00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Et si vous n'étiez pas aujourd'hui à l'Assemblée Nationale,
00:06nous allons revenir sur ce premier discours de notre nouveau Premier Ministre Michel Barnier.
00:10Discours très perturbé, j'y reviendrai.
00:12Avec nous, Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l'Institut Harris Interactive.
00:15Bienvenue Jean-Daniel Lévy.
00:16Merci, bonsoir.
00:17Et notre éditorialiste économique Martial You.
00:19Bonsoir Martial.
00:20Bonsoir.
00:21Je vais vous demander à tous les deux la phrase ou l'idée, voire le projet
00:26que vous retenez dans ce discours rituel de politique générale.
00:28Jean-Daniel Lévy.
00:29Je pense qu'on ne va en retenir aucun.
00:31Parce qu'il n'y a pas eu de phrase choc.
00:33Et on sait d'ailleurs que Michel Barnier s'est toujours inscrit dans l'idée de dire
00:36je ne veux pas forcément être dans la petite phrase,
00:39l'allocution qui va marquer les esprits.
00:42Et on ne se dit pas en écoutant le discours,
00:45voire en le relisant après tranquillement,
00:47qu'il y a une phrase qui vise à résumer l'ensemble de ce que peut être sa démarche.
00:51C'est de la platitude que vous êtes en train de dénoncer
00:54ou c'est tout simplement une forme de sobriété à la Barnier ?
00:56Je ne sais pas comment qualifier les choses.
00:57C'est peut-être une sobriété au regard de la situation politique.
01:00Parce qu'on est dans une situation
01:02où jamais l'Assemblée nationale n'a été aussi dispersée
01:06d'un point de vue du nombre de groupes et de la diversité des groupes qui sont présents.
01:09Jamais on n'a eu un Premier ministre qui a été nommé à Matignon
01:13et qui va s'appuyer sur une base parlementaire
01:15qui va être aussi faible à l'Assemblée nationale.
01:17Et forcément, c'est un jeu d'équilibriste
01:20auquel il a dû jouer du début à la fin de son discours
01:25en essayant de faire en sorte d'éteindre potentiellement des fronts
01:28et surtout de n'en ouvrir aucun nouveau.
01:30Marcel You, qu'est-ce que vous retenez de la phrase ?
01:32Un peu comme dit Jean-Daniel Lévy,
01:34on sait que Michel Barnier aime le ski,
01:36donc il est habitué au slalom.
01:38Il n'a pas fait de faute de car,
01:39mais c'est un peu l'homme de la synthèse.
01:41C'est-à-dire qu'il y a du De Gaulle, du Mendes France, du Simone Veil,
01:46il y en a un peu pour tout le monde.
01:47Il y a du Michel Rocard.
01:48Ça n'est pas ultra-moderne,
01:49mais ça fait plaisir à entendre pour les différentes familles politiques.
01:52Il a même sweeté Edouard Philippe, ça va très loin.
01:54Et Gérald Darmanin, qui était content quand même d'être cité.
01:57Mais sans cravate.
01:58Il a ménagé le front possible du côté de l'ex-majorité présidentielle.
02:04Après, oui, c'est la synthèse entre la gauche,
02:07une petite mesure sur le SMIC qui fait plaisir avec deux mois d'avance,
02:10on augmente de 2 %,
02:11une petite rediscussion sur les retraites,
02:13ça ne fait jamais de mal pour la gauche.
02:15Et puis à droite, la sécurité, le logement.
02:17Donc, il a ratissé le plus large possible
02:19pour essayer de passer au milieu des gouttes.
02:21Voilà.
02:22Mais il n'y a pas de mesure phare à retenir à l'issue de cette discussion.
02:25Alors, est-ce que j'exagère ou est-ce que cette prise de parole,
02:28première prise de parole d'un premier ministre qui prend ses fonctions,
02:31a été particulièrement perturbée ?
02:33Evidemment sur les membres des Insoumis.
02:35Martial ?
02:36Alors, il y a eu effectivement, moi je trouve,
02:38beaucoup de brouhaha au long de son discours.
02:41Moi, je suis surpris que lorsque Michel Barnier évoque ces lignes rouges
02:46et qu'il dit non, l'antisémitisme ne passera pas,
02:48on puisse avoir dans les rangs de LFI des gens que ça choque.
02:51Enfin, je veux dire, qui peut être pour l'antisémitisme ?
02:53À la rigueur, aujourd'hui, vous voyez, vous me posez des questions.
02:55Donc, il y avait cette volonté, toujours et en permanence,
02:58d'essayer de perturber ce discours.
03:00Il a été là-dessus impassible.
03:02À un moment donné, il a répondu à la salle juste pour un trait d'humour.
03:06Mais globalement, il a tracé sa route
03:08sans faire attention à ce brouhaha ambiant, oui.
03:10Jean-Daniel Lévy ?
03:11Je pense qu'on ne se rend pas compte
03:13de ce que c'est de prendre la parole à l'Assemblée nationale.
03:16Que ce soit lors des questions au gouvernement
03:18et surtout lors de la déclaration de politique générale,
03:20qu'il y a un brouhaha énorme,
03:22considérable et quasiment perpétuel,
03:24avec des phrases, des attitudes
03:26qui visent justement à déstabiliser l'orateur.
03:29Et de tout temps, ou c'est particulier en ce moment ?
03:31De tout temps, enfin.
03:32Avec une France insoumise, il faudrait bien son nom.
03:34Sous la troisième République, c'était pire.
03:36Oui, j'entends bien.
03:38Mais c'est un peu difficile de se rendre compte
03:40parce qu'on ne sait pas exactement comment sont réglés les micros, etc.
03:42En tout cas, aujourd'hui, on ne peut pas dire
03:44que c'était particulièrement calme
03:45et on a bien entendu, de la part des uns et des autres,
03:47la volonté de vouloir déstabiliser le Premier ministre.
03:50Et d'ailleurs, ce qui n'est pas inintéressant,
03:52c'est que lorsqu'il y avait eu des réflexions à l'Élysée
03:55pour la nomination du Premier ministre,
03:57la question de savoir
03:59est-ce que la personne va être en capacité
04:01à pouvoir prendre la parole à l'Assemblée nationale
04:03dans le cadre notamment des questions au gouvernement
04:05était un aspect qui était important
04:07et qui a joué en défaveur de toutes les personnalités
04:09qui sont issues de la société civile,
04:11dont on a pu parler.
04:12On s'est dit, ils ne tiendront jamais le choc
04:14et ils vont se faire laminer
04:16dans le cadre de leurs prises de parole
04:18à l'Assemblée nationale.
04:19Et d'ailleurs, des prises de parole qui, en général,
04:21sont assez fortement suivies de la part des Français,
04:23notamment les questions au gouvernement
04:24du mardi et du mercredi.
04:25Donc, c'est violent l'Assemblée nationale ?
04:27C'est violent et puis il y a ce petit jeu de déstabilisation
04:29où on va rebondir sur une phrase,
04:31essayer d'avoir une petite pique,
04:33faire du bruit, agiter les pupitres,
04:35faire en sorte qu'il puisse y avoir
04:37un mot qui vise à déstabiliser
04:39le Premier ministre ou éventuellement les ministres
04:41lorsqu'ils prennent la parole.
04:42Mais c'est une vraie foire d'empoigne.
04:43Alors, le Premier ministre a insisté
04:45sur notre endettement très très fortement,
04:473 228 milliards d'euros,
04:48et il décrit quasiment un pays au bord du précipice.
04:50Qui va payer ?
04:52C'est un peu le problème.
04:53C'est-à-dire que le constat, il est sans appel.
04:55Effectivement, on va dépasser les 6% de déficit.
04:57La dette, elle est pratiquement à l'euro près,
04:59comme vous le disiez, à 3 228 milliards.
05:01Il y a 51 milliards.
05:03Il admet que le remboursement de cette dette
05:05devient quasiment le premier budget de la France.
05:07Et de toute façon, on sait que dans les années qui viennent...
05:09Juste derrière l'éducation nationale.
05:11Juste derrière, c'est 51 milliards aujourd'hui,
05:13mais ce sera 70 milliards dans 2-3 ans.
05:15Donc on sera même au niveau du premier budget de la France.
05:17Mais les réponses à ça,
05:19une fois qu'on a fait le constat,
05:21qu'est-ce que le Premier ministre nous propose
05:23comme perspective ?
05:25Il n'y a pas de mesure clé.
05:27Alors si, il y a un truc un peu gadget
05:29qui est on va évaluer
05:31les dépenses publiques, et pourquoi pas
05:33demander à un ministère d'aller s'installer en banlieue
05:35parce que ça coûte moins cher au niveau du mètre carré.
05:37Mais enfin, il faut qu'on trouve
05:391,25 milliards tous les ans d'ici 2029
05:41si on veut revenir à 3% du déficit.
05:43Je ne pense pas qu'en vendant
05:45le mobilier national,
05:47on atteigne ces objectifs-là.
05:49Qu'est-ce que...
05:51Vous répondez à ça parce que...
05:53Ce que je réponds à ça, c'est que je prends
05:55d'un point de vue...
05:57Déjà, l'annonce selon laquelle on va
05:59réduire les déficits, qu'on va
06:01réduire les dépenses, qu'on va avoir
06:03un État qui va être plus efficace,
06:05qu'on va chercher à éviter les doulons. Alors là, vous pouvez prendre
06:07tous les discours du ministre général.
06:09C'est un discours qui est de manière systématique
06:11quasiment depuis 1981.
06:13Donc de manière systématique, cette phrase,
06:15on l'entend, on se rappelle même que François Hollande
06:17avait parlé de la simplification administrative,
06:19ça avait été un axe fort, etc.
06:21Donc ça, c'est le premier aspect. Le deuxième point,
06:23c'est qu'il y a cet aspect-là
06:25dont on vient de parler, mais il y a également
06:27une pression de l'opinion à ce niveau-là qui apparaît
06:29comme étant relativement faible.
06:31Et que quand vous regardez aujourd'hui
06:33la prise de conscience de la part de nos compatriotes
06:35effectivement du poids
06:37de la dette, du poids des déficits
06:39et effectivement des conséquences
06:41potentielles que cela peut avoir, on est
06:43très très éloigné. Ça fait partie
06:45au cours, par exemple, de la dernière élection présidentielle.
06:47Alors, on avait connu la période
06:49Covid, mais c'était devenu la 17ème
06:51motivation de vote des Français à la dernière
06:53élection présidentielle. Et même quand on regarde
06:55par type d'électorat, elle est un peu
06:57plus évoquée aujourd'hui de la part
06:59des électeurs du centre
07:01et de la droite, mais il n'y a pas non plus une pression
07:03forte de la part de nos compatriotes.
07:05Les Français se foutent du déficit qu'ils vont laisser à leurs enfants.
07:07C'est la dette qu'ils vont laisser à leurs enfants.
07:09Votre question est un peu provocatrice.
07:11Ce n'est pas comme ça qu'ils disent les choses.
07:13C'est qu'ils disent globalement, on ne voit pas forcément
07:15les conséquences entre la dette,
07:17les déficits d'un côté et les conséquences
07:19que cela peut avoir pour notre vie quotidienne.
07:21Tant et si bien que lorsqu'il y a eu toute cette période
07:23Covid avec le quoi qu'il en coûte
07:25qui a été porté par Emmanuel Macron,
07:27les Français ont dit, globalement, on a eu
07:29des dépenses qui ont été dépenses massives.
07:31Est-ce que cela a mis en danger la République française ?
07:33A leurs yeux, la réponse est non.
07:35Vous venez de le rappeler, Martial.
07:37Il annonce comme objectif un déficit à 5%.
07:39Alors que cela fait des années qu'on devrait être à 3%.
07:41Exactement.
07:43C'est-à-dire que pour rebondir sur Jean-Daniel,
07:45en réalité, c'est le fruit de notre mauvaise éducation.
07:47Parce que cela fait 40 ans qu'on ne tient pas nos objectifs.
07:49Donc les Français se disent, finalement,
07:51cela n'a pas changé ma vie d'être surendetté,
07:53d'avoir un déficit abyssal.
07:55Je rappelle toujours que Jean-Luc Mélenchon
07:57explique que nous ne paierons jamais notre dette.
07:59Ce qui est probable.
08:01C'est le principe de la dette roulante.
08:03Mais il y a quand même des intérêts,
08:05et on en parlait au tout début, qu'il faut rembourser.
08:07Les intérêts de la dette, c'est tous les ans.
08:09C'est les 51 milliards dont parlait le Premier ministre.
08:11Et puis, effectivement, cette espèce d'impression
08:13que comme on est la deuxième économie de la zone euro,
08:15on est protégé par les Allemands.
08:17Et de toute façon,
08:19c'est la fameuse expression anglaise de
08:21« too big to fail ». On est trop gros pour tomber.
08:23Donc, du coup, on aura toujours un système
08:25qui nous sauvera. Oui, mais il y a un moment
08:27où quand même, il faut prendre ces considérations-là
08:29en compte. Et je pense qu'on est arrivés
08:31à un instant de bascule et de vérité.
08:33Et si on n'a pas des mesures
08:35fortes, fermes, claires
08:37de la part de ce gouvernement-là,
08:39l'addition va arriver beaucoup plus vite qu'on ne le pense.
08:41Comment ?
08:43Si on nous présente l'addition, c'est
08:47qui le fait, quand et dans quelles circonstances ?
08:49Là, de toute façon, vous allez avoir
08:51dans les semaines qui viennent,
08:53les agences de notation qui vont s'exprimer.
08:55Ce sera octobre-novembre. Là, ça va
08:57déjà commencer à être une première sanction.
08:59Parce que si la note se dégrade, ça veut dire que
09:01ces fameux 51 milliards qu'on doit rembourser,
09:03ils vont être beaucoup plus difficiles à trouver,
09:05beaucoup plus chers. Et surtout,
09:07depuis quelques jours, on emprunte
09:09moins facilement que les Grecs ou les Espagnols.
09:11Ça fait mal au niveau de la fierté nationale.
09:13Sachant que les Français parlent pouvoir d'achat,
09:15ils ne parlent pas de dette et déficit.
09:17Et dès que vous leur parlez économie ou comment faire
09:19en sorte pour que le budget d'Etat soit plus à l'équilibre,
09:21ils vont dire « aller chercher de l'argent chez ceux qui sont
09:23les plus riches, parmi ceux qui sont des exilés fiscaux
09:25et ceux qui sont nature à pouvoir
09:27défiscaliser d'une manière générale. » Donc en fait,
09:29une France qui va chercher plutôt tout en haut
09:31du panier économique.
09:33Merci beaucoup Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de l'Institut Aris Interactive.
09:35Merci à Liu, éditorialiste économique
09:37de RTL. On vous retrouve demain matin
09:396h50 pour votre bout de temps.
09:41A grand plaisir. Dans un instant,
09:43le journal de 18h30, nous reviendrons sur un triste
09:45record tricolore. Jamais il n'y a eu
09:47autant de personnes dans les prisons françaises.
09:49Nous serons en immersion avec d'anciens détenus
09:51pour mieux comprendre la réalité
09:53de la surpopulation carcérale.
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