00:00Les réseaux sociaux, nouveau terrain de jeu des marques d'alcool. L'association Addiction France
00:06a mené l'enquête. Chaque semaine sur Instagram ou TikTok, 80% de nos adolescents sont exposés
00:12à des pubs pour l'alcool qui évidemment ne s'avouent pas comme tel. Agathe Lantey, bonjour.
00:16Bonjour.
00:16Vous êtes notre spécialiste santé. De quoi parle-t-on exactement ?
00:19Alors, il y a plusieurs types de publicités. D'abord, il y a la promotion qui est faite par
00:23les marques elles-mêmes. Les trois plus gros groupes d'alcool qui postent en masse sur TikTok
00:27ou sur Instagram, selon cette étude, ce sont Pernod Ricard en premier, Heineken et Aperol Spritz.
00:32Ils publient notamment des jolis films avec des jeunes gens qui font la fête. Ils organisent
00:37aussi des jeux concours pour faire gagner des bouteilles. Et puis l'autre type de pub qui pose
00:41problème, c'est celle postée par les influenceurs. Ils sont suivis par des millions d'ados. Ils font
00:46des partenariats avec des grands groupes d'alcool et ils sont payés donc pour promouvoir ces marques.
00:51Pour Mariam Savi d'Addiction France, ça représente un vrai danger pour la jeunesse.
00:56Ils vont se mettre en scène avec les produits. Ils vont laisser croire que dans une situation
01:00quotidienne, on boit de l'alcool et que c'est normal et qu'on banalise totalement le produit.
01:04La publicité d'alcool sur les réseaux sociaux, elle est partout. Et quand on est jeune, parce
01:08qu'on passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, on ne peut pas y échapper. Cette
01:12publicité, elle nous donne envie de boire. C'est aussi ce que conclut le rapport avec des études
01:15qui ont été menées avec des chercheurs. Ça nous donne envie de consommer, d'essayer les produits.
01:20Et puis le dernier problème souligné par cette étude, c'est que ces influenceurs,
01:24ils ne respectent souvent pas les obligations légales. Ils se prennent par exemple en photo
01:29avec une toute nouvelle bière qui vient de sortir. Ils vantent le côté festif. Mais dans 80% des cas,
01:34le message à consommer avec modération n'apparaît pas. C'est pourtant obligatoire.
01:39Merci beaucoup Agathe Landay, spécialiste santé d'RTL.
01:42Bonsoir Arthur Delaporte, vous êtes député socialiste du Calvados. Vous avez fait voter
01:46l'an dernier une loi contre les pratiques irrégulières et les arnaques des influenceurs
01:50sur les réseaux sociaux. Je précise que votre texte a été adopté à l'unanimité.
01:54Ces influenceurs sur le net sont devenus des vendeurs d'alcool ?
01:57Alors une partie d'entre eux, en effet, publient des contenus qui font la promotion de l'alcool,
02:01sachant que c'est quelque chose qui est illégal, mais qu'on n'a pas réussi à interdire strictement
02:06dans la loi influenceurs. On a dû se contenter de renvoyer à une loi importante, la loi Evin.
02:10Et donc malheureusement, ça continue d'exister.
02:13Arthur Delaporte, je ne comprends pas bien. Les influenceurs sont devenus,
02:16ou ont finalement toujours été des commerciaux ?
02:20Ils sont en tout cas devenus influenceurs commerciaux grâce à la loi influenceurs,
02:25parce qu'on les a définis comme tels. On a dit qu'à partir du moment où on touchait
02:27une rémunération, qu'elle soit en numéraire ou en nature, c'est-à-dire on a un avantage
02:32promotionnel par exemple, on devenait un influenceur commercial. Et donc,
02:35désormais, depuis 2023, on est défini comme tel et on est obligé de respecter la loi qui
02:42est liée à la publicité. Et donc, en fait, on est très contraint quand on fait de la pub pour de
02:47l'alcool. C'est quasiment impossible d'en faire théoriquement. Et malheureusement, un certain
02:51nombre d'entre eux continuent à en faire et même de plus en plus d'entre eux, parce que c'est une
02:55stratégie pour les marques d'alcool d'utiliser des influenceurs pour toucher les jeunes.
03:00Et quelle est la solution pour les empêcher de nuire ?
03:03L'une des solutions, c'est déjà de faire qu'il y ait des sanctions exemplaires. Là,
03:08on a l'exemple d'une influenceuse qui a été condamnée à une amende avec sursis,
03:133 000 euros d'amende avec sursis. Donc, ce n'est pas assez dissuasif. La marque elle-même a été
03:17condamnée avec 20 000 euros d'amende avec sursis, alors que c'est des centaines de milliers,
03:22voire des millions d'euros qui sont en jeu. C'est évidemment des choses qu'il faudrait
03:27renforcer en termes de sanctions. Et puis surtout, il faut du contrôle et les moyens de contrôle
03:31de l'État sont bien trop faibles. Il faut savoir qu'il n'y a qu'une trentaine d'agents de la
03:35direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes
03:38qui sont chargés de contrôler les contenus de plus de 150 000 influenceurs.
03:42Et par ailleurs, semble-t-il, visiblement, il y a un certain nombre de, je ne sais pas comment les
03:46qualifier, mais en tout cas de ces interventions qui disparaissent au bout de 24 heures, c'est bien ça ?
03:50C'est ça. Finalement, sur les réseaux sociaux, de plus en plus, on utilise ce qu'on appelle des
03:55stories. Donc, ce n'est pas des publications permanentes, c'est des publications de nature
03:59éphémère. Et donc, c'est très difficile à contrôler. Mais pour autant, c'est très vu.
04:03Il faut savoir que vous avez 82 % des 15-25 ans qui utilisent les réseaux sociaux quotidiennement.
04:09Et donc, ils sont exposés plus de deux heures par jour en moyenne sur les réseaux sociaux. Et donc,
04:13ils vont voir ces stories. Et on avait dans un colloque qui a été organisé aujourd'hui le
04:17témoignage de jeunes de 15-16-17 ans et qui faisaient part de leur vision des publicités
04:22de l'alcool sur Internet. Et derrière, même s'ils n'avaient pas des pratiques de consommation
04:26immédiate, ils pouvaient se tourner vers ces marques. Je peux en citer une, par exemple,
04:31qui a été épinglée dans l'étude. Mais on a la marque Aperol. C'est 243 contenus qui ont été
04:36relevés en trois ans. Et dans la même période, entre 2011 et 2023, on est passé de 10 000 litres
04:42d'Aperol vendus en France à plus de 79 millions de litres vendus. Donc, on a à la fois une croissance
04:49très forte du marketing pour cette marque Aperol Spritz, qui est liée à la diffusion du Spritz,
04:55mais aussi parce qu'il y a une communication très agressive sur les réseaux sociaux à travers ces
05:00influenceurs et ces publications pour la plupart illégales. En fait, vous venez de nous dire,
05:03si on prend les choses à l'envers, qu'au moins la pub, c'est de la pub et elle s'assume. Elle n'est
05:07pas dissimulée. Oui, alors non. Le problème, c'est que justement, ces marques qui font de la
05:11publicité, alors que déjà, cette publicité pour l'alcool est très, très réglementée, vont aussi
05:16payer ou rémunérer indirectement des influenceurs pour faire aussi des placements de produits dans
05:22des vidéos. Je pense aussi, ce matin, en parler de la marque Henneken, qui va payer ou proposer
05:27à des festivals, etc., de s'afficher avec la marque. Et donc, on va voir des jeunes avec cette
05:32marque. Et donc, ça va banaliser finalement à la fois l'image de la consommation d'alcool et
05:37diffuser aussi l'image de la marque en particulier. Ça veut dire que le lobby de l'alcool, du vin,
05:42est toujours aussi actif ? Il est très puissant. On l'a vu lors de l'examen de la loi influenceurs,
05:49il y avait eu un amendement, une modification de la loi que je portais, qui était l'interdiction
05:54de la publication de publicité pour l'alcool sur les réseaux sociaux par les influenceurs. Et ça a
06:00été interdit. Enfin, je n'ai pas réussi à faire passer cette modification-là parce qu'il y avait
06:05une majorité de députés qui se sont mobilisés pour défendre les intérêts des alcooliers,
06:09les intérêts parce qu'ils disent du terroir, etc. Mais on sait très bien que derrière ce prétendu
06:14terroir, c'est d'abord des très grandes marques qui génèrent un énorme chiffre d'affaires. Il y a
06:18beaucoup d'intérêts financiers qui sont en jeu et c'est très compliqué d'avancer sur la régulation
06:23par la loi de la publicité pour l'alcool. On a un cadre, le cadre de la loi est vain, mais c'est
06:28difficile d'aller au-delà, de le moderniser. Alors que quand ça a été fait dans les années 90,
06:32il n'y avait pas les réseaux sociaux et que c'est aujourd'hui l'un des grands enjeux de
06:36développement de la régulation pour lutter contre la promotion de l'alcool.
06:39Merci beaucoup Arthur Delaporte, député socialiste du Calvados. Vous êtes courageux parce qu'on fait
06:44de très bonnes choses à boire dans votre département. Donc, en préparant cette interview,
06:48je me souviens... Il n'a peut-être pas assuré sa réélection !
06:53L'alcool, c'est quand même 49 000 décès en 2023, donc c'est aussi une cause de mortalité des plus
07:00importantes et je pense qu'il faut qu'on se saisisse collectivement de cet enjeu de santé
07:04publique majeur. Merci d'avoir pris la parole ce soir sur RTL. Et lui aussi se consomme sans
07:10modération, le toujours très sobre Marc-Antoine Lebray, nous rejoint dans un instant pour son
07:14Breaking News. A tout de suite sur RTL.
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