00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Bonsoir Laure-Marie Vain. Bonsoir.
00:06Vous êtes la maman d'Amy, décédée d'un cancer à l'âge de 11 ans, c'était en 2022,
00:10et vous avez promis à votre fille de vous battre afin que la justice reconnaisse
00:14que sa leucémie était bien liée au pesticide, ce auquel vous avez été exposée pendant votre grossesse.
00:19Vous étiez fleuriste, vous avez découvert dès la naissance d'Amy que quelque chose n'allait pas.
00:23Le fonds d'indemnisation des victimes de pesticides vous a proposé 25 000 euros d'indemnisation,
00:28somme que vous jugez inacceptable. Pourquoi, Laure-Marie Vain ?
00:32En ce montant, elle est totalement inacceptable, dans le sens où on nie les souffrances, les séquelles,
00:39les traumatismes d'Amy, mais on nie aussi le combat que toute la famille a mené en fait.
00:46Vous étiez, il y a quelques minutes, je le précise, devant la cour d'appel de Rennes.
00:50Qu'avez-vous expliqué, qu'avez-vous dit à cette cour ?
00:54J'ai exprimé, justement, les souffrances d'Amy.
00:58J'ai aussi exprimé le fait que, justement, on a un président qui s'était engagé.
01:05Donc, vous attendez plusieurs choses. D'abord, une première, je dirais,
01:09acceptation, prise de parole du président de la République française,
01:13reconnaissant ces dangers liés aux pesticides sur les fleurs, nous sommes bien d'accord ?
01:18Oui, tout à fait. Je pense que, là, notre président de la République,
01:22même le ministère de l'Agriculture sont en mesure, aujourd'hui, de prendre la parole sur ce sujet.
01:29Parce qu'au bout de ce drame, moi, c'est la vie de ma fille et c'est la famille qui est détruite, en fait.
01:34Nous, il manque un bout, aujourd'hui, à notre puzzle, en fait.
01:37Votre avocat, maître Laforgue, affirme qu'il est absolument impossible d'envisager une action
01:41contre tel ou tel fabricant de pesticides, que ce serait voué à l'échec.
01:45Il vous a expliqué pourquoi ?
01:47Oui, ça serait compliqué de chercher à identifier, quelque part, quelqu'un en particulier,
01:54une société en particulier, un pesticide en particulier.
01:57Parce que, dans un bouquet, on peut se retrouver avec 43 substances différentes.
02:01Un fleuriste, dans sa journée, va toucher une multitude de fleurs différentes.
02:05Quand j'étais grossiste en fleurs, c'était le cas.
02:07Ça arrivait de partout, du monde entier.
02:10Donc, en fait, les conditions de production des uns et des autres,
02:14avec les produits utilisés, avec des pesticides autorisés pour certains, interdits pour d'autres,
02:19c'est impossible de déterminer et de pointer du doigt exactement une substance particulière,
02:25avec une société particulière.
02:27Ce que vous nous expliquez, Laure Marivin, est extrêmement impressionnant
02:31et je pense que beaucoup d'auditeurs d'RTL le découvrent.
02:34Mais vous êtes en train de nous dire, je le dis avec mes mots à moi, que les fleurs sont dangereuses.
02:39Les fleurs sont dangereuses.
02:40Je pense qu'on pourrait les produire différemment, les cultiver différemment
02:45et qu'on pourrait aussi préserver la santé des gens qui les manipulent.
02:49Que ce soit les fleuristes, mais aussi les grossistes, l'ensemble de la profession, en fait.
02:54Mais tous nos fleuristes qui nous écoutent ce soir,
02:56vous estimez qu'ils sont en danger dans leur métier, dans leur boutique ?
03:00Je pense qu'il faut qu'ils aient connaissance des risques.
03:02Parce que je ne pense pas, à l'heure actuelle, que les fleuristes puissent imaginer
03:08qu'à pratiquer tous les jours, 6 jours sur 7, leur profession,
03:13qu'à la fin du mois, est-ce qu'ils auront potentiellement un cancer ?
03:17Non, je ne pense pas qu'ils l'imaginent du tout, en fait.
03:19Ou une autre maladie quelconque ?
03:21Ils n'y pensent pas.
03:22Les fleurs sont belles, les pesticides sont invisibles.
03:26Donc, si moi, je n'ai pas pu faire le lien,
03:29quel professionnel, aujourd'hui, arrive à regarder la fleur et se dire
03:35« Oh, est-ce que je vais attraper un cancer avec ? »
03:39Non, non.
03:40Un professeur de Liège affirme que vous, fleuriste, êtes plus exposée que les agriculteurs.
03:45On vous a déjà donné cette notion ?
03:47Oui, avec le professeur Schiffer, oui, effectivement.
03:51Oui, parce que du coup, autant un agriculteur va pulvériser ses produits,
03:57il va le faire une fois ou deux fois dans sa semaine,
04:00et après, il va passer à autre chose.
04:02Mais les fleuristes, en fait, c'est tous les jours qu'elles vont répéter les mêmes actions,
04:07faire la même chose.
04:08Et c'est vraiment cette chronicité autour des végétaux
04:12qui peuvent entraîner, en fait, derrière des pathologies.
04:16Mais ce sont des produits que vous diffusez sur les fleurs
04:19pour qu'elles tiennent plus longtemps ?
04:21Excusez-moi, on ne connaît pas votre profession.
04:23Et qui vous permettent de les garder dans un état de fraîcheur plus durable ?
04:26Non, pas du tout.
04:28Ce sont des produits qui, lors de la production, de la conception, justement, des fleurs,
04:34sont appliqués pour faire en sorte que les fleurs n'aient pas de tâches sur les pétales,
04:39qu'elles n'aient pas de parasites quelconques visibles.
04:42Tout ça, en fait.
04:44Dans la profession, on ne parle pas de ces dangers entre fleuristes ?
04:47Non.
04:48Pour le coup, moi, je n'en ai jamais parlé avec des collègues.
04:52Non, non, ce n'est pas quelque chose qu'on évoque jamais.
04:5585% des fleurs vendues en France proviennent de l'étranger
04:58et ne sont pas cultivées avec les mêmes normes qu'en Europe.
05:01Là aussi, c'est un tabou, on n'en parle pas ?
05:03Non, on n'en parle pas.
05:05Parce que c'est vrai qu'on sait pertinemment que, quelque part,
05:09le marché français ne suffit pas à lui seul pour fournir le pays.
05:14Donc, forcément, on va chercher des produits ailleurs.
05:17Vous nous expliquez depuis le début de cette interview que la beauté est dangereuse, en fait.
05:21C'est-à-dire que nous, qui offrons des fleurs par amour,
05:25parce qu'on est sensibles à la beauté,
05:27on est confrontés à quelque chose de magnifique,
05:29mais qui est en fait un danger potentiel.
05:32Je pense que derrière la fleur se cache vraiment un monde invisible
05:38et que beaucoup ne soupçonnent pas.
05:40On a de vraies garanties pour les fleurs françaises ?
05:42Quant à leur manque de dangerosité, si c'est le cas ?
05:46De vraies garanties, pour le coup, il y a des labels qui se mettent en place.
05:53J'ose espérer que la production est plus propre,
05:58on va dire plus clean, que ce qui peut se passer à l'étranger.
06:02Normalement, les règles censées être respectées en France
06:06sont quand même plus dures par rapport à d'autres pays.
06:11Mais je pense qu'il faut vraiment continuer à aller dans le sens,
06:15à faire en sorte que cette production française soit la plus neutre possible.
06:21Une toute dernière question, comment vous portez-vous ?
06:24Je parle de votre santé physique.
06:29Pas de réponse.
06:32Merci beaucoup, Laure-Marie Weimer.
06:34Maman d'Amy, je le rappelle, décédée en 2022 d'un cancer lié au pesticide.
06:38Merci d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
06:41Il est 18h26.
06:43Dans un instant, notre journal de 18h30.
06:45Une immersion dans un centre d'accueil pour les femmes sans domicile fixe.
06:48Elles sont 120 000 en France et les places sont de plus en plus compliquées à trouver.
06:52Et puis à 18h45, nous parlerons de La Poste.
06:54Beaucoup s'inquiètent pour son avenir,
06:56alors que le gouvernement cherche à faire des dizaines de milliards d'économies.
06:59Notre confrère Laurent Mauduit de Mediapart a mené une grande enquête
07:03et il sera avec nous. A tout de suite.
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