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  • il y a 1 an
Transcription
00:00Bonjour Lazare Kizerbo, vous êtes chercheur et philosophe en sciences humaines, je viens de le dire, merci d'être avec nous en direct sur RT France.
00:08Alors première question, pourquoi a-t-il fallu attendre 34 ans pour qu'un procès ait lieu et que faut-il en attendre ?
00:16Oui bonjour, en fait il faut bien voir que l'assassinat de Sankara a débouché sur un régime qui est resté en place 27 ans, le régime de Blaise Compaoré,
00:32et c'est évident que cette conjoncture politique empêchait évidemment que la justice prospère puisque les autorités, les dirigeants du pays étaient bien évidemment impliqués dans cet événement du 15 octobre 1987.
00:52Donc il a fallu toute la détermination et l'obstination des partisans de Sankara et surtout des avocats pour en arriver là.
01:03Justement vous parlez de Blaise Compaoré, principal intéressé dans l'assassinat de Thomas Sankara qui ne va finalement pas assister au procès, il sera jugé par Comte Humas.
01:13Il est encore trop tôt pour en savoir plus mais que risque-t-il ?
01:18Écoutez, je pense qu'il faut attendre le procès mais il y a un faisceau d'indices et de constats, de faits qui convergent pour impliquer le président Compaoré
01:37puisqu'il a succédé et les interviews récentes de personnes qui ont été proches de Thomas Sankara à l'époque vont vers lui.
01:49Donc il faut laisser à la justice bien sûr le soin de faire son travail mais je crois qu'une condamnation par Comte Humas pèse quand même sur l'ex-président Compaoré.
02:02Je pense vraiment que pour l'honneur, pour la vérité, il aurait dû se rendre à ce procès.
02:14La France est également soupçonnée d'être impliquée dans l'assassinat de Thomas Sankara.
02:20Emmanuel Macron a annoncé la levée du secret défense sur cette affaire.
02:24La question du rôle joué par la France sera-t-elle abordée pendant ce procès ? Qu'en pensez-vous finalement ?
02:31Je crois qu'à ma connaissance, la question de l'intervention de puissances étrangères, non seulement la France mais des pays africains voisins,
02:45a été déconnectée de ce procès qui concerne les 14 présumés vivants dans cette affaire du 15 octobre.
02:55Ce n'est pas à partir de cette semaine que cette question sera abordée.
03:02Il est évident qu'il y a des dimensions politiques dans cet événement du 15 octobre des interventions étrangères
03:12parce que c'est aussi un système qui était craint ou en tout cas désapprouvé dans le contexte géopolitique ouest-africain.
03:24C'est évident qu'il y a aussi une dimension politique très forte dans ce procès.
03:29Comment est accueilli ce procès-là par le peuple burkinabé ?
03:34Le peuple burkinabé est un peuple qui est attaché à la lutte contre l'impunité.
03:40On l'a vu par exemple la grande mobilisation populaire lors de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo.
03:48On l'a vu lorsque le président Kompawé a voulu prolonger son maintien au pouvoir à travers une révision de la constitution.
03:57Donc c'est évident que l'âme du peuple burkinabé est une âme tournée vers la vérité et la justice.
04:04Je pense qu'il y a de fortes attentes pour aussi tourner la page de la violence politique
04:12qui, depuis les années 80, a gangréné la vie politique burkinabé.
04:18C'est important aussi pour les jeunes générations de partir d'un nouveau pied et tourner la page de l'impunité dans la vie politique.
04:26On appelait Thomas Sankara le Che Guevara africain. C'était un peu une icône de la résistance et de l'impérialisme.
04:34Aujourd'hui, que restait-il de son héritage ?
04:37Il était jeune, éloquent. On l'appelait également le père de la révolution burkinabé.
04:44Thomas Sankara est un héros du panafricanisme qui a fait ce qu'il pouvait.
04:51Je pense qu'il était conscient. Certaines interviews montrent qu'il était conscient qu'il était en danger, que sa vie était en danger.
04:58Mais comme tout héros, il a préféré supporter l'événement plutôt que de fuir ses responsabilités.
05:05Il l'a fait dans les années 80, en 83 et 87. Le monde de 2021 n'est pas le monde de cette époque.
05:12Je pense qu'il reste cet engagement pour l'unité de l'Afrique, pour la justice sociale.
05:17On le voit très bien dans les actions du peuple burkinabé.
05:21Cet héritage est partagé partout en Afrique et dans la diaspora.
05:26De même que Kwame Nkrumah, Lumumba, etc. sont des icônes de cette grande histoire panafricaine.
05:36Il reste évidemment ces graines-là qui ont été sémées et qui donneront de multiples fleurs.
05:44Est-ce que c'est un homme qui inspire la jeunesse burkinabé ?
05:49Tout à fait, c'est ce que je viens de dire. Il est devenu comme un mythe.
05:55C'est-à-dire une figure qui permet de comprendre très rapidement les questions de justice sociale, d'unité africaine.
06:05C'est un peu un symbole de tous ses engagements. Je pense que c'est une bonne chose.
06:12Maintenant, il faut toujours creuser l'histoire, voir quelles sont les limites.
06:19Un héros n'est pas un dieu. Quels sont les obstacles qui n'ont pas permis l'achèvement de cette expérience exceptionnelle ?
06:27Et comment les générations à venir pourront concilier justice, liberté et unité de l'Afrique ?
06:36Ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Lazare Kizerbo. Je rappelle que vous êtes philosophe et chercheur en sciences humaines.
06:42Merci d'avoir été avec nous sur RT France.

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