00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h19, bonsoir Anne Sénéqué, merci de nous rejoindre dans RTL Soir.
00:09Vous êtes psychiatre, co-directrice de l'Observatoire de la Santé Mondiale à l'IRIS,
00:13l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques.
00:16Et en ce jour d'obstacle de la jeune Philippine tuée par un criminel violeur récidiviste,
00:21nous allons revenir avec vous sur la prise en charge des criminels sexuels.
00:24Tout d'abord, Anne Sénéqué, est-ce qu'elle existe cette prise en charge quand les violeurs sont derrière les barreaux ?
00:30Oui bien sûr, elle existe en fait. Dans les prisons, il y a un grand travail fait avec les patients autour de la santé mentale.
00:38Alors en lien avec leur condamnation, mais aussi c'est une opportunité justement pour travailler plus en profondeur
00:45et permettre une réinsertion ou préparer une sortie ou tout simplement améliorer sa santé mentale.
00:53Pardonnez-moi, je vous ai interrompu, excusez-moi.
00:57Quels sont les moyens déployés et y a-t-il des traitements médicamenteux ?
01:01Ce que l'on peut mettre en place, ce sont des thérapies.
01:04Alors on va le faire en fonction du profil du patient, si on parle du côté médical.
01:10Donc il y a des thérapies individuelles, des thérapies de groupe.
01:13Souvent on préfère les thérapies de groupe, mais certaines personnalités finalement ne matchent pas avec ce genre de thérapie.
01:19Donc on va préférer des thérapies individuelles dans ces cas-là.
01:22Et on va partir plutôt sur des thérapies, les TCC, ça s'appelle les thérapies cognitivo-comportementales,
01:28où on va aider finalement à déconstruire les schémas de pensée et comportements inappropriés des patients qui ont commis des agressions sexuelles.
01:37Donc on va essayer de travailler sur le contrôle des impulsions, sur la gestion des émotions et la responsabilité des actes.
01:42Souvent on a cette problématique avec ce genre de personnes, de la problème d'altérité,
01:47c'est-à-dire la difficulté de reconnaître l'existence de l'autre finalement.
01:51Finalement si l'autre n'existe pas ou n'est insignifiant, je peux finalement m'en servir comme je le souhaite.
01:58Donc on travaille aussi cette approche-là.
02:01Et puis après effectivement il y a la possibilité, ça peut être mis en place en prison,
02:07mais c'est souvent quelque chose qui peut aussi être mis au moment de la sortie,
02:10c'est-à-dire les traitements hormonaux qui vont avoir pour objectif de limiter les pulsions sexuelles.
02:18Et là on est typiquement sur des médicaments qui sont là pour diminuer la production de testostérone
02:24et diminuer les pulsions sexuelles.
02:27Ça n'empêche pas les rapports sexuels, mais du coup c'est moins fréquent et moins sur le passage à l'acte.
02:32Donc le terme de castration chimique est impropre.
02:35En fait vous nous décrivez un traitement inhibiteur de la libido.
02:39Oui c'est ça en fait, c'est souvent des hormones qui vont inhiber justement la sécrétion de testostérone.
02:47Ça peut être des analogues de la gonatrophine qui est impliquée justement dans la sécrétion de la testostérone,
02:54des anti-androgènes.
02:56On peut même aussi avoir des progestatifs qui sont un traitement hormonal féminin.
03:00Donc il y a un éventail des possibles assez large et on va adapter en fonction du patient.
03:06Parce que malheureusement ce n'est pas parce qu'on lui donne telle molécule que ça va fonctionner
03:10et qu'il va la tolérer et qu'elle va être efficace.
03:12Donc on va essayer de chercher le meilleur match.
03:14On a bien compris que le traitement était reversible quand on l'arrête.
03:17Ces traitements sont-ils proposés ou imposés ?
03:19Et par qui ? Le juge ? L'administration pénitentiaire ?
03:22Alors en fait ils ne sont pas du tout décidés par la juridiction pénale.
03:26Ils sont décidés par le médecin qui est en charge du patient.
03:30C'est une proposition.
03:31Donc c'est en France en tous les cas, c'est sur le volontariat, sur la base du volontariat.
03:36Mais en fonction de la peine qui a été donnée au patient.
03:41Si le patient refuse, il peut se voir en cas de crime 7 ans de prison supplémentaire.
03:49On a connu des situations rocambolesques où le délinquant ne suivait plus son traitement
03:53mais le médecin refusait de le signaler pour ne pas être un délateur.
03:56Ça vous choque ? C'est normal ?
03:59Là on est toujours dans la problématique du secret médical.
04:03Normalement on est délivré du secret médical.
04:06Là quand on arrive dans une injonction de soins en fait, parce que c'est de ça dont il est question.
04:11Il y a le médecin traitant qui doit rapporter justement à la justice régulièrement
04:17à travers un médecin coordinateur qui rapporte au juge d'application des peines.
04:22Donc oui concrètement ça n'est pas normal.
04:26Après c'est compliqué aussi de proposer des thérapies qu'elles soient psychologiques
04:30ou même médicamenteuses avec ce genre de patient.
04:32Parce que dans le sens de la thérapie, du lien de soins, on est un peu en porte-à-faux.
04:40D'un côté on se dit que c'est un patient mais c'est aussi quelqu'un qui a fait un crime.
04:50Et du coup en termes de relation au patient et relation de confiance,
04:57c'est là où c'est compliqué pour certains praticiens qui peuvent justement être amenés à ce genre de dérive.
05:03Maintenant il faut bien comprendre que cet objectif de castration chimique,
05:07puisqu'elle est sur la base du volontariat,
05:09elle est faite en coopération avec le patient et pour améliorer justement la réinsertion
05:14ou la rendre possible tout simplement dans la société.
05:18Il y a des expériences qui vous paraissent intéressantes dans d'autres pays européens,
05:21peut-être parfois plus efficaces que nous, et si oui lesquelles ?
05:25Alors il y a effectivement plusieurs approches.
05:28On parlait justement de cette prise de médicaments sur la base du volontariat.
05:33Ça ne l'est pas par exemple en Allemagne ou en Pologne et en République tchèque
05:37où ça peut être une injonction de soins donc obligatoire.
05:40Après aujourd'hui la façon de faire qui ressort véritablement en Europe, c'est l'Espagne.
05:47C'est-à-dire d'avoir déroulé le continuum de la problématique des agressions sexuelles,
05:54en partant de l'éducation des enfants dans les familles, dans la société,
05:59lutter contre les inégalités hommes-femmes,
06:02travailler sur la thématique du consentement dans tous les lieux
06:07et pas juste taper du doigt, taper du poing sur la table
06:11en ayant juste une mesure pénale et judiciaire pour ces délinquants.
06:18Et c'est ça qui fonctionne aujourd'hui, c'est d'aller dépister les déterminants
06:21qui amènent une personne à un moment donné de se sentir hors cadre
06:26et de pouvoir s'approprier le corps de l'autre.
06:30Et pour ça, bien sûr, il faut une réponse judiciaire
06:33mais il faut aussi dérouler tout ce qu'il y a avant
06:35pour pouvoir régler toutes les problématiques qui arrivent à cette possibilité-là.
06:39Parce qu'aujourd'hui finalement, dans les prisons françaises,
06:43en ce moment à priori il y a à peu près 10% de personnes incarcérées
06:49qui sont là pour délits sexuels.
06:52Ça fait quand même quasi 9 000 à 10 000 personnes, c'est beaucoup trop.
06:57Merci beaucoup Anne Séné qui est psychiatre et co-directrice
06:59de l'Observatoire de la santé mondiale à l'IRIS,
07:01l'Institut des relations internationales et stratégiques.
07:04Il est 18h26 dans un instant, bien entendu le journal de 18h30
07:07et nous partons au village olympique, ou plutôt ce qu'il en reste
07:10puisqu'il est en train d'être littéralement démonté.
07:13Mathilde Piquet va tout nous raconter, puis à 18h45
07:15nous ferons le bilan de la visite du président Zelensky aux Etats-Unis.
07:18Qu'a-t-il obtenu ? Comment s'est passée sa rencontre avec Donald Trump ?
07:21A-t-il d'ailleurs pu avoir de l'armement ?
07:24Nous ferons un point complet avec le spécialiste Frédéric Rancel.
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