentation ?
02:16Est-ce que bien manger, c'est une question de prix avant tout ?
02:19C'est aussi une question de prix, particulièrement depuis la crise inflationniste.
02:23Le mot d'ordre du client aujourd'hui, c'est l'arbitrage, c'est des choix, faire des choix.
02:29Son budget est limité, contraint, il y a aussi d'autres dépenses qui ont augmenté,
02:33donc il fait des choix sur l'alimentation et parmi ces choix, les fruits et légumes,
02:38le fromage à la coupe, la poissonnerie sont particulièrement arbitrés.
02:41Et donc, on a dans ce rapport également fait le lien avec cette évolution de la consommation.
02:47Il y a un sujet de santé publique, si dans la durée, les gens achètent moins de fruits
02:52et légumes.
02:53Et justement, on observe, a fortiori, que les gens les plus précaires qui ont le moins
02:59de moyens, ce sont eux qui achètent le moins de fruits et légumes et le plus de produits
03:03transformés.
03:04Mais vous-même, Dominique Scheltcher, vous êtes à la tête d'un supermarché, à Fessenheim,
03:08en Allemagne.
03:09Vous êtes très proche du terrain.
03:10En Alsace.
03:11En Alsace, évidemment.
03:12En Alsace.
03:13Est-ce que vous le voyez vraiment dans les caddies ? Est-ce que vous le voyez vraiment
03:17sur l'étiquette caisse ?
03:18Alors, on le voit véritablement et c'est la raison pour laquelle, au lieu peut-être
03:22parfois d'acheter des fruits et légumes toutes les semaines, certains foyers en achètent
03:26une fois de temps en temps seulement.
03:27Donc voilà, on a voulu apporter une réponse à ça.
03:31C'est une réponse aussi à un autre phénomène, vous l'avez dit dans votre présentation.
03:35L'obésité progresse de manière très forte en France.
03:37Saviez-vous que, et notamment elle est due à une consommation forte de sucre, saviez-vous
03:44qu'un enfant de 8 ans a déjà consommé autant de sucre que son grand-père dans
03:50le temps, pendant toute sa vie ? C'est vraiment un phénomène incroyable.
03:53On se pensait préserver pendant un certain temps par rapport au pays que je citais tout
03:58à l'heure, les Etats-Unis, et aujourd'hui, la France suit la même courbe.
04:01Donc, c'est maintenant qu'il faut réagir, d'autant plus que l'impact sur les finances
04:06publiques est un sujet critique.
04:08C'est 125 milliards d'euros par an liés aux pathologies, liés à la mauvaise alimentation.
04:13C'est incroyable.
04:14Parlons, Dominique Schellscher, si vous le voulez bien, du financement de ce chèque
04:18alimentaire.
04:19Vous avez estimé son coût à 1 milliard d'euros par an, que vous proposez de financer
04:23par une augmentation des taxes sur les produits et les boissons saturées en sucre ou en calories.
04:29Expliquez-nous.
04:30Oui, alors la première mesure, c'est qu'on voudrait réduire le taux de sucre ajouté
04:37dans un certain nombre de recettes de 6 ou 7 produits très précis.
04:41On voudrait faire ça par un accord interprofessionnel.
04:44C'est les céréales, les pâtes à tartiner, les boissons les plus sucrées.
04:47Absolument.
04:48Comme ça a été fait sur le sel déjà, on a réussi à le faire sur le sel, on voudrait
04:51le faire sur le sucre.
04:52Diminuer.
04:53On fixe le taux et les producteurs qui ne respecteraient pas ce taux qui serait au-delà
04:58pourraient subir une taxe.
05:00Première source de financement.
05:01Deuxième source de financement.
05:02Une taxe sur ceux qui ne respectent pas la réduction de sucre.
05:06La réduction de sucre.
05:07Deuxième source de financement.
05:09Il y a aujourd'hui deux TVA pour un certain nombre de produits sucrés, notamment chocolatés,
05:13des barres chocolatées.
05:14Il y a un taux accessible à 5,5%, c'est le premier taux, et il y a un taux à 20%.
05:19Mais 5,5% ce n'est pas seulement pour les produits de première nécessité ?
05:22On croit que c'est que pour les produits de première nécessité.
05:26Il y a des friandises très sucrées là-dedans, notamment chocolatées, qu'on propose de
05:32basculer de 5,5% à 20%.
05:35Cette seconde mesure représenterait 1,2 milliard d'euros par an et pourrait financer l'aide
05:44alimentaire qu'on propose de 30 euros par mois, ciblée uniquement sur l'achat de fruits
05:49et légumes.
05:50Vous avez tout de même une part de responsabilité Dominique Schellcher.
05:52Une enquête de la CLCV montre que 41% des promotions sont réalisées sur des produits
05:59Nutri-Score D ou E, ceux qui sont saturés en sucre et en calories et coopératives vues
06:05et pas meilleurs que les autres.
06:08Mais écoutez, ce rapport est collectif, c'est un point de départ.
06:11C'est-à-dire que vous-même vous faites des promotions sur les produits riches en
06:15sucre.
06:16Et donc pour moi ce rapport est pour nous un électrochoc aussi et va nous conduire
06:19à bouger les lignes.
06:20Il y a des choses qu'on a déjà faites évidemment.
06:22Par exemple, sur la base du Nutri-Score que vous évoquez, on a retravaillé tous les
06:27Nutri-Score de nos céréales pour petit-déjeuner qui étaient parfois D ou E.
06:31Aucun de ces produits n'est plus aujourd'hui D ou E.
06:34Donc, ce type d'analyse, ce type de constat, je n'ai pas dit ça, on y travaille pour
06:40le changer.
06:41J'ai bien entendu ce constat.
06:43Donc bien sûr, il faut sans cesse se remettre en cause, avancer, tenir compte des évolutions
06:47et ce rapport, c'est le but.
06:50Est-ce que du coup, vous avez effectivement des choses que vous allez changer ? Vous avez
06:55parlé du Nutri-Score, est-ce qu'on pense aussi aux barres chocolatées qui sont accessibles
07:01juste avant les caisses des supermarchés ? On voit des rayons très importants sur
07:05les céréales saturées en sucre, sur les gâteaux également.
07:09Est-ce que vous allez vous-même tirer des conséquences, des conclusions ?
07:14Bien sûr, on va tirer des conséquences.
07:16Sur les devants de caisse dont vous parliez, les fameux produits qui sont là juste avant
07:19le passage en caisse, on a déjà fait des tests.
07:21On a introduit ce qu'on appelle le snacking sain, des barres céréalières, des graines,
07:27des noix de cajou, etc.
07:28Juste avant les caisses ?
07:29Juste avant les caisses, pour ne justement pas tendre la main sur un produit très sucré.
07:34Et ça a été plutôt bien accueilli.
07:36Donc on va continuer tout ça.
07:38Mais encore une fois, ce rapport, on voit que la responsabilité est collective, elle
07:42ne peut plus porter seulement sur le consommateur.
07:45Le producteur, le distributeur, les pouvoirs publics ont une part à prendre et c'est ce
07:50qu'exprime ce rapport aujourd'hui.
07:51Alors les prix en rayon, ils sont décidés au terme de négociations commerciales gérées
07:56par la loi EGalim.
07:57Quand on voit la difficulté qu'ont les personnes les plus précaires à bien se nourrir, quand
08:01on voit que l'inflation reste plus élevée sur les fruits et légumes que pour le reste
08:05de l'alimentation, comment faire Dominique Schelcher pour que tout le monde s'y retrouve ?
08:09Alors déjà, les prix baissent depuis le mois d'avril.
08:12Ils baissent depuis le mois d'avril, particulièrement chez nous, sur nos produits.
08:16Les baisses sont significatives.
08:18Sur par exemple le jambon, le paquet de quatre tranches de jambon a baissé.
08:22Les huiles ont baissé.
08:24Un certain nombre de produits à base de blé qui avaient fortement augmenté ont baissé.
08:28Les produits à base de papier, papier toilette, papier mouchoir ont baissé.
08:33Mais j'entends que ce n'est pas suffisant parce qu'en même temps, d'autres produits
08:37progressent comme le café.
08:39On a un souci avec le jus d'orange actuellement.
08:41Quand il y a un ouragan en Floride, après, il n'y a pas assez d'orange pour produire.
08:46Michel Barnier demande la transparence sur la réalité des marges.
08:49Est-ce que vous vous sentez visé ?
08:53Mais pas du tout, puisque nous donnons la transparence totale dans un outil du gouvernement
08:58qui s'appelle l'Observatoire de la formation et des prix et des marges.
09:01Et Coopérative-U, les magasins U, donnent toutes leurs marges à cet observatoire chaque année.
09:06Donc ce ne sont pas les distributeurs qui sont en cause si les prix ne baissent pas suffisamment ?
09:12Nous n'avons rien à cacher et tout est ouvert et transparent.
09:16Ce qu'il faut, c'est qu'il y a des nouvelles négociations commerciales qui arrivent dans
09:19quelques semaines.
09:20Il va falloir discuter des matières premières qui ont pu baisser, aller chercher des baisses
09:26de prix pour pouvoir les répercuter à nos consommateurs dans les mois qui viennent encore.
09:30Mais la baisse des prix a démarré.
09:32Merci beaucoup Dominique Schelcher, PDG de Coopérative-U, patron vous-même d'un supermarché
09:37à Fessenheim en Alsace.
09:39Vous étiez l'invité Echo de France Info ce soir.
09:42Merci.
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