00:00Je vais vous dire où je déjeune. Je déjeune à la cantine de France Télévisions. J'étais encore ce midi
00:05à la cantine de France Télévisions.
00:07J'en ai marre d'entendre qu'on utiliserait des cartes de crédit de France Télévisions pour faire n'importe
00:12quoi. C'est faux. C'est archi-faux.
00:15Merci de faire... Non, non, non, pardonnez-moi. J'insiste et je vais au bout des choses. J'en ai
00:21marre d'entendre ça.
00:23La Cour des comptes dit peut-être que nous avons des cartes corporate. Ça nous permet simplement d'avoir une
00:27avance de deux mois pour que nos frais de mission soient remboursés.
00:33Frais de mission, ça veut dire des frais de reportage. J'en ai marre d'entendre dire que pendant le
00:37Covid, il y a eu des frais de cocktail, etc.
00:41Moi, j'ai travaillé pendant le Covid. Je suis venue présenter un envoyé spécial pendant le Covid. Oui, on avait
00:46des plats au repas pendant le Covid.
00:47Et oui, il fallait qu'il y ait des techniciens. Oui, il fallait qu'il y ait du monde qui
00:50soit présent pour faire les JT. Et non, il n'y avait pas de restaurant ouvert.
00:53Non, il n'y avait pas de boulangerie ouverte. Non, on ne pouvait pas aller s'acheter un sandwich. Et
00:57non, on n'arrivait pas avec un Tupperware de pâtes.
01:00Oui, on avait un plateau repas payé par France Télévisions. C'était en aucun cas des cocktails.
01:05Alors, parlons de mon salaire. D'abord, la première chose que je veux dire, aujourd'hui, j'ai 42 ans
01:11de métier.
01:12J'ai une rémunération qui correspond à mon expérience. J'ai une rémunération qui correspond à mon temps de carrière,
01:19qui est assez long, et à mon exposition à l'antenne et à mes responsabilités en tant que rédactrice en
01:26chef de cash investigation et d'envoyé spécial.
01:30Cette rémunération, et c'est très important, je pense qu'on le dise aux Français, elle est visée par un
01:35contrôleur d'État, un contrôleur d'État qui dépend de Bercy.
01:38Je vais encore vous raconter une anecdote, mais qui est très intéressante. Je me souviens, quand je devais avoir à
01:43peu près 32 ans à France Télévisions,
01:45je présentais déjà le 19-20 depuis un certain temps. Et j'ai rendez-vous avec le DRH de France
01:51Télévisions, parce qu'à l'époque, j'étais vraiment pas très bien payée.
01:55Et je me suis fait répondre tranquillement par le DRH. Madame, oui, vous êtes mal payée, mais vous êtes une
02:02femme, vous êtes jeune et vous n'avez jamais été virée.
02:07Et là, je me suis dit, ok, d'accord. Donc en fait, quand on est femme, jeune et qu'on
02:12n'a jamais été virée à France Télévisions,
02:15on se voit opposer ce genre d'argument et effectivement, on est mal payée.
02:20Le 11 mars dernier, dans l'émission Quelle époque de Léa Salamé sur France 2, la journaliste Sonia Mabrouk, Madame
02:25Lucet, vous a lancé
02:26« J'attends un cash investigation sur France Télévisions ». Vous avez alors répondu, je vous cite,
02:31« Je voudrais bien, mais il n'y a pas grand-chose à faire et à dire sur France Télévisions
02:35».
02:35Bon. Pourtant, depuis le début de cette commission d'enquête, il apparaît qu'il y a beaucoup de choses à
02:39dire.
02:39Vous en conviendrez, je pense.
02:41Je pense aux 80 millions d'euros de déficit cumulés par France Télévisions depuis 2017.
02:46Je pense aux chambres d'hôtels à Cannes facturées jusqu'à 1700 euros la nuit. Je pense aux conflits d
02:50'intérêts.
02:50Je ne pense pas être la personne dans la meilleure position pour réaliser une investigation sur France Télévisions
02:58parce que je serai, je le pense, juge et partie.
03:01D'autre part, ce que je veux, et là, je pense que vous le savez fort bien, mais je veux
03:06le répéter pour les téléspectateurs,
03:09France Télévisions fait l'objet de très nombreux contrôles.
03:13Vous l'avez dit, des contrôles sociaux, des contrôles financiers, des contrôles de la Cour des comptes.
03:17Vous-même, vous êtes en train de faire une commission d'enquête parlementaire extrêmement précise.
03:22Je note simplement, et pardon de vous dire, que vous avez à plusieurs reprises dit que France Télévisions était en
03:29quasi-faillite.
03:31J'ai cherché dans le rapport de la Cour des comptes, dans les 166 pages de rapport de la Cour
03:35des comptes,
03:36le mot quasi-faillite n'y est jamais.
03:39Le mot faillite n'y est jamais.
03:42France Télévisions a sûrement des efforts à faire.
03:45Je ne vais pas en parler plus que ça parce que je ne suis pas la présidente de France Télévisions
03:48et je n'ai aucune intention de le devenir, mais vraiment aucune.
03:53Mais on se fait tous une autocritique objectivement.
03:58Mais nous ne sommes pas dans un état de faillite ou de quasi-faillite.
04:01Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que l'investigation de France Télévisions
04:05cultive une forme d'obsession vis-à-vis de l'Église, en particulier catholique ?
04:10Et si je vous dis ça, c'est que vous n'avez consacré aucun numéro depuis au moins 5 ans
04:15à l'islam,
04:15au judaïsme, au bouddhisme ou à aucune autre religion,
04:20notamment au problème de radicalisation ou de séparatisme islamiste.
04:25Comment est-ce que vous expliquez une telle différence de traitement ?
04:27La radicalisation a été vraiment le sujet de beaucoup de reportages d'envoyés spéciaux.
04:38Je vais vous dire quelque chose qui me touche aussi personnellement pour Cache Investigation.
04:44On l'a vécu de près, nous, la radicalisation.
04:50La rédaction de Charlie Hebdo était à 4 mètres de notre rédaction,
04:54de la rédaction de Cache Investigation.
04:57Donc, on sait ce que c'est que d'entendre les coups de feu.
05:01On sait ce que c'est quand 7 personnes de Cache Investigation vont dans le bureau de Charlie Hebdo,
05:07que les pompiers ne sont pas arrivés, qu'il n'y a personne,
05:10et que ce sont les journalistes de Cache Investigation qui ont fait les premiers garrots aux victimes de Charlie Hebdo.
05:15Donc, oui, on ne se masque absolument pas les yeux sur ce qu'est la radicalisation.
05:24On a fait beaucoup de reportages dessus, y compris parfois nos reporters ont pris des risques,
05:29parce qu'ils sont allés dans des pays où enquêter sur la radicalisation de l'islam,
05:35c'est prendre des risques physiques, vraiment.
05:38Après, tout le travail qui a été fait sur la pédophilie dans l'Église,
05:42ou la pédocriminalité dans l'Église, à l'époque on disait pédophilie,
05:46ça a été suivi du travail de la civise, vous l'avez vu.
05:50Malheureusement, les révélations ont été extrêmement importantes,
05:53le nombre de victimes aussi, l'État s'en est saisi.
05:56Donc, je pense que personne ne viendrait nous dire que l'enquête de Cache Investigation
06:01sur la pédocriminalité dans l'Église n'était pas justifiée.
Commentaires