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  • il y a 1 an
Transcription
00:00Générique
00:12Bonjour et bienvenue dans la Grand'Interview.
00:14Aujourd'hui, je reçois John Shipton, le père de Julian Assange, fondateur de Wikidix,
00:19et actuellement derrière les barreaux à Londres.
00:21La justice britannique va décider s'il doit être extradé vers les États-Unis
00:26où il encourt une peine de 175 ans de prison pour espionnage
00:30après avoir publié des documents confidentiels sur les activités des États-Unis en Irak et en Afghanistan.
00:36Le monde entier découvrait alors des images accablantes
00:39démontrant les bavures militaires et les actes de torture en Irak.
00:44Selon Reporters sans frontières, l'extradition de Julian Assange serait une atteinte au travail de tous les journalistes.
00:52John Shipton, merci d'être avec nous depuis Londres.
00:55Julian Assange est dorénavant incarcéré à la prison Belmarsh à Londres.
00:59Alors la première question que j'ai envie de vous poser, c'est comment va Julian Assange ?
01:03Merci de m'avoir invité.
01:06Julian ne va pas très bien.
01:09Il est sous une pression constante, il lutte pour sa survie.
01:15Il est sous traitement, il souffre d'une dépression après dix ans d'emprisonnement arbitraire.
01:23D'abord dix jours à l'isolement dans la prison de Wandsworth,
01:28puis 18 mois en résidence surveillée,
01:317 ans et demi dans l'ambassade d'Équateur
01:34et maintenant dix mois dans la prison de haute sécurité de Belmarsh.
01:39Quand le voyez-vous et dans quelles conditions vous pouvez lui rendre visite ?
01:43Il se trouve que je lui rends visite demain à 9h.
01:47Selon les conditions dans une prison de haute sécurité,
01:52c'est-à-dire qu'il faut être fouillé,
01:55qu'on ne peut pas entrer avec des vêtements déchirés pour une quelconque raison,
02:00qu'on est passé au rayon X,
02:03qu'on traverse quatre sas de sécurité
02:06et qu'on donne ses empreintes digitales.
02:09Puis on rentre dans une grande salle de visite pour les prisonniers et les visiteurs.
02:17Et au plafond, il y a des caméras haute définition et des microphones haute fidélité.
02:23Voilà les conditions.
02:25Vous le voyez en prison, comment la détention l'a affecté ces dernières années ?
02:30Selon une lettre rédigée par un groupe de 60 docteurs au Royaume-Uni,
02:33la santé de Julian Assange est si fragile qu'il pourrait mourir en prison.
02:39Oui, il a perdu 15 kilos, mais son poids est stable maintenant.
02:46On a amélioré sa situation après trois pétitions provenant des prisonniers eux-mêmes.
02:57Il n'est pas dans une unité clinique,
03:02mais avec 40 autres prisonniers de plus de 50 ans.
03:06Donc il a de la compagnie.
03:09Julian Assange a déjà purgé la moitié de sa peine pour avoir dérogé à sa liberté conditionnelle.
03:13Il peut donc demander la libération conditionnelle.
03:16La demande a-t-elle été formulée par ses avocats ?
03:19Oui, Madame la juge Beritzer, lors de l'audience, je crois du 23 novembre,
03:30a évoqué la libération sous caution, sans qu'elle ait été demandée.
03:35Elle avait invité les avocats de Julian à présenter une demande,
03:38ils ne l'avaient pas fait.
03:41Elle a tout de même entendu la demande et l'a rejetée,
03:44en disant que Julian avait déjà pris la fuite et était susceptible de recommencer.
03:51Je demande ardemment qu'une nouvelle demande soit présentée,
03:59et je suis certain que le service des poursuites judiciaires de la Couronne
04:05acceptera de laisser un homme de 48 ans malade retrouver sa communauté
04:11et vivre avec son père, ses enfants et ses frères et sœurs.
04:19Selon les avocats du gouvernement américain,
04:21Julian Assange aurait mis en danger la vie de ses sources.
04:24Qu'en pense-t-il et quelle est la stratégie de défense de ses avocats à ce propos ?
04:33C'est tout simplement faux.
04:38Wikileaks coopérait avec 90 autres organes d'information
04:43pour filtrer, expurger et analyser les câbles.
04:50David Lee, le journaliste du Guardian à qui on avait confié la phrase de chiffrement
04:57et qui avait promis de ne pas la diffuser,
05:02s'en est servi comme titre de chapitre d'un de ses livres
05:07et l'a publié avec le mot de passe dans la table des matières.
05:13Par la suite, le journal Der Freitag s'est servi du mot de passe
05:17pour accéder au cache de fichiers et un site anti-confidentialité,
05:22Cryptome, à New York, a publié l'ensemble des dossiers.
05:30Julian et son équipe ont essayé de prévenir le département d'Etat,
05:37mais on les a ignorés.
05:42Le gouvernement américain travaillait avec Wikileaks
05:45et 90 partenaires des médias pour le filtrage et l'expurgation des câbles.
05:53Ils vérifiaient soigneusement s'ils pouvaient nuire à des sources.
05:57C'est du baratin, des mensonges.
06:01Parlons politique maintenant.
06:03Le député George Christensen et le sénateur Andrew Wilkie,
06:06deux hommes politiques australiens, ont rendu visite à Julian Assange.
06:10Qu'est-ce que vous attendez du gouvernement australien ?
06:15Oui, les Australiens le soutiennent énergiquement
06:20et le mouvement croît de jour en jour dans tout le pays,
06:24à travers tout le spectre politique.
06:2920 membres du Parlement, 13 à titre officiel, soutiennent Julian.
06:39Le gouvernement australien doit s'assurer que Julian puisse rentrer chez lui
06:45et que ses poursuites malhonnêtes cessent.
06:49Les dossiers sur l'Afghanistan et l'Irak
06:51représentent la plus grosse suite d'informations confidentielles
06:54qui ont mis la lumière sur des crimes de guerre
06:56qui auraient été commis par les Etats-Unis et ses alliés.
06:58Pensez-vous que depuis cette suite,
07:00les Etats-Unis ont perdu le contrôle de la situation ?
07:04Je le pense.
07:06Les Etats-Unis ont signé un accord à Doha la semaine dernière avec les talibans.
07:13Les talibans ne sont pas une entité gouvernementale
07:16et le gouvernement afghan n'était pas impliqué dans les négociations.
07:21Cela montre bien que les révélations de Wikileaks il y a dix ans
07:30s'est progressivement imprimées dans la conscience occidentale.
07:37Il n'y a plus de soutien du tout, sous quelque forme que ce soit,
07:42pour le maintien de l'occupation en Afghanistan.
07:47Aujourd'hui, avec du recul, quand vous voyez ce qui est arrivé à votre fils
07:50après avoir révélé des documents confidentiels,
07:52qu'est-ce que ça en dit sur la liberté d'expression d'après vous,
07:55notamment dans les pays occidentaux ?
07:58Il n'y a pas de liberté d'expression.
08:04Ces actes d'intimidation et d'oppression
08:07contre la liberté d'expression et d'association ont suivi deux voies parallèles.
08:14L'une est l'oppression journalistique incarnée par Julian Assange,
08:19Chelsea Mannings et Jeremy Hammond.
08:25L'autre est l'enlèvement judiciaire de technologistes
08:30comme Meng Wanzhou de Huawei et Michael Lynch,
08:36un milliardaire dans le domaine des technologies de l'information au Royaume-Uni
08:40et Olabini, un génie dans ce même secteur en Équateur.
08:46Ils risquent tous l'extradition vers les États-Unis.
08:51Il s'agit d'enlèvement judiciaire de technologistes
08:54afin d'obtenir leur savoir et d'intimidation et d'oppression des journalistes,
09:01afin que le public ne dispose pas des informations nécessaires
09:05pour juger les systèmes dans lesquels ils vivent.
09:10Vous avez pu voir les nombreux soutiens de Julian Assange dans le monde entier.
09:13Qu'est-ce que cela vous fait ?
09:15Est-ce que votre fils sait que l'opinion publique
09:17et les syndicats de journalistes sont derrière lui ?
09:23Il en est conscient, à travers moi et les autres proches qui lui rendent donc visite.
09:34Je crois savoir qu'ils ont l'autorisation de regarder les informations,
09:39une demi-heure par jour peut-être, dans la prison de Belmarche.
09:43Je ne sais pas vraiment.
09:46Mais j'essaie autant que possible de le communiquer à Julian,
09:50de lui faire comprendre que, par exemple,
09:52j'ai rencontré l'ex-président du Brésil, Lula, la semaine dernière à Genève.
09:58Il était très optimiste, chaleureux et prévenant.
10:02Il espère que Julian et lui pourront se rencontrer un jour.
10:06Une des premières questions que je me suis posée, c'est comment le vit la famille ?
10:10Julian Assange est resté cloîtré sept ans dans l'ambassade équatorienne.
10:14Maintenant, il est derrière les barreaux.
10:15Depuis quelques années maintenant, vous prenez la parole pour le défendre.
10:19Comment le vivez-vous au quotidien ?
10:26Pour moi, ça va.
10:28Je me déplace beaucoup, je suis libre.
10:33Je peux aller voir Julian et mes autres enfants,
10:36les mères de mes enfants et mes amis.
10:39C'est une bonne chose.
10:41Julian n'est pas libre.
10:44Je le vois lors de mes visites à la prison de haute sécurité de Belmarche.
10:50Les couloirs sont vidés.
10:51Julian est dans ce qu'on appelle un régime de déplacement contrôlé.
10:55Julian est ramené jusqu'à sa cellule.
10:58Voilà ses conditions de vie.
11:01Mon seul problème, c'est de réussir à m'exprimer de manière cohérente pour Julian.
11:07Ces enfants souffrent.
11:08Le contact des enfants avec leur père relève des droits fondamentaux,
11:12mais eux n'en ont pas.
11:15Justement, quand vous voyez que les droits de visite à ces enfants ne sont pas respectés,
11:18qu'est-ce que cela traduit selon vous ?
11:21C'est révoltant.
11:26C'est l'orchestration continue de l'abolition des droits de Julian
11:31et de la régularité des procédures.
11:38Nous demandons simplement à ces États, le Royaume-Uni et la Suède,
11:43de respecter leurs propres lois, de ne pas conspirer,
11:50comme l'ont fait pendant ces sept années et demie que Julian a passées dans l'ambassade,
11:56avec le parquet judiciaire suédois et le service des poursuites judiciaires de la couronne.
12:06Nous avons des preuves de cette connivence
12:09afin de prolonger le séjour de Julian dans l'ambassade.
12:16En 2013, le parquet judiciaire suédois a voulu s'extirper de l'immonde arrangement
12:22qu'ils avaient conclu avec le service des poursuites judiciaires de la couronne.
12:27Un agent du service, Paul Klaus, a écrit au parquet suédois
12:31« Ne vous avisez pas de flancher, ce n'est pas une simple extradition. »
12:37Les avocats français de Julian Assange veulent demander l'asile politique en France.
12:43Quel serait votre message au gouvernement français ?
12:51Vous savez, Wikileaks a été publié d'abord en France,
12:57est allé pour la première fois au tribunal en France,
13:01s'est enregistré en France.
13:04Julian a une famille française.
13:07Le lien avec la France est étroit.
13:10Julian a écrit pour Le Monde et Libération.
13:18Il y a également un problème qui concerne l'Europe et notamment la France,
13:24c'est l'oppression des organes de presse.
13:29La suppression d'informations qui devrait mener,
13:32au travers de discussions entre l'élite politique et le peuple,
13:36à de bonnes prises de décisions.
13:41Personne, aucun journaliste, n'est prêt à tenir tête aux États-Unis
13:46après ce que Julian a subi.
13:49Si cette extradition a lieu, ce sera la fin.
13:54Si Julian Assange n'est pas extradé vers les États-Unis, quelle sera la suite ?
14:00S'il n'est pas transféré, une demande de visa humanitaire par le canton de Genève est en cours.
14:08Ils ont là-bas des experts qui savent traiter les victimes de tortures psychologiques sur de longues périodes.
14:17Je pense que Julian acceptera leurs propositions avant d'envisager le reste de son avenir.
14:24Pour moi, sa contribution a été majeure et admirable,
14:29et il devrait prendre un long temps de repos.
14:34D'après vous, quel message ça renvoie aux journalistes qui font de l'investigation
14:38et qui veulent continuer à publier des informations confidentielles ?
14:42Il s'agit d'actions d'intimidation cruelle et oppressive.
14:46Et c'est évident pour tous, non seulement les journalistes,
14:50mais également les éditeurs et les maisons d'édition.
14:54Ils sont très peu et peuvent mobiliser les ressources d'une centaine d'avocats,
14:58de quatre juridictions, de cent mille personnes dans le monde entier,
15:02qui œuvrent pour obtenir la libération de Julian.
15:09Ils sont très peu.
15:12Certains le qualifient de lanceur d'alerte, de hacker, d'autres de journaliste.
15:17Qu'est-ce qui lui correspond le plus, selon vous ?
15:24Je l'aime beaucoup, vous savez.
15:28C'est un homme gentil, de bonne compagnie,
15:32quelqu'un avec qui il est agréable de discuter pendant le dîner.
15:37Je ne m'astreins pas à ses descriptions.
15:43Pour moi, c'est un jeune homme merveilleux.
15:46Enfin, toujours jeune, à mes yeux.
15:49Un homme merveilleux, et ça me suffit.
15:53Après tout ce qui s'est passé, toutes ces révélations,
15:56comme on ne peut pas lui parler, je vous le demande à vous,
16:01est-ce qu'il regrette la fuite de ses dossiers ?
16:06Je ne regrette rien. Je vis au jour le jour.
16:11Et je ferai de mon mieux pour agir de façon judicieuse et utile.
16:17Aujourd'hui, c'est ça, ma mission.
16:20Merci d'avoir été avec nous, John Shipton.
16:23Merci de votre analyse et de votre temps depuis Londres.
16:28Merci, Mona. A très bientôt, j'espère.
16:32Merci.
16:33Et c'est la fin de cette grande interview.
16:35Merci de l'avoir suivie.
16:36Vous pouvez la revoir en replay sur rtfrance.tv.
16:40Encore merci de votre fidélité. A très bientôt.

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