00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h19, bonsoir François Daoust.
00:07Bonsoir M. Calvi.
00:08Merci infiniment de prendre la parole ce soir en direct sur RTL.
00:11Vous êtes ancien directeur de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale.
00:16Le corps d'Agathe Hilleret, cette jeune femme de 28 ans portée disparue.
00:20Depuis le 10 avril, elle a donc été retrouvée dans un sous-bois à proximité de la ville de Vivonne dans la Vienne.
00:25Pour l'instant, les causes de son décès ne sont pas encore connues, les analyses complémentaires sont en cours.
00:30Je rappelle qu'Agathe, 28 ans, habitait chez ses parents et était partie faire un jogging.
00:34Comment aborde-t-on une enquête de ce type ?
00:37Elle a été abordée sur différents angles.
00:40D'abord, celui de l'accident, celui de la volonté de se suicider ou celui de l'agression.
00:48Ce qui fait qu'il y a trois axes et l'ensemble des équipes d'enquêteurs,
00:52parce que nous avons les équipes de recherche sur le terrain,
00:54mais également les équipes d'enquêteurs qui étaient là pour étudier toutes les autres pistes
00:59à partir des éléments indiciels pouvant exister.
01:03C'est-à-dire à travers l'environnement de la jeune fille,
01:05est-ce qu'à travers ses SMS, ses correspondances, ses échanges avec ses amis et tout,
01:12elle avait fait part d'une certaine volonté suicidaire ou pas ?
01:17Ou est-ce qu'elle était harcelée sur les réseaux ?
01:19Est-ce que quelqu'un la suivait ?
01:21Il y a toute l'étude des indices numériques par rapport au téléphone et au bornage,
01:26qui font qu'à partir de là, où est-ce que ça s'est arrêté ?
01:30Qu'il y avait d'autres dans la zone de bornage, les autres téléphones ?
01:34Donc on voit que les axes sont multiples.
01:38Parallèlement, là...
01:38Pardonnez-moi, aucune de ces trois pistes ne sont privilégiées au moment où nous parlons ?
01:42Non, non. Et d'autant moins que l'autopsie n'a pas encore été déterminante à ce stade.
01:48Ce qui fait qu'apparemment, l'os yoïde, c'est-à-dire l'os du cou,
01:53n'a pas pu déterminer, en tout cas les médecins à ce stade,
01:58si elle avait été étranglée ou pas.
02:00Les prélèvements complémentaires sont en cours.
02:02Il y a de la toxicologie pour voir si elle était un surdosage médicamenteux ou pas,
02:07ou autre substance qu'elle aurait pu ingérer volontairement,
02:11ou qu'on lui aurait fait ingérer.
02:13Mais également, l'anatomopathologie, dont on parle très peu,
02:16mais qui va être déterminante dans cette autopsie,
02:20parce que c'est elle qui va étudier les lésions et les modifications des organes et des tissus
02:25causées par une maladie, voire par un infarctus.
02:28Et il n'y a qu'avec ça qu'on va pouvoir déterminer s'il y a une cause naturelle à ce décès.
02:34Donc, là-dessus, il faudra attendre le retour pour fermer certaines portes,
02:39ou au contraire, en laisser d'autres ouvertes.
02:42À partir de là, ces vêtements et les prélèvements faits sur elles,
02:45bien évidemment, l'ADN sera déterminant,
02:48si tant est que les conditions extérieures aient permis de le conserver.
02:52On voit qu'on a encore un champ de possibles qui est aussi ouvert qu'au début,
02:56avec des actes d'enquête qui ne se sont pas arrêtés et qui vont continuer.
03:00Avez-vous été surpris, vous, de la durée des recherches ?
03:03Trois semaines, le chiffre peut paraître surprenant, non ?
03:05Alors, non.
03:07Souvenez-vous, quand on était sur l'affaire Lina,
03:11les recherches, elles avaient duré 18 mois.
03:14Donc, la zone, elle est très importante.
03:17On n'est pas dans une zone urbaine,
03:18on n'est pas dans un parc au sein d'une ville ou autre.
03:22Et à partir de ce moment-là, avec une zone aussi vaste,
03:28il arrive, hélas, qu'on ne trouve pas forcément les personnes disparues
03:34et encore immédiatement.
03:35Il sera intéressant, en revanche, de savoir si la zone de découverte,
03:39qui apparemment est en périphérie de la zone de recherche,
03:42mais périphérie, il faudra voir si des personnes sont passées pour voir à cet endroit.
03:47Et si, oui, il y avait eu des recherches à cet endroit,
03:51ça pourrait être un indice comme quoi le corps a été déplacé dans un deuxième temps.
03:56Voilà.
03:57Donc, on voit que sur le terrain, la zone de découverte est tout aussi importante
04:01qu'une zone de crime.
04:03Donc, quelles sont les traces de pas ?
04:04Quelles sont les traces indicielles qui peuvent être tout autour de cette zone ?
04:10Quels sont les chemins ou les possibilités d'accès jusqu'à cet endroit
04:15pour voir si elle a pu venir là seule
04:18ou si on l'a amenée contrainte et forcée ?
04:21Quels sont les premiers détails auxquels on doit s'attacher,
04:23notamment avec le corps de la victime ?
04:26Alors, c'est la préservation de tous les indices qui peuvent être sur le corps.
04:31Elle peut être porteuse de fibres, d'ADN, on en a parlé,
04:34de tout élément indiciel dans le contact avec une autre personne.
04:38Ça, c'est la première chose.
04:38Deuxième chose, c'est...
04:39Pardonnez-moi, et après trois semaines, c'est encore possible ?
04:42Alors, selon le temps, ça, c'est la nature qui est hélas inégale
04:47en fonction des affaires, des endroits et de la protection.
04:50Mais il arrive parfois que des années après, on puisse retrouver de l'ADN,
04:54notamment sous les ongles, si jamais il y a eu des gestes de défense,
04:58par exemple, et qui est parfaitement exploitable.
05:01Donc, ça va être la protection des mains,
05:03de façon à ce qu'il n'y ait pas de contamination lors du transport,
05:06jusqu'à l'Institut Médico-Légal et après à l'exploitation à l'Institut Médico-Légal
05:13de tous ces prélèvements qui seront développés, analysés par la suite
05:17pour obtenir des éléments de réponse.
05:19Je reviens tout petit peu en arrière.
05:20Une centaine de gendarmes, vous l'avez rappelé, avaient été mobilisés.
05:23Des équipes synophiles, notamment.
05:25Des sondeurs, des hélicoptères, des drones.
05:27De très gros moyens ont été déployés.
05:28Est-ce que l'explication du fait qu'on ne l'ait pas retrouplé plus rapidement
05:33vient du fait qu'on a retrouvé le corps, apparemment,
05:36un petit peu en dehors de la zone des recherches envisagées ?
05:39C'est cela ?
05:40Alors, ça, ça en fait partie, effectivement.
05:43Et puis, la zone de recherche était très large,
05:45sachant que c'était une personne qui avait une possibilité
05:47de faire plus de 20 kilomètres de footing,
05:49et tout azimut, c'est-à-dire à 360 degrés.
05:53Et quand on part d'un point fixe et qu'on fait 360 degrés,
05:55on s'aperçoit que ça fait des dizaines,
05:59voire des centaines de kilomètres carrés.
06:01Ce qui, pour aller faire une recherche dans le détail,
06:04malgré les chiens, on peut parfaitement, hélas,
06:07passer à côté d'une piste odorante,
06:11surtout qu'à un moment, il a plu,
06:13puis après, il a fait énormément, il a fait très chaud.
06:16Il y a eu des variations climatiques
06:18qui peuvent venir perturber les recherches,
06:21et notamment les recherches pour les chiens.
06:23À moins que le corps ait été, effectivement,
06:26redéposé à un endroit différent.
06:29Tout à fait.
06:30Et ça, ça fait partie,
06:31tant qu'on n'aura pas les résultats définitifs de l'autopsie,
06:34ça fait partie des éléments et des hypothèses de travail.
06:39Et c'est pour ça que les enquêteurs
06:41travaillent sur la zone de découverte,
06:44la zone élargie, avec tous ces chemins d'accès.
06:47Quelles sont toutes les traces que l'on va pouvoir voir ?
06:48Quels sont les téléphones qui ont borné dans cette zone
06:51dans les jours qui ont suivi jusqu'au moment de la découverte,
06:56de façon à ouvrir le champ des possibles
06:59en matière d'interprétation ?
07:01En tout cas, demander des comptes
07:04à toutes les personnes qui ont pu être présentes.
07:06Après une première phase d'enquête
07:08pour disparition inquiétante,
07:09une information judiciaire pour enlèvement
07:11et séquestration a été ouverte.
07:12C'est logique ?
07:15Oui, c'est parfaitement logique
07:17parce que là, on est dans l'ouverture
07:19pour une telle infraction.
07:22C'est une infraction criminelle
07:23qui va confier à un ou plusieurs juges d'instruction
07:28l'affaire et qui donne des pouvoirs
07:29d'investigation judiciaire
07:31beaucoup plus importants aux OPJ,
07:33sous le contrôle, bien sûr,
07:34et la direction des juges d'instruction.
07:37Et si on ne faisait pas ça,
07:40on serait beaucoup plus contraints
07:41dans l'enquête,
07:42alors que là,
07:43tous les moyens possibles judiciaires
07:45peuvent être mis pour pouvoir réaliser l'enquête.
07:49Merci infiniment de toutes ces précisions très claires.
07:52François Daoust,
07:53vous êtes ancien directeur
07:53de l'Institut de recherche criminelle
07:55de la Gendarmerie nationale
07:56et vous réagissiez donc
07:57à la découverte du corps d'Agathe Hilleret,
07:59portée disparue,
08:00je le rappelle, depuis le 10 avril.
08:02Merci d'avoir pris la parole sur RTL.
08:07RTL Soir
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