00:00Ces internes, on en parle beaucoup depuis maintenant le début de la semaine, 1500 internes en moins l'année prochaine.
00:07Est-ce que c'est vraiment problématique pour les urgences ? On imagine que oui.
00:10Mais alors c'est problématique, mais le pire c'est que ce soit un problème.
00:15Ça ne devrait même pas être un problème.
00:17Je tiens juste à rappeler que selon les textes de loi, un service ne devrait pas avoir à tourner grâce aux internes.
00:23Les internes, c'est des médecins en formation.
00:25Ce n'est pas normal que lorsque je suis dans mon hôpital, l'interne, je considère que c'est de la main d'oeuvre et qu'il est censé voir des patients,
00:30et que s'il ne les voit pas, potentiellement il y a des patients qui vont mourir.
00:34C'est un médecin en formation.
00:35C'est-à-dire que même le fait qu'on ait à poser la question de « vous trouvez ça normal qu'il y ait des postes d'interne ? »
00:40Déjà de base, les internes ne devraient pas être le moteur d'un service.
00:46Ça veut dire qu'il y a un vrai problème de fond.
00:48Je tiens juste à dire que les cas de décédés, c'est l'arbre qui cache la forêt.
00:52Vous savez ce qu'il y a d'intéressant avec les morts, c'est qu'au moins, « mort », c'est une réponse binaire.
00:55Oui, non.
00:56La qualité de prise en charge, clairement, c'est des critères qui sont beaucoup plus complexes.
01:00C'est des critères composites.
01:01Alors que je peux vous dire que ce qu'ils disent depuis tout à l'heure,
01:03et là ce qu'a dit le responsable syndical où il a raison,
01:06c'est qu'une grand-mère qu'on fait poireauter 40 heures sur un brancard,
01:10et elle a été bien vue d'un point de vue médical et par les paramédicaux, les infirmiers, les aides-soignants, etc.
01:15Mais quand on n'a pas de place pour l'hospitaliser, on la met sur un brancard, on attend qu'il y ait une place.
01:19Et ça, généralement, c'est pas tenu en compte.
01:21Et puis ce qu'il y a de très drôle, c'est que la direction, ils aiment beaucoup une chose.
01:24C'est qu'il faut savoir qu'aux urgences, vous êtes tellement sous l'eau
01:27que vous faites un signalement une fois, vous voyez qu'il n'y a rien qui change,
01:29vous n'allez pas faire le signalement tous les jours.
01:31Et donc, ils se mettent des œillères, ils savent très bien.
01:33C'est-à-dire que vous, vous vous appelez la première fois, on dit « Ah non, mais on va essayer de faire quelque chose le lendemain, il y a le même problème. »
01:38Vous appelez le directeur ou la directrice de l'hôpital ?
01:40On va appeler le cadre de santé de nuit, on va appeler des responsables, on va leur transmettre nos problèmes.
01:44Ils disent « On va transmettre. »
01:45Mais je peux vous dire qu'après, vous n'appelez plus.
01:47Et quand il y a un problème comme ça et qu'il y a des décès, ils disent « Ah bah non, on n'était pas au courant. »
01:50En fait, c'est pas « on n'était pas au courant », c'est « officiellement, il n'y a pas de traces qu'on a été au courant. »
01:53Ils savent très bien qu'il y a des problèmes, c'est juste que tous les urgentistes en ont marre
01:57et qu'en fait, ils ne prennent même plus le temps d'avertir de ces problèmes.
02:01On a accepté. Pour être très clair, moi, j'ai moi-même accepté aux urgences.
02:04Bon, il y a des patients qui vont attendre 40 heures.
02:06C'est-à-dire que nos prises en charge, elles ont changé.
02:08Nos prises en charge ne sont plus optimales.
02:10On n'est plus le fleuron.
02:1140 heures ?
02:12Mais non, mais 40 heures, c'est des choses qu'on voit.
02:14Je veux dire, il faut arrêter de le dire.
02:15Moi, je fais partie des médecins urgentistes qui sont dans des hôpitaux publics sous tension.
02:19Les 50 hôpitaux sous tension, ils y valent tout.
02:20Le mot « sous tension », ce qu'il y a de bien, c'est qu'on ne se rend pas compte de ce que ça représente, le mot « sous tension ».
02:25Sous tension, ça veut dire que vous avez des gens qui attendent dans des brancards,
02:28qui ne mangent pas, qui n'ont pas leur traitement chronique.
02:30Il faut bien se rendre compte que moi, aux urgences, mon objectif, c'est d'abord de se diagnostiquer,
02:34d'adresser et de savoir si le patient est grave.
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