00:00C'est-à-dire que là, ce qu'on observe dans les médias, en fait, c'est très bien, ce qu'on est en train de faire, c'est dire qu'il y a un problème,
00:05mais c'est la partie émergée de l'iceberg. C'est parce que c'est des décès, c'est parce que ça a été signalé, alors qu'il faut dire la réalité,
00:10à l'hôpital, il y a une omerta, c'est-à-dire que quand ça arrive, ce genre de choses, très souvent, on veut d'abord se protéger,
00:16parce qu'on sait qu'en tant que médecin, ça va nous retomber dessus et qu'on ne va pas dire les problèmes institutionnels, etc.
00:21Donc on essaie un petit peu de cacher ça. Ça, c'est la phase émergée de l'iceberg.
00:25— Sur le cas particulier, les syndicats dénoncent et la direction sur les boucliers.
00:30— Mais alors vous savez, je vais vous raconter un truc qui m'arrive souvent aux urgences, c'est vous n'avez pas la possibilité de...
00:34Et pourquoi je dis ça ? C'est que dans les urgences dans lesquelles je suis, c'est des urgences qui sont qualifiées sous tension.
00:37Donc c'est des urgences où on a ce problème-là d'aval, etc. Vous avez, pendant votre garde, vous n'avez pas le temps d'aller manger,
00:43pas le temps d'aller pisser, pas le temps d'aller rien faire, d'accord ? Et vous allez, pendant votre garde,
00:47à un moment, vos patients, il faut les hospitaliser. Donc vous prenez le téléphone, vous appelez, vous dites
00:50« Est-ce qu'il y a des places dans l'hôpital ? » On vous dit oui. Ensuite, vous appelez la direction, la direction vous dit
00:55« Si, si, il y a des places. » Vous rappelez le service, le service vous dit non. Et puis, en fait, il y a des discordances
00:59à certains moments entre la direction, ce qui se passe, etc. Vous dites « J'ai pas le temps de passer mon temps au téléphone,
01:05je vais trouver des solutions, c'est pas grave, on la met dans un brancard, elle attend. »
01:08Et puis la direction est très contente dans ce genre de cas. « Ah bah non, on n'a pas été au courant.
01:11Il y a eu un problème qui nous a été rapporté il y a trois mois, mais plus après. »
01:14Bah oui, parce qu'en fait, au bout d'un moment, entre collègues, on se dit « Non, mais ça sert à rien la direction,
01:18de toute façon, ils sont déconnectés, ils vivent pas dans la même cinétique que nous. »
01:20Mais bilan, ils sont conscients du problème, c'est ça la réalité. Ils sont conscients du problème,
01:24c'est juste qu'ils sont très contents qu'on leur rapporte pas. Parce que ça laisse pas de traces.
01:27S'ils sont conscients du problème, pourquoi ils n'agissent pas dans ce cas-là ?
01:30Alors, ça par contre, je peux comprendre, c'est qu'ils peuvent avoir les mains un peu liées pour tout simplement
01:33trouver du personnel supplémentaire. Parce que pour trouver du personnel supplémentaire, il faut dire la réalité,
01:37les urgences, c'est un contexte compliqué. C'est une zone où il y a énormément de tensions,
01:43c'est une zone où, dans ce cas-là, il faut pas hésiter à augmenter l'attractivité financière.
01:48Je tiens juste à rappeler qu'actuellement, tous les soignants demandent une revalorisation salariale,
01:52mais en plus, on demande une revalorisation au niveau du nombre de soignants.
01:56Mais qui va payer ? Et c'est ça le problème de fond, c'est que tout le monde nous soutient.
01:59J'ai remarqué un truc, tout le monde nous soutient, mais aucune personne politique,
02:02aucune personnalité politique encore ne dit « Bon, ok, il va falloir augmenter les cotisations. »
02:06C'est ça le débat de fond, en fait.
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